ARRIVÉE DE SAGEAN À BREST
le Nassau, capitaine Meinthe, mit à la voile pour revenir aussi en Angleterre, le 14 Février 1699. Il alla d'abord à Batavia, où il stjourna cinq jours à faire de l’eau et du bois et prendre des rafraischissemens. De là il fut à Bantan, de Bantan au détroit de Java et de là à l’isle Sainte-Hélène, où il fit encore de l'eau et du bois et prit des rafraischissemens.
Les Anglois ont une colonie dans cette isle, dont le gouverneur çst un François, religionnaire réfugié. Il y a environ 200 hommes, tant habitans que soldats, partie Anglois et partie François. Il y a un fort de brique, dans lequel ils ne permirent pas audit Sagean d'entrer. Au pied de ce fort il y a une batterie de 28 pièces de canon de 16 et de 12, qui bat à fleur d'eau sur la rade, laquelle est belle et grande, et où il y a bon mouillage pour toutes sortes de navires. [ls y séjournèrent quinze jours, après lesquels ils mirent à la voile d'un bon vent, Ce vent les ayant favorisés longtemps, ils arrivérent enfin à Londres le 17 Aoust 1699, six mois après leur départ de l’isle d'Amoué.
Estant arrivés à Londres, ledit capitaine Meinthe congédia ledit Sagcan, qui avoit dessein de s’en venir en France. Il luy fit présent, pour son voyage, de sept guinées, qui sont autant que sept louis de France.
Ledit Sagean a esté deux mois à Londres à y attendre quelque occasion de bastiment françois, et il s'embarqua enfin sur une barque du Morbihan, frétée pour Nantes, qui l'a mis à terre à Perros, d'où il est venu à Brest. Il a eu l’honneur, à son arrivée, d'y rendre ses respects à M. Desclouzaux, Intendant de la marine, et s'est enrôlé dans la compagnie de La Vieuville pour pouvoir subsister, en attendant quelque
occasion de s’en retourner en Canada ou d'aller à la Loui- VI, it
102 QUESTIONS FAITES A SAGEAN.
siance, si la Cour trouve à propos de l'y envoyer, promettant if ï signifie encore que, pourveu qu'on le mène au bord du fleuve de À D à moient Mississipi, en quelque endroit ou hauteur que ce soit, il 7 rison!
retrouvera bien le chemin des Acaanibas et liera commerce 1 c j = à fi SALCan avec eux pour en tirer de l'or en quantité, comme il a dit : 7 fi mcgue, cy-devant. ï à anglois D ——— : les avo à pays de IT À lasigni ; nie 2 Franco ENQUÊTE Ut À tic la [NA AU SUJET DE LA DÉCOUVERTE DU PAYS DES ACAANIBAS. dudit S. Il y:
SAUVATC Réponses de Mathieu Sagean, Canadien, aux demandes cy'- È Turquo après, qui luy ont esté faites de nouveau par ordre de mourir.
Monseigneur de Pontchartrain. Lét a province
PREMIÈRE peManpe. — Sçavoir les noms des autres Cana- nt du nomE
diens qui ont fait le voyage avec luy aux Acaanibas. BD Chesna ss Ë : 4NCSDAV
Response. — Il n'y avoit parmi ces douze aventuriers que jui rest qui resta
quatre d'entre eux qui fussent proprement Canadiens où | quand le créoles de Canada, compris ledit Sagean, qui ne connoissoit i jambes à les autres que par des noms de guerre sauvages, qu'ils s'estoicnt Ë ae
donnés en langue Algonquine (qui est comme universelle et fesse, à , entendue par toutes les diverses nations du Canada), suivant l qilsasar la coustume de la plupart des Francois, qui vont chercher for- # ae tune en ce pays-là, ce qu'ils font pour se rendre plus agréables 1 À firent nau
auxdites nations, avec lesquelles ils ont à traiter. Ledit Sa ne Cie
gean luy-mesme en avoit pris un, qui estoit Routine, qui h Ledit Re CL l
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QUESTIONS FAITES A SAGEAN, 103
signifie le vent en ladite langue. Les autres trois se nommoient, sçavoir : Micana, qui veut dire Duchemin, qui resta prisonnier dans la forteresse de New-York, lorsque ledit Sagcan s'en sauva, comme il l'a dit dans sa relation ; Maramègue, qui veut dire Poisson. Ce fut un de ceux que le forban anglois, nommé Wilmessen, fit mourir dans son bord, après les avoir dépouillés tous de l’or qu'ils avoient apporté du pays des Acaanibas; et Garahau, dont ledit Sagean a oublié la signification. Il fut tué par les [roquois au combat que les François du Canada leur livrèrent aux Cascades, sur le bord de la rivière de Cataracouv, comme il se voit par la relation dudit Sagean.
Il y avoit de plus un mestis, fils d’un François et d'une Sauvagesse, natif de la coste d’Acadie, qui se nommoit Turquoy, cet qui fut un des six que ledit forban anglois fit mourir.
Les sept autres de leurs cimarades estoient de diverses provinces de France, et se nommoient : La Fortune, aussi du nombre des six que ledit forban fit mourir à son bord; La Chesnaye, idem; Desnoyers, idem; Lafaverie, idem; Barrois, qui resta prisonnier dans la forteresse de la Nouvclle-York, quand ledit Sagean s'en sauva; La France, qui se cassa les jambes en sautant les murailles de ladite forteresse pour se sauver, qui resta au pied desdites murailles de ladite forteresse, à cause de cet accident; et Turpin, dit La Chance (?), qui se sauva de ladite forteresse avec ledit Sagean, et qui a vraisemblablement péri à la côte de Barbarie, lorsqu'ils y firent naufrage avec le capitaine Cras, tlibustier anglois, comme ledit Sagcan l’a marqué par sa relation.
Ledit Sagean ne les a jamais connus que par ces noms-là,
164 QUESTIONS FAITES A SAGEAN:
qui paroissent aussi des noms de guerre, et ne sçait aucun de leurs noms propres. Il y avoit encore avec eux deux Sauvages de la nation des Loups, ou Mahcgan, lesquels restèrent parmi les Miamis au retour du voyage des Acaanibas, comme il se voit par ladite relation.
DEUXIESME DEMANDE. — Combica ils ont employé de jours à remonter la rivière du Mississipi depuis l'endroit où £e jette celle des Illinois ?
ResPoxse, — Deux mois ou environ.
TROISIESME DEMANDE. — S'ils ont esté plus nord que la nation des Sioux ?
Response. — Ledit Sagean ne connoist point cette nation des Sioux, à moins que ce ne soit des Sioux, dont il a connoissance, mais il dit que les Acaanibas sont au Sud-Sud-Ouest desdits Sioux, et non pas au Nord.
QUATRIESME DEMANDE, — Quelle distance il y a plus pres de l'endroit où ils ont quitté la rivière de Mississipi jusqu'à celle qui conduit aux Acaanibas ?
Respoxse. — Ledit Sagean, en parlant de la descouverte de cette dernière rivière dans sa relation, a desjà marqué cette distance, qui est de 14 lieues, dont ils firent portage.
CINQUIESME DEMANDE, — Si cette rivière des Acaanibas est large et profonde en cet endroit ?
REspoxse. — Ledit Sagean ne sçauroit dire positivement là largeur ni la profondeur de cette rivière, mais il asseure qu'elles sont considérables, et qu'elle est plus large et plus profonde que celle de Mississipi mesme; il ajoute que tant plus ils la descendoient, tant plus elle s’eslargissoit. Les Acaanibas la nomment Milly, qui veut dire Rivière d'or en leur langue. Aussi ledit Sagean croit-il si bien avoir vu beau-
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QUESTIONS FAITES A SAGEAN, 105
coup de poudre d'or sur ses rivages qu'il l'assure affirmativement, quoiqu'il ne soit point parlé dans sa relation d’une circonstance aussi considérable.
SIXIESME DEMANDE. — Combien de jours ils ont employés à se rendre jusqu'à cette nation?
Response. — Environ de trois semaines.
SEPTIESME DEMANDE, — Combien à remonter de là jusqu'au licu d'où ils estoient partis ?
Response, — Comime il est beaucoup plus difficile de monter que de descendre, à cause des courans, ils mirent bien deux mois à refaire le mesme chemin qu’ils avoient fait en trois semaines en descendant ladite rivière.
HUürTIESME ET DERNIÈRE DEMANDE, — S'il n'a rien appris de l'endroit où cette rivière entre dans la mer, et pourquoy ces Acaanibas ne se servent pas plustost de cette rivière que d'autre voiture pour porter leur marchandise et leur or?
Response. — Il ne peut rien dire de certain touchant l'endroit où cette rivière entre dans la mer. Il a desjà dit dans sa relation qu'il croyoit qu'elle alloit tomber dans la mer du Sud, et il croit que c’est vers la Californie.
Au surplus, il ne sçait que respondre, sinon que ces peuples ne sont point du tout navigateurs, et qu’ils n’ont d’aucune sorte de bateaux que de petits canots d’une pièce, sans voilure, et dont ils ne se servent que pour la pesche et pour couper le ris et folle avoine qui croissent dans l'eau. Il adjouste qu'ils sont grands ennemis des Espagnols, qu'ils disent avoir massacré leurs ancestres et envahi leur premier pays. Ils conservent par des chansons, qu'ils chantent presque continuel-
lement et enseignent à leurs enfans, le souvenir de leurs
cruautés, Ces cruautés contiennent entre autres choses l'his-
166 QUESTIONS FAITES À SAGEAN.
toire d'un de leurs anciens Rois, qui se nommoit Attibala, lequel avoit trois fils, dont l'aisné portoit le nom du père, ct les deux autres se nommoient Montezuma et Acaaniba, desquels les deux Attibala père ct fils furent tués et Monte. zuma pris prisonnier par les Espagnols: et pour ce qui cest d'Acaaniba, il se sauva avec plusieurs de sa nation, et s'en fut habiter le pays qui porte son nom présentement, et d'où les Espagnols n'ont faire que d'approcher jamais; ce aui luy fait croire que ce n'est point avec cette nation qu'ils traitent leur or, qu'ils envoient par caravanes, mais bien avec les
Japonois, comme il a dit duns sa relation.
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UN CANADIEN, A LA MARTINIQUE, FAIT AU CAPITAINE BELLE-ISSUE UN RÉCIT ANALOGUE
A GELUL DE MATHIEU SAGEAN:
Il y a icy (Brest) un capitaine de navire marchand, nommé Belle-Issue, de la paroisse de Saint-Alban, évesché de Saint- Brieuc, qui commande actuellement la Marie-Louise, de So tonneaux ou environ, estant en ce port ct se disposant à partir pour le voyage de Terre-Neuve pour le compte de plusieurs marchands de cette ville, lequel rapporte qu'il y a environ deux ans et demy qu'estant au fort Saint-Pierre de la Martinique, commandant le Saint-Joseph de cette ville,
appartenant au sieur de Larmorique le Gac et audit capi-
taine, il se présenta à luy un homme âgé d'environ trente ans,