VALEUR CLINIQUE DE L'EXPLORATION
modifier le pronostic, elle peut nous renseigner encore sur la capacité de l'élimination des reins en face d'an surcroît de travail. Nous étudierons à ce point de vue la polyurie expérimentale dans la seconde par lie de ce livre, mais nous savons déjà que la chlorurie expérimentale paraît avoir une réelle valeur pronostique.
La thérapeutique elle-même s'est trouvée modifiée du jour où l'imperméabilité rénale n'a plus suffi à faire comprendre la symptomatologie des néphrites. Le régime lacté garde son utilité, mais il n'est plus la panacée exclusive des affections rénales et la cure de déchloruration a pris rang dans le traitement des néphrites (Widal).
VALEUR CLINIQUE DE L'EXPLORATION DES FONCTIONS RÉNALES EN CHIRURGIE GÉNÉRALE
Il y a quelque vingt ans, sous l'influence des travaux de Verneuil, on se préoccupait beaucoup en chirurgie générale de l'état des reins des malades, et nous avons entendu plus d'une fois notre maître Trélat enseigner que le résultat fatal d'une opération devait être mis sur le compte d'une affection rénale méconnue. Les progrès de la médecine opératoire et la semi-impunité chirurgicale que donne l'asepsie ont conduit les chirurgiens dans ces dernières années à négliger un peu trop l'étude du malade en portant toute leur attention sur la lésion opérable. Trop souvent le mot shock suffit à expliquer des insuccès sans qu'on se donne la peine d'étudier les raisons qui avaient aflaibli la résistance du malade. Nous n'avons pas à revenir ici sur ce que nous avons écrit ailleurs, au sujet de l'importance de l'examen préalable du foie, du cœur, etc., dans le pronostic opératoire de la néphrectomie, mais nous ne saurions passer sous silence l'importance capitale de l'exploration des fonctions rénales en chirurgie générale.
L'état anatomique et fonctionnel des reins joue un rôle de premier ordre dans le pronostic opératoire des grandes interventions chirurgicales, et ce rôle est le plus souvent méconnu
faute d'exploration sunisantc. Non seulement il peut y avoir coexistence d'une affection rénale et de la maladie qui commande l'action chirurgicale, mais encore les reins peuvent être malades consécutivement à l'affection chirurgicale.
Dans les néoplasmes abdominaux on observe souvent des phénomènes de compression urétérale, qui déterminent des lésions rénales graves : quoiqu'on les ait particulièrement étudiées dans le cancer de l'utérus, il est exceptionnel, même dans les cas qui devraient inspirer des doutes, de voir le chirurgien qui opère procéder à un sérieux examen fonctionnel des reins. Si cette exploration était faite plus couramment on éviterait quelques désastres opératoires.
Les infections et les toxhémies d'ordre chirurgical retentissent fréquemment sur les reins. Dans de remarquables travaux Dieulafoy ' a montré les lésions de nécrose épithéliale des reins dans les appendicites; nous avons constaté nous-même à l'hôpital Hérold des lésions analogues dans l'ostéomyélite aiguë et on pourrait sans doute recueillir une ample moisson de faits intéressants en étudiant à ce point de vue différentes infections chirurgicales.
Nous avons montré nous-même" dans plusieurs travaux que la toxhémie cancéreuse peut déterminer des lésions dégénératives absolument latentes des épithéliums canaliculaires. 11 y aurait lieu, croyons-nous, de rechercher ces lésions dans les cancers des différents organes, comme nous les avons recherchées dans les épithéliomas du rein et de l'intestin. Nous pensons que les indications opératoires pourraient ainsi être dans certains cas mieux précisées. Récemment, nous avons observé avec M. le professeur Terrier et notre cher collègue J.-L. Faure un malade atteint d'épithélioma de l'intestin : les conditions locales ne permettaient pas de dire si l'extirpation serait ou non possible, mais,
d. DiEULAFOY. Le rein appendiculaire, Cliniques de ilIôtel-Dieu, >903.
2. Albarran. Lésions de néphrite du rein cancéreux. Association française d'urologie, Paris, 1900, p. 504. - Sur la néphrectomie, Ibid., 1903, p. 133. - Albauran et Lmbert. Les tumeurs du rein, Lésions to.>diémiques, néphrite des néoplasmes, Paris, 1903, p. 137 (Masson).
L'EXPLORATION EN CHIRURGIE URINAIRE
avant d'opérer nous pratiquâmes l'examen fonctionnel des reins. Voici le résultat :
Analyse chimique des iirincs.
Quantité d'urine ^ .100 centimètres cubes.
Urée en vingt-quatre heures .... 14 gr. 20.
Chlorures 6 grammes.
Acide urique "
Cryoscopie A l'^O
Glycosurie phloridzique.
A peine traces dans l'urine.
Bleu de méthylène : début de rélimination après deux heures; faible intensité.
Ces résultats concordants de méthodes différentes ne laissaient pas de doute au point de vue du mauvais fonctionnement des reins, et nous décidâmes de ne pas essayer d'extirper le néoplasme. Nous pratiquâmes avec succès l'entéro-anastomose.