‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 8 sur 50 · LE LAC NOËL · texte numérisé non relu

LE LAC NOËL

hvOUS levons le camp de bonne heure mardi le 27 et à la suite de notre nouveau guide nous fûmes bientôt dans un magnifique chemin carossable ouvert à la colonisa tien des terres incultes voisines par les Messieurs du Séminaire de Québec. L'existence de eette route ouverte pendant l'été dernier nous était complètement ignorée, et nous aurait évité quatre journées de fatigues considérables à transporter à travers bois et à dos d'homme les vivres de l'expédition, qui auraient pu tout aussi bien être transpor-

tés en voiture jusque sur la lisière du bois où nous prîmes un sentier de chasse plaqué et bien débarrassé. En arrivant au chemin l'ancien guide fut de suite congédié pour sa mauvaise foi, ainsi qu'un des porteurs qui était trop faible pour aller plus loin. Le nombre des porteurs ?e trouva ainsi réduit à neuf, mais déjà les vivres avaient diminué sensiblement.

Une fois en marche dans le sentier plaqué, nous n'éprouvâmes plus d'hésitation et nous avançâmes rapidement à travers un pays légèrement accidenté mais n'offrant pas de difficultés sérieuses à la construction d'un chemin. Nous arrivâmes bientôt au lac Noël, dont la glace était assez épaisse pour nous porter.

Après les premiers regards d'admiration donnés aux beautés du paysage qui se déroulait devant nous, la perspective d'une couple de milles de glace vive fut une cause de gaieté générale. Les porteurs, se débarrassèrent de leurs lourds paquets qu'ils traînèrent sur des traîneaux improvisés, construits avec des branche?, et au pas de course nous eûmes bientôt franchi toute la largeur du lac. Rien n'était amusant comme les allures grotesques de ces hommes un instant avant cheminant sous le poids de leur fardeau à travers les nombreux obstacles de la forêt et maintenant luttant de vitesse, dans leur course rapide qu'eux-mêmes ne pouvaient plus arrêter,sans s'exposer à une chute certaine sur ce cristal des eaux. Ce n'était pas sans une certaine hésitation que nous avancions sur ce pont fragile se fendillant sous nos pieds à chaque pas, et dont l'épaisseur d'un pouce nous séparait seule de l'abîme que notre regard sondait tout à l'aise, en distinguant chaque caillou, chaque plante marine croissant au fond du lac. Cette fois pourtant aucuo accident ne nous arriva.

Arrivés à l'extrémité du lac Noël nous aperçûmes le lac Travers séparé du premier par une étroite largeur de terre seulement et débouchant l'un dans l'autre de manière à nous permettre de dire que le second n'est que la continuation du premier. Ici eneore le paysage était magnifique et la glace nous permit d'atteindre à l'autre extrémité dans quelques minutes. Nous arrivions à la fin de notre course lorsque sous nos pieds noua aperçûmes un nombre considérable de truites nageant dans un pied d'eau et frayant tout à leur aise sous les rayons d'un soleil sans nuages. La glace est bientôt percée et des lignes tendues nous donnent deux douzaines de truites d'un pied de Ion-

geur en moyenne dans un petit quartd'heure. Nous reprîmes le sentier en route pour le Lac L'Epaule, que nous frappâmes dans le milieu de sa longueur. Malheureusement ses eaux profondes et larges n'ont pas encore permis à la glace de se former, et nous sommes forcés de suivre le «entier qui côtoie ses bords. Nous étions en pleine marche lorsque nous rencontrâmes un camp dont les cendres encore fumantes disaient que les chasseurs l'avaient quitté le matin même.

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