‹ Exploration de Québec au lac St. Jean [microforme]Chapitre 16 sur 21 · OU · texte numérisé non relu

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et qui, depuis Adam, n'a iamais esté remué, sinou par quelque tremble-terre. ' L'appétit lui fait trouuer un peu de bouccan, seo comme vne semelle de soulier, délicat comme vu perdreau. Le trauail lui donne vn sommeil fort doux. La bonté et la candeur de ces braues Néophytes le comblent de ioje. Dieu luy conserue par tout la santé ; et ses iambes, et son auiron iont aux aurions de ses Nochers, lui font truuuer la fin de son voyage, pour en entreprendre vn autre bien-tost après.

LE LAC ST.JEANFASLE PEBED'ABBOÏÏ EN1661.

vOUS fusmes obligez d'employer cinq iours pour nous rendre insqu' à vne lieuë de Chicoutimi, où nous nous postons sur vn islet,de roche, pendant qu'on va chercher à viure dans les bois voisins; et c'est de dessus ce rocher, que nous voyons à découuert vne partie due Saguené, admirans deux choses assez remarquables de ce beau fleuue. La première est, que pendant plus de vingt lieues, depuis son euiboucheure dans le fleuve S.

Laurens, il coule tousiours en bas mesme de marée montante, quoy qu'au-dessus de ces vingt-lieuës, il ait son flux et reflux respondant d celuy de la Mer ; si bien qu'à mesme temps ses eaux montent d'vn costé, et descendent de l'autre. La mesme chose se remarque au grand fleuue de S. Laurens; quand la mer, dans son flux, entre dedans, il enfle bien, mais il ne laisse bas de couler tousiours, en bas iusquesàvn certain terme, ou on voit monter le flux, et descendre le reflux de six en six hevres ; cela prouient de ce qu'il est plus rap.de et plus violent vers son emlioucheure, qu'es endroits plus hauts et plus esloignez ; en sorte que le flux, ou le flot (comme parlent les Matelots,) ne peut refouler le courant de l'eau en cet endroit. La seconde merueille est que quoy que nous soyons ù trente lieues ou enuiron, au-dessus do Tadoussac ; ncantmoins l'eau est icy haute en mesme temps, et de lu mesme marée qu'à Tadoussac ; ce qui ne se trouue p;is dans les autres riuiercs, qui grossissent succcssinement, par le flux de la 3Ier, plus tost es lieux plus voisins de la Mer, et plus t;ird l's lieux plus esloignez et qui sont plus auant dans les terres.

Le sixième, nous arriuous de bonne heure à Chegoutimis, lieu remarquable pour estre le terme de la belle nauigution, et le commencement des portages, c'est ainsi que nous appelions les lieux ou la rapidité et les cheutes d'eau obligent les Nautonniers de mettre à terre, et de porter sur leurs espaules leurs Canots et tout l'équipage pour

gagner le dessus du Sault. Nous commencasmes donc en ce lieu-cy de porter réciproquement nos petits vaisseaux, qui nous .

auoient portez iusqu'alors, cella, prés d'vne lieuë de chemin. Après quoy nous rencontrons me riuiere, sur laquelle nous vogasmes quelque temps ; mais il fallut dés Te lendemoin se charger de nostre bagage par quatre fois, et deux autres le iour suiuant.

Nous entrons en suite dans vn Lac fort estroit, long d'enuiron neuf lieues ; les Saunages l'appellant le long Lac. Vne de ses riues nous a donné giste pour la nuit de neufiéme iour ; giste qu'on trouue icy pac tout, basty des mains de la nature ; il est généralement commun aux hommes, aux Cerfs et aux Orignaux.

Nous nageons le lendemain sur ce Lac auec grand courage, le chemin estant beau ; mais nous ne fusmes pas longtemps sans en troUuer le bout. Il fallut se charger vne autre fois de nostre bagage, que nous remismes à demi-lieuë du lac dans nos Canots pour nauiger à l'ombre sur vn ruisseau ; les branches d'arbres des deux riues faisant comme vn berceau naturel, en s'entrolasaant les vues dans les autres, nous donnoient plus de peine par leur embarras, que de plaisir par leur ombrage. Nous ne fusmes pas marris d'estre contraints de quitter ce filet d'eau, qui auoit pêîne de nous porter, et qui nous en donnoit aussi beaucoup ; ce fut pour entrer dans vne riuiere vn peu plus enflée, où l'eau ne nous manqua pas en toutes façons ; car les grosses ondcés de pluye qui toniboient sur nos testes, nous en fournissoient plus que nous n'en auions souhaité ; cette pluye nous accompagna \ quasi tousiours iusqu'au Lac de S. lean, qui est le ternie de la nauigation des François, personne n'ayant encore osée passer outre, soit que les chemins soient désormais trop rudes, soit qu'ils ayent esté inconnus iusqu'a présent.

Ce Lac est d'vn bel aspect, parsemé de quelques Isles vers son emboucheure; après lesquelles il estend doucement ses eaux sur vn beau sable, (]ui le termine tout en rond, tirant vn peu sur l'ouale : il a sept à huit lieues de diamètre. 11 paroist comme couronné d'vne belle forest, qui met ses riuages à l'ombre, et de quelque costé qu'on le regarde, il fait comme vne scène verdoyante et comme vn beiiu théâtre naturel de vingt lieues de tour. Il n'est pas bien profond, veu la quantité île ruieres qui s'y dégorgent, et (|ui le deuroient grossir dauantage puis qu'il n'a qu'vne decliargc, qui fait le fleuue du Saguené, dont il est la source.

Nos Sauuages, charmez de la beauté de ce lieu, en voulurent i' >ûir pendant sept ou huit iours, soit pour prendre vn peu de repos après les fatigues passées, soit pour se préparer aux futures, qui sont incomparablement plus grandes, et telles, qu'ils commencèrent à douter icy si nous les pourrions surmonter. C'est pour cela qu'ils nous conseillent de ne pas passer outre, nous asseurant que les chemin ses toient tout-à-fait eflFroyables ; ils nous disent que ce ne sont que des précipices, oùles François se doiuent bien attendre d'y faire naufrage, puis qu'eux-mesmes, qui sont rompus des leur ieunesse, en ces sortes de nauigations, ne laissent pas de s'y perdre quelquefois. Ce ne sont pas, disent-ils, de-; rapides ordinaires, mais des gouffres, barrez des deux costez de hauts rochers, plantez à pic sur la riuiere, au milieu desquels, si l'on vient à manquer seulement d'vn coup d'auiron, on se va briser sur vn escueil ou se précipiter dans vn abysme ; que les plus hardis d'entr'eux auoûent que la teste leur tournons, et qu'ils en demeurent tout le iour dans l'estourdissemeni. le veux bien coire qu'il y ait de l'amplification dans leur récit ; mais certes, ce que auons veu est au-dessus de tout ce qu'on en peut penser.

LE lAC ST., JEAN AUJOUSD'HUI.

\OUS avons vu ce qu'était le lac St.

Jean aux premiers jours de la colonie, aujourd'hui l'activité humaine a changé cet état de choses avec une admirable rapidité. Sur chacune des rivières qui alimentent cet immense réservoir d'eau, trois cents vigoureui bûcherons sont employés pendant l'hiver à faire des billotspour le compte de la maison Priée. Cette exploitation ne se fait pas sur les bords immédiats du Lac, mais à un mille ou deux dans l'intérieur. Elle ne change donc pas l'aspect général du pays si ce n'est en facilitant le défrichement de la forêt par quelques colons, qui après avoir donné leur hiver à l'exploitation du bois, se livrent pendant l'été aux travaux de défrichement.

Les (juarantc ou 'nnquantc mille billots qui descendent annuellement au moulin de Mr. Priée, sont toucs, sur toute la surface du lac fit. Jean par un remorqueur puissant appartenant à la même maison de commerce et (jui au besoin pourrait être utilisé pour les fins de la colonisation Les < tablissenients de la Pointe Bleue et do Metabetphouan sont les deux principaux centres sur les bords immédiats du lac, mais on ne snurait mettre en doute qu'il y aura bientôt tout

autour de cette immense nappe d'eau, mesurant onze lieues de diamètre et une circonférence approximative de trente cinq lieues, une douzaine de grandes paroisses, formant un centre de population considérable.

C'est alors que nous verrons ce grand Lao sillonné de nombreux bateaux à vapeur, établissant des communications faciles entre tous les points de ce champ de production. De fait, nous ne voyons pas pourquoi, aux époques où le courant de l'émigration s'établit de Québec vers ces régions, éloignées, le gouvernement n'entrerait pas en arrangements avec la maison Price afin d'utiliser son bateau à vapeur pour le transport des colons jusqu'aux points les plus extrêmes du Lac St. Jean, en même temps qu'il serait très-facile d'organiser des voyages à bon marché de Québec jusqu'à Chicoutimi par la rivière Saguenay.

S'il n'y a qu'une voix pour refuser aux hauteurs du Lac Jacques-Cartier tout avenir agricole brillant, il n'y a qu'une voix ' aussi pour justifier tout ce qui peut être raisonnablement fait dans le but d'ouvrir à la colonisation la magnifique vallée du lac St.

Jean et du Saguenay. Ici le sol est en grande partie au niveau du lac et se compose de riches alluvions, dont la culture donne des rendements maximums. L'altitude n'est plus de quatre à cinq mill^ pieds, mais de 300 pieds tout au plus audessus du niveau de la mer, dont la marée se fait sentir jusqu'au dessus de Chicoutimi. Le climat serait donc à peu près le même que celui des hauteurs de Québec eu égard à l'altitude, si le voisinage du lac p'avait pour résultat d'égaliser la température, de diminuer la fréquence des gelées blanches du printemps et de l'automne, dont les effets désastreux sont si fort à craindre dans cette région, enfin d'adoucir le climat. L'abri des montagnes qui entourent le lac et le protègent contre les vents froids du nord joue le même rôle et favorise également la végétation. Nous avons donc ici à peu près le même climat que Beauport.

Le sol et le climat sont deux éléments bien importants de la prospérité agricole en assurant la production de toutes les 'plantes cultivées, mais ils ne sont rien si le cultivateur n'a pas un marché ouvert à ses produits, si des Voies de communication facileb ne lui permettent de les échanger contre les articles de consommation dont la civilisation lui fait un besoin. Placez au centre d'une épaisse forêt un immense monceau de blô et si le cultivateur auquel il appartient est dans l'impossibilité de le transpor-

EXPLORATION DE QUEBEC AtJ LAC ST. JEAN.

tet au marché, de le livn^r à un consommateur, ce monceau de blé qui ferait sa fortune à quelques milles d'une grande cité, est d'une valeur nulle, placée par exemple sur les bords du Lac Jacques- Cartier où ù, la source des rivières Ohicoutimi, Upika ou Metabetchouan. Ce n'est qu'autant que les frais de transport jusqu'au marché seront moins considérables que le prix de vente que le producteur réalisera une valeur quelcon(iue pour sa denrée.

Aussi sans les chantiers de la maison Price répartis sur toute la circonférence du Lac St Jean, nous ne savons quels seraient les profits d'une culture aussi éloignée des consommateurs que celle qui se fait à la Pointe 131eue, à vingt lieues de Chicoutimi, par des chemins prcsqu'impos- «ibles pour, le transport des produits à un prix raisonnable. Mais il est un fait certain, c'est que les cultivateurs ne produisent jamais assez pour subvenir à la consommation des chantiers qui les avoisinent.

Le lard et la farrine sont importés de Québec par la maison Price en quantité considérable chaque année tandis que le foin même s'importe quelquefois de la côte du Sud pour l'approvisionnement des chevaux et des bœufs de travail employés au hallage des billots.

Les débouchés se présentent donc !\ la portée de chaque cultivateur pour la vente de ses produits et d'aprè-s les informations que nous avons eues, nous sommes porté à croire que les prix payés sont plus élevés que sur les marchés de Québec ou de Montréal. Le foin vaut en moyenne $\0 à 12 les 100 bottes, le blé vaut $2 le minot et l'avoine de 50cts -k 60. Le lard vaut '$8 et les autres denrées sont dans la même proportion, payables il est vrai en marchandises, mais payables aussi en argent avec un escompte de 20 pour 100. Dans ces circonstances nous ne craigons pas de promettre à la colonisation du Haut Saguenay un développement rapide, dont nous puisons l'assurance, du reste, dans lés progrès déjà réalisés et dont nous donnons l'historique afin de juger de l'avenir par l'expérience du passé.

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