DE CHICOUTIMI A GRANDE BAIE
, ES notre arrivée à Chicoutimi nous rencontrâmes toute l'hospitalité et tout le comfort d'un grand village.
La paroisse compte 3,177 habitants possédant 10,657 acres défrichés dons 4,988 acres ont donné 40,111 minots de grains et 25,084 minots de patates, en 1860, formant une récolte totale de 65,195 minots et 740 tonneaux de foin. Ces chiffres montrent une augmentation dans la population de plus de 150 pour 100 depuis dix ans et une augmentation presqu aussi considérable dans l'étendue des -erres défrichées. La rivière Chicoutimi aussi considérable que la rivière St. Charles à Québec sort du lac Kinogami et va tomber dans la rivière Saguenay, où elle forme un joli bassin au pied d'un • chute de 40 pieds dans le village de Chicoutimi. Ce bassin est trè-sûr pour les bâtiments ne tirant pas plus de neuf pieds d'eau ; quant aux navires de gros tonnage, ils trouvent un
bon et sûr mouillage au milieu du Saguenay même. Chicoutimi étant le centré du district judiciaire, il y a ici une prison et une cour de justice.
Nous eûmes le plaisir de rencontrer le soir même chez Monsieur le curé de l'endroit, l'Abbé Racine, un certain nombre des hommes marquants de Chicoutimi, dont les vues sur l'opportunité d'une voie de commnnication directe entre Québec et le lac St. Jean,devaient nous être d'un grand prix. En effet ces hommes, conna ssant mieux les besoins de la localité que qui que ce soit, intéressés s'il en est aux développements rapides de la colonisation du Saguenay, imbus en quelque sorte des intérêts locaux, devaient nous donner des argumente sans réplique contre ceux qui pour bien des raisons s'opposent à la construction de oe chemin. Quel ne fut donc pas notre étonnement lorsqu'aux premiers mots dits en faveur de cette voie de communication, nous entendîmes de la bouche même de ceux qui étaient les plus intéressés à la défendre, les arguments -les plus forts contre ce projet. Selon eux, c'était une chimère coûteuse que rien ne justifiait et certainement sans résultat possible. Nous prétendions que le chemin était pratiquable. " Mais qui l'entretiendra pendant l'hiver?" nous répondait-on. C'est avec les plus grandes difficultés que nous passons le portage de St. Urbain et pourtant tout le Saguenay le fréquente et le trajet n'est que de vingt lieues. Tandis que votre chemin aura quarante lieues et il n'y passera pas une voiture par semaine. Et pui- qu'est-ce que les colons du Metab tchouan et de la Pointe bleue ont à faire en ville, car c'est à eux ;-euls que profitera ce chemin ? Leurs produits se vendent mieux chez eux pour les chantiers qu'à Québec et ils peuvent se procurer tout ce dont ils ont besoin à Chicoutimi ou à Hébertville." Avouons-le ces objections venues de tous côtés, nous embarrassaient singulièrement, surtout de la part d'hommes marquants,dont l'édu ation et les vues larges ne nous permettaient pas de combattre leurs opinions par une simple dénégation. Poussé au pied du mur, nous changeâmes le terrain de la discussion en remarquant. " Il est au moins singulier que le gouvernement veuille vous imposer un ch min de col ni ation ru neux pour la province, tandisque vous et s h s premiers à vous y opposer. Mais vous ne savez donc pas que c'est en votre n m que ce projet est à l'étude, que tous les jours 1 s journaux invoquent vos intérêts pour le faire accepter.
S'il est vrai que vous vous y opposez pourquoi n'avez- vous pas le courage de le dire dans la presse et de sauver ain-i le public de dépenses que vous dites inutiles." •' Je l'aurais fait," me répondit alors mon hôte,
" si je n'eusse craint de froisser M
qui est à la tête du mouvement et avec lequel je ne veux pas entrer en discussion. Aussi je laisse faire.... Ce que le gouvernement doit faire c'est de compléter le chemin d'été de la Pointe bleue, à Chicoutimi, ainsi que le portage de St. Urbain, pour ouvrir une communication facile avec le chef lieu du comté et Québec. En été le gouvernement devrait payer un subside postal à une ligne de vapeurs régulière entre Chicoutimi et Québec tout comme il le fait pour les bateaux qui déservent Gaspé. De cette manière en hiver et en été nous aurions des voies de communication toujours ouvertes reliant au centre judiciaire les extrémités du comté, et le comté à Québec." Avouons-le cette manière d'envisager la question nous frappa singulièrement, et mérite certainement de fixer l'attention générale.
Le lendemain fut employé tout entier à obtenir de nouveaux renseignements et jeudi le 26, nous partîmes avec notre charretier pour Québec par la Grande baie. Une légère couche de neige tombée la veille nous permit de prendre le traîneau et le soir nous couchions à l'entrée du portage. La grande Baie a deux lieues de profondeur sur une lieue de largeur et offre un ancrage sûr pour les ' vaisseaux de toutes grandeurs,à l'abri des vents, étant entourée de hautes montagnes. D'après le dernier recensement on compte dans les deux paroisses de St. Alexis et de St. Alphonse, dont les villages se trouvent de chaque côté de la baie, 3,063 habitant^ possédant 14,631 acres de terre en état de culture, dont 5,212 acres ont produit 56,260 minots de grains et 33,408 minots de patates, en 1860, formant en tout 89,668 minots et 1,731 tonneaux de foin. Quatorze écoles primaires répandent l'éducation au milieu de cette population vigoureuse et pro-gres sive. Mr. Blair l'agent de la maison Price donne ici l'exemple des meilleures cultures, et par l'importation d'animaux de choix a contribué depuis quelques années à améliorer considérablement le bétail de la localité. La société d'agriculture du comté a employé cette année une partie considérable de ses fonds dans le même but et nous ne saurions trop l'en féliciter.