‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 293 sur 662 · Q=1721. ILS LE DÉPOUILLENT ET LE FONT ESCLAVE · texte numérisé non relu

Q=1721. ILS LE DÉPOUILLENT ET LE FONT ESCLAVE

ces Sauvages de me donner une de mes chemises. Ils se mirent à rire et à se moquer de moy, sans vouloir le faire. La nuit estant venue, je m'aperçus bien vivement que j’estois nud; il y avoit tant de maringouins que j'en pensay mourir, Je fus obligé de me mettre dans l'eau jusqu'au col et passay la nuit de cette manière, sans que cettecanaille eust l'humanité de me rien donner de mes hardes pour empescher que ces maringouins me piquassent tant.

Le matin estant venu, ils me firent embarquer avec eux et me menèrent à une terre que nous voyions, où estoient leurs femmes et d'autres Sauvages. Lorsque j'arrivay là, j'entendis des hurlemens épouvantables de ces gens là et mesme de ceux avec qui j'estois venu. Cela me faisoit trembler, et je croyois à tout moment qu'ils m'alloient tuer. [ls furent un jour ct demy sans me donner à manger, après quoy ils me donnèrent des pommes de terre bouiilies, que je mangeay avec bien de l'appétit. Deux jours après mon arrivée dans cet endroit, je vis venir cinq à six pirogues, qui descendoient aussy du fond de la baye joindre ceux avec qui j'estois. A leur arrivée, ce furent les mesmes hurlemens qu’avoient faits les premiers. Je ne sçavois ce que vouloit dire cela; cependant je compris depuis que c’estoit leur manière, car ils crient du bien comme du mal indifféremment. Je passay dans ce canton-là tout l'été avec eux à aller d’un costé et d’autre chercher à manger, car ils n'ont ny cabanes ny ensemencements de terre pour vivre. C'est pourquoy ils errent de cette manière pendant tout l'été; les hommes tuent quelques chevreuils et quelques bœufs, ct les femmes cherchent des pommes de terre. Cela se fait

quand il fait beau temps; lorsqu'il pleut, personne ne va

chercher de quoy vivre, et ils passent fort bien deux à trois

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