Parque arabe dont l'arrière est ponté
marché; toutefois le plus grand nombre des esclaves de ces Arabes sont dirigés sur Quiloa^
Nous n'avons pas vu qu'on téjmoignât beaucoup d'ardeur pour les autres branches de trafic. Un peu d'ivoire était en vente; mais le bétail humain restait le principal objet de corn* merce.
Que ne pouvons-nous faire le récit exact des horreurs de la traite de l'homme, et donner un total approximatif des existences qu'elle détruit chaque année I Car nous le sentons, si la moitié de ces horreurs pouvaient être connues^ l'indignation et la pitié qu'elles éveilleraient seraient telles que ce trafic infernal disparaîtrait bientôt^ quelques sacrifices qu'il dût en coûter pour l'anéantir. Mais nous n'avons pas les matériaux nécessaires pour un ouvrage de ce genre ; les chiffres manquent ; et personne ne les possède plus que nous. Disons seulement ce que nous savons de cette partie de l'Afrique : le lecteur pourra faire le calcul des misères qui nous échappent, d'après le compte de celles que nous lui aurons exposées.
Nous tenons du colonel Rigby, consul anglais et chargé d'affaires de S. M. britannique à Zanzibar, qu'il passe à la douane de cette île, venant de la seule région du Nyassa, dix-neuf mille esclaves par an. Il est bien entendu que les esclaves ex-
1. Le Wcapy l'un des croiseurs de la marine britannique, ayant touché au port dUboé, y fut pris une fois pour un négrier qu'on attendait. On se h&ta d'amener tous les esclaves baraqués dans le voisinage; et la ville en était remplie, quand M. Stirling, capitaine du ^cwp, y aborda. Le major Sicard, remplissait alors provisoirement, et bien malgré lui, les fonctions de gouverneur d'Iboé. Il était connu de tout le monde que son prédécesseur avait laissé, dans certaines caisses, des sommes considérables provenant du commerce d'esclaves, ce qui, dit-on, blessait vivement le gouverneur général. A cette époque le major Sicard venait de recevoir les remercîments du ministère anglais pour la façon généreuse dont il avait secondé nos efforts (remercîments accompagnés de notre fervente gratitude) et le gouverneur général le désigna pour aller administrer Iboé pendant le temps nécessaire pour que le scandale produit par le dernier gouverneur de la ville fût apaisé. Le major Sicard protesta contre cette nomination, qui le plaçait à la tête d'un nid de traitants, et lui donnait un poste d'oii il était difficile de sortir avec une réputation intacte. Mais le gouverneur ayant inâisté, notre ami, en sa qualité de soldat, ne put qu'obéir. Ses regrets étaient d'autant plus vifs que la position que venaient de lui donner les remercîments du ministère anglais devait être compromise par ce poste équivoque. Lorsqu'il reçut la visite du capitaine Stirling, le major Sicard fut tellement troublé de sa situation , rendue plus fausse encore par la foule d'esclaves dont la ville était remplie, qu'il put & peine articuler un mot; et qu'oubliant sa politesse ordinaire, il n'offrit pas même un siège au capitaine. •
pédiés dans»les rades portugaises ne sont pas compris dans ce nombre.
Et qu'on ne se figure pas que ce chiffre de dix- neuf mille représente toutes les infortunes créées par cet envoi annuel au marché de Zanzibar. Les captifs qu'on arrache du pays ne forment qu'une légère fraction des victimes de la traite. Nous n'avons pu nous faire une idée réelle de ce commerce atroce qu'en le voyant à sa source; c'est bien là que demeure Satan.
Pour quelques centaines d'individus que procurent une de ces chasses, des milliers d'hommes sont tués ou meurent de leurs blessures, tandis que les autres, mis en fuite, expirent de faim et de misère, ou périssent dans les guerres civiles et de voisinage, tués, qu'on ne l'oublie pas, par les demandes des acheteurs d'esdaves de Cuba et d'ailleurs.
Les nombreux squelettes que nous avons trouvés dans les bois ou parmi les rochers, près des étangs, le long des chemins qui conduisent aux villages déserts, attestent l'effroyable quantité d'existences sacrifiées par ce trafic maudit.
D'après ce que nous avons vu de nos propres yeux, nous avons la ferme conviction, et jamais opinion ne fut plus consciencieuse, que l'esclave ne représente pas le cinquième des victimes qu'on a faites pour l'avoir. Si nous prenions même la vallée du Chiré pour base de nos calculs, nous dirions que, terme moyen, il n'y a pas un dixième des victimes de la traite qui arrivent à l'esclavage.
En face d'une perte d'hommes aussi effrayante, d'une perte de travail aussi grande, dirons-nous à ceux qui ne savent que compter ; et lorsque le système qui fait cette monstrueuse dépense, perpétue la barbarie dans les lieux où il règne, oserat-on donner comme argument en sa faveur que les esclaves peuvent rencontrer de bons maîtres? Ce raisonnement, s'il n'est pas dû à l'ignorance, est au moins d'une absurde philantrophie.
U suffirait d'un petit vapeur, croisant sur le Nyassa, et, qui, à l'exercice d'un contrôle sévère, joindrait l'apport des marchandises voulues en échange de l'ivoire, et des autres produits indigènes, pour faire disparaître ce commerce infâme de cette région; car la plupart des collecteurs d'esclaves traversent le lac, ou bien le haut Chiré.
Arrivés au Nyassa, le 2 septembre, nous l'avons quitté le
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27 octobre. La perte que nous avions faite de nos grains de verre, et la dépense que notre séjour avait nécessitée, nous obligeaient à regagner le navire. Près de la rive méridionale on nous apprit qu'une b^nde considérable d'esclaves venait de franchir le lac pour se rendre à la côte. Dans la soirée nous entendîmes trois coups de feu; d'après la détonation, les armes qui l'avaient produite devaient porter des balles de près de trois onces. Ces esclaves appartenaient , dit-on , à un chef ajahoua appelé Moukata.
Sortis du Nyassa, nous trouvons au milieu des papyrus qui entourent le petit lac de Pamalombé, où s'épanche la rivière, un certain nombre de familles qui ont fui leurs villages pour échapper aux Ajahouas. Ces papyrus sont tellement serrés, qu'une fois abattus, ils ont pu servir de plancher aux cases provisoires des fugitifs. Quand on marche sur ce parquet élastique il cède sous le pied , et se relève , comme la glace peu épaisse de nos étangs.
Les cases sont séparées de la terre ferme par une ceinture impénétrable de ces roseaux ; et personne, en passant sur la rive, ne se douterait que des hommes habitent ce fourré. Ces pauvres gens y sont venus du midi au moyen de leurs pirogues; et vivent du poisson qui abonde dans les eaux du lac. Us ont emporté avec eux beaucoup de sel, de très-bonne qualité, qu'ils conservent dans des sacs d'écorce , et dont ils ont bien voulu nous céder une portion, le nôtre ayant fondu.
Nous avons jeté l'ancre près de ce village flottant; et des légions de moustiques nous ont tyrannisés. Il faut terriblement tenir à un endroit pour rester dans un lieu pareil. Quelquesunes de ces tribus ont l'amour du pays natal poussé aux dernières limites. Nous avons vu dans les rochers de la partie nord du Nyassa, des fugitifs qui mouraient de faim et s'exposaient à être tués par les Mazitous, plutôt que de quitter les lieux où s'était passée leur enfance.
A quelques milles au-dessous du Pamalombé se trouve le dernier point où les grandes chaînes d'esclaves traversent la rivière. Depuis l'invasion .des Ajahouas les habitairts de la rive gauche l'ont quittée pour aller sur la rive droite. Nous les y avons rencontrés en nous rendant au lac; et nous les revoyons à la même place.
En face de la belle pêcherie de Movoungouti, un jeune homme, appartenant à quelque tribu de la côte , s'est approché de l'endroit où nous nous reposions. Ce jeune homme, à l'air efféminé , marchait languissamment à l'ombre d'un parasol. Il était suivi de cinq jolies filles, vêtues de couleurs voyantes. L'une d'elles portait la pipe du maître , celle qu'on nomme ici chamba, et dans laquelle on fume le bang, c'est-à-dire le chanvre; la seconde était chargée de l'arc et des flèches ; la troisième de la hache d'armes ; la quatrième de l'un des vêtements du jeune homme; et la cinquième se tenait prête à recevoir l'ombrelle, quand le maître en serait fatigué. Cet étalage de sa marchandise avait pour but d'éveiller la cupidité d'un chef ayant de l'ivoire, et peut s'appeler une manière honnête de pratiquer la traite. Dans quelle proportion diffère-t-elle des autres? Nous n'avons pas été à même d'en juger.
Le maître s'étant assis, les jeunes filles se mirent à genoux derrière lui, à distance respectueuse ; il nous regarda pendant quelques minutes ; puis voyant que nous n'étions pas des acheteurs, il se. leva et partit avec sa suite.
La première fois que nous avons remonté le Ghiré, il y avait sur la rive gauche, en face de l'endroit où nous sommes actuellement, une femme d'une extrême intelligence, et qui connaissait le pays beaucoup mieux que pas un homme. C'est à elle que nous avons dû le premier renseignement clair et net qu'on nous ait donné sur le lac. Nous voyant prendre des notes, elle nous dit qu'elle était allée au bord de la mer, et avait trouvé là des blancs qui écrivaient. Elle avait eu aussi l'occasion de Yoir des chameaux, qui sans doute appartenaient à des Arabes. De toutes les femmes que nous avons rencontrées dans ce pays, c'est la seule qui se soit montrée confuse du pélélé. Elle se retira dans sa case , enleva cet affreux objet, et pendant tout le temps qu'elle passa avec nous, elle garda la main devant sa bouche, afin de nous cacher l'horrible trou qu'il y avait dans sa lèvre. Tout le village avait pour elle le plus profond respect; le chef lui-même lui cédait la première place. Aujourd'hui, nous avons demandé de ses nouvelles, on nous a dit qu'elle était morte.
Nous ne possédons pas les renseignements nécessaires pour établir la différence qu'il peut y avoir entre les habitants de la
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vallée et ceux des highlands, sous le rapport de la longévité ; mais d'après le nombre de vieillards que nous avons rencoutrés sur les hauteurs, nous pensons que la vie, même pour les indigènes,est d'aiitant plus longue que leur résidence est plus élevée. Arrivés à l'endroit où demeurait Mikéna, nous avons fait de nouvelles observations astronomiques, pour vérifier la loiigitude qui a été prise il y a deux ans. Le village est abandonné ; Mikéna et ses sujets ont fui sur l'autre rive. Aujourd'hui quelques-uns de ces derniers ont passé la rivière, pour se reodre
Vieille femme manganja, parée du pilèlé, et de cicatrices en relief.
à leurs jardins. Nos observations faites, nous avons déjeuné. Au moment où nous remettions dans le bateau les derniers objets qui nous avaient servi , l'un des cultivateurs courut à sa pirogue, en criant que les Ajahouas venaient de tuer son camarade; et nous avons gagné le large.
Deux minutes après, l'avant-garde d'un corps nombreux arrivait, le fusil à la main, juste à l'endroit que nous venions de quitter. Fort surpris de nous voir, ces Ajahouas s'arrêtèrent; le gros de la bande, qui les suivait, en fit autant; il y avait là peut-être un millier d'hommes. Tuez-les, nous criaient les
Hanganjas; ils vont dans la montagne pour assassiner les Anglais; désignant ainsi les missionnaires que nous avons laissés à Magoméro. Mais n'ayant pas l'espoir de nous entendre avec cette bande y et ne croyant pas à ce que disaient les autres, nous avons poursuivi notre route, laissant les Ajahouas assis à l'ombre d'un énorme baobab; et les Manganjas leur jetant des injures par-dessus la rivière.
Les sujets de Zimika s'étaient réfugiés dans une tle du Ghiré, où ils avaient placé leurs grains pour les soustraire aux maraudeurs. C'est là que nous les avons trouvés en nous rendant au lac. Supposant qu'ils n'avaient plus rien à craindre, ils sont revenus sur la rive gauche, où ils vivent dans une fausse sécurité.
En approchant de leur principal village, qui est b&ti au milieu d'un bouquet de palmiers et de figuiers magnifiques, nous avons entendu le bruit du tambour, accompagné de cris joyeux. Les pauvres gens étaient en fête ; ils dansaient, buvaient et se réjouissaient, tandis qu'un ennemi puissant était à deux pas, leur apportant la mort ou.la servitude. Quelques-uns étant venus sur la rive, un de nos hommes leur a crié que les Ajahouas étaient au village de Mikéna, et qu'ils allaient arriver; mais ces malheureux, étourdis par la bière, n'ont pas tenu compte de l'avertissement. ^
Comme nous passions devant un village provisoire, habité par des fugitifs, l'un de nous aperçut un pauvre homme qui avait la fourche au cou. Nous avons pris terre à quelque cent pas de là ; à notre arrivée le captif avait disparu ; et chacun nous affirma qu'il n'en existait pas dans les environs.
Malgré tout ce qu'ils ont à souffrir de cet horrible commerce, ces Manganjas le protègent. Campés au milieu d'un groupe d'individus qui fuyaient les chasseurs d'hommes, nous avons vu l'un de ces fugitifs partir avant le jour pour aller vendre un enfant à l'un des agents portugais qui se trouvaient dans le voisinage. Le hasard de la guerre avait fait tomber ce pauvre petit en son pouvoir; et le misérable, qui avait tout perdu par cet indigne trafic, le pratiquait à son tour, nous amenant à penser que lui et sa race n'ont pas de cœur.
Ils meurent d'inanition, et se vendent les uns les autres, non pas pour des aliments, mais pour de l'étoffe dont ils n'ont
guère besoin. C'est tellement contre nature qu'il nous sembla tout d'abord que les noirs pouvaient seuls être capables d'un tel crime. Gomment l'idée de s'approprier un être humain aurait-elle pu germer dans un cerveau comme le nôtre? A cette question nous nous sommes rappelé avoir vu un homme, que l'on disait généreux, et qui n'avait pas de sang nègre dans les veines, céder pour vingt dollars une belle fille qui lui tenait de plus près que le petit prisonnier au méchant noir dont nous parlons. Cette pauvre fille, en outre, était la nourrice de Fenlant de celui qui la vendait; et tous les deux, enfant et nourrice, eurent tant de désespoir de leur séparation, que le marchand, un mulâtre pourtant peu sensible, en fut touché; il pria le maître de reprendre son esclave ; mais le blanc ne voulut pas. La communauté d'infortune n'engendre pas toujours la sympathie, comme on pourrait le supposer; nous en avons assez d'exemples parmi nous pour ne pas croire que c'est un fait particulier à la race nègre.
Plus tard les acheteurs d'esclaves apportèrent du sorgho, et n'en firent que de plus brillantes afiaires. On pourrait regarder cela comme une bonne action, puisqu'ils empêchaient ainsi de nombreuses créatures de mourir de faim; mais c'est comme l'argument des bons maîtres. Ces marchands secourables ne font diminuer que la misère qu'ils ont produite; et en venant sauver des gens, qui, sans eux, n'auraient pas besoin de l'être^ ils perdent ceux qu'on tue pour alimenter leur commerce.
Des éléphants étaient arrêtés près de l'endroit où nous avions laissé le bateau ; l'un d'eux s'amusait à rompre des arbres. 11 n'en mangeait pas la moindre partie : c'était le plaisir de briser, de faire usage de sa force. Quatre balles lui furent envoyées dans la tête; il se jeta dans l'épais fourré, et le traversa avec autant de facilité que s'il avait passé dans l'herbe. Ces colosses détruisent une énorme quantité d'arbres, dont ils mâchent souvent les branches pour en avoir Técorce et la sève.
Arrivés aux cataractes, nous n'avons pas manqué de porteurs. Ils venaient en foule nous offrir leurà services. Plusieurs escouades ont poussé la confiance jusqu'à ne pas vouloir être payées à la fin de la première étape ; elles avaient demandé à en faire une seconde, et préféraient toucher leur salaire des deux jours, c'est-i-dire leur étoffe, en un seul morceau.
Un jeune chef, dont le village est tout neuf, a voulu venir avec ses gens. La marche était longue; en route, Tun des porteurs proposa de mettre bas les fardeaux, et de les laisser à côté d'une hulte qui se trouvait là. Mais le chef gronda vivement notre homme; lui disant que c'était une indignité de se décharger dans un endroit où nous ne pouvions pas nous procurer d'autres porteurs; et il lui ordonna de continuer sa route.
Le village qui est au pied des cataractes a pris beaucoup d'importance depuis que nous y avons passé ; on y a construit une quantité de grandes huttes; et les habitants sont riches en cotonnade et en grains de verre. Cette fortune subite nous paraissait inexplicable, lorsque de magniGques pirogues, remplaçant les deux coquilles toutes fendues qu'il y avait auparavant, nous donnèrent le mot de l'énigme : les conducteurs d'esclaves, qui traversaient la rivière un peu plus bas, ont eu peur de notre petit navire stationné à sept milles environ des rapides, et ont choisi cet endroit pour lieu de passage.
Rien de plus désolant que de voir ces Manganjas profiter de la ruine de leur pays. C'est presque aussi honteux que la conduite de ces Anglais qui vendaient des armes aux Chinois pendant que nos soldats se battaient contre ceux-ci, ou qui fournissaient des munitions aux Cafres dans des circonstances pareilles, et attribuaient froidement leur ignoble trafic aux missionnaires.
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