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V. — CRYOSCOPIE

TECHNIQUE

Nous employons habituellement l'appareil de Bousquet, figure 1, d'un maniement simple et commode.

L'appareil se compose d'un large récipient en verre (a), qui doit être rempli du mélange réfrigérant formé par de la glace et du sel marin. On adapte à ce récipient, par un collier métallique, un large tube de verre (6) dans lequel on met de l'eau et de la glycérine à parties égales; c'est-à-dire un milieu de transmission thermique incongelable.

Dans l'intérieur de ce tube s'enfonce un autre tube de verre (c), moins large, destiné à recevoir le liquide dont on veut mesurer le degré cryoscopique : ce tube s'adapte au précédent par un anneau de caoutchouc. C'est dans l'intérieur de ce tube que plonge le thermomètre gradué au 50° de degré et uu agitateur de platine qui s'enroule en spirale autour de lui.

Pour mesurer le degré cryoscopique d'une solution quelconque, on verse dans le tube intérieur une quantité de liquide suffisante pour que la cuvette du thermomètre y plonge en entier; on met en outre le mélange glycérine dans le tube b, et la glace et le sel dans le récipient a. A Taide de Tagitateur en platine, on agite de temps en temps l'urine, et lorsqu'on

CRYOSCOPIE DES URINES

on voit le thermomètre près de 0% on ne cesse d'agiter pour maintenir homogène la température. A cause de la surfusion on voit d'abord la colonne de mercure descendre de plusieurs divisions au-dessous de la température de congélation de rm-ine ; lorsqu'on voit que le degré probable de congélation est largement dépassé, on arrête le phénomène de surfusion en jetant dans l'urine un minime morceau de glace : immédiatement le thermomètre remonte jusqu'à un point maximum ou il reste fixé pendant près d'une minute, pour descendre ensuite de nouveau. Le A de furiîie correspond à ce point maximum ; la colonne de mercure remonte et s'y maintient pendant plus de temps qu'il ne faut pour lire le degré cryoscopique.

Pour éviter des erreurs il est bon de vérifier de temps en temps le thermomètre : il doit, avec de l'eau distillée, indiquer 0 degré ; s'il donne quelques centièmes en plus ou en moins, on en tiendra compte lors de l'examen de l'urine.

Par l'examen cryoscopique de l'urine, on détermine son point de congélation ou point A. Or, on sait, par les lois de Raoult, que le point de congélation d'une solution

contenant un ou plusieurs corps dissous est proportionnel à son taux de concentration moléculaire. L'étude du point de congélation, ou point A, fournit un moyen aisé de connaître la concentration moléculaire de l'urine, quelle que soit la nature des substances dissoutes : le point A est en rapport avec le nombre des molécules dissoutes et non avec leur nature.

La mesure du point A nous donne un cbinVe global, anonyme, comprenant l'ensemble des substances dissoutes dans l'urine et présentant, à l'état normal, des variations considérables. D'après Koranyi le A urinaire normal est compris entre — l»30 et — 2"20 et peut varier, lorsque le malade a bu beaucoup ou ([u'il a abondamment transpiré, de — 1 degré à —

FiG. 1.

Appareil de Bousquet, pour la cryoscopie.

o6 EXPLORATION DES FONCTIONS IlÉNALES

2''30 et plus. Dreser' a démontré qu'après de copieuses libations le point de corrélation de l'urine peut être inférieur à \ degré. Souques et Balthazard ont vu dans un cas de polyurie nerveuse le point A de l'urine s'abaisser à — OHl. Nous avons vu nous-même chez une nerveuse atteinte de rein mobile le A de l'urine s'abaisser à — 0°46 : d'un autre côté, pendant l'épreuve de polyurie expérimentale que nous décrirons plus loin, lorsque nous recueillions séparément l'urine de chaque rein, nous avons souvent constaté que le point A du rein sain n'était que de — 0°20 ou — 0°30. Weil = a même observé, après l'ingestion abondante de boissons, que le A des urines s'abaissait à — 0'6 et — 0'5.

La simple détermination du point A de l'urim; ne peut nous renseigner sur l'état des fonctions rénales. Gomme la densité, le degré cryoscopique des urines varie suivant la composition du sang, suivant la plus ou moins grande quantité d'eau que les urines contiennent, etc. Môme lorsqu'on tient compte du volume de l'urine, l'étude du point A n'a guère plus de valeur que celle du degré densimétrique : la cryoscopie n'a sur la densimétrie que l'avantage de nous indiquer l'ensemble des molécules dissoutes, sans être influencée par la nature même de ces molécules comme l'est la densité. Or, il est d'importance majeure de savoir quelle est la nature des molécules dissoutes; nous l'avons démontré en étudiant l'analyse chimique.

Nous devons signaler encore que, en réalité, le A des urines ne nous donne pas la mesure exacte de la concentration moléculaire des urines, parce qu'une partie des sels en dissolution précipite pendant la congélation du liquide. Zaogemeister a montré dans une série de recherches que pour que le A de deux urines permette de comparer leur concentration moléculaire, il est nécessaire de diluer les deux liquides, de manière à ce qu'ils

1. Dreseh. Ueber Diurèse iind ihrc Becinllussiing durcli pharmakologische Miltel, Arch. fur c.rp. l'ulhol. und l'hainnakoL, \m±, p. 303.

2. Weil. Der Gefrierpunlct des Urins bei Nierenkrankheilen, Monalschr. fur Harnkrank. und sexuelle Hygiène, 1901, n<> 1.

3. W. Zanokjieisti:». Ueber Verwerfimy der Oefricrpiinktsemiedrigung des Hames z. Beurtheilung der Niercnfunction. Berliner klin. Wocli., 1903, n" 49.

THÉORIE DE KORANYI 57

atteignent le môme volume et que tous les sels contenus restent en dissolution pendant la congélation.

On a essayé de tirer de l'examen cryoscopique des urines des renseignements sur la valeur fonctionnelle des reins, en combinant 1 étude du point A h un certain nombre d'autres données. Cinq procédés utilisent ainsi le degré cryoscopique; ce sont :

10 Le procédé de Koranyi, qui étudie le point A de l'urine et la richesse de ce liquide en chlorure de sodium;

2" Le procédé de Claude et Balthazard, dans lequel on tient compte des deux éléments précédents et en outre du volume de l'urine émise en vingt-quatre heures et du poids de l'individu;

3" Le procédé de Claude et Mauté, basé sur l'élimination provoquée par le chlorure de sodium, voir page 132;

4° Le procédé de Teissier, ou épreuve de la chlorurie alimentaire spontanée ;

0° Le procédé de Léon Bernard qui, avec la cryoscopie de l'urine, étudie le A du sang, voir page 140.

Les quatre premiers procédés sont basés sur une théorie de la sécrétion rénale émise par Koranyi. Pour bien les comprendre il nous faut exposer sommairement cette théorie.

Théorie de la sécrétion rénale, d'après Koranyi.

Dreser ', le premier, a dit que « La fonction rénale consiste h fournir une sécrétion plus concentrée que le sang ».

D'après Koranyi il filtre au niveau du glomérule une solution de chlorure de sodium hypo tonique au sérum. Dans sa marche le long des canalicules, cette solution subit une double modification :

1° Une partie de l'eau de l'urine est résorbée et le liquide devient de plus en plus concentré;

2» 11 se fait avec le sang, à travers les épithéliums urinaires, un échange moléculaire, de telle sorte que pour chaque molécule de chlorure de sodium de l'urine caualiculaire qui pénètre

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