‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 9 sur 50 · UN CAMP DE HURONS · texte numérisé non relu

UN CAMP DE HURONS

• E qui nous frappa à première vue, dans ce camp ouvert à tous, à quelques pas du Lac, c'est l'extrême sécurité avec laquelle les sauvages laissent tout ce qu'ils ont sous la protection traditionnelle du couvert de la forêt. Il semble qu'il leur reste quelque chose de la fierté nationale qui les porte à mépriser les vices des visages pâles et qui leur fait dédaigner les plus simples mesures de précaution contre le vol, de tout temps inconnu parmi eux. " Pas de voleurs dans le bois" remarquait un jour un de nos sauvages en cherchant un objet que nous avions écarté dans le camp, et il faut que les sauvages soient bien persuadés de cette vérité pour abandonner, comme ils le font, leurs armes, leurs vivres, leur chasse, en un mot tout ce qu'ils possèdent dans leur camp ouvert, pendant qu'ils s'absentent des semaines entières, à la poursuite de quelque gibier qui a traversé leur chemin de chasse, ou à la visite des pièges et des attrapes tendus à la loutre, à la martre, au vison, au castor, à l'orignal ou au carcajou C'était une de ces excursions qui avait motivé l'absence des sauvages dont nous rencontrions le camp, et ne pouvant obtenir de renseignements d'eux-mêmes, nous commençâmes une perquisition générale pour juger de leur chasse. La cabane, large de six pieds se composait tout simplement d'un plan incliné, fait d'écorces imbriquées appuyées sur quelques perchs, ouvert à l'exposition du sud et fermé à droite et à gauche de manière à former un abri complet contre les vents du Nord, de l'Est et de l'Ouest. En face du camp était une immense épinette renversée dont les racines encore toutes char- • gées de terre formaient un écran contre les vents du Sud et un foyer pour le feu du bivouac. C'était là que fumait encore une bûche allumée pour le déjeuner du matin, et que notre cuisinier fit bientôt flamber en préparant le diner. Dès notre

arrivée nous avions aperçu au bout d'une perche plantée dans la neige, une superbe cuisse de caribou. La tentation était trop forte, et remplaçant la viande fraîche pour dujard salé nous fîmes un échange que nous pensâmes tout à notre avantage, après avoir goûté à notre nouveau plat.

La curiosité aidant nous ouvrîmes un sac de fourrures, principalement de peaux de ca-tors. Passés entre les pe ches du toit, étaient un fusil chargé, un sac à plomb contenant quelques balles, et un cerceau autour duquel séchait une peau de ca-tor, récemment tué, tendue avec force et percée d'un coup de feu. Parmi les ustensiles de cuisine une micoine de sapin encore toute neuve attira notre attention. Sur le mauche e tait incrusté tout au long le nom d'une femme. C'était sans doute pendant les longues soirées du camp que le souvenir de la famille était venu au cœur du pauvre sauvage isolé au fond des bois.

En cherchant encore nous trouvâmes une lettre du pays,malgré notre respect pour tout ce qui touche à une correspondance personnelle, notre curiosité l'emporta. Au reste nous n'eûmes pas besoin de briser le cachet de l'enveloppe, cette lettre était sans enveloppa. Nous ne la dépliâmes pas non plus car elle était écrite tout au long sur une petite planche de sapin bien mince, longue de trois pieds et large de six pouces, découpée en forme d'aviron à manche racourci. Nous n'avons qu'un regret, c'est de n'avoir pas conservé l'original de cette correspondance avec son langage et ses nouvelles loca es. Sur le revers de la planche nous donnâmes des détails sur notre exploration avec des nouvelles du village, puis l'heure de repos étant écoulée, chacun reprit son paquet et nous partîmes pour aller camper sur une montagne à peu de distance du Lac des Neiges, dont nous rencontrions le sentier à l'Est de notre route.

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