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ROLE DU REIN AU POINT DE VUE DE SA SÉCRÉTION INTERNE

Aujourd'hui encore nous ne savons guère plus que ce que Brown-Séquard nous a appris en 1893. Claude Bernard découvrit que les glandes pourvues d'un canal excréteur peuvent posséder en outre une sécrétion interne dont le produit se déverse directement dans le sang. Brown-Séquard essaya de démontre]l'existence de la sécrétion interne des reins par deux ordres de preuves. D'un côté il ht remarquer que, chez l'homme, l'anurie par lésion rénale peut entraîner une survie beaucoup plus longue que l'anurie par néphrectomie double; il en conclut que

INTRODUCTION

la survie moindre en cas de néphrcctomic totale était due à la suppression simultane'e des deux fonctions, interne et externe, du rein. Ce raisonnement ne me paraît pas inattaquable parce que nous ne savons pas quel rôle peut jouer dans l'ensemble des actes de l'économie l'action inhibitrice qui, dans l'anurie, arrête la sécrétion externe du rein; cette action pourrait être telle que la. vie se trouvât prolongée, sans intervention de la sécrétion interne du rein.

Pour démontrer l'existence de la sécrétion interne des reins, il ne faudrait pas, comme l'a fait Brown-Séquard, comparer la survie dans les cas d'anurie par lésion rénale et dans ceux d'anurie par néphrectomie double, parce que dans ces deux cas les conditions sont trop différentes. 11 faudrait pouvoir déterminer expérimentalement l'anurie chez deux animaux semblables et, lorsque la production de l'urine aurait été arrêtée, pratiquer la néphrectomie double à un des animaux et comparer sa survie à celle de celui qui conserverait ses reins.

J'ajoute que la durée de la survie après extirpation de tout l'appareil rénal chez l'homme peut être beaucoup plus longue que ne le croyait Brown-Séquard ; j'ai vu la vie se prolonger pendant onze jours après l'extirpation d'un rein unique, et ce malade, comme d'autres semblables, présenta l'évolution ordinaire de l'anurie par lésion rénale.

Brown-Séquard crut encore démontrer la sécrétion interne des reins en comparant la survie d'animaux de même espèce lorsqu'on leur enlève les deux reins, ou lorsqu'on leur lie les deux uretères ; il vit que les animaux néphrectomisés vivent moins longtemps que les autres. Cet auteur remarqua en outre, avec d'Arsonval ', que lorsqu'on injecte du sue rénal aux animaux néphrectomisés, on obtient une survie, d'ailleurs de courte durée.

J ai fait, avec Léon Bernard, quelques expériences pour vérifier ces faits. En extirpant d'abord un rein, puis, plusieurs jours après, l'autre rein, à des chiens et à des lapins, nous avons le

I. Mrown-Skquabd et d'Arsonval. Des injections sous-cutîinécs ou intraveineuses extraits liquides de nombre dorf^anes comme môtliode tliéranoiiliquc, Archives fie pin/sioloffie, im, p. 202.

EXPLOIUTION DES FONCTIONS RÉNALES

plus souvent, mais non toujours, obtenu une survie plus courte de un ou deux jours que celle des animaux à qui nous avions lié les deux uretères dans les mêmes conditions.

Ces résultats confirment les faits constatés par Brown-Séquard. Au contraire, lorsque nous avons essayé de prolonger la vie des animaux néphrectomisés en leur injectant du suc rénal, nous avons obtenu des résultats contraires à ceux de Brown-Séquard. Nous avons vu que les injections de suc rénal ont pour effet de faire mourir plus vite les animaux néphrectomisés. Ce résultat expérimental est facile à comprendre, étant donnée la toxicité de l'extrait rénal : nous avons démontré, Léon Bernard et moi*, que l'extrait rénal ne possède pas uniquement une action nocive sur le rein, mais que sa toxicité s'exerce sur les différents tissus de l'organisme, et qu'elle détermine notamment dans le foie des lésions de nécrose épithéliale.

Meyer * (de Nancy) a essayé de démontrer la sécrétion interne des reins en étudiant la respiration de Cheyne-Stokes provoquée par la néphrectomie double : il a vu que ce rythme respiratoire pathologique disparaît pendant un court espace de temps lorsqu'on injecte du suc rénal. Ces expériences ne me paraissent pas concluantes, en raison de l'extrême complexité de la pathogénie du phénomène de Cheyne-Stokes, et de la variété des conditions qui modifient l'expression clinique.

Plus récemment enfin, Vitzou^ a pu obtenir, chez les animaux ayant subi la néphrectomie double, des survies notablement plus longues, en leur injectant le sérum du sang des veines rénales recueilli sur les animaux sains.

On voit que les recherches expérimentales n'ont pas encore élucidé beaucoup l'importante question de la sécrétion interne des reins. La pathologie humaine, en somme, n'est venue apporter à ce problème aucun éclaircissement : Brown-Séquard

1. Albahran et L. Beunard. Élude sur les cj'lotoxlnes rénales. Archives de médecine expérimentale el d'analomie pathologique, 1903, p. lli.

■1. Meyeh. CoriLribulion à l'étude de ki palliologic de l'urémie, Archives de physiologie, 1893, p. 701.

3. ViTzou. Recherciics expérimentales sur la sécrétion interne des reins, Journal de physiologie el de pathologie générale, 1901, p. 901.

INTRODUCTION

à propos de l'anurie et de la palhogcnie de l'urémie a formule des hypothèses, mais non fourni des preuves; de même lorsqu'il attribue certains phénomènes du brightisme aux troubles de la sécrétion rénale interne, L. Bernard* formule, sans la démontrer, une ingénieuse hypothèse.

Ces tentatives d'explications pathogéniques nous démontrent que l'imperméabilité rénale ne peut plus être considérée comme le facteur pathogénique univoque des accidents du mal de Bright.

Sur des bases physiologiques aussi fragiles que celles que je viens de résumer, alors que la sécrétion interne des reins est à peine démontrée dans son existence et tout à fait inconnue dans son rôle, on ne peut établir aucun plan d'étude des troubles de celte fonction rénale. Aussi devons-nous laisser de côté tout ce qui se rattache à la sécrétion interne du rein. Il demeurera donc entendu que lorsque nous parlerons des fonctions des reins, nous n'aurons en vue que la sécrétion externe de ces glandes.

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