AY
Urée, en centigrammes.
NaCl —
On saisit dans ce cas sur le fait le mécanisme de la polyuric qui suit l'évacuation des poches d'hydroncphrose. On croit généralement que dans l'hydronéphrose intermittente le malade a de la polyurie à la fm de sa crise parce qu'il vide le contenu de sa poche. Je me suis élevé contre cette interprétation ' et j'ai montré, depuis plusieurs années, que la quantité d'urine rendue n'était pas en relation avec le volume de la poche; aussi avais-je admis que, à la fm de la crise, le rein sécrétait une grande quantité d'urine. L'observation que je viens de donner le démontre.
Cancer du rein. — Sur cinq cancers du rein dans lesquels la mesure de la quantité d'urine a été faite, nous avons trouvé quatre fois une sécrétion notablement plus grande du côté sain et une fois la polyurie relative mais peu accusée du rein cancéreux. On ne peut rien conclure de ces chiffres trop peu nombreux; ils nous font pourtant penser, que, d'une manière générale, le rein cancéreux sécrète moins d'urine que son congénère.
Rétentions rénales. — Ayant comparé la quantité d'urine des deux reins dans 37 cas de rétentions rénales aseptiques et septiques, nous sommes arrivés à cette conclusion générale.
Dans les rétentions rénales ouvertes la polyurie du côté malade est daiitant moins fréquente que la poche est plus infectée. On voit assez souvent de la polyurie du côté malade dans les
1. Aliiauran. Association française d'urolof/ie, 1896, octobre.
368 ÉTUDE DES URINES SÉPARÉES DES DEUX REINS
hydronéphroses, elle est moins fréquente dans les hydropyonéphroses; nous ne l'avons jamais vue dans les pyonôphroses.
Hydronéphroses. — Sur neuf uronéphroses, calculeuses o non, nous trouvons :
Polyurie du côté sain 5 fois.
— — malade 4 —
Il est à remarquer que la polyurie, du côté malade, a toujours coïncidé avec des lésions légères ; lorsque les lésions sont avancées, la polyurie s'observe du côté du rein sain.
A propos du rein mobile nous avons signalé l'observation d'une des quatre malades polyuriques dont nous parlons ici; chez cette femme la polyurie du rein malade suivit l'évacuation directe de la poche rénale par le cathétérisme urétéral.
Hydropyonéphroses. — Sur 16 observations personnelles d'hy-
dropyonéphrose, nous trouvons :
Polyurie du côté saiu 8 fois.
— — malade 3 —
Quantité égale 3 —
Changeant de côté au cours de l'examen 2 —
Chez plusieurs malades atteints d'hydropyonéphrose les examens ont été répétés un grand nombre de fois, toujours avec des résultats semblables pour le même malade. Dans les cas oii la quantité d'urine sécrétée par les deux reins était sensiblement égale, il existait suivant les jours de petites différences.
Dans ces poches infectées, même lorsque le rein conserve encore beaucoup de parenchyme, la polyurie du côté malade est plus rare que dans les hydronéphroses.
Dans les cas oi!i nous avons vu la polyurie du côté malade, ou l'égalité dans la quantité d'urine sécrétée par les deux reins, le parenchyme rénal était peu atteint. D'après ce que nous avons vu, à qiiantilé égale de parencJiyme rénal conservé, une poche lie rétention rénale sécrète moins durine lorsqu'elle est infectée.
Pyonéphroses. — Sur 12 cas de pyonéphrose nous constatons:
Polyurie du côté sain 12 fois.
Égalité des deux côtés 1 —
QUANTITÉ D'URINE SÉCRÉTÉE 3G9
On voit que, dans aucun de nos cas de pyondphrose, il n'y a eu do polyurie du côté malade. Une seule fois, dans une pyoncphrose calculeuse peu volumineuse, les deux reins donnaient la môme quantité d'urine ; nous aurions pu tout aussi bien ranger ce cas dans les uropyonépliroses, mais, dans le bassinet, on trouva plus de pus que d'urine.
Tuberculose. — Nous avons noté la quantité d'urine des deux reins dans 45 cas de tuberculose rénale ; ils se décomposent
amsi
Polyurie du côté Scain 26 cas.
— — malade 14 ;
Égalité de deux côtés 3
Variable suivant l'examen 2
On voit par ces chiffres quelle est la grande fréquence de la polyurie du côté malade dans la tuberculose rénale unilatérale. La polyurie du rein malade est surtout fréquente lorsque les lésions ne sont pas encore très avancées, mais il faut savoir qu'on peut l'observer lorsque déjà le rein présente des lésions caverneuses multiples ; dans ces cas le rein malade, quoique très altéré, conserve encore une notable portion de parenchyme. Plusieurs observations incluses dans nos tableaux démontrent ces faits.
Parmi les quinze malades atteints de tuberculose rénale chez qui nous avons vu le rein malade sécréter davantage d'urine que le rein sain, nous citerons deux exemples :
I. — Jeune homme de dix-neuf ans, opéré de néphrectomie le 18 septembre 1901. Pyélite tuberculeuse avec légère dilatation ; dans le parenchyme rénal, très bien conservé, quelques tubercules isolés; une très petite caverne.
Quantité d'urine : rein malade . ...... 73 cent, cubes.
— rein sain 42
r)„ . R sain
II. — M""" E..., trente-six ans, néphrectomie du rein gauche le "M-BAitnAx. — Exploration rénale. 24
ÉTUDE DES UniNES SÉPARÉES DES DEUX REINS
19 janvier 1902. Urétéro-pyélite avec dilatation contenant 80 centimètres cubes de liquide. Cavernes multiples; dépôts de tuberculose infiltrée. Conserve encore beaucoup de parenchyme rénal.
Quantité d'urine pendant 2 heures : R D sain . . 43 cent, cubes. R G malade. 89 —
Rapports. ^ = 0»^^-
Dans ces deux cas la polyurie est très remarquable du cùlé du rein malade ; dans le premier les lésions du parenchyme rénal sont encore très peu accusées ; dans le second on voit au contraire de la dilatation du bassinet et de nombreuses cavernes rénales.
Lorsque les lésions tuberculeuses sont encore plus avancées et que la plus grande partie du rein a été détruite parla maladie, on voit le rein sain sécréter davantage d'urine que le rein malade. Dans quelques cas la sécrétion du rein tuberculeux se réduit à quelques grammes d'urine purulente.
Rapports de la polyurie unilatérale avec la concentration moléculaire et la quantité de sels des deux urines.
Dans tous les cas que nous avons examinés de ditrérentes maladies unilatérales des reins, nous avons vu que lorsque le rein sain sécrète une plus grande quantité d'urine que le rein malade, cette urine présente le A le plus élevé, et contient, par rapport au litre, plus d'urée et de phosphates que l'urine du rein
Dans ces cas la valeur fonctionnelle du rein sain est constamment supérieure à celle de l'autre.
Nous ajoutons que cette proposition n'est vraie que si le malade n'a pas bu peu de temps avant l'examen ; si le malade a absorbé des boissons il peut se faire que le rein sain soit à la fois polyurique et que son urine contienne moins de sels et présente un A moins élevé que celle du rein malade. Nous reviendrons sur ce point important à propos de la polyurie expérimentale.
QUANTITÉ D'URINE SÉCRÉTÉK 311
Lorsqu'au contraire le rein malade est yolyurique on constate, sauf exception très rare, que son urine a un à plus faible que celle de l'autre rein et contient, par rapport au litre, moins d' tirée et de phosphates.
Habituellement la plus grande quantité d'urine ne compense pas la diminution des sels, en sorte que l'élimination reste quand môme défectueuse du côté malade.
Plus rarement la polyurie est suffisante pour compenser la diminution des sels par rapport au litre : dans ces cas le rein malade sécrète en réalité autant que le rein sain, parfois même la compensation est excessive et le travail utile de V organe malade est supérieur, pendant l'espace de temps de l'examen, à celui du rein sain au point de vue de la diurèse moléculaire totale, de la quantité d'urée et de phosphates excrétée. Voici, parmi d'autres de nos tableaux, trois observations montrant la première la polyurie du côté malade sans compensation ; la seconde la polyurie avec compensation et la troisième la polyurie avec compensation excessive.
Dans toutes ces observations les rapports des sels sont calculés d'après la quantité totale en centigrammes contenue dans les deux urines.
I. — S. Rose, quarante ans. Tuberculose rénale droite avec cavernes nombreuses. Néphreclomie le 31 janvier 1901. Guérison. Polyurie sans compensation du côté malade.
Rapports
malade. sain. r7^.
Quantité d'urine . 650 cent, cubes 220 cent, cubes 2,95
Urée, par litre . . 5 gr. 10 21 gr. 80 O.'to
0,48 2 gr. 10 0,22
^aCl 3 gr. 20 14 gr. 80 1
II. L ^ tren te ans. Tuberculose rénale gauche. Un seul noyau caséeux de la grosseur d'une noisette. Néphrectomie le 23 avril 1898. Guérison. Polyurie du côté malade avec compensation parfaite.
312 ÉTUDE DES URINES SÉPAllÉES DES DEUX REINS
Rapports
sain. malade.
Quantité d'urine. HOO cent, cubes 1650 cent, cubes 1,50
Urée, par litre . . 18 gr. 50 8 gr. 35 1,06
PhO — . . 1 gr. 20 0,70 1,20
NaCl — . . 8 gr. 70 6 gr. 40 1
in. — Aline C..., quaranlc-deux ;ans. Rein mobile droit avec légère rétention rénale aseptique. Néphrorraphie le 16 juillet 1898. Polyurie avec compensation excessive du côté malade.
Rapports
malade. sain. R-
Quantité d'urine . 480 cent, cubes 290 cent, cubes 1,68
Urée, par litre. . . 15 gr. 8 20 gr. 1,30
PhO — . . . 1 gr. 46 1 gr. 60 1,50
■ NaCl — ... 10 gr. 4 13 gr. 5 1,72
Au lieu de ce dernier exemple nous aurions pu choisir entre plusieurs de nos observations de tuberculose rénale pour montrer que dans cette maladie, la polyurie du rein malade peut être suffisante pour que, malgré la diminution de la quantité de sels au litre, l'élimination soit en réalité plus abondante de son côté : de même le A V comparé des deux reins peut être supérieur du côté malade lorsque celui-ci est polyurique.
Nous ferons remarquer simplement ici, devant y revenir plus loin, que les phénomènes de compensation polyurique spontanés sont habituellement analogues pour le A, l'urée et les phosphates. En ce qui concerne le NaCl, on voit souvent la compensation polyurique être plus marquée pour ce sel que pour les autres : d en était ainsi dans les trois analyses données ci-dessus.
Nous avons indiqué plus haut qu'il n'est pas rare dans les cas de pyélonéphrite lithiasique, de rétentions rénales et de tuberculose de constater que la quantité d'urine sécrétée par les deux reins est à peu près la môme. Dans ces cas le rein malade donne à peu près constamment de l'urine à A plus faible et moins riche en urée et en phosphates. Chez une seule malade, atteinte de calcul rénal avec légère rétention aseptique, nous avons vu ce fait
QUANTITÉ D'URINE SÉCRÉTÉE
paradoxal d'une sécrcHion plus riche en sels du côté malade avec des quantités semblables d'urine des deux côtés :
I. — M"° 0... vingt-cinq ans. Calcul urique du bassinet droit déterminant une hydronéphrose avec 60 centimètres cubes de rétention rénale. Néphrolithotomie le 28 septembre 1898. Guérison.
malade. sain.
Quantité d'urine ... 60 cent, cubes 60 cent, cubes.
Urée, par litre .... 14 gr. 70 9
PhO i gr. 20 0,94
A IHO 1°10
Comme il s'agit dans ce cas de lithiase rénale, on peut se demander, si, chez cette malade, il n'existait pas en réalité une lésion double, avec atrophie ancienne du rein gauche.
L'étude que nous venons de faire de la quantité d'urine sécrétée par les deux reins dans le même espace de temps nous montre la grande importance clinique de cette donnée. Les auteurs ne font pourtant pas de remarques à ce sujet et, dans la plupart des analyses d'urine comparée des deux reins, on néglige de mesurer la quantité d'urine : cela est probablement dû à la difficulté réelle de bien recueillir toute l'urine sécrétée dans un temps donné, par les deux reins. Casper et Richter remarquent bien, très justement, que pour nous fournir des indications précises sur la valeur de la sécrétion rénale, le A de l'urine et sa teneur en urée doivent être considérés par rapport à la quantité d'urine sécrétée par chaque rein. Ces auteurs ne donnent pourtant pas, dans leurs observations, les rapports des deux reins ainsi envisagés et ils ne parlent pas de la possibilité pour le rein malade de sécréter plus de sels et d'avoir un AV plus élevé que le rein sain.
Il est évident que si un rein sécrète de l'urine moins concentrée à A plus faible et s'il donne en môme temps davantage de liquide que l'autre rein, on ne pourra avoir le rapport réel de la sécrétion des deux reins qu'en comparant le AV de l'un au AV de l'autre. De môme p-mr les différents sels, il faut considérer, .
non le pourcentage de ces sels, mais la quantité réelle des substances qu'on veut comparer et qui se trouvent contenues dans la totalité de l'urine sécrélée par chaque rein. Nous insistons à nouveau sur ce que nous croyons démontrer ici pour la première
aV R d.
fois, que la comparaison ainsi établie du ^ comme de
U totale R d. n i i , ♦ i
. . , — - — aussi bien que celle des phosphates et plus souvent U totale U g. ^
encore celle des chlorures peut aboutir dans certains cas à cette conclusion, que le rein malade fonctionne autant ou plus que le rein sain. On peut observer cette particularité même lorsque le rein malade présente des lésions sérieuses.
Nous avons observé ce fonctionnement plus actif du rein malade non seulement dans les cas où les deux urines ont été* recueillies pendant un quart d'heure ou une demi-heure, mais aussi lorsque la comparaison de la sécrétion des deux reins a été faite pendant plusieurs heures. Ce fait important nous montre que l'utilité fonctionnelle comparée des deux reins, au point d&i^i vue de l'élimination moléculaire totale ainsi que, en particulier, au point de vue de l'élimination de l'urée, des phosphates et des chlorures, n'est pas nécessairement en rapport avec les lésions anatomiques.
La comparaison de ces éliminations du côté droit et du côté gauche nous renseigne sur la valeur fonctionnelle du rein pendant la durée de l'examen; elle ne peut nous donner de certitude sur l'existence des lésions.
Nous pensons, d'autre part, contrairement à ce qu'on admet, que la polyurie peut nous donner des indications précieuses sur l'existence même des altérations anatomiques. Nous avons vu, en effet, que dans tous nos cas nous avons pu faire une double et importante constatation :
1° Lorsque les deux reins sécrètent la même quantité d'urine, on voit du côté malade moins d'urée et de phosphates et le A de l'urine est plus faible ;
2° Lorsque le rein qui sécrète le plus d'urine présente en même temps un A plus élevé et plus d'urée et de phosphates par
COLORATION I)K L'UHINE
lilrc, ce rein doit ôtre considéré comme le meilleur des deux, non seulement au point de vue fonctionnel, mais encore au point de vue anatomique.
Au point de vue des lésions anatomiques nous arrivons aux trois schémas suivants :
Quantité + A -|- = rein sain Quantité = A -j- = l'^in sain Quantité + A — = rein sain ou malade.
Les rapports sont les mômes pour l'urée et les phosphates ; moins certains pour les chlorures.
Lapolyurie associée aux autres données de l'examen peut nous renseigner utilement sur le travail accompli par chaque rein et sur l'existence de lésions anatomiques, mais pour acquérir ces notions il est nécessaire que l'examen remplisse trois conditions principales ; la totalité des urines des deux reins doit être recueillie ; la récolte d'urine se fera pendant un temps suffisant; on évitera les causes perturbatrices connues.