‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 270 sur 662 · SOINS QUE DONNENT LES SAUVAGES A LA HARPE · texte numérisé non relu

SOINS QUE DONNENT LES SAUVAGES A LA HARPE

sant le péril où j'estois, envoyèrent en diligence chercher trois de leurs médecins, qu'ils nomment sorciers. Cette nation est celle qui passe pour la plus experte dans cet art.

Ils arrivèrent à deux heures après minuit et commencèrent par me chanter le Cocodrille {sic), et à me jongler plus de deux heures. J'estois si abattu que je ne fis nulle attention à toutes ces extravagances, estant enflé extraordinairement. Ils me mirent nud à terre, estendu sur une robe de bœuf, où ces médecins me sucèrent dans toutes les parties du corps Îles plus aflligées ; je m'en trouvay un peu soulagé.

Le 5, ils me firent un brancard ou plutôt une échelle, sur laquelle ils m2 portèrent sur leurs épaules. Cette situation m'estoit si douloureuse qu'ils furent toute la journée à me conduire à un ruisseau qui descendoit au lac, quoiqu'il ny cust qu'une lieue et demie de chemin du costé du S.-S.-0.

Le 6, je m'embarquay dans une petite pirogue. Nous fismes J lieues jusqu'à estre arrivé à quelques cases Adayes, où ces nations estoient pour lors à faire la récolte de pommes de terre et de plaquemine, duquel fruit ils font du pain. Les Sauvages, qui me conduisoient par le ruisseau, eurent une peine incroyable à y faire passer la pirogue à cause des arbres renversés. [ls estoient obligez souvent de la porter pardessus les arbres. À l’esgard des autres, ils suivirent le chemin par terre, estant plus court. Îl est remarquable que ces nations n'habitent cet endroit que dans les eaux basses, le pays inondant dans les eaux hautes.

Le 7, l'on m'embarqua dans une pirogue un peu plus grande que la précédente. Nous traversasmes plusieurs lacs, et, après avoir fait 1o lieues, nous arrivasmes au portage des Natchitoches, à 2 lieues de ce poste.

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LA HARPE DESCEND A LA NOUVELLE-ORLÉANS 305 Le 8, M. Blondel arriva au-devant de moy avec trente Sauvages. Ils firent un autre brancard, sur lequel ils me portèrent jusqu'à une portée de pistolet du fort, où j'arrivay peu après dans une pirogue. Je compte que tous ces portages m'ont cousté plus de 40 pistoles.

Le changement de nourriture rétablit un peu ma santé et me mit en estat de songer à partir pour la Nouvelle- Orléans.

J'appris dans ce poste quelque ‘circonstance touchant l'expédition de M. Blondel à l'esgard de la mission des Adayes. — J'y fus sensible, la trouvant contraire aux intentions de la Compagnie. — Je fis connoistre à M. Blondel la conséquence de cette démarche, qu'il estoit important que les Espagnols fussent establis près de nos postes, à cause du commerce et des bestiaux que l’on pouvoit tirer d’eux ; que, d'ailleurs, ces missionnaires n’estoient pas en estat de nous causer le moindre ombrage, qu'ils nous avoient toujours rendu service et avoient fait la fonction de curez au fort. Làdessus M. Blondel m'assura qu'il n'avoit esté aux Adayes que dans le dessein de conserver cette mission contre les efforts de nos Sauvages, lesquels, sachant la rupture qui estoit entre nous, n'auroient pas manqué de la destruire, mais que ces Péres, ne connoissant pas nos intentions, s’en estoient enfuys avec précipitation, ayant abandonné les vases sacrés, et les autres effets desquels les Sauvages s’estoient emparez. — Sur ces circonstances, je le fis résoudre à faire tenir une lettre à ces Pères, que je luy dictay en langue espagnole, de laquelle voicy la teneur :

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