COMPARAISON DES URINES PAR LA CIIROMOCYSTOSCOPIE
surtout ce moyen lorsque le cathétérisme urétéral n'était pas entré dans la pratique : actuellement nous pouvons, avec beaucoup plus de profit, étudier par le cathétérisme des uretères les urines séparées des deux reins et, si on le désire, examiner en môme temps la modalité de la sécrétion urétérale. 11 convient à ce sujet de dissiper une opinion erronée réccmmcnl émise.
M. ïlartmann* à la Société de chirurgie et M. Legueu^ h l'Association d'urologie ont prétendu que la séparation intravésicale des urines est préférable au cathétérisme des uretères pour diagnostiquer les rétentibns rénales : d'après ces auteurs le cathéter vide la rétention, empêchant ainsi de la reconnaître et ne permet pas d'étudier la modalité des éjaculations urétérales. M. Hartmann écrit : « Les séparaieurs sont ivhs supérieurs au cathétérisme de Vurelère et seuls ils permettent de rendre compte de la manière dont se fait Vexcrétion des reijis uronéphrotiques . »
« Le cathétérisme redresse les courbures, il supprime les rétentions, qui sont sous leur dépendance et il fait croire à une évacuation normale des poches uronéphrotiques alors que, dans la réalité, ces poches sont le siège de rétentions intermittentes. » Il est évident que si la sonde pénètre jusque dans le bassinet et vide la collection rénale, le diagnostic est fait avec beaucoup plus de précision qu'en étudiant le jet urétéral, puisqu'on recueille ainsi le liquide retenu : l'écoulement se fait alors par un jet continu, qu'on ne peut confondre avec l'écoulement normal, par gouttes espacées, qu'on observe lorsque la sonde urétérale pénètre dans le bassinet. Si, d'un autre côté, la sonde n'a pu pénétrer dans le bassinet, on est renseigné sur le point où siège l'obstacle urétéral. Si enfin on ne veut qu'étudier la composition des urines et examiner la modalité des éjaculations urétérales, il suffit d'introduire la sonde à 5 ou 10 centimètres de profondeur dans l'uretère et de l'y laisser. Quiconque a fait du cathétérisme urétéral a pu constater, à l'état normal comme à l'état pathologique,
K Hartmann. Bulletin de la Société de chirurgie, Paris 1904, p. 421. - J-EouEu. Association française d'urologie, J90'i, Octobre.
ÉTUDE DES URINES SÉPARÉES DES DEUX REINS
les éjaculations urétérales se succédant à plus ou moins grand intervalle, leur force variable, etc. Mieux que par tout autre moyen on observe ainsi les modalités de l'écoulement de l'urine par l'uretère.
Mais il ne faudrait pas croire que dans toiiles les rétentions rénales le jet d'urine urétérale présente des retards considérables, plus grands que ceux qui existent chez certains malades normaux. 11 n'est pas rare d'observer chez des personnes nerveuses, dont les reins sont normaux, des éjaculations retardées, se succédant à plusieurs minutes d'intervalle. Dans ces cas lu chromocystoscopie expose à des erreurs que peut éviler l'examen comparé des deux urines. Il n'est pas juste non plus de dire que dans toutes les rétentions rénales l'urine s'écoule en bavant : la force du jet est habituellement moindre, mais, dans la très grande majorité des cas, l'éjaculation urétérale est conservée.
En ce qui regarde l'étude de la valeur fonctionnelle des reins d'après l'examen cystoscopique de l'urine colorée, nous ne pouvons que dire combien peu le procédé est recommandable. 11 suffit de lire ce que nous venons d'écrire au sujet du bleu de méthylène et de la valeur relative que nous reconnaissons à ce procédé pour comprendre que la chromocystoscopie vaut encore moins. 11 est évident que si avec le bleu, en étudiant tous les détails de l'élimination sur des échantillons d'urine qu'on peut examiner à loisir et dans lesquels la matière colorante peut être dosée, nous arrivons à des résultats médiocres, nous réussirons encore moins bien en comparant au cystoscope la coloration des deux urines. Dans les cas très nets, lorsqu'une des deux urines est très colorée et que l'autre ne l'est pas ou l'est très peu, la chromocystoscopie peut donner une présomption fonctionnelle dont il ne faudrait se contenter que lorsqu'on ne pourrait employer ni le cathétérisme urétéral, ni les séparateurs. Malheureusement pour la méthode, dans ces mômes cas, il est rare que la cystoscopie soit possible.
En résumé, le procédé de la chromocystoscopie avec le bleu de méthylène était déjà connu lorsque Yœlcker et Joseph l'ont
LA GLYCOSURIE PIlLOlUDZIQUE DANS L'URINE DES DEUX REIXS ',53
employé en substituant au bleu le carmin d'indigo, ce qui est préférable.
Ce procédé peut être utile pour trouver les uretères dans des cas difficiles. Il peut permettre, par une observation prolongée et répétée, de dire qu'un des reins ne fonctionne pas. Il peut donner, dans certains cas, des présomptions sur l'existence d'une rétention rénale. Il ne permettra une grossière comparaison entre la valeur fonctionnelle des deux reins que dans quelques cas particuliers.
L'étude des urines séparées des deux reins est incomparablement supérieure à la chromocysloscopie. Cette dernière ne trouve son indication que lorsqu'il est impossible, ou lorsqu'il est contre-indiqué, de recueillir l'urine isolée de chaque rein. Rarement, dans ces conditions, la cystoscopie pourra être appliquée.