ET COUTUMES DES INDIENS
Un devin ou sorcier assiste à la cérémonie, près du bücher, en faisant des gestes bizarres accompagnés d'imprécations. Avant que la combustion commence, il approche de la bouche du mort ses deux mains-à demi fermées, afin de recevoir son âme, puis se tournant vers son plus proche parent, il ouvre les mains et souffle sur lui, comme pour lui communiquer l'esprit du défunt, dont l’héritier prend dès lors les armes et le nom. Après la combustion, les cendres sont recueillies avec soin, placées dans une corbeille de jonc, et portées par les parents dans toutes les migrations de la tribu.
Quelques peuplades du Nord, telles que les Sikanis, enterrent leurs morts; d’autres choisissent pour leurs caciques les sépultures les plus étranges. Il y a quelques années, un chef des Indiens du Sang ayant été tué dans un combat, ses funérailles présentèrent le spectacle terrible que nous allons essayer de décrire.
Pour se faire une idée du lieu de la scène, il faut se figurer sur le dernier plan, des montagnes de quatre à cinq mille mètres de haut, couronnées de neige à leurs sommets et chargées sur leurs flancs d'arbres magnifiques ; au pied de ces montagnes, un torrent impétueux et d’une effrayante profondeur; en decà un plateau de prairie;
340 FUNÉRAILLES D'UN CHEF derrière le plateau, des pétits bois de chênes et de pins, entre lesquels s'élevaient les loges des Indiens formées de pieux recouverts de peaux de buffle représentant diverses figures d'animaux. Sous la plus belle de ces tentes, entouré des femmes de la tribu , reposait le cadavre du chef, peint de couleurs éclatantes, revêtu d’une robe de bison, et ses longs cheveux relevés en panache, indice de sa dignité. Après que le cacique appelé à lui succéder eut débité, en accompagnant ses paroles de gestes expressifs, une sorte d’oraison fanèbre, où il appelait le défunt l'aigle de la tribu, et comparait sa valeur à celle de l’ours et sa prudence à celle du castor, le cadavre fut solidement
attaché sur son plus beau cheval à l’aide de la-
nières de ‘peau de cerf. On plaça sa lance dans une main, son arc dans l’autre, les chevelures de ses ennemis à l’arçon de sa selle , à son cou et sur:ses bras ses colliers de verre et ses ornements de cuivre; puis on. le conduisit, au milieu des gémissements des femmes, sur le plateau, où les guerriers à cheval formaient un demi-cercle dont les deux extrémités aboutissaient au torrent. Le cheval prit place au centre de ce demicercle, et les cavaliers agitant leurs armes, entonnèrent leur chant de guerre, dont rien ne saurait rendre l'expression. sauvage. Le cheval
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DES INDIENS DU SANG. 341 épouvanté bondit sur le plateau, emportant le cadavre, auquel chacun de sesmouvements imprimait une oscillation en avant et en arrière.
Arrivé au bord du précipice, il recula, les naseaux en feu, puis revenant brusquement sur ses pas, il essaya de rompre le rempart vivant qui l'enserrait et qui se rétrécissait toujours derrière lui. Plusieurs fois l’anim:1 renouvela le même trajet et les mêmes efforts; mais enfin, frappé de terreur, poursuivi par les hurlements des Indiens et percé par leurs armes, il se précipita avec son fardeau dans le gouffre. Les cavaliers arrêtés sur le bord le virent se briser sur les pointes des rochers, disparaître dans les flots d'écume du torrent, puis ils regagnèrent leurs loges en silence.
Les Indiens du Sang font partie de la grande famille des Pieds-Noirs (Blackfeet). Cette nation réside sur les versants orientaux des Montagnes Rocheuses, entre les sources de la Colombie, du Missouri et de la Rivière Jaune; mais elle vient souvent faire des razzias terribles sur les tribus à l'ouest des montagnes, Les Pieds-Noirs sont formés par cinq nations différentes, parlant des langues distinctes, mais se réunissant pour attaquer un ennemi commun, ou repoussér ses incursions. Ces tribus se composent des Gros