AVRIL-MAI, AVIS SECRET D'UN COMPLOT DES SAUVAGES
va de l'honneur des officiers. Je sçais qu'il a de l'estime pour vous; ne le forcez pas de changer de sentiments et ne donnez pas à la nation Espagnole une mauvaise idée des officiers François de cette Colonie; revenez donc dans votre patrie et détruisez par votre présence tous les discours qui pourroient porter préjudice à vostre réputation. Soyez persuadé, Monsieur, de la sincérité de mes sentiments et que personne n'a l'honneur d'estre plus parfaitement, Monsieur, etc., etc.
Le 28, le chef de guerre des Natchitoches partit des Nassonites pour s'en retourner à son village; je luy remis un des grands bateaux de la Compagnie pour le descendre jusqu'à la Nouvelle-Orléans: j'escrivis à M. de Bienville par cette occasion et luy marquay les mouvements que je me donnois pour réussir dans l’ouverture du commerce avec les Espagnols et que mon dessein estoit de pénétrer jusqu'au Nouveau-Mexique.
Le 1 May, quatre de mes gens me désertèrent à dessein d'aller aux Assinais. Je fis courir après eux quelques Sauvages qui me les ramenèrent; mon dessein estoit d'en punir quelques-uns, mais à la sollicitation des autres, dans lesquels je voyois un esprit de mutinerie, je fus contraint de leur pardonner.
Le 9, un soldat de la garnison me donna avis qu'il avoit appris par une femme Sauvage, que plusieurs chefs de ces nations avoient arresté, entre eux, de lever la chevelure à tous les François, et que celui qui estoit à la teste de ce complot estoit le chef de guerre des Nassonites. Quoyque je doutasse très fort de cette nouvelle, je ne laissay pas de prendre les
mesures nécessaires pour me mettre hors d’insulte. Je fis
faire des retranchements à l’entour de ma maison et mis en
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ARRESTATION D'UN CHEF DE GUERRE DES NASSONITES. 271 estat quatre pierriers, une couleuvrine et toutes nos armes défensives ; je fis tendre dans Îles endroits, où l’on pouvoit nous attaquer, six grandes piques de fer que je destinois pour prendre des bœufs; après quoy j'envoyay le sergent avec six soldats prendre le chef de guerre dans sa maison. Ils me l’'amenèrent; je le fis mettre aux fers, et j'envoyay, lelendemain, chercher les chefs des quatre nations, auxquelles, après leur avoir reproché leur ingratitude, je déclaray que je voulois me retirer de chez eux, mais qu'ils devoient s'attendre à estre entièrement détruits par toutes les nations, qui estoient nos alliées; que cependant, pour punir l'injustice de leur chef de guerre, j'avois pris la résolution de le faire mourir, en leur présence, afin de leur faire connoistre que, quoyque nous ne fussions que peu de François, nous ne les appréhendions nullement.
Les chefs de ces nations me tesmoignèrent, les larmes aux yeux, que c'estoit à tort que je les accusois d'une si noire pertidie, qu'ils n'avoient pas oublié que j'estois leur chef de Calumet, que, bien loin de nous vouloir détruire, ils estoient prests à sacrifier leur vie pour nostre service; qu’il estoit vray que le chef de guerre avoit eu l'imprudence de tenir de mauvais discours, parce qu’il avoit eu quelque discussion avec un guerrier de ma nation, mais que c'estoit un jeune homme qui avoit parlé sans rétlexion ; que ce qu'il pouvoit avoir dit ne décidoit de rien, n'ayant nulle autorité chez eux, que le titre de chef de guerre estoit un honneur qu’on lui avoit déféré, en considération de ce qu'il avoit tué à l’âge de seize ans deux guerriers de la nation Chicacha, lesquels
avoient levé la chevelure à son père. Ils me prièrent de luy
pardonner, ce que je leur accorday volontiers, mais, en leur