RETOUR DU LAC ST. JEAN A Q,UEBEC
SOMMAIRE.— Retour du Lac St. Jean à Québec— Départ de Metabetcliouan— Naufrage sur le Lac St. Jean— Du Lac St. Jean à Chicoutiini— De Chicoutiini à Grande Baie— De Grande Baie à Québec.
DEPART DES METABETCHOUAN.
g^TMANCHE le 22 novembre, nous jjP|j fûmes fort étonné de nous éveiller au Çpn milieu de tout le comfort dont est
^Jk pourvu une chambre à coucher. Ce j n'était plus le lit de sapin, ni la toile pour abri, ni le sol comme ameublement. Nous avions devant nous toute une maison avec son personnel et sa causerie de famille. Rien n'y manquait pas plus la maîtresse de maison surveillant les apprêts du déjeuner que le rire joyeux d'une jolie enfant de cinq ans, dont la tête avec ses boucles dorées étaient un petit chef-d'œuvre de perfection. Nous ne dirons rien du gros chat, ce compagnon inséparable du foyer domestique ; la queue hardiment portée il se frôlait sur tous les meubles, en nous suivant de ses yeux à demi-fermés. Mous ne dirons rien non plus du chien, jouant vigoureusement de l'evantail chaque fois que ses yeux se fixaient sur nous qu'il semblait reconnaître comme autant d'amis. Pourtant tous ces détails complètent le tableau de la vie usuelle et frappent singulièrement au retour du bois où on en a été privés.
En voyant sur la table du déjeuner le luxe d'une nappe, avec autant de couteaux et de fourchettes qu'il y avait de convives, des assiettes, des tasses et des secoupes, sans parler des plats qui contenaient la viande et les légumes, nous nous extasions sur les mille et une commodités que nous devons à la civilisation. Après avoir passé 31 jours avec un couteau de chasse et un gobelet de ferblanc pour tout ustensil de ménage et d'ameublement, à part les grandes chaudières, • nous jouissions vraiment de tout ce comfort dont nous ne nous étions
jamais douté auparavant, parce que noua n'en avions jamais manqué.
Pendant la journée nous allâmes visiter le' poste de la compagnie de la baie d'Hudson, sur la rive droite de l'embouchure de la rivière Metabetcliouan. Nous apprîmes que le commerce de fourrures loin de diminuer depuis que les défrichements étaient commencés augmentait au contraire par le fait que les colons s'occupaient de chasse et fournissaient abondamment le poste de peaux. En échange ils reçoivent des marchandises importées par la compagnie et qui sont a la fois d'une qualité supérieure et à bas prix.
De retour chez Mr. Fraser on reconnut que le vent était trop fort pour nous permettre de partir en cannot et on prépara une berge, montée par deux employés de Mr. Price habitués à la navigation du lac, pour nous conduire à l'embouchure de la Belle rivière à peu de distance d'Hébertville. Mr. Charleton, le principal agent de la. maison Price sur le lac St. Jean et à qui l'exploration doit beaucoup pour tout le trouble qu'il s'est donné pour nous, nous avertit qu'il n'était pas prudent de se hasarder sur le lac par le vent et la vague qu'il faisait. Il refusa même complètement de nous donner une petite chaloupe dont Mr. Neilson voulait se servir, mais avec laquelle nous aurions certainement sombré. Nous pour un, n'ayant pas beaucoup confiance dans l'expérience nantique de nos compagnons, dont la hardiesse s'accroissait encore des émotions du départ, nous demandâmes a Mr. Charleton de nous donner sa berge la plus sûre. Le vent continuait à s'élever et au large la vague grossissait à vue d'œiL
bien que rien n'en parut sur le rivage à 3'embouchure de la rivière ou nous étions, pour l'excellente raison qu'une pointe boisée en s' avançant dans le lac servait en même temps d'abri contre le vent et de briselame contre les vagues. Mr. Charleton après nous avoir fortement conseillé de ne pas partir, nous recommanda de ne pas nous éloigner de terre,et ordonna la berge à l'eau.