UNE MARCHE FORCEE LE DIMANCHE
OUS fîmes une halte aux pieds d'un gros arbre, et pendant que le cuisinier nous préparait le régal extraordinaire d'une tasse de caé en l'honneur de la rivière Upika, sur les bords de laquelle nous étions enfin arrivés, nos bûcheurs travaillaient activement à la construction d'un radeau pour nous traverser avec le bagage. A trois heures nous étions de l'autre côté et commencions à gravir la haute montagne servant de berge à la rivière. En mettant pied à terre il fallait immédiatement commencer l'ascension de cette pente, trop rapide pour recevoir les paquets du bagage. Ce nétait qu'en les appuyant derrière les arb>es que nous pouvions les déposer un instant en les déchargeant du radeau. Nous ne comprenons pas comment un chemin pourrait être tracé dans cet endroit ; mais probablement qu'en remontant la rivière de quelques milles nous trouverions quelque gorge de montagne facilitant un passage. Après une heure d'une ascension aidée des mains et des pieds, nous arrivâmes presqu'au sommet sur un petit plateau, où nous campâmes aux pieds d'un rocher à pic qui se trouvait sur notre gauche. La soirée se passe en probabilités sur notre situation. Nous ignorons complètement à quel point de la rivière Upika nous nous trouvons. Sommes-nous à son embouchure ou à sa source ? Nous l'ignorons complètement; les opinions sont partagées. Mais ce dont nous sommes certains, c'est que depuis le lac Jacques Cartier jusqu'ici nous avons mis deux fois plus de temps que nous n'en avions calculé, et qu'il nous est impossible de nous rendre au poste delà rivière Metabetchouan sans manquer de vivres. Aussi est-il décidé que le lendemain, b;en qu'un dimanche, soit employé à marcher et non plus au repos. Quelques réflexions sont faites sur les dimanches précédents qui ont été perdus dans un repos qui nous met aujourd'hui en danger de ne jamais arriver, et après que les chefs eurent décide, vu l'urgence de sauver l'expédition, d'abandonner leurs instructions et de descendre la première belle rivière pour rencontrer les premiers établissements à l'embouchure de la rivière des Aulnets, nous attendîmes le lendemain dans un profond sommeil.
Dimanche le 15, après un chapelet matinal, nous décampons à la hâte et atteignons bientôt- le sommet de la berge sur le penchant de laquelle nous étions campés. Là une vue magnifique du pays à plusieurs iieues nous donna l'espérance de franchir dans la journée la distance de six milles qui nous séparait approximativement de la première belle rivière, appelée en montagnais Kouspagen. Nous marchions à grands pas, poussés par le danger dans un bois facile. Un ancien brûlé qui fesait route et que nous voyions au loin nous conduisit à travers un pays légèrement accidenté jusqu'au soir. Nous traversâmes plusieurs lacs et plusieurs ruisseaux complètement inconnus comme tout ce qui nous entourait et, enfin nous descendons dans une vallée profonde où nous rencontrons un lac considérable, sur les bords duquel nous campons sans avoir rencontré que nous sachions la belle rivière. Comme il ne nous restait plus que quelques livres de lard et de farine pendant que les hommes campaient, nous allâmes pêcher sur 3a glace du lac, mais sans résultat ; aussi fûmes nous convaincus que lorsque nous n'aurions plus que la pêche des Tacs pour moyen d'alimentation nous pourrions manquer de tout.