IL RETOURNE A NEW=YORK
apprirent que la petite vérole s'estant mise dans le camp des Iroquois, qu'ils venoient de quitter, il en estoit péri environ huit cents, parce que ces idiots s’alloient jeter tout nuds dans l'eau, s'imaginant d'esteindre ainsi l'ardeur que leur causoit cette maladie, laquelle ils imputoient audit Sagean, disant que ce ne pouvoit estre que l’eflet de quelque sort qu'il avoit jeté sur eux, et bien luy prit d'estre hors de leur atteinte, car ils l'auroient sans doute sacrifié à leur fureur, et, dans ce dessein, ils le firent demander au commandant du fort d'Orange, qui leur fit dire qu'il n’estoit plus en son pouvoir. Le quatriesme jour après leur arrivée audit Hoock Land, ils apprirent.que ladite forteresse estoit rendue, l'ancien gouverneur et son gendre (qu'il avoit fait major de la place, de facteur de marchand qu'il estoit) prisonniers, et la rumeur apaisée, ce qui les obligea de partir pour se rendre à New- York, où ils arrivèrent deux jours après.
Ils n'eurent pas sitost abordé la terre qu'on les raena à la forteresse pour parler au nouveau Gouverneur, à qui ledit Sagean rendit compte de sa commission, et il luy fut ordonné de rester à ladite forteresse. Le lendemain ce gouverneur l'interrogea pour savoir de luy, comment il estoit venu là et quelle intelligence il avoit avec Linsselaer, son prédécesseur au gouvernement. Ledit Sagean luy raconta son aventure, comme quoy il avoit esté pris et pillé d’un grand bien par un forban, qui avoit commission dudit Linsselaer, en temps de paix, et luy demanda justice et quelque dédommagement sur les biens dudit Linsselaer ; mais il n’en put obtenir autre chose, si ce n'est qu'il l'assura que, dans peu, il auroit la satisfaction de le
voir punir de toutes les injustices qu'il avoit faites, et que, pour son bien, il estoit tout confisqué au profit du Roy. En
128 SAGEAN PRISONNIER.
effet, à dix ou douze jours de là, ledit Sagean et ses camarades, qui le rejoignirent, comme il sera dit cy après, eurent la foible consolation, de voir pendre ledit Linsselaer et son gendre.
Cependant ledit Sagean estoit tousjours retenu à ladite for. teresse prisonnier, ct quelques jours après qu'il y fut arrivé, ses camarades ayant esté découverts à la Longue Isle, ils y furent aussi conduits prisonniers comme luy.
Pendant que ledit Slater vescut, ledit Sagean et les autres François furent bien nourris et bien traités, les ayant mesme fait habiller; mais il arriva malheureusement pour eux qu'il mourut trois mois ou environ après son arrivée, et que le Major de la place, qui en prit le commandement, n’eut pas les mesmes esgards pour eux, leur faisant au contraire toutes sortes de mauvais traitemens, et marquant, en toute rencontre, une grande animosité contre les François, qu'il accabloit d'injures.
Comme ce gouverneur mourut subitement, on crut qu'il avoit esté empoisonné par les menées des Hollandois, pour n'avoir pas trouvé en luy la mesme facilité, qu’avoit pour eux son prédécesseur, de favoriser leur commerce, au préjudice de celuy des Anglois.
Peu de temps après cette mort, ledit Sagean vit arriver à ladite forteresse un officier françois qu’il entendit nommer le Chevalier D'O, que les Hollandois, habitués au fort d'Orange, envoyèrent et qui y resta aussi prisonnier. — Il estoit capitaine dans le Régiment de la Marine, qui servoit alors en Canada, et avoit esté envoyé en ambassade aux Sonnontouans, par M. le Comte de Frontenac, pour tascher d'y négocier la paix avec les Iroquois. Mais ces Barbares, bien loin d’es-
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