CHAPITRE IX
Couches de houille sous le grès gris de Tété. — Usage de la houille inconnu aux indigènes. — Mbiatue un hippopotame. — Pièges. — Sagacité des éléphants à Pégard des trappes. — Fourmis blanches.
— Fourmis guerrières. — Langage des fourmis. — Fourmis mordantes.
— Singe respecté. — Fabrication du sel. — Les montagnes. — Chikouanitséla. — Afflictions des bêtes. — Mpendé. — Ghilondo. — Meurtre de Monabin. — Pangola. — Destinée des empires africains. — Arrivée à Zumbo. — Résultat de l'absence de gouvernement. — Meurtre de Mpangoué. — Séquasha.
Nous traversons le Nyamatarara, petit ruisseau qui forme la limite du Chicova, et nous nous trouvons au milieu de roches du même grès que celles qui dominent entre les monts Lupata et la gorge de Rébrabasa. Dans cette dernière, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les roches ignées, les masses syénitiques ont été bouleversées par quelque grande convulsion de la nature ; les couches disloquées s'entassent pêle-mêle dans un désordre indescriptible; et naturellement la hotiille disparaît; mais on la retrouve dans le Chîcova. Le grès de Tête, un grès de nuance grise, est commun aux environs du Sinjéré. Dans tous les endroits où on le rencontre, portant du bois fossile, la houille existe à l'étage inférieur. Ici eflfectivement, comme à Chicova; elle se montre sur les rives du Zambèse.
Au midi s'étend une vaste plaine, dont une portion est en forêt. On y voit des collines détachées; puis l'horizon est fermé par des montagnes, qui sont trop loin, nous disent les indigènes, pour qu'on sache comment elles s'appellent.
Quand nous regardons en amont de la rivière, les plus hautes montagnes que nous ayons à notre droite se trouvent à une distance de six à douze milles; de temps en temps leurs éperons descendent jusqu'à la berge avec les ruisseaux qui baignent leurs étroites vallées.
Deux terrassés bien distinctes forment les rives du Zambèse :
la première, c'est-à-dire la moins haute, est généralement peu large, et d'une grande fertilité ; la seconde est un plateau aride, tantôt couvert d'une herbe maigre, tantôt d'une jongle épineuse ou d'une forêt de bauhinia. Près du Kafoué les arbres sont pé-
tritiés.
Nous avons passé deux jours au bord du Sinjéré, un cours d'eau limpide qui vient des monts Chiroby-roby situés au nord, à huit milles environ du Zambèse. De nombreux morceaux de houille, entraînés par le courant, gisent dans le lit de cette rivière torrentielle. Les indigènes ne savaient pas que la houille fût combustible. Quand nous leur avons dit qu'on en faisait du feu ils ont secoué la tête, ont souri d'un air incrédule, en répondant kodi! (vraiment)! et leur surprise a été grande lorsqu'ils ont vu ces pierres noires brûler dans notre feu de bois. Ils nous ont dit alors qu'il y en avait beaucoup dans les montagnes. Sachant depuis longtemps que nous étions sur un immense terrain houiller, nous n'avons pas cru nécessaire de nous en occuper davantage.
En 1856, nous avons découvert la houille de l'autre côté du Zambèse, au sud de l'endroit où nous sommes aujourd'hui ; plusieurs veines ont été examinées à cette époque sur les bords du Révouboué, à quelques milles de Tête. Ces veines étaient évidemment la prolongation de la couche que nous avions trouvée plus haut. Toutefois la houille en était plus bitumineuse. Brûlée à feu découvert, elle se boursouflait et répandait du gaz comme de bonne houille de ménage.
Un dike, ou filon de basalte nommé Kakololé, traverse le Zambèse près de ^'embouchure du Sinjéré. La muraille que forme le basalte est rompue en deux endroits ; chacune de ces ouvertures a de soixante à quatre-vingts pieds de large; et l'eau y est
très-profonde.
En aval de ce dike, une bande d'hippopotames se reposait sur un banc de sable, où elle se prélassait dans une fausse sécurité. Les petits jouaient entre eux comme de jeunes chiens, sautaient sur le dos de leurs mères, cherchaient à se prendre les uns les autres par le museau, et tombaient dans la rivière. Mbia, l'un de nos Makololos, s'approcha de la bande ; il tua un vieux mâle, qui, étant très-gras, ne tarda pas à flotter, et fut pris au premier village qui se trouva au bord du fleuve. Ce
matin, pendant que nous déjeunions, nous avons eu la visite du chef de cette bourgade. Il portait une perruque d'ifé teinte en noir, et une chemise d'indienne. Après un instant de silence, il dit à Masakaisa : < Vous suivez les hommes blancs , pourquoi ne leur dites-vous pas de me faire un présent d'étoffe î — Nous sommes étrangers, répondit Masakasa, pourquoi ne nous apportez-vous pas de nourriture? » Il profita du conseil et revint avec deux poulets, afin qu'on ne pût pas dire que nous avions passé chez lui sans y avoir reçu d'aliments. Quant à l'hippopotame, le brave homme nous dit qu'il n'en réclamait rien , mais qu'il accepterait volontiers le morceau que nous voudrions bien lui donner.
Nos gens se sont gorgés de viande depuis deux jours, et en ont taillé une masse énorme en longues bandes étroites qu'ils ont fait à demi sécher, à demi rôtir, sur des cadres de bois, placés au-'^*?ssus du feu.
Il y a dans ces parages beaucoup de fosses destinées à prendre le gibier. Des pieux aigus sont fichés en terre au fond de' ces trappes, et la bête s'empale en tombant sur ces pointes. Les habitants ont le soin de prévenir les étrangers de l'existence de ces pièges, non moins que de celle des poutres à dard empoisonné, qui sont suspendues aux branches, à l'intention des éléphants et des hippopotames. Il n'est pas difficile de découvrir ces trappes quand vous êtes averti. Mais dans les endroits où la terre que l'on a retirée de la fosse a été emportée au loin ; quand rien ne vous indique l'existence de ces pièges, et que vous ne vous y attendez pas, la descente imprévue de neuf pieds que vous faites dans ces trous perfides, est une chose qui s'oublie difficilement.
C'est une série de sensations particulières : tout d'abord vous n'avez pas conscience de ce qui arrive. Le crépitement d'une cascade de sable et d'herbes sèches vous tire de votre stupeur, et l'idée vague de l'endroit où vous êtes traverse votre cerveau ébranlé. Vous commencez à comprendre pourquoi vous vous trouvez dans les ténèbres ; le raisonnement s'éveilJe, il vous assure que vous avez dû entrer là, par ce petit jour qui perce la nuit au-dessus de votre tête ; et vous savez enfin que vous êtes à la place que devrait occuper un hippopotame.
Ainsi que dans l'Aveme, il est aisé de tomber au fond de
ces trappes ; mais pour en sortir c'est autre chose : les parois en sont unies et croulantes ; les roseaux qui soutiennent la couverture se brisent dès que vous les empoignez ; vos cris ne s'entendent pas ; et ce n'est qu'après des efforts désespérés et soutenus que vous finissez par reparaître au jour. On nous a raconté qu'un Portugais, d'une taille bien au-dessous de la moyenne, était tombé dans une de ces fosses, en voulant surprendre une pintade qu'il voyait sur un arbre. Il lui fallut travailler toute une après-midi pour se tirer de Tabime ; et il se félicitait d'avoir pu en sortir, lorsqu'il fut englouti de nouveau par une seconde trappe qui se trouvait , comme il arrive sou^ vent, tout à côté de la première. Cette fois, la nuit était venue avant qu'il se fût arraché de ce nouveau gou£fre.
Les éléphants et les buffles appréhendent tellement le danger auquel les expose l'art des trappeurs , qu'ils passent rarement deux fois de suite par le même chemin pour se reiMbe à la rivière. Celui qui est à la tête de la bande^ un vieux mâle expérimenté, prend l'avance et découvre les fosses avec sa trompe pour que les autres puissent voir les pièges et les éviter. Les femelles y sont généralement prises. Plus timides, et toujours inquiètes pour leurs petits, elles flairent le vent dans la crainte d'un péril imaginaire, et ne s'aperçoivent pas de celui qui est à leurs pieds. Les mâles, plus rassurés, vont la trompe basse ; et averti par cet organe d'une sensibilité exquise , ils prennent garde à leur chemin.
Nous campons au bord du Sinjéré, sous un figuier sauvage, à la cime largement étendues Le nombre des gros arbres de
1. Wild-fig-tree , figuier sauvage. Nous ayons traduit littéralement cette épithëte dont l'auteur se sert partout pour désigner son figuier à cime horizontale. Cela nous paraît néanmoins une faute, puisque bette désignation appartient au figuier des parties chaudes de l'ancien monde, /icus sylvestrù, que l'on cultive de temps immémorial, et qui sous le nom de ficut carica donne les figues que nous mangeons. Nous ne somntes pas sûrs noû plus de la justesse du nom de hanian, appliqué plus bas au Wild-fig-tree qui nous occupe. Nous ne voyous pas qu'il soit question des arceaux formés par la reprise des jets de Varpre des Baniant,oxi figuier du Bengale, caractère que l'on ne passe guère' sous silence. Tandis que la grande cime étalée appartient au figuier religieux ^ qui tient également une grande place dans le culte des Hindous. Sa large ramée, le murmure de ses feuilles mobiles , presque toujours agitées par le vent , et son ombre épaisse en lui prêtant Finiluence mystérieuse des temples, en ont fait un objet de vénération. {Note du traducteur.)
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cette famille qoe l'on voit disséminés dans le pays, ferait croire qu'à one époque des plus anciennes, le fî^ier banian a été tenu en Afrique pour un arbre sacré.
Autour de nous, le sol abonde en termites; leurs galeries d'argile destinées à les cacher aux yeux des oiseaux, rampent sur la terre, s'appuient contre les arbres, et courent le long des branches, que les petits architectes débarrassent de tout le bois mort. Très-souvent la forme exacte des rameaux est restée aux galerïes qui gisent sur le sol, et dans lesquelles ne se trouve pas une miette de bois. La première nuit, les termites se sont ouvert un passage dans notre lit d'herbe , et ont rongé nos couvertures.
Ga.leries de lermitea.
En outre, de grosses fourmis à tôte rouge nous ont grignoté la chair.
Il y a des jours où l'on ne voit pas une fourmi blanche; il en est d'autres où à certaines heures elles sortent par myriades, et travaillent avec une incroyable énergie à transporter des brins d'herbe sèche au fond de leur retraite. Les lézards et les oiseaux profitent de ces jours de récolte ponr faire un bon repas, et avalent des milliers de ces moissonneuses.
Au moment de l'essaimage, les fourmis blanches sont ramassées en nombre incalculable par les indigènes, qui les mangent
grillées, et nous disent d'une voix émue : « Elles ressemblent à des grains de riz bien tendres, qu'on a fait frire dans une huile délicieuse. >
Une armée de grosses fourmis noires, partie en maraude, attaqua une forteresse de termites qui est située près de notre camp. La lutte ayant été souterraine, nous n'avons pas pu voir le combat; mais il parut bientôt que les noires avaient gagné la bataille, car elles retournèrent chez elles triomphalement, chargées d*œufs de termites, et de morceaux friands pris aux corps des vaincus.
Un don analogue à celui du langage à été octroyé aux fourmis. Si une partie de leur édifice est détruite, on voit sortir un fonctionnaire qui va examiner les dégâts. Lorsqu'il a soigneusement visité les ruines, il fait entendre quelques sons clairs et distincts, et aussitôt une foule de travailleurs se mettent à réparer la brèche. L'œuvre terminée, le chef des travaux donne un nouvel ordre, et les ouvriers se retirent ; on peut s'en assurer en enlevant une portion de la bâtisse qui vient d'être refaite.
Un soir, comme il pleuvait très-fort, nous avons accepté le gtte que nous offrait un indigène. Impossible de dormir dans cette case, en raison des tourments que nous causèrent de petites fourmis, dont la taille n'excédait pas un seizième de pouce. Elles étaient évidemment soumises à une discipline rigoureuse, et s'efforçaient d'exécuter les ordres d'un habile capitaine. Nos mains et nos cous furent l'objet du premier assaut. Des corps nombreux avaient été massés en silence autour des points attaqués. Une minute s* écoule ; nous entendons le mot bref du commandement, jeté d'une voix aiguë et stridente. Jusqu'alors nous n'avions pas cru aux facultés vocales des fourmis; cependant l'ordre est répété. L'instant d'après, nous sentons les assaillants nous fondre sur la tête, sur la gorge, nous mordre les chairs aux endroits les plus sensibles; nous prendre aux cheveux, et y laisser leurs mâchoires plutôt que de lâcher prise. Nous nous recouchons, espérant les avoir mises en fuite. A peine avons-nous éteint la lumière, que l'attaque recommence. Des ordres précis frappent notre oreille, et Tassant est renouvelé. Il n'était pas moins difficile de dormir dans cette case que dans les tranchées de Sébastopol.
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Les termites, qui ne sont pas carnivores, ne détruisent que les objets d'origine végétale ; cependant ils rongent le cuir tanné, où ils retrouvent la saveur de Técorce. « Riche aujourd'hui, vous pouvez être pauvre demain par les ravages des fourmis blanches, nous disait un négociant portugais. Si vous tombez malade, et que vous ne puissiez pas veiller sur vos marchandises, elles sont bientôt détruites par ces insectes. »
Nous rencontrons journellement les fourmis rougeâtres, que dans l'ouest on appelle conducteurs. Elles traversent le chemin en colonnes serrées, larges d'un pouce. Jamais l'humeur batailleuse n'a été portée plus loin, ni 'chez l'homme, ni chez la béte. Approcher d'elles, même par hasard, est un casus belU : quelques-unes sortent des rangs, elles se dressent, les mandibules ouvertes, se jettent sur vous, les mâchoires tendues, et vous mordent avec férocité. Nous avons souvent, à la chasse, mis le pied au milieu d'elles. Absorbés par la recherche du gibier, et ne pensant pas aux fourmis, nous étions tout à coup envahis des pieds à la tête par ces pestes rongeuses qui vous saisissent la peau, et tournent sur elles-mêmes pour emporter la pièce. Leur morsure est tellement douloureuse, que l'homme le plus brave est obligé de s'enfuir, et de se déshabiller entièrement pour arracher ces bourelles, dont les mandibules tiennent à sa chair ainsi que des crocs d'acier.
Nous n'avons pas entendu dire que ces fourmis eussent jamais tué d'autre animal que le python, lorsqu'elles le surprennent dans son état d'engourdissement; mais elles font bientôt disparaître tout ce qui a cessé de vivre, et semblent essentiellement carnivores. Le rôle qu'elles jouent dans la nature rentre donc dans celui des nettoyeurs du globe.
Nous quittons le Sinjéré le 12 juin. Nos hommes sont chargés de viande d'hippopotame, dont ils espèrent bien vendre une partie. Le déjeuner a lieu en face du dike de basalte qui confine au chenal, à l'ouest du mont Manyéréré.
Un singe errant, très-gras, très- peu farouche, et beaucoup p)us grand que tous ceux que nous ayons encore vus, sort tranquillement d'un jardin près duquel nous passons. Pour les habitants de cette région, le singe est un animal sacré; jamais ils ne le tuent ou ne l'inquiètent, persuadés qu'ils sont que les âmes de leurs ancêtres habitent ces corps dégradés, et qu'un
jour OU l'autre, eux-mêmes revêtiront cette forme ; avenir aussi peu attrayant pour les noirs, que le paradis des spirites pour les blancs.
Les jardins sont séparés les uns des autres par une seule rangée de petites pierres, quelques poignées d'herbe ou un sillon légèrement tracé à la houe. Quelques-uns sont entourés d'une palissade de roseaux, tout ce qu'il y a de plus fragile. Gela suffit néanmoins pour éloigner les hippopotames qui se méfient de cette barrière, et s'abstiennent de la franchir dans la crainte de tomber dans un piège.
Les femmes profitent de l'extrême prudence de ces animaux pour défendre leurs récoltes à peu de frais : elles suspendent à une perche, en guise de poutrelle, un fruit de kigélia où elles ont planté une bûchette. Il n'en faut pas davantage pour préserver le maïs, dont l'hippopotame est cependant très- friand.
Ici les femmes font leurs affaires elles-mêmes ; elles accompagnent les honames lorsqu'ils viennent à notre camp, nous offrent leurs marchandises , en débattent le prix , et paraissent aussi loyales que modestes et sensées. Ailleurs , elles s'agenouillent à distance respectueuse de l'endroit où nous sommes, et attendent que leurs maris ou leurs pères , qui ont pris l'avance, aillent chercher ce qu'elles apportent, et veuillent bien nous le vendre pour elles.
A cet égard, les femmes de ce pays -ci tiennent le milieu entre les humbles épouses des Manganjas et celles des Zaggas, les fières habitantes des montagnes voisines du Kilimandjaro, qui font, à ce que l'on dit, tout le commerce de leurs villages, ont des marchés à jour fixe, et ne permettent à aucun homme de mettre le pied dans l'endroit où elles vendent. ,
Plusieurs de nos gens sont malades ; ils ont trop mangé d'hippopotame; et nos étapes sont nécessairement plus courtes. Le 13, nous nous arrêtons après trois heures de marche; nous passons le reste du jour au village de Ghasiribéra, situé sur un ruisseau qui se dirige au nord , en traversant une belle vallée, bornée par de magnifiques montagnes. Le Pinkoué^ Mhingouè ou Mohéou^ forme l'angle sud-est de la chaîne.
Le 16 juin, nous sommes à Senga, village florissant, bâti au pied du mont Motémoua, et administré par Manyamé.
Presque toutes les montagnes de cette région sont couvertes
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de forêts éclaircîes et d'herBe verte ou jaune, suivant l'époque de Tannée où Ton se trouve. Beaucoup de ces montagnes ont de deux à trois mille pieds de hauteur ; leurs sommets sont boisés. La roche paratt suffisamment pour qu'on puisse en observer la stratification ou la forme granitique. Bien qu'elles ne soient pas chargées de masses épaisses de lianes, comme sous le climat plus humide de Test, la plupart des pentes sont fertiles, même ^es plus abruptes ; pas une n'offre aux regards cette nudité qui, dans le Nord, accuse la maigreur de la terre, et vous fait penser que les os lui percent, la peau.
Nous suivons, au dire des villageois, la même route qu'un métis portugais venu dernièrement à Senga pour y acheter des dents d'éléphant. Comme il avait tué, près de Zumbo, un chef et une vingtaine d'hommes, les gens de Senga refusèrent de trafiquer avec lui. Il menaça de prendre l'ivoire si on ne voulait pas le lui vendre ; mais le soir même l'ivoire et les femmes avaient disparu du village, où il ne restait qu'un nombre imposant de guerriers. Noire homme craignit d'être battu, et déguerpit immédiatement.
Quelque cinquante milles de la rive nord du Zambèse ont ici pour chef suprême Chiicouanitséla ou Sékouanangila. Celui-ci demeure sur l'autre rive, où il possède un territoire encore plus étendu. Nous lui avons envoyé notre présent dès notre arrivée à Senga. Ce matin, il nous a fait dire qu'il avait un gros rhume, et ne pouvait pas nous rendre visite. « Est-ce que son cadeau est enrhumé aussi, qu'il ne vient pas nous voir? a demandé l'un de nos Makololos. Voilà comment votre chef accueille les étrangers? Il reçoit leurs présents, et ne rend pas la moindre chose?» Tous nos gens ont trouvé Chikouanitséla d'une avarice peu ordinaire ; mais comme il est possible qu'ils repassent par ici, ils n'en ont pas dit davantage : c'était du reste bien suffisant.
Hommes et femmes préparent la terre pour les semailles de novembre, et le font avec ardeur. La grosse bête abonde ; des troupes d'éléphants et de buffles se rendent au Zambèse pendant la nuit; au point du jour, ils sont déjà bien loin. C'est une habitude qu'ils prennent très-vite dans les endroits où on leur fait une chasse active.
Les plaines que nous traversons varient continuellement de largeur, suivant que les montagnes approchent ou s'éloignent
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du Zambèse. Nous voyons sur la rive droite le mont Boungoué, ainsi que la grande chaîne unité et boisée du Nyangombé, qui forme la première rampe d'un massif, allant du sud-est au nordouest, et qui franchit la rivière.
Un pallah a été tué le jour même de notre arrivée à Senga. La pauvre bête avait été plus éprouvée que les animaux ne le sont ordinairement; elle était aveugle, portait plusieurs tumeurs, et avait à la jambe une fracture qui ne paraissait pas en voie de guérison. Parfois les animaux sauvages ont de cruelles maladies, et traînent une misérable existence, jusqu'à ce qu'ils en soient délivrés par quelque bête de proie. Un jour nous avons fait partir un lion sans crinière qui venait d'achever avec sa lionne ^n buffle arrivé au dernier terme de l'âge. Le couple avait aperçu la pauvre bête comme elle se rendait à la rivière d'un pas <^haiicelant, et avait fondu sur elle au moment où elle rampait sur la berge qu'elle essayait de remonter. L'un avait sauté à la Sorge, l'autre sur Téchine saillante qui avait été brisée ; et la ^ûtte, si toutefois il y en avait eu, n'avait pas été longue. ^^ moment où ils prirent la fuite, les deux lions n'avaient ^angé qyg j^g intestins. Il est curieux que les entrailles soient * Partie que les carnassiers dévorent toiyours la première, et ^ ®iles soient également le premier morceau que nos hommes ^^^isissent.
*A n'était pas d'une sage prévoyance que les plus forts puis-
^7^ Seuls perpétuer la race, on plaindrait le pauvre buffle
^ ^^^^ maladie, une blessure, un défaut physique quelconque,
, **^pproche de la vieillesse, fait chasser du troupeau. Banni
^ société des femelles, privé de la douce influence qu'elle
^ **^^, il devient naturellement sombre et farouche. Le soin de
j, *^^Cfcpre défense, que ne partagent plus les autres, l'inquiétude,
J^^Xii qu'il en éprouve le dégoûtent et l'irritent. Il ne ressent
:^^ cjue de la haine ; il tombe dans un état de guerre chroni-
j^ ^ «ivec tout ce qui respire ; et plus tôt la grifl'e d'un lion, ou
Ij^^ïit des chiens sauvages, termine son existence, plus c'est
jQj ^^ux pour le pays et pour lui-même. Bien que nous n ai-
lij^^^^ pas à faire la leçon aux autres, la pensée d'un vieux cé-
vi^^^ire ombrageux, ou d'un mari violent et grognon nous
Un ^ Malgré nous à l'esprit. Il nous est impossible de donner
^*^Xïie de pitié à ce buffle humain dont l'arrivée oppresse et
fait trembler ceux qui l'entourent : femme, enfants ou parents pauvres. On ne peut pas même accorder à ce butor la circonstance atténuante de Tinfirmité de caractère, puisque , dans le troupeau de ses pareils, il est toute politesse , et qu'il n'exerce sa tyrannie que lorsqu'il est avec ceux qui ne peuvent pas le contraindre à agir décemment.
20 juin. Nous campons à l'endroit où Hpendé nous a menacé en 1856. Aucune injure ne lui avait été faite; mais il avait des armes à feu, et il voulait nous attaquer pour montrer sa puissance. Toutefois ses ministres ayant découvert que nous étions d'une tribu qui aimait les noirs, et ne faisait pas d'esclaves, il passa tout à coup de l'inimitié à l'afTection; et comme l'endroit où il était retranché ofTrait de grands avantages , peut-élre fût-il heureux qu'il eût changé d'avis.' Hier nous avons eu la visite de trois des conseillers de ce même Mpendé, auxquels nous avons remis un beau présent pour leur chef. Celui-ci est venu nous voir ce matin, et nous a donné une chèvre, un panier de fèves et une corbeille de maïs bouilli.
A quelques milles de là, nous voyons arriver Chilondo, chef de Nyamasousa. Il vient s'excuser de ne pas nous avoir prêté de canots en 1855. « Il n'était pas chez lui; ses enfants ont eu tort de ne point l'avertir de notre passage : il n'aurait pas refusé les pirogues, etc. »
La vue de nos hommes, qui cette fois ont tous des fusils, produit une vive impression. Il n'est pas besoin de menaces : les armes à feu commandent le respect; et des gens qui auraient eu des velléités belliqueuses, deviennent tout à coup raisonnables. Cependant, à l'exception de notre querelle avec Mpendé, jamais voyage n'a été plus paisible que notre traversée de ce pays-ci de 1855 à 1856. Nous n'avions rien qui pût éveiller la cupidité des indigènes. Nos hommes pourvoyaient à leurs besoins en tuant des éléphants dont ils vendaient la viande, ou en exécutant les pas les plus remarquables des danses de leurs tribus. Dans la plupart des villages on nous faisait bon accueil, et l'on se montrait généreux.
Mais plus près de Tête que nous ne le sommes à présent, les Banyaïs nous arrêtèrent par une danse pleine de menaces. Terrifié par cette démonstration, l'un de nos hommes, appelé Monahin,prit la fuite, et ne fut pas retrouvé, malgré des recher-
ches minutieuses qui durèrent plusieurs jours. On présuma qu'il avait été pris d'un accès de folie y ou dévoré par un lion ; et les Banyaïs , touchés de notre douleur, ne s'opposèrent plus à notre passage ^ Un indigène que nous avons rencontré dans une tle, un peu au-dessus du village de Mpendé, nous a appris dernièrement que le pauvre Monahin s'était réfugié dans cette même lie, et avait été mis à mort par le chef, sans motif aucun, si ce n'est qu'il était sans défense. Depuis lors ce chef est devenu ' odieux à ses compatriotes, qui l'ont exterminé.
Notre chemin traverse fréquemment de vastes solitudes d'où la vie paraît absente. Un calme étrange enveloppe ces lieux: pa^ un oiseau, pas un animal, pas un insecte ne se fait entendre. Aucun village dans les environs ; l'air est immobile ; le ciel et la terre sommeillent. Notre caravane fatiguée, se traînant sur la plaine brûlante, dont l'éclat nous aveugle, ressemble à un na vire flottant sur la mer déserte. On n'est pas seul pourtant au milieu de ce silence; des formes vivantes vous entourent, des regards curieux épient tous vos mouvements. Vous entrez dans un bois, et vous apercevez une troupe de waterbucks ou de pallahs, tellement immobiles et silencieux que vous croiriez qu'ils font partie du paysage. En passant près d'un massif d'épines, vous entrevoyez dans les buissons la vague silhouette des buffles, qui, tête baissée, vous guettent de leurs yeux farouches. Enfin, un brusque détour vous fait tomber sur un indigène qui vous a vu de loin, et qui s'est approché sans bruit pour vous regarder de plus près.
23 juin. Arrivés au principal village de Pangola, situé à plus d'un mille du Zambèse. Les débris d'un mur en terre montrent qu'on a voulu imiter le genre de bâtisse des Portugais.
Nous campons sous un figuier majestueux dont le corps est entouré d'amulettes, ayant pour but de protéger le miel d'une ruche que des abeilles sauvages ont établie dans Tune des branches. Ce moyen est fréquemment employé. Le talisman, qui consiste en une bande de feuille de palmier, barbouillée de quelque chose, et décorée d'un petit morceau de bois, d'une racine ou de quelques brins d'herbe, s'achète au docteur es dés; on l'attache autour de l'arbre, et l'on est persuadé qu'il peut
t. Voir Exploraiions dant V Afrique austrcde, page 677. Paris, 1859.
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infliger une maladie, voire la mort, au voleur qui le franchirait en grimpant. Ainsi, dans certaines sociétés, la superstition n'est pas sans avantage : elle prévient une foule de délits qui auraient lieu sans la crainte qu'elle inspire.
Pangola est venu nous voir ; il était ivre et babillard. « Nous sommes amis, très -bons amis, nous dit-il. Je vous apporte du maïs vert : le voilà. » Nous l'avons remercié , et lui avons donné deux brasses de cotonnade qui valaient quatre fois plus que son maïs ; mais ce n'était pas assez. < Non ! il ne prendrait pas un aussi mince présent; il lui fallait un fusil à deux coups : justement celui-là; nous sommes amis, bons amis, tous amis ensemble. > Nous ne demandions pas mieux que de le croire; mais nous ne pouvions nous dessaisir de notre meilleur Dixon; et l'exigeant compère s'éloigna fort mécontent.
Il est arrivé le lendemain matin au moment où nous commencions l'office. Cette fois il n'avait pas bu. Nous lui avons dit que nous voulions adorer Dieu, et l'avons prié de rester. Mais il aura eu peur, car il a pris la fuite. Il est revenu après le service, et a renouvelé ses instances à l'égard du fusil. En vain lui a-t-on expliqué que nous avions une longue i*oute à faire, et qu'il nous faudrait tuer du gibiefT pour nous et pour nos hommes. « Lui aussi, a-t-il répondu, avait besoin de viande pour lui et pour ses gens, qui parfois souffraient de la faim. » Nous n'avons pas cédé; il est parti, comme la veille, de très-mauvaise humeur ; et ses sujets nous ont fait leurs denrées des prix extravagants. Sachant que nous n'avions pas de vivres, ils espéraient nous prendre par la famine. Mais au lever du soleil, deux de nos jeunes gens ayant tué un waterbuck, les provisions nous furent offertes à bas prix. Nos hommes n'en ont pas voulu, et les vendeurs ont eu la figure très-longue. *
L'avidité noire s'était dupée elle-même, ainsi qu'il arrive souvent à la cupidité blanche. Ce n'est pas seulement ici que l'avide Africain nous a rappelé l'Anglo-Saxon. Le penchant à pro-. fiter des embarras d'autrui, penchant qui se rencontre partout, prouve que les passions sordides pont largement répandues dans toutes les races. On peut contester que le même sang coule dans les veines de tous les hommes, et qu'ils descendent tous du même couple ; mais il est évident pour le voyageur, qui le sait
par expérience, que les fripons blancs et les aigrefins noirs sont frères.
Pangola est vassal de Mpendé. Sandia et Mpendé sont les seuls chefs indépendunts qu*i] y ait dans cette région , depuis le Kébra* basa jusqu'à Zumbo ; ils sont touslesdeux de la tribu desManganjas.
La contrée située au nord des montagnes que nous voyons est appelée Senga. Les habitants portent le nom d'Asengas ou de BasengaSy mais ils paraissent de la même famille que les Maravis et que le reste des Manganjas.
Autrefois tous les Manganjas étaient réunis sous l'autorité d'Oundi, leur grand chef, dont la puissance s'étendait du lac Chiroua aux bords de la Loangoua. Après la mort d'Oundi l'empire tomba en lambeaux; et la vaste province qui touchait au Zambèse fut absorbée par les Banyaïs.
Les empires africains ont toujours eu pareil sort, ce qui était inévitable. Un chef, d'une capacité plus qu'ordinaire, subjugue une partie des peuplades voisines, et fonde un royaume qu'il gonveme plus ou moins bien. Son successeur, n'héritant pas de ses qualités guerrières, défend mal les conquêtes qui lui ont été léguées. Les vassaux les plus habiles en profitent pour se partager le pouvoir, et quelques années après il ne reste plus du royaume qu'un souvenir plus ou moins vif.
Cet état de choses, qu'on peut regarder comme l'état normal de la société africaine, donne lieu à des guerres fréquentes ; et les populations, décimées et ruinées, aspirent en vain après un gouvernement assez fort pour leur donner la paix. A ce point de vue, une colonie européenne serait considérée dans cette région comme un bienfait inestimable. Des milliers de naturels laborieux s'établiraient avec joie autour de ce groupe pivotai, et, n'étant plus troublés parla guerre, pourraient prêter l'oreille aux vérités sublimes «t purifiantes de TÉvangile. De même que leurs compatriotes du Chiré, les Manganjas du Zambèse sont passionnés pour l'agriculture. Outre les produits alimentaires, qui chez eux sont variés, ils font venir plus de tabac et de coton qu'ils n'en consomment. Quand on leur demande s'ils travailleraient volontiers pour les Européens, ils répondent que oui, si toutefois les Européens sont assez riches pour payer le travail des autres, et non pas des aventuriers qui auraient besoin qu'on leur donnât de l'ouvrage.
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Depuis la résidence de Sandia jusqu'à celle de Pangola tous les indigènes sont bien vêtus; et leur étoffe, nous Tavons remarqué, a été filée et tissée de leurs propres mains , avec des métiers fabriqués dans le pays. A Seuga le fer est Jtiré du minerai en quantité considérable, et très-habilement travaillé.
Ainsi qu'il arrive toujours quand une bande armée séjourne dans le village, Pangola est allé eoucher prudemment dans l'un des hameaux extérieurs. En pareil cas, personne ne sait, ou du moins ne veut dire à quel endroit le chef va passer la nuit.
Le lendemain matin Pangola ne paraissant pas , nous nous mettons en route sans lui faire nos adJeux. Un instant après nous le voyons venir à notre rencontre avec quelques hommes armés. Quittant le sentier avant de nous rejoindre, il se met sous un arbre avec sa suite, comptant bien que nous allons nous arrêter, et lui fournir l'occasion de nous redemander le fusil. Mais nous suivons notre chemin sans détourner la tète. Notre homme demeure stupéfait, et ne peut en croire ses yeux. A la fin, cependant, il recouvre la parole : c Vous passez devant Pangola; est-ce que vous ne le voyez pas? » s*écrie-t-il. Mbia, qui justement passait avec Tâne, et qui saisit avec joie toutes les occasions de montrer son peu d'anglais, lui crie à son tour : < AU right! then get on. Clicky clicky click^. » S'il avait eu affaire à un traitant, Pangola l'aurait tourmenté jusqu'à ce que le pauvre homme eût cédé à ses instances. '*
26 juin. Déjeuné à Zumbo, sur la rive gauche de la Loangoua, près des ruines de quelques maisons portugaises.
La boangoua est trop profonde pour être passée à gué. Il ne se trouve pas de canots de ce côté-ci ; mais il y en a deux sur l'autre bord, près de quelques huttes récemment construites par deux métis de Tété ; et nous hélons ces deux pirogues. Les bateliers sont ivres ; nous les attendons , ils ne viennent pas. Comme nous avons un manteau dont on peut faire une nacelle, il suffit pour cela de le gonfler avec de l'air, nous envoyons chercher les canots par Mantlanyané. Trois esclaves, pris de boisson, nous amènent alors deux mauvaises pirogues que nous attachons l'une à l!autre, et que nous faisons conduire par nos propres rameurs. On ne peut y mettre que cinq hommes à la fois ; après le
1. Parfaitement! coatiauez votre chemin. Click, click, click.
quatrième tour, les esclaves font du bruit, et demandent à boire. Ils ne reçoivent pas de bière, puisque nous n'en avons pas ; leur insolence augmente, et ils nous déclarent que personne ne passera plus aujourd'hui. Tandis que Sininyané leur fait des observatioDs, la gueule d'un mousquet lui est présentée par l'un de ces drôles. L'esclave est désarmé en un clind'œil, une grêle de coups lui tombe sur le dos, et lui fait piquer une tête dans la rivière.
Un instant après le plongeur se retrouvait sur la berge, confus et dégrisé ; nos trois bravaches passaient de la menace hautaine à l'abjection servile ; et à huit heures du soir* nous étions tous sains et saufs sur la rive droite de la Loangoua.' On trouva dans le mousquet une charge énorme, qui aurait mis en pièces notre pauvre Sininyané, sans la promptitude avec laquelle ses compagnons désarmèrent l'agresseur, et se firent justice à eux-mêmes, ainsi qu'on y est forcé où la loi n'existe pas.
Les deux métis, à qui appartiennent ces trois hommes, voulant acheter de l'ivoire et chasser l'éléphant, sont partis de Tété avec quatre cents esclaves, ayant tous d'anciens fusils qui armaient autrefois les cipayes. Quelque temps après leur arrivée à Zumbo, Tun de ces métis, que les indigènes appellent Séquasha, s'entendit avec Namakousourou, le capitaine du village, pour tuer Mpangoué, le chef du pays, dont le capitaine ambitionnait la f dace. Namakousourou promit dix grosses défenses , et le traité fut conclu. •
Séquasha, suivi d'une bande d'esclaves choisis parmi ceux dont il était le plus sûr, alla faire une visite à Mpangoué. Il fut accueilli avec joie, et de la façon hospitalière dont on reçoit, en général, les étrangei^s importants. Les femmes s'empressèrent de faire cuire ce qu'elles avaient de meilleur ; le repas fut largement arrosé de bière, et le traître prit sa part du dtner qu'on lui offrait coidialement. Après le repas, il demanda qu'il fût permis à ses hommes de tirer des coups de fusils pour amuser rassemblée. N'ayant aucun soupçon, et curieux d'entendre la fusillade, le chef y consentit avec plaisir. Les gens du métis se levèrent, une grêle de balles fondit sur les spectateurs; et Mpangoué, frappé de mort, tomba au milieu de vingt autres qui étaient foudroyés comme lui. Les survivants prirent la fuite; on s'empara dés enfants et des femmes, dont on fit des esclaves; et le village fut saccagé.
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Le traître expédia alors ces paroles à son complice : « J'ai tué le lion qui vous gênait ; arrivez, et nous causerons de la chose. » Namakousourou vint aussitôt, apportant l'ivoire promis. « Non, lui dit Séquasha , nous allons partager la terre. > Il se tailla la plus large part, contraignit l'usurpateur, ou du moins celui qui avait désiré l'être, à lui livrer ses bracelets en témoignage de subordination ; et les dépouilles du vassal furent envoyées en triomphe au gouverneur de Tété. Celui de Quilimané nous a dit avoir reçu de Lisbonne l'ordre de profiter de notre passage pour rétablir Zumbo. «C'est en conséquence de ces ordres que Sequasha et son associé ont élevé une petite estocade sur la rive droite de la Loangoua, à un mille de l'ancienne église des Jésuites. Mais pour cela il n'était pas besoin de répandre le sang. Le district de Zumbo a été jadis acheté aux indigènes, qui, d'euxmêmes, ont toujours reconnu les droits des Portugais. Us nous faisaient remarquer, en 1856, que bien que cette terre fût cultivée par eux, elle n'était pas leur propriété, car elle appartenait aux blancs.
Les deux métis, dont le fait qu'on vient de lire n'est pas Tunique scélératesse, et dont on nous a raconté ]ps violences dans tous les endroits où ils ont pénétré, ont laissé leur ivoire à la garde d'un petit nombre d'esclaves, et sont en tournée au moment où nous passons. Lesdits esclaves profitent de leur absence pour se donner du bon temj^^, et s'enivrent tous les jours avec ce qu'ils prennent dans les villages qu'ils pillent. Leur chef est venu réclamer le fusil que nos gens ont enlevé à l'agresseur de Sininyané; nous le lui avons rendu. Il trouve que son maître a eu raison d'assassiner Mpangoué, puisqu'on le payait pour le faire; et il justifie cette conduite en disant : « Lorsqu'on vous offre à manger, est-ce que vous n'acceptez pas? »
BT SES AFFLUENTS. 189