‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 4 sur 50 · LE PREMIER CAMP · texte numérisé non relu

LE PREMIER CAMP

PEINE étions-nous en marche qu'une neige épaisse, tombant à gros flocons, couvrit le sol de son blanc manteau. Les porteurs pesamment chargés haletaient sous le poids de leur paquet. Le chemin d'hiver que nous suivions, débarrassé sur' une largeur de six pieds, n'offrait pas de pentes rapides ni d'obstacles sérieux, mais il traversait quelques savanes dans lesquelles nous enfoncions, de manière à perdre l'équilibre. De temps en temps, il fallait se reposer et c'est à peine si nous pouvions maintenir notre marche pendant un quart d'heure sans arrêt, tant elle était pénible. 11 est impossible de se faire une idée des fatigues d'un voyage dans les bois sans en avoir été personnellement témoin. Il n'y a que l'habitude contractée dès l'enfance, qui permette à nos sauvages de les supporter. Aussi ceux-ci portaient-ils gaiement leur fardeau, tandis que nos jeunes canadiens, pleins de bon vouloir et d'orgueil pourtant, pliaient malgré eux sous leur charge.

Lorsque nous fûmes arrivés à l'extrémité du chemin de la société de colonisation de St. Roch, et que nous n'eûmes devant nous que l'épaisse forêt, avec ses mille obstacles sans le plus petit sentier ou la moindre indication pour diriger notre route, les chefs de l'expédition se décidèrent à camper. Les porteurs au reste étaient sévèrement éprouvés par cette première journée de marche et comme le premier campement est toujours plus long à organiser, il était urgent d'arrêter de bonne heure, pour être à l'abri avant la nuit venue. A trois heures et demie, le

camp était doDC en pleine activité. Pour la première fois, nous entendions Fécho des montagnes voisines répéter les coups de hache nombreux de quatre bûcherons activement employés à faire le bois pour la nuit. A chaque instant, la chute lente d'un grand arbre sec, se frayant un passage, à travers les rameaux serrés, ajoutait ses craquements aux coups de cognée répétés par l'écho. Rien n'est gai comme cette activité de l'homme au milieu de la solitude effrayante du bois. Les saillies des travailleurs, oubliant les fatigues de la journée, les pétillements d'un feu bien nourri sous la chaudière dans laquelle bout à gros bouillons le repas du soir, les tent s qui s'élèvent comme par enchantement et se tapissent d'une épaisse couche de sapins, tout cela forme un ensemble qu'il est difficile d'oublier et qui répand dans l'âme une satisfaction de bien-être contrastant singulièrement avec les habitudes de confort de la vie ordinaire. Avec les derniers travaux de campement s'était éteinte la dernière lumière du jour et en dehors du cercle éclairé par le feu du camp, la nuit nous enveloppait de ténèbres rendues plus épaisses encore par la neige tombant à gros flocons depuis notre départ. Chacun était occupé à faire sécher ses effets complètement trempés par la neige fondante et par le passage des savanes, lorsque le repas du soir fut servi.

Page 1