IL S'ÉCHAPPE AVEC UN DE SES CAMARADES
tendre ct le rabroua fort, en luy disant qu'il auroit sa liberté, quand la paix seroit faite, etnon pas plus tost ; il défendit mesme aux soldats, qui gardoient ledit Sagean et ses camarades, de leur permettre de parler à luy, n'en voulant pas estre davantage importuné, ce qui luy fit prendre la resolution de tascher de se sauver. Il en trouva l’occasion quelques jours après. Un soir que le commandant estoit en grande desbauche avec ses amis et qu'il fit distribuer de la boisson aux soldats de garde, afin qu'ils se ressentissent de la feste, ledit Sagean, voyant lesdits soldats en train, leur donna de l’argent pour aller acheter du rhum, autrement de la guildive, pour les achever de se saouler, ce qui ne manqua pas d'arriver.
Pour lors ledit Sagean proposa son dessein à ses camarades, desquels deux l’approuvèrent et voulurent estre de la partie. Mais les deux autres, plus timides, ne voulurent point s’y accorder, et aimèrent mieux rester prisonniers que de se risquer à rendre leur sort plus malheureux. Ils s'en furent donc tous trois, environ minuit, vers l'endroit où sont les lieux, sur la muraille, afin qu’ils eussent une excuse preste, en cas qu’ils fussent rencontrés en chemin, mais ils n'avoient point tant à craindre; car, quoyque cet endroit fust entre deux sentinelles, outre que la nuit estoit fort obscure, les soldats estoient si pleins de boisson et si assoupis, qu'ils ne les aperceurent point. Tellement qu'ils se jetèrent, sans aucun obstacle, du haut en bas des murailles, qui sont sans fossé, mais qui ont environ 22 pieds de haut. Ledit Sagean et l'un de ses deux camarades tombèrent heureusement, sans se faire aucun mal, mais il n°en fut pas de mesme de l’autre, qui, estant tombé sur des pierres, se cassa les deux jambes, ce qui le mit dans l'impossibilité de suivre ses camarades, qui furent obligés de l’abandonner ainsi