CHAPITRE VIII
Plaines de Chicova. — Nous y entrons le 7 juin 1860. — Procédé des indigènes pour se procurer du feu. — Disposition du camp. — Noms que les indigènes donnent aux étoiles. — Cécité causée paria lune.
— Discussion politique entre Africains. — Système de marche. — Le civilisé résiste mieux à la fatigue que le sauvage. — Politesse de Chitora. — Préférence des femmes indigènes pour Peau filtrée. — Groquenritaines blancs. — Crainte que Thomme inspire aux animaux sauvages.
— Impression causée par les facultés vocales de Tàne.
Des montagnes de Kébrabasa, dont le massif a trente-cinq ou quaHnte milles d'épaisseur, nous entrons dans les plaines de Chicova le 7 juin 1 860; nous n'avons fait, jusqu'à présent, que des marches peu sérieuses. La fraîcheur des nuits a gravement enrhumé plusieurs de nos hommes, et dans ce pays-ci les rhumes se changent presque toujours en fièvre.
 Chicova le Zambèse se déployant tout à coup, prend Téten* due et Taspect qu'il a en face de Tété. Un peu plus haut nous voyons apparaître une large couche de houille dans la berge de la rive gauche.
De temps en temps on rencontre des voyageurs indigènes. Ceux qui ont une longue route à faire sont chargés d'une natte à coucher, d'un oreiller de bois, d'une marmite et d'un sac de farine. Us ont une pipe, une blague à tabac, un couteau, un arc et des flèches; enfin deux bâlonnets de deux à trois pieds, avec lesquels ils se procurent du feu quand ils sont obligés de camper loin de toute habitation. Le bois sec est abondant partout ; ils l'embrasent de la manière suivante : une entaille est faite à l'un des bâtonnets dont l'extérieur est d'un grain serré, et qui renferme de la moelle. Ce bâton est placé horizontalement sur une lame de couteau, posée elle-même sur le sol. L'opérateur s'accroupit, maintient la baguette en appuyant sur les deux bouts avec ses gros orteils; et prenant Faiitre bâton, qui est d'un bois très-dur, il en ajuste la pointe dans l'entaille du
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précédent. Le bâton dressé, qui foroie avec l'autre un angle droit, est tourné rapidement entre les deux mains qui le font aller en avant et en arrière, tout en le pressant avec force sur la baguette où il est introduit. Le frottement,au bout d'une minute, ou guère plus, embrase la moelle du bâton entaillé ; les parcelles ardentes roulent sur la lame de fer ; elles sont mises dans une poignée d'herbe 6ne et sèche, que l'on balance vivement pour attiser la menue braise qu'elle contient, et qui doit l'enflammer. C'est une rude besogne que de se procurer du feu par celte méthode; le mouvement rapide qu'il faut imprimer à la baguette, tout en appuyant sur elle d'une façon vigoureuse, a bientôt fait d'écorcher les mains délicates.
Les lions sont nombreux dans les plaines de Chicoya,'et nos gens dressent le camp du soir avec plus d'attention. Ds nous mettent au centre, où ils ont l'habitude de placer leurs chefs. Kanyata, ses hommes et les deux ânes sont à notre droite; Touba-Mokoro et ses Bashiubas en face de nous; Mstsakasa, Sininyané et son corps de Batokas se trouvent à notre gauche; enfin derrière nous sont les six hommes de Tété.
Ds ont soin, en arrangeant leurs feux, de les placer de manière que la fumée ne nous vienne pas dans la figure. Dès que nous nous arrêtons ils choisissent l'endroit où nous devons être installés, distribuent les places dans l'ordre que nous venons de dire , et chacun dépose son fardeau. Ils vont tour à tour couper de grandes herbes sèches, et nous en font un lit dans un endroit qu'ils aplanissent si le terrain est inégal. Les porteurs qui sont chargés de notre couchage déposent nos karosses, et déroulent nos tapis sur ce lit d'herbe : le nôtre au milieu ; à droite celui du docteur Kirk; à gauche celui de Giiarles Livingstone. Nos sacs, nos rifles, nos revolvers sont placés à notre tête ; et un feu est établi près de nos pieds.
Nous n avons pas de tente, pas d'autre abri que la cime d'un arbre lorsque nous en trouvons. Il est charmant de voir les branches, les feuilles, les ramilles, qui se déploient au-dessus de nous, se détache sur le ciel parsemé d'étoiles, et baigné de la clarté de la lune.
Ici les astres les plus apparents portent des noms dont le sens se conserve chez un grand nombre de tribus largement dispersées : Vénus, quand elle apparaît le soir, est nommée
Ntanday c'est-à-dire Talné; au point du jour on l'appelle Manjika^ ou premier né du matin. Elle est tellement lumineuse qu'à l'heure où elle brille seule les corps projettent de l'ombre. Sirius est nommé Kouéhoua Ousiko^ tratneur de la nuit, parce que Ton suppose qu'il entraîne la nuit tout entière.
La lune, dans ce pays-ci, n'a pas d'influence maligne, du moins à notre connaissance. Nous l'avons regardée sans en souffrir jusqu'à ce qu'un doux sommeil nous ait fermé les yeux. A Tête, au contraire, elle aveugla quatre ou cinq de nos hommes. Bien que ces malheureux n'eussent pas couché dehors, ils perdirent la vue complètement ; leurs camarades étaient obligés de leur guider les mains vers la gamelle, qu'ils n'apercevaient même pas. Cette affection est inconnue dans leur pays. Quand notre postérité aura découvert le principe qui, en étant distinct des mauvaises odeurs, est la cause de la fièvre; quand elle saura ce qui, en dehors delà lune, rend les hommes lunatiques, ou paraît les soumettre à l'influence de cet astre, elle prendra en pitié notre manque de pénétration.
Nos gens ne se procurent pour eux qu'une très-petite quantité d'herbe , et couchent dans des sacs nommés foumbas : deux nattes en feuille de palmier, qui chacune ont six pieds de long sur quatre de large, et sont réunies par une couture. Ils entrent là dedans comme nous le ferions entre des draps qui seraient cloués au bois de lit sur trois côtés, et s'y trouvent à l'abri du froid , de l'humidité et des moustiques. Lorsque toute la bande est couchée, on ne voit plus rien que des sacs autour des feux. Il arrive parfois que deux personnes occupent le même foumba ; on y est alors très-serré.
Matonga, l'un de nos Makololos, s'est chargé de faire notre feu, d'y pourvoir et de l'entretenir. Il reçoit pour cela le cou et la tète des animaux que nous abattons, ce qui est le prix habituel de ce service, et gagne ainsi des rations copieuses ; excepté, toutefois, quand la chasse se borne à une pintade. Il supporte notre régime de volaille avec résignation pendant deux ou trois jours ; puis s'il n'est pas tué de grosse bête, il vient nous trouver, et nous parle du même ton sérieux dont il s'adressait au lion qui avait envie de notre buffle : t Moréna, monseigneur, dit-il, un homme aflfamé ne peut pas se remplir l'estomac avec une tête d'oiseau. Il va mourir faute de viande; la faim le tue ; bientôt
il n'aura plus la force de porter le bois et de faire le feu ; c'est un oiseau tout entier qu'il lui faut pour ne pas mourir de faim. * Sa demande étant raisonnable, et la pintade abondante, on fait droit à sa requête.
Les pintades sont communes sur les bords du Zambèse pendant la saison sèche. A cette époque elles se rassemblent par troupes nombreuses, viennent chaque jour boire au fleuve, et passent la nuit sur les acacias des deux rives. Nous en rencontrons ordinairement deux ou trois bandes dans la journée ; elles sont toutes grasses et d'une excellente chair. Dans quelques endroits, comme à Choupanga, on en voit ime variété qui a sur la tête une jolie huppe de plumes noires, et qui est tachetée de bleu clair d'une teinte fine. Elle est bien plus belle que la pintade commune. Les indigènes rappellent Khanga Tore ; les naturalistes iVumitfa cristata.
Chaque soir douze feux sont allumés dans le camp , et sont entretenus jusqu'au point du jour par nos hommes, que le froid réveille de temps à autre. Il est facile de se procurer du bois sec et dur qui brûle admirablement. Quand la grande affaire du souper est finie, tous nos gens prennent place autour des feux. Ils se mettent à causer ou bien à chanter. L'un des Batokas joue de la sansa^ et continue jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il accompagne ses accords d'un chant qu'il improvise, et dans lequel il raconte ce qui a été fait par eux tous dans ces trois dernières années.
Quelquefois une question politique surgit, les paroles s'animent, et la somme d'éloquence dépensée par les orateurs est vraiment surprenante. L'excitation est générale, on s'interpelle d'un feu à l'autre. Des voix qu'on n'entend jamais, quand il s'agit d'autre chose, éclatent en discours passionnés. La mauvaise administration des chefs est le thème inépuisable : « On se gouvernerait mieux soi-même, s'écrient-ils; à quoi servent les chefs, et pourquoi en avoir? Il ne fait rien , et cependant le chef est gras. Il a des épouses nombreuses; et nous, qui faisons le rude travail, nous avons faim, nous ne possédons qu'une femme, souvent même nous n'en avons pas. Gela est mauvais ; c'est injuste, bien à tort 1 » A ces paroles un bruyant èhè I qui équivaut à notre écoutez \ écoutez I s'élève de toutes paris. La discussion continue. Kànyata, le capitaine de la bande, etTouba Mokoro sont fidèles
au pouvoir : « Le chef est le père du peuple ; une nation peutelle vivre sans père? C'est Dieu qui a fait le chef. Qui ose dire que le chef est incapable? Il est toute sagesse; mais ses fils sont des insensés. » Touba en général conserve la parole j usqu'à ce qu'if ait fait taire Topposition. Si les arguments qu*il donne ne sont pas toujours les meilleurs, sa voix est la plus forte, et c'est lui qui a le dernier mot. •
La veillée finie, tout le monde s'endort. Nous nous levons au point du jour (il est à peu près cinq heures). Tandis que nous prenons du thé avec un morceau de biscuit, nos couvertures sont pliées, et mises dans les sacs par les hommes qui nous servent. Chacun ayant roulé son foumba, l'attache au bout d'un bâton qui se porte sur l'épaule, et dont la marmite occupe l'autre extrémité. Le cuisinier réunit la vaisselle dont il se charge; et quand le soleil est levé toute la bande est en route.
Vers neuf heures, si l'on trouve un endroit convenable, on s'y arrête pour déjeuner. Le repas en général a été préparé la veille, afin de ne pas perdre de temps ; on n'a plus qu'à le réchauffer.
Après le déjeuner on se remet en marche ; on se repose au nUlieu du jour, et l'on s'arrête dans l'après-midi, pour recommencer le lendemain.
Nous franchissons en moyenne, à vol d'oiseau, de deux milles à deux milles et demi par heure; il est rare que nous marchions plus de cinq ou six heures par jour. Dans un pays chaud c'est autant qu'un homme peut faire sans s'épuiser; et nous désirons que le Voyage soit plutôt un plaisir qu'une fatigue. Presser le pas, lancer des regards furieux à se&gens, leur dire des injures pour se vahter plus tard de la rapidité avec laquelle on a fait le chemin, est une sottise où l'odieux le dispute à l'absurde. Tandis que la bienveillance que l'on témoigne à ses compagnons, les égards qu'on a pour eux, alors même que ce sont des nègres, le plaisir de regarder le pays, d'observer tant de choses nouvelles, que Ton voit bien mieux quand on marche d'un pas ordinaire, enfin le charme des instants de repos, rendent le voyage dé- , licieux.
Bien qiie nous ne soyons pas des marcheurs exceptionnels, nous avoiis été àurpris de voir que nous pouvions fatiguer nos hdmiùes. Leur chef lui-même, dont le fardeau n'était guère plus lourd que le nôtre, et qui ne chassait jamais dans l'après-midi.
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comme cela nous arrivait souvent, se lassait plus vite que nous. Notre expérience tendrait à prouver que TEuropéen est plus robuste et résiste mieux à la fatigue, même dans la zone torride, que les Africains les plus vigoureux.
Lorsqu'on a préparé le camp, nous allons à la chasse l'un ou l'autre, quelquefois deux d'entre nous, et moins pour notre plaisir que par nécessité ; mais il faut se procurer de la viande. Il nous serait fort agréable d'avoir un homme pour rapporter le gibier, ou pour guider ceux qui doivent aller le chercher- Cependant comme ils grognent quand on leur en parle, et qu'ils se plaignent de la fatigue, nous consentons à partir seul. Nous n'y voyons d'autre inconvénient que d'être obligés de faire une seconde fois le chemin pour conduire auprès delà béte ceux qui doivent s'en charger. Pour peu que cela soit à une couple de milles cela devient fatigant , surtout quand c'est au profit exclusif de ceux qui se reposent que l'on prend cette fatigue. Ainsi que les âmes charitables qui se livrent en Angleterre aux œuvres de bienfaisance, le chasseur exténué, tout en s'efforçant de rester bon pour son prochain, est vivement tenté de revenir quand il s'est procuré assez de gibier pour les trois blancs, et d'envoyer coucher sans souper ces mendiants ingrats et paresseux, comme on dit ailleurs. Cependant ce n'est qu'en persistant à faire le bien, en allant même jusqu'à ce que les sages de ce monde appellent faiblesse, que nous finissons par les convaincre de la pureté de nos intentions, et par leur faire sentir que notre but est assez élevé pour nous mériter le respect.
Les plaines de Chicova, d'un sol gras et brun, sont extrêmement fécondes ; elles nourrissaient jadis une population nombreuse; mais la guerre et l'esclavage en ont balayé la plupart des habitants. Malgré les hautes herbes qui les ont envahies, le coton y croît toiyours dans les jardins déserts.
Un fourré de mimojsas, d'ébéniers et d'attends-un-peu (acacia detinens) se déploie entre les plaines de Chicova et le territoire cultivé où sont les villages de Chitora. Celui-ci nous apporte de la bière et des aliments, « parce que, nous dit-il avec la politesse innée des Africains, il ne veut pas que nous nous endormions sans avoir été rassasiés. II avait entendu parler du docteur à l'époque où ce dernier descendit le Zambèse , et il avait eu grand désir de le voir et de causer avec lui ; mais alors il n'était qu'un
enfant, et n'osait rien dire en présence des grands hommes. Il est heureux, cette fois, d'avoir vu l'Anglais, et regrette que ces gens soient partis; s'ils étaient là, il leur ferait faire la cuisine pour les hommes blancs. » Toute sa conduite prouva plus tard que ses paroles étaient sincères.
Beaucoup d'Africaines sont scrupuleuses à l'égard de l'eau qu'elles emploient, non-seulement comme breuvage, mais encore pour la cuisine. Afin d'en avoir de plus pure elles font des trous dans les bancs sableux qui longent le courant, et recueillent avec soin l'eau qui a filtré lentement à travers le sable, plutôt que de puiser dans la rivière, où l'eau est tout aussi limpide. Cet usage est commun sur les bords du Zambèse, de la Rovouma et du lac Nyassa. Quelques-uns des Portugais de Tété ont même pris cette coutume indigène, et envoient des pirogues chercher de l'eau dans une lie basse qui est au milieu du fleuve. Les gens de Ghitora prennent également leur eau dans des puits quMls ont creusés au fond du lit sableux d'un ruisseau qui passe auprès du village. Cette habitude peut venir de l'insalubrité des eaux du fleuve en temps d'inondation. Pendant à peu près neuf mois de l'année des ordures sont déposées autour des bourgades sans nombre qui se trouvent sur les milliers de milles drainés par le Zambèse. Quand viennent les grandes pluies, cette accumulation d'immondices fétides est balayée dans les torrents et les rivières, qui les charrient dans le fleuve ; et sans la précaution dont nous venons de parler, nos Africains se montreraient aussi peu délicats que les habitants de Londres qui boivent les abominations versées dansla Tamise près de Reading et d'Oxford. Il n'était pas étonnant que les marins souffrissent tant de la fièvre quand ils buvaient l'eau des rivières d'Afrique avant qu'on eût adopté dans notre marine l'admirable sjstème d'épuration qui s'y trouve aujourd'hui.
Il faut qu'il y ait dans l'aspect des blancs quelque chose qui, au premier abord, soit effroyable pour les nègres. Quand nous entrons dans un village qu'un Européen n'a pas encore visité, le premier enfant qui aperçoit les hommes « cousus dans des sacs > prend ses jambes à son cou, et s'enfuit avec autant de frayeur qu'en aurait un gamin de Londres s'il voyait une momie sortir vivante du British Muséum. Alarmée par les cris sauvages du bambin, la mère s'élance hors de sa case; mais elle
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s'y rejette précipitamment dès qu'elle voit reflrayante apparition. Les 4:hiens nous tournent le dos; et la queue entre les jambes, se sauvent tout éperdus. Les poules abandonnent leurs poussins, et se réfugient sur les toits en criant. Le village, naguère si paisible, n'offre plus que désordre et vacarme jusqu'au moment où nos Makololos, se mettant à rire, affirment que les blancs ne mangent pas les noirs; car en Afrique une plaisanterie a souvent plus d'influence que les paroles les plus graves. Quelquesuns de nos fashionables perdraient peut-être un peu de leur bonne opinion d'eux-mêmes, s'ils voyaient toutes les jolies iilles d'un bourg s'enfuir à leur approche, ainsi qu'à la vue d'horribles cannibales ; ou s'ils entendaient, conmie cela nous est arrivé, les mamans les transformer en croquemitaines, et dire à leurs marmots: « Si vous n'êtes pas sages, j'appellerai l'honune blanc pour qu'il vous morde. »
Pour les animaux sauvages la senteur de l'homme est infini^ ment plus effrayante que sa figure et produit sur eux une impression terrible. Un troupeau d'antilopes, arrêté à cent mètres, nous regardait d'un air curieux; elles virent défiler la moitié de labande, sans penser à bouger de place; mais elles disparufent comme l'éclair, dès que leur parvinrent les effluves des hommes qui venaient de passer. En Afrique tout est fini pour le chasseur qui est sous le vent que reçoit la bête ; car celle-ci, même de très4oin, ne supporte pas l'odeur humaine.
Est^e l'effet de la terreur dont tous les animaux doivent être frappés devant l'homme, suivant les paroles que le Tout-Puissant a dites à Noé ? Certes, un lion à l'affût pourra sie jeter sur une créature humaine, aussi bien que sur une autre. Il se peut qu'une lionne, quand elle a des petits, attaque un individu qui lui fait craindre pour ses lionceaux ; que des buffles se précipitent sur une bande de voyageurs • qui leur paraissent menaçants.; mais en général ni bête marcliante, ni bête rampante, ne se jette sur l'homme, excepté par méprise, ou bien pour se défendre *. Si le gorille,sans y avoir été provoqué, vient à la ren-
1. Ou pressée par la faim. Malgré la promesse que valut à Noé la bonne odeur de ses holocaustes , toutes les bêtes de la terre et des eaux ne tremblent pas devant l'homme, quand le jeûne leur fait oublier la prudence. Le crocodile, i^uquel le poisson manque , attaque sans vergogne la créature humaine. Le requin en est avide. Une fois que le lion a goûté de cette chair fine^ il sait très-bien la
contre du chasseur, et se frappe la poitrine en signe de défi, c'est là une exception. A la manière dont se sauve Téléphant dès qu*il vous aperçoit, on peut supposer que ce colosse, qui est bien le roi des animaux, s'enfuirait devant un enfant.
Nos deux ânes ne causent pas moins de surprise que notre couleur. £t quel effet quand l'un d'eux se met à braire! Les timides bondissent, et détalent plus vite que si un lion rugissait à leurs oreilles. Les autres demeurent confondus, stupéfiés, jusqu'à ce que le dernier raclement de cette voix rauque ait retenti. Voyant alors qu'il n'en résulte rien de fâcheux, ils se regardent, et se mettent à rire de leur commune surprise. Quand un de nos ânes, entonnant sa cantate, excite l'autre à donner la mesure de sa puissance vocale, l'intérêt des auditeurs frémissants égale celui que l'hippopotame éveillait naguère chez les habitants de Londres.
rechercher ; le tigre encore mieux. Le loup affamé n'est pas d'une bonne rencontre; enfin l'hyène, trop lâche pour attaquer l'homme éveillé, lui dévore la figure quand eUe le trouve endormi. Nott8>ne parlons pas de cette gent menue qui depuis Pacare, le moustique et autre vermine, jusqu'au vampire ^ s'abreuve de sang humain. Quant au ruminant^ on peut s'étonner de voii* chez lui la curiosité plus forte que la carainte ; mais U est nafiuvel que les effluves des carnassiers lui fassent prendre la fuite; il n'a pas attendu que Noé l'ait offert au Dieu de Moïse pour flairer un ennemi dans les émanations du chasseur.
{Note du traducteur,)
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