FRONTENAC RECOMMANDE LE SUEUR AUX SIOUX
doit la protection d'Onontio et de vouloir les regarder comme ses enfans, le suppliant qu'on luy ouvrist un chemin pour pouvoir venir icy, comme les autres, qu'il n’avoit encore rien fait qui pust luy mériter sa protection, mais que, si le soleil pouvoit l’esclairer dans la route de son pays jusques à celuy cy, il verroit dans la suite que les Sioux sont des hommes, et que toutes les nations, devant lesquelles il parle, le sçavent.
Ce n’est pas par ce que j'apporte, a-t-il continué, que j'espère que celuy qui gouverne cette terre aura pitié de moy. — J'ay appris par les Saulteurs qu’il ne manquoit de rien, qu'il estoit le maistre du fer, qu'il avoit un grand cœur, auquel il pouvoit recevoir toutes les nations. C’est ce qui m'a obligé d'abandonner mon corps pour venir demander sa protection et le prier de me recevoir au nombre de ses enfans. Prends courage, grand Capitaine, ne me rejette pas, ne me méprise pas, encore bien que je paroisse malheureux à tes yeux. Toutes les nations qui sont icy présentes sçavent que je suis riche, et que le peu qu'elles offrent se prend sur mes terres.
M. le Comte de Frontenac, après avoir parlé aux autres nations et leur avoir représenté de vivre en paix avec les Sioux pour ne songer qu’à tourner leur hache du costé de l’Iroquois, fit dire au Sioux qu'il le recevroit au nombre de ses enfans, à condition qu'il n’escouteroit que la voix de son père et qu'il y seroit obéissant, qu'à l'avenir il leur renverroit Le Sueur, qui est l'unique qui parle leur langue, et qu'il leur porteroit les choses necessaires.
Après quoy, suivant leur coutume ordinaire dans une affaire d'importance, ils s'approchèrent d'Onontio et, luy prenant les jambes, ils recommencèrent à pleurer endisant : Ayez pitié de moy, je sçais bien que je suis incapable de vous