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GoLci. Arc/i. per le Se. Med., vol. VllI, p. 1U:J

Ai.BAïutAN. L'Iiypei'lropliie compensatrice en pathologie rénale, Presse médicale, p. 8:;, 18'J9.

Lorsque l'hypertrophie compensatrice est suffisante, même si les reins sont malades, on constate une élimination normale des produits excrémentitiels ; et les différents procédés qui permettent d'étudier le fonctionnement des reins donnent des résultats démontrant qu'il n'existe pas, en réalité, d'imperméabilité rénale. Sans doute, des portions du rein sont imperméalDles, mais les glomérules plus gros, les canalicules plus larges et à plus grandes cellules des parties hypertrophiées, travaillent davantage et, dans son ensemble, l'appareil rénal est suffisant.

Dans tous ces cas d'hypertrophie compensatrice suffisante, l'analyse chimique comme la cryoscopie et l'étude de la toxicité urinaire ne peuvent nous donner de renseignements sur l'état anatomique des reins, mais tous ces procédés nous indiquent que l'élimination rénale est normale. L'épreuve du bleu de méthylène donne souvent dans ces cas une élimination d'excessive durée et d'apparition retardée, ce qui a été considéré, à tort suivant nous, comme démontrant l'imperméabilité des reins. Nous venons de dire en effet que, en réalité, il n'y avait pas, dans une lésion rénale compensée, d'imperméabilité vraie. Mais si l'interprétation est erronée, il n'en reste pas moins que, dans ce cas, l'épreuve du bleu présente des irrégularités qui sont en rapport avec des modifications anatomiques et ce fait est d'autant plus intéressant que d'autres procédés d'exploration de la fonction rénale ne peuvent indiquer ces mêmes lésions.

Nous avons insisté plus haut sur ce que, dans les reins en hypertrophie compensatrice que nous avons étudiés, nous avons souvent constaté la prolongation de l'élimination du bleu, et la marche polycyclique de l'élimination qui pourrait s'expliquer par le travail alternant des différents systèmes glomérulaires dont l'hypertrophie est de degré variable. Nous avons dit que ces mêmes caractères de l'élimination du bleu peuvent s'observer en dehors de l'hypertrophie compensatrice et nous avons ajouté que, dans tous les cas étudiés par nous, l'hypertrophie compensatrice était encore assez récente pour ne pas être complètement

BLEU DE MÉTHYLÈNE

iléveloppée : il est possible que, lorsque la compensation est définitivement établie et plus généralisée à ce qui reste de parenchyme sain, ces modifications de l'élimination du bleu se présentent différemment.

En réalité nous ne connaissons que très incomplètement les modifications de l'élimination du bleu dans les différentes lésions rénales. Dans leur premier travail Achard et Castaigne pensaient que les lésions dégénératives des épithéliums tubulaires déterminaient un retard de l'élimination du bleu et que la matière colorante était sécrétée au niveau de ces cellules. Au contraire, M. Lépine (de Lyon), s'appuyant sur les travaux des physiologistes, de Sobieranski en particulier, pense que le bleu de méthylène, qui n'est pas une substance excrémentitielle, est résorbé en partie par l'épithélium tubulaire, de sorte qu'à l'état normal on ne trouve pas dans les urines la quantité de bleu injectée ; il en résulte que les lésions de cet épithélium déterminent non une moindre élimination, mais une élimination éxagérée du bleu de méthylène; et les résultats de l'épreuve n'apparaissent plus comme indiquant la perméabilité diminuée, mais bien ce que le professeur Bard (de Lyon) a nommé la perméabilité augmentée.

Castaigne a soutenu que le bleu arrive aux glomérules et s'élimine à leur niveau à l'état de chromogène, et que c'est à l'action de l'épithélium tubulaire qu'est due la transformation, par oxydation, du leuco- dérivé en bleu; en outre l'épithélium résorberait en partie le bleu formé. Suivant que le pouvoir oxydant ou le pouvoir absorbant de l'épithélium serait modifié, il y aurait plus ou moins de bleu dans l'urine. Cette manière de voir est ingénieuse, mais non démontrée : elle nous parait s'accorder difficilement avec ce fait que dans certaines pyélonéphrites il n'y a dans l'urine que du chromogène, sans bleu. Faut-il admettre dans ces cas que tout pouvoir oxydant des épithéliums est détruit?

D'un autre côté, nous avons vu que tous les expérimentateurs ont constaté l'existence du bleu dans le protoplasma des cellules rénales striées; rien ne nous autorise à penser que ces cellules ont résorbé le chromogène dans l'intérieur du canalicule pour le

transformer en bleu et l'excréter à nouveau sous cette forme. Il est plus simple d'admettre que le bleu circulant dans le sang s'accumule dans ces réservoirs cellulaires, ou encore que le chromogène du sang se transforme en bleu dans les cellules et passe ensuite dans les canalicules.

3" Facilité d'interprétation des données de répreuve du bleu.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit sur les cinq données que comporte l'étude de l'épreuve du bleu. Nous avons suffisamment montré qu'aucune de ces données ne peut, considérée isolément, nous renseigner sur le fonctionnement du rein. Pour tirer quelque profit de ce mode d'exploration, il est indispensable de considérer dans le même cas le moment de l'appariritiondu bleu, la marche, la durée de l'élimination et la quantité de substance éliminée.

De l'ensemble des faits dont nous venons longuement de parler il se dégage cette notion que le procédé d'Achard et Castaigneest exact, si on lui assigne certaines limites d'interprétation. Chaque corps possédant un coefficient propre de passage, le terme de perméabilité rénale n'a pas une valeur absolue , toujours identique à soi-même, et aucune substance éliminée expérimentalement ne peut servir de critérium de cette fonction, essentiellement variable pour chaque substance; l'épreuve du bleu ne peut donc renseigner que sur la perméabilité au bleu ; toutefois ces varialions s'efTectuant dans de certaines limites et, d'autre part, l'élimination du bleu se rapprochant généralement de celle des matériaux de l'urine, le procédé d'Achard peut servir au diagnostic des troubles fonctionnels importants du rein. Ce procédé peut encore permettre de dépister certaines lésions scléreuses encore peu marquées, mais il ne peut établir le degré ni la nature des lésions rénales ; car on ne sait rien de certain du rapport qui existe entre les variétés anatomiques de ces lésions et les diverses modalités de 1 élimination du bleu.

ROSANILINE

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