‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 44 sur 50 · DU LAC ST. JEAN A CHICOÏÏTIMI · texte numérisé non relu

DU LAC ST. JEAN A CHICOÏÏTIMI

(PRES une nuit passée chez M Morelle dont la maison semblait a chaq ue instant se soulever de terre sous l'effort du vent, nous partîmes lundi le 23 pour Hebert-ville en traversant la propriété de M. Morelle qui nous accompagna au départ pour nous guider et en même temps nous montrer les progrès de son d frichement. Le sol est ici un riche alluvion ne laissant rien à désirer. Le bois est beau et comprend toutes les essences nécessaires aux matériaux de construction d'une feime, depuis le cèdre jusqu'aux bois francs. Après avoir remercié Mr. Morelle de son hospitalité et de ses renseignements il nous indiqua un chemin de chantier qui devait nous conduire dans le chemin de colonisation allant à Hebertville. Ce chemin que nous atteignions bientôt est fort beau et traverse une plaine magnifique d'un ni-

veau parfait. Ici et là sont établis de vigoureux colons dont toutes les sympathies sont pour une voie de communication directe entre Québec et le Lac St. Jean. La forêt est en moyenne à sept ou huit arpents de chaque côté du chemin, mais les champs défrichés sont encore une partie encombrés de souches. . Plus nous approchons d' Hebertville et plus ces défrichements s'étendent ainsi que la surface labourée. Tout en prenant quelques renseignements d'un des colons, nous entrâmes dans son étable pour juger de son bétail, Nous vîmes là deux petits bœufs de travail canadiens en assez bon état et une vache laitière d'un bon rendement, c'était là tout le bétail de la ferme. Le propriétaire était un grand gaillard fortement trempé, dont la figure pleine de bonhommie et encadrée de long cheveux blonds s'épanouit singulièrement lorsque nous lui apprîmes qu'il était très probable qu'un chemin d'hiver serait ouvert entre l'embouchure de la rivière Metabetchoan ei Québec. " Ah! batteau!"...s'écria-t-il, avec un accent; de profonde joie en même temps que son contentement s'exprimait par un large sourire.

Nous arrivâmes à Hebertville vers une heure et nous fûmes un peu surpris de rouver là un village considérable bien pourvu d'Eglise,d'ecoles, de moulins,de magasins, et d'un corps municipal parfaitement organisé. Au reste nous avons donné dans le chapitre précèdent une étude complète des progrès réalisés dans ce centre de colonisation le plus considérable de tous ceux qui se trouvent sur les bords du Lac St. Jean. Nous prîmes des voitures qui nous transportèrent bientôt au lac Kinogami après avoir traversé un magnifique pays, dont le chemin est irréprochable. Avant d'ariver au Lac nous traversâmes un pont flottant, jeté sur un bras du Lac Kenogomichiche, dont la construction mérite une mention spéciale. Il consiste tout simplement en un plancher de madriers de trois pouces,cloués sur des pièces de bois reliés ensemble et formant ainsi un long radeau flottant,dont les deux extrémités s'appuient sur les deux rives opposées Un gardefou complète ce pont d'une construction économique s'il en est et d'une solidité remarquable puisque toutes les parties appuy nt sur l'eau On conçoit que ce genre de pont n'est pratiquable que là ou il n'y a pas à craindre les débâcles du printemps.

Arrivés au L^au puitag'î à neuf heures du soir, le froid intense qu'il fait nous force à partir immédiatement en chaloupe } our le traverser, s'il est possible, avant que la

glace ne se forme entre les îles,qui embarrassent le milieu de cette pièce d'eau longue de cinq lieues. A onze heures nous mîmes de nouveau à la voile et nous nous confiâmes une fois encore à l'élément perfide contre lequel nous avions lutté si fort la veille. Le ciel étoile jetait une pâle clarté sur les rives du Lac, tantôt s' abaissant jusqu'au niveau des eaux, tan tôt s'élèvant en rochers abruptes couronnés par quelques arbres verts se dessinant vaguement sur l'azur du ciel. Poussés par une forte brise nous glissions rapidement vers notre but, mais le froid était tellement intense que nous ramions continuellement, pour maintenir la circulation dans nos membres engourdis. Pendant cinq heures nous fûmes ainsi exposés à toute l'intensité d'une des plus froides nuits de la fin de Novembre et à quatre heures du matin seulement nous arrivâmes aux portage des Roches, où nous prîmes quelques heures de sommeil avant de nous mettre en route pour Chicoutimi.

Mardi le 24 après avoir donné rendez-vous à nos deux sauvages à la Grande Baie,nous partîmes pour Chicoutimi. Le pays que nous traversâmes est bien ouvert C'est ici que commence véritablement le gros de la population dii Saguenay. Plus nous approchons du Chef-lieu et plus les défrichements s'étendent. Il ne parait pas y avoir de système régulier snivi. Le bétail devient plus nombreux et s'améliore sensiblement, mais il reste encore beaucoup à faire à la société d'agriculture du Comté.

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