ARMEMENT ET II ARN ACH BM EMT
N« 7, fouet. — N» 9, sandale. — N» 11, coussin. — N» 15, boîte en cuir.
VIE EXTÉRIEUR!:. khi
L'équipement du méhari esta peu près celui du cheval.
La selle ordinaire, ârlhozer {rihla des Arabes), la sellé de luxe des chefs, âiarâm, sont construites sur le modèle de celles de nos spahis. Le dossier en est moins large et moins élevé, le pommeau est en croix au lieu d*être rond. En somme , ce serait un bon siège de marche s'il était rembourré. (Voir planche XXIV, fig. 6 et planche XXV.)
A la différence de la selle du cheval, la selle du dromadaire n'a pas d'étriers, Uekif, support inutile, les pieds du cavajier à dromadaire, cg-emU, étant croisés sur le cou de la bête. Mais, en revanche, elle est ornée d'une masse de lanières en cuir, de toutes couleurs, qui tombent sur les jambes de l'animal et le sollicitent à la marche.
Des groupes de clochettes, anaïna, en cuivre et étain, Fixées à l'avant et à l'arrière de la selle, servent de parure et tiennent continuellement le dromadaire en éveil.
La selle est posée sur le garot, à Tendroit où le cou s'attache au corps, en avant de la bosse. Elle est fixée au moyen d'une sangle en fines lanières de cuir tressées à plat. Ce genre de sangle, à la fois souple et solide, doit avoir une très-grande durée.
Entre la selle et le dos de l'animal, un feutre épais, isâtfâr, prévient les blessures.
La bride, tîrhounîn, est aussi une corde tressée, en cuir, qui s'attache à un anneau en métal fixé au nez de l'animal, et qui le fait obéir à la main du cavalier. (Voir planche XXIV, fig. 10.)
Les accessoires de la selle sont considérables , car ils doivent contenir tout ce que l'homme de guerre emporte avec lui. Ils consistent :
1** En un grand sac de cuir, ârheredj, orné de lanières, de franges et de dessins, dans les divers compartiments duquel entre tout l'arsenal du cavalier : sabre, fusil, javelot, arc, flèches, pistolets, quand on ne les porte pas à la ceinture; en un mot, les armes et les munitions. Ce sac est à droite, pour être toujours à la disposition de la main. Il est recouvert et proto<,^é par le bouclier. (Voir planche XXIV, ^\^. 12.)
2® En un second sac en cuir, servant de pendant à Vârl^redj, et contenant les provisions de bouche : farine de gafoûli , farine de gueçob, tabac à fumer, tabac à chiquer, natron, pipes, etc., etc., le tout dans des compartiments séparés. ( Voir planche XXIV, fig. H.)
3° En une ou plusieurs outres, aheôq, ou peaux tannées, dans lesquelles est la provision d'eau.
/i/i8 TOUAHEG DU NORD.
Les chefs ont quelquefois la djebira des Arabes, pour y serrer leurs objets Tes plus précieux. (Voir planche XXIV, fig. 13.)
A part ce qui est sur le méhari, les guerriers Touareg n'ont pas d'autres bagages, ni tentes, ni vivres, ni bêtes de somme.
Si l'expédition est heureuse , les chameaux conquis sur l'ennemi porteront les prises. En cas de revers, on ne veut pas d'embarras.
Rencontres.
Les éclaireurs, amârhelat, jouent un grand rôle dans les guerres de surprise; c'est par eux que la proie est signalée, guettée, livrée aux capteurs. Si tous les Touareg, en général, ont la vue et l'ouïe d'une délicatesse qui les fait voir et entendre à des distances incroyables, les éclaireurs ont ces qualités au suprême degré. Devançant la troupe au loin, pour observer, ils savent toujours où ils retrouveront leurs amis. La subtilité de leurs sens est pour eux un guide certain.
Les interrogatoires que les Touareg font subir à tous les étrangers traversant leurs territoires sont aussi un moyen de savoir ce qui se passe autour d'eux, car on s'expose peu à les tromper.
La rapidité de la transmission des nouvelles par les voyageurs est quelque chose d'incroyable. Pendant mon séjour dans le Sahara, j'ai toujours appris les événements importants longtemps avant d'en avoir été avisé par ma correspondance; ainsi l'entrée de notre khalîfa Sîdi- Hamza à El-Golêa', la marche de M. le commandant Colonieu sur Timmîmoun, la mort du sultan 'Abd-el-Medjîd, ont été connues trèsrapidement.
L'ennemi découvert, on cherche toujours à l'aborder en le surprenant.
Les hommes montés se battent du haut de leurs chameaux; les serfs, qui n'ont pas de méharis, se battent à pied.
L'armement exige qu'on s'aborde de très-près, à la distance d'un fer de lance.
Chaque targui, dit M. le commandant Hanoteau, tient le bouclier de la main gauche et le javelot de la droite ; le sabre est suspendu au côté. Le combat commence en lançant le javelot, dont on pare les coups avec le bouclier, puis on s'aborde au sabre.
L'agilité des Touareg, leur habileté à manier le bouclier, le long apprentissage qu'ils ont fait de l'escrime, font qu'ils peuvent se
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battre longtemps sans résultat. Tant que Tun des deux partis ne tourne pas le dos, il n'y a pas d'action décisive. Mais, malheur à celui qui est obligé de battre en retraite, car il est poursuivi, la lance dans les reins. Quoique les combats, nkennâs, cessent dès que l'honneur peut être réputé satisfait et dès qu'il y a un certain nombre de tués ou de blessés, on cite cependant des batailles qui ont été très-meurtrières et dans lesquelles la destruction du parti vaincu a été la conséquence de la victoire.
Mais, généralement, on préfère la surprise à la rencontre. Voici ce qui a lieu dans ce cas. Les tribus enveloppées n'opposent pas de résistance el fuient, abandonnant tout ce qu'elles possèdent. De leur côté, les assaillants, plus préoccupés de piller que de poursuivre leur ennemi, se hâtent de s'emparer au plus tôt du butin, dans la crainte d'un retour offensif, qui est à redouter, même après quatre et cinq jours de capture.
C'est dans les retours offensifs que les Touareg paraissent redoutables.
Les pillés, imViaghen, (sing. amîliagh), réunissent leurs méharis, font appel à leurs amis et alliés, et quelle que soit la célérité que les pilleurs, imôliagh, apportent à la retraite, on se met à leur poursuite.
On tâchera de les devancer aux premiers puits où ils doivent abreuver leurs montures et leurs bêtes de somme, et là, on est sûr que le besoin de boire amènera toutes les bêtes de prise au pouvoir de leurs anciens maîtres.
Les capteurs, chargés de butin, traînant à leur re norque des bêtes de somme, au pas lent, et obéissant mal à la voix de nouveaux conducteurs, n'ont d'autre expédient, pour échapper à la poursuite d'ennemis légers et résolus à reconquérir leurs biens, qu'en dérobant leur marche de retraite, ce qui n'est pas facile avec des rôdeurs comme les Touareg.
On cite un retour offensif d'ikhenoiikhen contre les Cha'anba, où après quatre grands jours de marche forcée ces derniers ont été obligés d'abandonner toutes leurs prises, en perdant beaucoup de monde.
Par nature, par tempérament, les Touareg sont constitués pour être de braves guerriers, et ils le sont, sans quoi ils eussent déjà été dévorés par leurs voisins, bien plus nombreux, bien mieux armés qu'eux, surtout ceux du Nord, les Cha'anba et autres. Mais indépen-
(iamment de leurs dispositions naturelles à la bravoure chevaleresque, les Touareg sont encore sollicités à l'héroïsme par leurs femmes qui, dans leurs chants, dans leurs improvisations poétiques, flétrissent la lâcheté et glorifient le courage. Un targui qui lâcherait pied devant l'ennemi et qui, par sa défection, compromettrait le succès de ses contribules, ne pourrait plus reparaître au milieu des siens. Aussi est-ce sans exemple.
Entre Touareg, quand deux partis en sont venus aux mains, et que l'un des deux est battu, les vainqueurs crient aux vaincus, de ce cri sauvage particulier aux Touareg :
Hia hia! hia hia!
Il n'y aura donc pas de rebàza!
Le rebâza est le violon sur lequel les femmes chantent la valeur de leurs chevaliers.
A la menace du silence des rebàza, les vaincus reviennent à la charge, tant est grande la crainte du jugement défavorable des femmes.
Chants de guerre.
Comme tous les peuples guerriers, les Touareg ont leur chants de guerre.
Les Arabes, ces grands mangeurs, qui vivent dans une abondance enviée et enviable , ont surtout excité la verve de poètes affamés. Voici leur Marseillaise contre les Cha'anba, jadis leurs plus intimes ennemis :
Ab& mak, Ma'talla, alhîn, keihânî Midden dlh souort arhèledh iyyàn Ezzâiii asikel aked aoudân Ezzàin înnen inhâyen ôdouàn Kzzâin iddàsin aies insân Nanesberhôr sàdhittes telâ djân Tckenâs atiti âberdjen Ikenàn Tekenâs làftaq imôzhen îmedàn letkàr derhôred idemànen ingngàn Dakh-an-tlemîn sîkid izzedj edsân Sarhtîn des àllarh ioulân desennân leqqân isifef âttedjmodan raân Nellilouet ournoûye oualâmAn Mkît tckhamkliàm iôkày ezegzân.
VIF. IvXTÉRIF.URK. 451
Voici la traduction, mot à mot, de ce chant. Les mots en italiques sont sous-entendus dans le texte original.
« Que Dieu maudisse ta mère, Ma^taUa i, car le diable est en ton corps!
M Ces hommes, les Touareg^ tu les prends pour des lâches;
M Cependant , ils savent voyager, et même guerroyer ;
o Ils savent partir de bon matin et marcher le soir ;
« Ils savent surprendre, dans son lit, tel homme couché;
« Surtout le riche qui dort, au milieu de ses troupeaux agenouillés;
« Celui qui a orgueilleusement étendu sa large tente;
« Celui qui a déployé, en leur entier, et ses tapis et ses doux lainages;
«Celui dont le ventre est plein de blé cuit avec de la viande,
« Et arrosé de beurre fondu et de lait chaud sortant du pis des chamelles;
« Us le clouent de leur lance, pointue comme une épine,
« Et lui se met à crier, jusqu'à ce que son âme s'envole.
(( Nous le laverons de son bien, sans môme lui laisser d'eau;
« Sa gourmande de femme • ne pourra plus supporter son désespoir '. »
La traduction est impuissante à rendre et Tharmonie imitative et le laconisme de cette poésie sauvage.
Que de choses en peu de mots!
La guerre est sainte, car Ma'talla est un suppôt de Satan.
Elle est juste, car MaHalla traite de lâches des hommes qui sont les plus braves de la terre.
Puis vient l'appel à toutes les passions qui remuent le cœur d'un
targui :
Ma'talla dort.
Sur de moelleux tapis.
Dans une large tente.
Entourée de gras troupeaux!
Ma'talla a le ventre plein :
De blé cuit.
Avec de la viande.
Et cet assaisonnement n'a pas suffi à sa gourmandise; il a encore arrosé son blé et sa viande de beurre fondu et de lait chaud.