‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 117 sur 662 · IL PARLE AU CHEVALIER D'O, AUSSI PRISONNIER · texte numérisé non relu

IL PARLE AU CHEVALIER D'O, AUSSI PRISONNIER

couter ses propositions et violant le droit des gens, l'attachèrent à un poteau, aussi bien que tous les autres François à sa suite au nombre de quatorze, pour lesfaire mourir et les manger, ce qu'ils exécutèrent en effet à l’esgard desdits quatorze, et ils auroient fait sans doute le mesme traitement audit sieur chevalier d'O, qui s'y attendoit bien aussi, ayant esté tesmoin de celuy qu'on venoit de faire à ses gens, sans l'instance que firent à ces anthropophages quelques Hollandois, qui se trouvèrent, par bonheur pour luy, audit lieu de Sonnontouan, à traiter avec cette impitoyable nation, et qui luy sauvèrent la vie, moyennant une rançon qu’ils payèrent en marchandises. — Ledit Sagean n'eut la liberté de parler qu’une seule fois au dit sieur chevalier, leur ayant esté fait défense d’avoir aucune communication ensemble, ce qui fut consigné aux sentinelles ct autres soldats de garde; on les faisoit coucher séparément, sçavoir ledit sieur chevalier d'O dans leur temple, et ledit Sagean et ses camarades au corps de garde, et tous sur ja dure. Ainsi ledit Sagean ne peut sçavoir aucune autre particularité du sieur chevalier, qu'il laissa encore prisonnier, lorsqu'il se sauva, comme il sera dit cy après.

Pendant queledit Sagean estoit prisonnier à ladite forteresse, tant du vivant dudit Slater qu'après sa mort, il y fut plusieurs fois visité par un jeune homme de la ville, fils d'un très riche négociant hollandois qui y estoit establi, nommé Feride Phelyp, et qui avoit encore trois autres fils. Sur ce que ce jeune homme avoit sceu que ledit Sagean avoit esté à la Louisiane avec M. de La Salle, celuy-cy, c'est-à-dire Sagean, ayant raconté ses aventures et la descouverte, qu'il avoit faite, de la nationdes Acaanibas etl’abondance d'orqu'ils avoient, ce

jeune homme luy dit qu’il sçavoit bien où estoit l'embouchure

130 SAGEAN REFUSE DE CONDUIRE AUX ACAANIBAS,

du fleuve de Mississipi, pour y avoir esté avec les Espagnols, ayant navigué quelque temps avec eux, que ladite embouchure estoit dans la baye d'Apalache, dont l'entrée estoit extrèmement petite et difficile à rencontrer à ceux qui n’en avoient pas une connoissance pratique, comme luy. Il proposa audit Sagean et à ses camarades de se joindre à luy pour aller entrer par ladite embouchure dans ledit fleuve, pour le monter jusqu’à ladite nation et tascher d’y establir un commerce, disant que, pour cet effet, il équiperoit un navire de quatre-vingts hommes d'équipage avec des bateaux plats de bois de cèdre, légers ct propres pour naviguer sur ledit fleuve, et qu’il feroit bonne provision des sortes de marchandises et munitions propres pour la traite; que ledit navire attendroit autant de temps qu’il seroit nécessaire, un an, s’il le falloit, à l'entrée dudit fleuve le retour desdits bateaux, et enfin que, s'ils réussissoient à establir ledit commerce, il donneroit audit Sagean et à ses cinq camarades, outre la liberté de leur prison, six mille escus à chacun.

Quelque avantageuses que fussent ces offres pour ledit Sagean et ses camarades, ils ne voulurent pas néantmoins y entendre, se souvenant tousjours qu'ils estoient Francois et préférant le devoir, que leur imposoit leur naissance, à tous les biens du monde, etle service de leur légitime souverain à celuy de tout autre, ayant considéré que cette entreprise auroit fait tort aux establissemens que les François ont desjà à la Louisiane, et au progrès de leur commerce avec ces peuples sat: ‘ages, qu'il auroit fallu de necessité contre-carrer.

Ledit Sagean, cinq mois après sa détention, et le mois de Novembre venu, qu'il glaçoit déjà assez fort pour pouvoir facilement marcher, s’avisa d'aller demander sa liberté et celle de ses camarades au commandant, qui n’y voulut jamais en-

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