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ROLE DU REIN AU POINT DE VUE DE SA SÉCRÉTION EXTERNE

Ne pouvant apprécier le rein que comme une glande à sécrétion externe^ nous passerons en revue les différents procédés d'exploration qui ne s'appliquent qu'à cette partie de la fonction rénale.

Le rein élimine un certain nombre de substances contenues dans le sang, provenant des échanges organiques et de la vie cellulaire ou accidentellement introduites dans l'économie. Mais le rein n'est pas qu'un simple filtre électif laissant passer telles quelles dans l'urine un certain nombre des substances que la circulation lui apporte; il peut, en outre, transformer certaines de ces substances et, par une véritable élaboration biochimique, produire des corps différents de ceux qu'il reçoit. La plupart des corps que nous trouvons dans l'urine et que l'ana-

1- L. Uehnaiio. l.es l'onclions du rein dans les népliriles chronitiucs, Thèse de Paris, 1900.

lyse chimique y décèle, tels que l'eau, l'urée, les chlorures, etc., ainsi que les poisons organiques révélés par l'analyse biologique (poisons de l'urine), existent en nature dans le sang et ne font que passer à travers le rein : il n'y a pour eux que filtrage simple. Le rein se comporte à l'égard des éléments contenus dans le sang comme un filtre électif laissant passer plus ou moins facilement certaines substances et empêchant le passage de certaines autres, telles que l'albumine, normalement contenue dans le sang. De môme, pour les substances accidentellement introduites dans le sang, le filtrage rénal peut être électif.

Lorsqu'on étudie la perméabilité rénale on essaye de déterminer la fonction de filtralion du rein. Jusqu'à ces dernières années, sous l'influence des travaux de Bouchard, toute la pathologie rénale a gravité autour de cette notion de perméabilité du rein. Ce savant a montré », que (c l'urémie est l'intoxication par tous les poisons qui, normalement introduits ou formés dans l'organisme, auraient dû s'éliminer par la voie rénale et en sont empêchés par l'imperméabilité des reins ». Les travaux de Bard et Bonnet» ont démontré que, à l'égard de l'iodure de potassium et du bleu de méthylène, les reins atteints de néphrite parenchymateuse sont plus perméables que les reins normaux. Léon Bernard ' a bien montré que, à côté des néphrites interstitielles, dans lesquelles l'imperméabilité rénale existe dès Je début de l'évolution de la maladie, on voit la perméabilité conservée ou augmentée dans les néphrites parenchymateuses chroniques pendant presque toute leur évolution; Timperméabilité ou l'excès de perméabilité existe aussi bien pour les poisons que pour les autres substances dissoutes dans

J. Bouchard. Leçons sur les aulo-intoxicalions, 1887, p. 128.

■2. Bahd et Bonnet. Recherches et considérations cHniques sur les dilTérences de perméabilité rénale dans les diverses espèces de néptirites, Archives générales de méaecine, février, mars, avril 1898.

'3. Léon Bernard. Les fonctions du rein dans les néphrites chroniques, Bulletins el Mémoires de la Société médicale des kdpitauœ, 26 iiuwicr 1900. ot Thèse de Paris. 1900, La perméabilité rénale dans les néphrites brightiques, Revue de médecine, novembre, .décembre 190H.

INTRODUCTION

l'urine. Les observations de Widal, etc., en France, les travaux de iMaragliano ' et de ses élèves en Italie ont depuis confirmé ces travaux.

Dans les- maladies chirurgicales des reins nous avons le plus souvent affaire à des lésions scléreuses prédominantes qui s'accompagnent d'imperméabilité rénale plus ou moins marquée : nous l'avons démontré avec notre maître Guyon* pour les rétentions rénales, nous l'avons nous-même signalé pour la tuberculose rénale, la pyélonéphrite suppurée et la néphrite lithiasique. Parfois pourtant nous trouvons en chirurgie rénale des lésions parenchymateuses, épithéliales, exclusives ou prédominantes, telles que nous les avons signalées, dans l'épi thélioma du rein sur le rein cancéreux lui-même et dans celui du côté opposé, telles encore certaines néphrites toxiques tuberculeuses. L'étude de la perméabilité rénale dans ces variétés de néphrite parenchymateuse nous a démontré que le plus souvent, contrairement à ce qui se voit dans les néphrites épithéliales médicales, il existe de l'imperméabilité des reins malades.

En réalité nous ne pouvons plus penser aujourd'hui que l'imperméabilité rénale joue le principal rôle dans les accidents syraptomatiques des néphrites médicales ou chirurgicales; nous savons que cette imperméabilité existe dans certains cas, qu'elle manque dans d'autres, qu'elle est élective pour certaines substances, mais nous ignorons le rôle véritable que joue, dans la symplomatologie, l'imperméabilité des reins. La pathogénie des symptômes des néphrites nous est à peu près inconnue; le départ n'est point fait entre ce qui revient à l'intoxication causale, agissant en môme temps sur les différents organes et sur les tissus, et ce qui correspond aux modifications des fonctions rénales dues à l'altération anatomique que la maladie détermine dans les reins. Et cependant, l'étude des modifications que présente la fonction de filtralion des reins, c'est-à-dire de leur per-

1. Maraoliano. Note clinichc, chemichc c sperimenlali sullc nefrili, La Clinica medica ilaliana, 1902, p. 431.

2. GuYON el Albahran. Physiologie pathologique des rétentions rénales. Association française d'urolor/ie, Octoijrc 1897.

méabilitc, présente une réelle importance, parce qu'elle peut nous mettre sur la voie d'un diagnostic précis et nous fournir d'importantes données pronostiques.

Mais, à côté de son rôle de filtration, le rein peut agir en véritable glande; il peut élaborer des substances nouvelles en transformant celles que le sang lui apporte. On connaît l'expérience de Bunge et de Schmiedeberg ' qui démontre la formation synthétique, dans les reins, de l'acide hippurique aux dépens de l'acide benzoïque et du glycocolle; en établissant une circulation artificielle sur un rein, enlevé à un chien par néphrectomie, et en ajoutant au sang défibriné circulant de l'acide benzoïque et du glycocolle, ces auteurs ont constaté quelques heures après la présence de l'acide hippurique dans l'urine qui s'écoulait de l'uretère, dans le parenchyme du rein et dans le sang.

On connaît peu et on connaît mal ce rôle glandulaire du rein ; à côté de la formation par synthèse de l'acide hippurique on ne cite guère que la formation de sucre aux dépens de la phloridzine, phénomène que nous étudierons plus loin. D'autres synthèses peuvent sans doute avoir lieu dans le rein et on pourrait considérer comme telle, après l'injection sous-cutanée de bleu de méthylène, la reconstitution du bleu qui se fait dans le rein aux dépens du chromogène circulant dans le sang (voir p. 101); ce bleu reconstitué diffère d'ailleurs du bleu injecté en ce qu'il est soluble dans le chloroforme.

Je citerai encore la transformation par le rein de la bilirubine en urobiline, si bien mise en lumière par les travaux de Gilbert et Herscher^

11 est possible que, parmi les poisons que le rein élimine, un certain nombre subissent dans le rein des modifications qui les éloignent plus ou moins des poisons circulant dans le sang.

En réalité, nous ne savons pas exactement comment se com-

1. BuNOE et Schmiedeberg. Archiv filr exper. Pathol. nnd P/mrm., IH16, p. â."}.-).

2. GiLBEiu et riEnsciiEn. Origine rénale de l'urobiline, Société de biologie, 28 juin 1902; Presse médicale, 3 septembre 1902.

Herscheii. Origine rénale de l'urobiline, 27ièse de Paris, 1902.

INTRODUCTION

porte le rein vis-k-vis des poisons que le sang charrie : s'il en est qu'il laisse passer comme un simple filtre, et s'il n'en existe pas d'autres qu'il transforme comme un organe actif plus ou moins capable d'élaboration biochimique.

Il est à remarquer que dans les exemples de synthèse rénale on ne peut citer aucun corps que seul le rein ait le pouvoir de fabriquer; l'acide hippurique ne se forme pas, chez quelques mammifères, exclusivement dans les reins; le sucre que le rein fabrique aux dépens de la phloridzine peut aussi être fourni paile foie ou la mamelle ; le bleu que le rein reconstitue est aussi reformé par le foie et l'urobiline peut se former ailleurs que dans le rein.

Il ressort de ces considérations que, pour connaître la valeur fonctionnelle du rein au point de vue de sa sécrétion externe, il faudrait déterminer :

r La valeur du rein au point de vue de la filtration des substances contenues dans le sang ;

2° Son pouvoir d'élaboration de produits nouveaux.

Les différentes méthodes d'examen que nous allons passer rapidement en revue permettent d'étudier plus ou moins exactement le fonctionnement du rein à ce double point de vue.

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