‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 66 sur 662 · RENCONTRE DES SAUVAGES QUI AVAIENT PILLÉ LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

RENCONTRE DES SAUVAGES QUI AVAIENT PILLÉ LES FRANÇAIS

celle des Quicapous, ainsi nommée du nom d'une nation qui en à autrefois habité les bords.

Du 5 au, iltit dix lieues et demie ct dépassa la Rivière Cachéeet celle aux Ailes; le mesme jour il aperceut des canots, remplis de Sauvages descendant le fleuve. Les cinq Canadiens reconnurent que c'estoient ceux qui les avoient pillez. On fit poser des sentinelles dans le bois, crainte de surprise par terre, et, lorsqu'ils furent à portée de la voix, on leur cria que, s'ils approchoient davantage, on tireroit sur eux. Ils se rangèrent le long de l'isle, à demi-portée de fusil, Peu après, quatre des plus considérez de la bande vinrent dans un canot et demandérent si on avoit oublié qu'ils estoient les frères des Francois, et à quel dessein on avoit fait prendre les armes, lorsqu'on les avoit aperceus. M. Le Sueur leur respondit que, d’après le traitement qu'ils avoient fait aux cinq François qui estoient présens, il avoit lieu de se méfier d'eux. Cependant, pour la seurcté de son commerce, estant une nécessité d’estre en paix avec toutes les nations, ilne voulut pas se faire raison du pillage qu'ils avoient commis; il leur ajouta seulement que le Roy, leur maistre et le sien, vouloit que tous ses sujets naviguassent sur ce fleuve, sans qu'il leur fust fait aucune insulte; ainsy, qu’ils devoient prendre garde à ce qu'ils auroient à faire. Le Sauvage, qui avoit porté la parole, parut interdit et ne respondit rien; un autre dit seulement qu'ils avoient csté attaquez par les Sioux, qui les avoient obligez d'abandonner tous leurs bagages, et que, si l'on n'avoit pas pitié d'eux, en leur donnant un peu de poudre, ils ne pourroient se rendre à leur village. La considération d’un missionnaire, qui devoit monter aux Sioux et que ces Sauvages pouvoient rencontrer, fit qu’on leur donna deux livres de poudre. M. Le

74 RIVIÈRE DES PAQUITANETTES,

Sueur fit, ce jour, trois lieues, dépassa une petite rivière à l’ouest du fleuve, ensuite une autre grande à l’est du Mississipi, laquelle est navigable en tous temps. Les nations sauvages, qui la connoissoient, la nommoient la rivière Rouge.

Le 10, à la pointe du jour, l'on entendit un cerf qui siffloit de l'autre bord du fleuve; un Canadien le traversa dans un petit canot sciou, que l’on avoit trouvé; peu après il revint avec la viande de cet animal, lequel cest fort aisé à tuer, quand il est en rut, c'est-à-dire depuis le commencement de Septembre. Les chasseurs, en ce temps-là, font un petit sifflet du premier morceau de bois ou de canne, et lorsqu'ils entendent sifler un cerf, ils luy respondent; cet animal, croyant que c'est un autre cerf qui siffle, vient à eux, et ils le tuent sans peine.

Du 10 au 14, M. Le Sueur fit dix-sept lieues et demie, passa la rivière des Raisins et celle des Paquitanettes. Ce mesme jour, il laissa à l'est du fleuve une belle grande rivière, qui vient de fort loin, nommée de Bon-Secours, à cause de la grande quantité de bœufs, de cerfs, d'ours et de chevreuils que l’on y trouve; elle vient du nord à son embouchure. A trois lieues dans cette rivière il y a une mine de plomb ; et à sept lieues au-dessus, du mesme costé, sn trouve une autre rivière de long cours, aux environs de laquelle il y a une mine de cuivre, dont il avoit tiré dans ses précédens voyages un morceau du poids de soixante livres. Pour la faire valoir il faudroit mesnager la paix entre les Sioux ct les Outagamis, parce que ces derniers, qui habitent dans les terres de l'est du Mississipy, passent continueilement par ce chemin, en allant en guerre contre les Sioux,

Dans ces quartiers, à une demy lieue du costé du nord-

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