‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 38 sur 139 · Échantillon n · texte numérisé non relu

Échantillon n

La chaîne de l'Âkâkoûs est tellement abnipte, dressée en forme de muraille, que c'est à peine si, une fois en dix années,, il se rencontre parmi les Touareg un homme assez adroit pour pouvoir en opérer l'ascension, par un unique escalier très-étroit, Abarqa-wândârren (chemin des piétons), et qui va chaque jour en se dégradant. On cite dans le pays les rares individus qui ont gravi ce rempart de roches dénudées, dont les pointes, dressées vers le ciel, présentent l'aspect le plus bizarre.

Le versant méridional de la montagne conduit, par une pente insensible, à Serdélès.

Ce point, que les Arabes appellent aussi El-'Aonïnât, est certainement l'un des plus remarquables du Sahara.

Si l'artiste peut, dans un seul coup d'œil, embrasser trois des grandes horreurs de la nature : le squelette dénudé de la chaîne de l'Akâkoûs, le désert de Tàyta, les dunes d'Edeyen ; si Tarchéologue trouve dans les ruines du château d'Aghrem matière à exercer sa sagacité ; si l'attention du botaniste est appelée par un arbre gigantesque, Vacacia albida de Delille, unique de son espèce dans tout le pays d'Azdjer, celle du géologue est bien plus surexcitée encore par la constatation d'une série de faits, tous nouveaux pour lui.

D'abord, il est au point de partage des eaux entre le bassin de la Méditerranée et celui de l'Océan ; ensuite, au lieu d'une nature aride, sans eaux, comme celle des contrées environnantes, il trouve dans l'enceinte du château une source remarquable par son volume et, à côté, deux puits artésiens, alimentant de leur jet continu divers bassins aménagés pour l'irrigation des terres ; enûn, il est là sur le terrain le plus ancien connu sur tout le continent africain, le terrain devonien, immédiatement inférieur aux dépôts houillers, et ce terrain apparaît dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur son identification.

M. de Vemeuil, celui de nos professeurs le plus versé dans l'étude des terrains anciens, a bien voulu déterminer la nature des échantillons de roches que j'ai rapportés de cette contrée. Voici textuellement les notes qu'il a bien voulu rédiger à ce sujet.

« 11 y a dans les échantillons de grès argileux de Serdélès soumis à mon observation deux espèces de coquilles fossiles reconnaissables : un spirifer et le chonotes crmvXaXa.

« La plus abondante des deux espèces est un spirifer strié, à

sillon lisse, appartenant au groupe des osliolati de de Buch. C'est peut-être même le spirifer ostiolatus (Schlotheim) qu'on. réunit aujourd'hui généralement au spirifer Icevicosta (Valencienne).

tt 11 y en a deux variétés, Tune plus courte , l'autre plus transverse. Ces deux variétés s'observent dans le spirifer Icsvicosta tel que Ta flguré M. Schur. (Brachiopoden von derEifel, pi. 32 bis, fîg.3 a-h.)

a Un des échantillons de Serdélès représente un are^ assez élevé qui pourrait le rapprocher du spirifer sxûfcuspidatus (Schnur) de VEifel.

ce Enfin on peut aussi comparer cette espèce au spirifer medialis (Hall), qui est abondant dans le Hamilton Group ou terrain dévonien de l'État de New-York.

« Quelle que soit l'espèce à laquelle on rattache le spirifer de Serdélès, c'est toujours avec une espèce caractéristique du terrain dévonien qu'il sera identifié, et c'est là le point capital.

c( L'autre, brachiopode que je distingue dans les deux échantillons qui m'ont été soumis est le chonoles crenvXaia (Rômer). C'est une coquille exclusivement dévonienne et caractéristique surtout de l'étage moyen ainsi que la précédente. Elle a beaucoup de ressemblance avec le chonoles slricUdla du système silurien , mais elle a Yarea un peu moins développé et sa plus grande largeur est au milieu des deux valves, ce qui lui donne une forme légèrement arrondie.

tt Le terrain dévonien est aujourd'hui connu dans le Nord de l'Afrique sur ti'ois points:

(( 1» Dans le Maroc, où il a été découvert et décrit par M. Coquand, professeur à Marseille (voirie Bulletin de la Société gèoloffique,\o\, IV, page 1204) ;

a 2*» Dans le Fezzân, où le docteur Overweg l'a trouvé en traversant l'Amsâk à 80 kilomètres environ à l'Est de Serdélès (voir Zeitschrift der deutschen geologischen Gesellschaft , IV Band. — Berlin , 1852) ;

et 3^ Enfin, à Serdélès, d'où proviennent les deux échantillons .soumis à mon examen par M. Henry Duveyrier*.

1. M. Vatonne, dans le Mémoire géologique dont j*ai déjà parlé, nous apprend queBL Ismayl-Boû-Derba a également trouvé le terrain dévonfen, au pied du l'astii, non loin de Timà86anln,prè8 de la source de Touskirin, et de nombreuses empreintes

« Dans le Sud de l'Afrique, ce même terrain dévonîen se représente près du cap de Bonne- Espérance, dans la montagne de la Table.

(( Le terrain silurien et le terrain carbonifère , le premier audessous, le second au-dessus du dévonien, n'ont pas encore été signalés en Afrique, que je sache au moins.

« Cependant, au Maroc, M. Coquand croit pouvoir rapporter au terrain silurien les calcaires à bronleus et à orlhoceras qui sont audessous des grès dévoniens. (Voir le Bulletin, vol. IV. p. 120/|.)

« Des grès argileux, assez semblables à ceux de Serdélès, se trouvent aussi à Almaden, en Espagne, dans le terrain dévonien. Ils abondent également en moules de spirifer dont quelques-uns sont voisins de l'espèce que nous venons de mentionner. »

Les échantillons soumis à l'examen de M. de Verneuil figurent dans ma collection sous les n*»» 37 et 38. Ils proviennent d'une roche près du château.

La même localité me fournit encore un grès ferrugineux* présentant quelques traces de coquilles indéterminables paraissant se rapporter aux grès précédents.

Mais, chose curieuse, près de la source, je retrouve le calcaire crétacé*, jaunâtre, avec Inocerames et bivalves, du plateau sur lequel est bâti Ghadâmès.

La source du château sort d'un bassin de 3 à /i mètres de long, sur 1 mètre 50 de large. De là, les eaux s'écoulent, par un canal profond creusé dans la butte sur laquelle est bâti le château, pour aller arroser des cultures de céréales dans les environs.

A Serdélès, pour atteindre la nappe d'eau jaillissante, il faut creuser à la profondeur de trois hauteurs d'homme; mais, disent les habitants, pour y arriver on a à percer une couche de roche très-dure, difficulté devant laquelle on recule pour augmenter le nombre des puits. D'ailleurs à quoi bon? La nature du sol environnant, imprégné d'alun et de sel, n'est pas favorable à la culture, et son infertilité ne sollicite pas à entreprendre des travaux pénibles pour le féconder.

L'eau de la source, comme celle des puits, est excellente. L'une

de spirifer dans les quartxites du ravin de l*Ouàdi-Ilèzi. Les échantiUons de M. Boù- Derba ont été déterminés par M. le professeur Coquand.

Page 1