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RESTER EN PAIX AVEC LE MEXIQUE

Lettre des Directeurs à Monsieur de La Harpe, Commandant aux Cadodaquious.

« Nous avons receu, Monsieur, vos lettres du 28 Avril le 4 Aoust, Nous voyons avec plaisir les progrès que vou; faites dans la descouverte des terres. Nous ne pouvons que vous exhorter à continuer, comme vous avez commencé, en suivant les ordres que vous en avez reçus du Conseil de la Louisiane, et vous assurer que vous trouverez de la part de la Compagnie tous les agrémens qu'elle pourra vous procurer et qu’elle satisfera à toutes vos dépenses. Nous vous donnons avis que l’intention de la Compagnie n'est point de faire la guerre aux Espagnols du Mexique, au contraire de les traiter avec amitié, afin d'attirer le commerce de vos costés. Vous vous réglerez là-dessus dans toutes vos entreprises. Votre zèle et votre conduite passée nous donnent lieu de croire que vous sçaurez concilier vos desseins avec les intentions de la Compagnie, auprès de qui nous vous rendrons la justice due à votre activité et bonne volonté.

« Nous sommes très parfaitement, Monsieur, vos très humbles et très obéissans serviteurs.

€ DevitraARDEAU, BIENVILLE, C. LEGAC, HunERrT. »

Lettre particulière de M. de Bienville à M. de La Harpe.

Jay reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait le plaisir de m'escrire des Nassonites du 9 Avril, par laquelle j'apprends que vousestescontentd'avoir monté jusqu'au lieu où vous estes. Il faut avoir autant de courage que vous en avez pour avoir resisté à des fatigues si pénibles. Je vous suis bien obligé du grand détail que vous vous estes donné la peine de m'adresser.

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LA HARPE FÉLICITÉ DE SES DÉCOUVERTES. so Vous me ferez toujours beaucoup de plaisir de m'escrire, quand vous en aurez occasion. Je crois que la guerre que nous avons à présent avec l'Espagne doit vous détourner d'entreprendre d’aller au Nouveau-Mexique. Je vous envoye le passeport ou commission que vous me mandez; vous vous en servirez, si vous croyez qu'il n'y ait point de risque pour vous de la part des Sauvages, alliés des Espagnols. Je suis persuadé que, si vous ne réussissez pas dans ces découvertes importantes, personne ne doit l’entreprendre. Je le marque à la Compagnie et luy fais connoistre ia conséquence et l’avantage pour le pays que vous y puissiez réussir, ce dont je ne doute nullement, comme je le fais de votre capacité.

M. Legac m'a paru avoir envoyé le reste de vos effets à la Nouvelle-Orléans par le bastiment de Bellanger pendant mon séjour à Pensacola. La guerre que nous avons avec les Espagnols ne m'a pas permis, ny mesme ne me permet pas encore d'aller à la Nouvelle-Orléans. Ces Messieurs les Directeurs se sont trouvés dans un si grand embarras, depuis qu'ils se sont assemblés, que je n’ay pas eu le temps de faire régler la gratification qui vous estoit deu2 pour avoir transporté à vos frais vos effets au lieu de vostre concession, à quoy la Compagnie s’estoit obligée.

Je vois bien, Monsieur, qu'il faut que vous ayez au moins au poste où vous commandez une trentaine de soldats. J'en fais actuellement partir cinquante pour la Nouvelle-Orléans, ct jescris à M. Davril qu'il convient de vous les envoyer aux Natchitoches. Le bateau, que vous avez confié à descendre au chef blanc, est icy ; je compte que ce printemps vous nous renverrez la felouque. Je suis si accablé d’affaires, Monsieur,

que Jen’ay pas le temps de vous escrire aussy au long que je le

302 OCT. 1719. LA HARPE S'ARRÈTE AUX CADODAQUIOUS,

voudrois sur tous les articles de vos lettres. J'ay recommandé au sieur Derbanne de vous marquer le détail de notre petite guerre.

Je souhaiterois que la paix se pust faire bientost avec l’Espagne, tant par rapport au commerce, que je ne doute point que vous n’establissiez avec eux dans vos quartiers, que pour nous tirer icy des embarras où nous sommes icy sur la coste.

Je vous souhaite, Monsieur, une parfaite santé. Je vous prie d’être toujours persuadé que je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obeissant serviteur.

B'IENVILLE.

Ayant appris par quelques Sauvages Amédiches que les Espagnols s'assembloient du costé de la rivière de la Trinité, qu'il leur venoit des troupes, et que leur dessein estoit de retourner aux Assinais, je pris le party de descendre à la Nouvelle-Orléans pour informer M. de Bienville de toutes choses. Comme les eaux estoient basses, je ne pus prendre qu'une moyenne pirogue, dans laquelle je partisle 27 du mois d'Octobre avec six hommes, du nombre desquels étoit Saint-Francois, caporal de la garnison. Le soir, nous nous arrestasmes au village de Cadodaquious.

Le 28, ayant descendu environ 10 lieues la rivière, nous rencontrasmes trois pirogues de nos Sauvages, venant de la chasse aux bœufs. Ils me dirent avoir rencontré, près de la petite rivière, plusieurs cajeux nouvellement faits, travaillés par la nation Tonicaus, qui sont les Yasous, ce qui les obligcoit de retourner à leurs villages.

Le 29, à quatre heures de l’après-midy, nous passasmes la

petite rivière; elle gist dans son entrée au Nord-Nord-Ouest.

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