‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 292 sur 662 · BELLE=ISLE APERÇOIT DES SAUVAGES · texte numérisé non relu

BELLE=ISLE APERÇOIT DES SAUVAGES

La

ramassay, que je fis cuire au feu; je trouvay cela bien bon.

Quinze jours après la mort de mon dernier camarade, estant à chercher de ces vers sur le midy, je vis une isle qui est au milieu de la baye où j'estois, e{ des Saurages, qui estoient descendus pour y ramasser des œufs, que des oîseaux y font sur le sable. C’estoit le commencement de l'été, C'est la saison qu'ils descendent du fond de la baye avec des pirogues. J'examinay longtemps si je ne me trompois point et si c'estoit effectivement du monde. Je vis que c'en estoit. Je m'embarquay sur le champ sur mon petit canot pour aller à cette isle pour y joindre les Sauvages que je voyois. Je pensay périr à la traverse, car elle a deux lieues de large, joint à ce que j'estois exténué et très maigre. Mais je risquay le tout pour le tout. J’arrivay enfin à cette isle. D'abord je débarquay et je vis à cent pas de moy trois hommes. J'allay à eux, et m’estant approché du plus près de moy, je voulus l'embrasser. Mais cet homme se recula, comme une personne qui n'a jamais vu de blanc. Je crus pour lors qu'il alloit me tuer. Cependant les deux autres, s'estant approchés, me prirent la main et me les firent mener à mon canot. Ils prirent sur le champ tout ce qui estoit dedans, qui consistoit en nos fusils, nos épées et nos couverts d'argent, mon manteau et quelques autres choses. Quand cela fut fait, ils commencèrent à me tirer mes bas, les culottes, lhabit, la chemise et le chapeau, et enfin me mirent nud comme la main. [ls avoient ramassé de dessus cette isle près de cinq cents œufs. [ls en avoient cuit; ils me mirent à mesme. J'en mangeay tant que j'eus faim. Je mangeay aussy d’un poisson qu'ils avoient, Aprés m'estre rassasié, la reflexion me prit

sur ma nudité; je me couvris avec mes mains et priay un de

Page 1