CHAPITRE XX
Perspective encourageante. — Débordement du Chiré. — Mariano reprend son métier de chasseur d'hommes. — Le gouverneur joue à cachecache avec lui. — Capitaine Alvez. — Arrivée au Zambèse. — Opinion d'un maître sur ses propres esclaves. — Sagesse et humanité de Napoléon m. — Au Louabo. — Arrivée du Gorgon. — Le Pionnier hors de service. — Le capitaine Wilson remonte le Chiré. — Mission de Magoméro. — L'évéque Mackenzie. — Bonté des Makololos. — Mort de M. Burrup. — Retour du capitaine Wilson à Choupanga. — Examen de la contrée par le révérend James Stewart. — Ignorance de la responsabilité personnelle. — Mort de Mistress Livingstone.
Nous sommes arrivés au navire le 8 novembre 1861, dans un état d'épuisement complet. Jamais nous n'avons souffert autant de la faim que dans cette dernière excursion.
De grandes pluies ont commencé le 9 ; elles ont duré plusieurs jours; la rivière a monté rapidement; et Teau est devenue trèsbourbeuse.
Le 14 nous avons eu la visite de M- Mackenzie ; il nous ramenait quelques hommes de l'équipage du Pionnier, qui étaient allés à Magoméro pour aider les missionnaires, et se remettre en même temps des influences de la malaria.
M. Burrup, jeune homme rempli d'énergie, qui a remonté le Chiré en canot, et qui était arrivé la veille, accompagnait TÉvêque. Celui-ci nous a paru très-content. 11 voit dans l'avenir des jours paisibles, et un travail efficace. Les Ajahouas, ayant éprouvé un échec pendant notre séjour au bord du Nyassa, lui ont fait dire qu'ils désiraient vivre en bonne intelligence avec les missionnaires. Beaucoup de Manganjas sont venus s'établir autour de Magoméro pour être sous sa protection.
L'excellent homme espère qu'avant peu le commerce d'esclaves cessera dans les highlands, et que les habitants pourront se livrer à leurs travaux en toute sécurité. On cultivera certaines' plantes alimentaires, comme le font les Portugais de Senna et
de Quilimané ; et la mission ne tardera pas à se sufGre à ellemême, du moins en grande partie. Enfin un médecin doit arriver d'ici à quelques jours, avec un laïque, frère de M. Burrup; ils sont maintenant sur la rivière qu'ils remontent en pirogue. Bref, le bon Évêque est dans une heureuse disposition d'esprit.
Nous avons parlé de notre retour; le vapeur tirant trop d'eau pour naviguer sur le haut Chiré, il a été décidé que nous le laisserions à l'embouchure du Ruo. L'Évêque, qui a le projet d'explorer le pays jusqu'à cette rivière, doit nous y rejoindre au mois de janvier prochain, et venir à la rencontre de ses sœurs et de mistress Burrup que nous devons amener. Tout cela ayant été convenu, ces messieurs ont quitté le navire. Nous les avons salués de nos hourras quand ils ont touché la rive ; et nous nous sommes éloignés avec l'espérance de bientôt les revoir.
Ce même jour, 14 novembre, la pluie cessa, et la rivière décrut rapidement : plus vite encore qu'elle n'avait grandi. Il en résulta qu'à vingt milles, au-dessous du village de Chibisa, notre course fut arrêtée par un haut-fond, oii nous avons été retenus jusqu'à l'arrivée des grandes eaux. Pendant ce temps d'arrêt, qui n'a pas duré moins de cinq semaines, entre deux rives couvertes de marécages, nous avons eu le premier décès qui se soit produit parmi nous depuis trois ans et demi que nous sommes dans cette région. Notre second charpentier, un beau jeune homme, plein de vigueur, fut pris de la fièvre. On lui appliqua le traitement habituel, mais sans aucun résultat; et il mourut tout à coup, pendant la prière du soir.
Nous l'avons enterré sur la rive. 11 était venu d'Angleterre avec le Pionnier; et à part un léger accès de fièvre, qu'il avait eu à l'embouchure de la Rovouma, il avait joui d'une santé parfaite depuis qu'il était en Afrique. Suivant les Portugais, l'Européen qui échappe à l'influence de la malaria pendant un certain temps, court beaucoup plus de risque d'être emporté par la fièvre, quand elle vient à le saisir, que celui qui tout d'abord lui a payé tribut.
Vers la fin de décembre la pluie tomba d'une manière continue, ou à peu près, et la rivière déborda au commencement de janvier. A un mille en amont de l'embouchure du Ruo, elle s'élevait à trois pieds au-dessus du niveau qu'elle avait au mois de juin. Dans la nuit du 6 elle monta encore de dix-huit pou-
ces ; et transporta une énorme quantité de broussailles et de troncs d'arbres, chargés de coléoptères, ainsi que de deux espèces de coquillages communs dans toute T Afrique. Des indigènes, parcourant en pirogue les prairies et les criques, tuaient le poisson à coups de lance, et paraissaient en prendre beaucoup. Des oies à aile éperonnée, d'autres à protubérance sur le bec, profitaient de l'inondation des jardins pour aller manger les fèves.
Le 7 janvier nous étions à Tembouchure du Ruo. N'y voyant pas l'Évéque, nous pensâmes qu'il avait appris le contre-temps que les eaux-basses nous avaient fait éprouver, et qu'il avait différé son voyage. Il arriva cinq jours après; malheureusement nous ne l'avions pas attendu.
On nous dit au village de Mboma, que l'affreux Hariano, ce voleur, ce rebelle, cet assassin, était revenu de Mozambique; qu'il avait repris son ancien métier de chasseur d'hommes, et qu'il était alors chez les Manganjas, où il faisait des captifs qu'il envoyait à Quilimané. Il avait déjà désolé une partie de la rive droite ; et les gens de Mboma, s'attendant à la visite de'ce rapace, vivaient dans des transes continuelles.
En arrivant au Zambèse , nous avons trouvé les Portugais élabUs dans l'île qui est en face du Chiré. Le capitaine Alvez, que les indigènes appellent Mozinga, c'est-à-dire le Gros canon, commandait le poste et se rendit à notre bord dès que nous eûmes jeté l'ancre. Il était prié par le gouverneur de nous donner l'assurance que l'occupation de cette île n'était que provisoire, et n'avait eu lieu qu'en raison de la fuite et des actes de Mariano.
On n'a pas oublié que ce rebelle avait été envoyé à Mozambique pour y être jugé. Il paraît qu'il s'était vu condamner à trois ans de prison ; et qu'on lui avait imposé une amende dont nous ignorons le chiffre. La sentence était douce à l'égard d'un homme pris en révolte ouverte contre le gouvernement, et dont personne n'ignorait les meurtres et les rapines. Toujours est-il que n'ayant pas sur lui de quoi payer son amende, le rebelle avait obtenu la permission d'aller à Quilimané toucher certaines créances. Arrivé dans cette ville, notre homme ne rencontra pas ses débiteurs, qui avaient quitté la côte ; mais il y trouva des créanciers qui adressèrent une pétition au gouvernement, pour
qu'il fût permis au dit Hariano de se rendre dans rintérieur, afin qu'il se procurât l'ivoire nécessaire pour payer son amende et ses dettes.
La permission fut accordée; et Mariano partit avec plusieurs centaines de mousquets^ et une charge énorme de munitions. Au lieu de recueillir de l'ivoire, il est allé rejoindre ses bandes, leur a donné des armes, a repris avec elles ses tueries et ses rapts, et brave de nouveau les autorités portugaises.
Le gouverneur de Quilimané lui a déclaré la guerre ; il a en*voyé contre lui tout ce qu'il avait de soldats et d'esclaves. Une flottille de bateaux et de pirogues a remonté le Ghiré pour aller prendre le rebelle ; mais elle ne l'a pas trouvé, et a redescendu la rivière.
Pour que Mariano ait pu sortir, avec des centaines de mousquets, d'un village où tout le monde connaît les affaires des autres, il a fallu que cela convînt au gouverneur. Le jugement est peu charitable; mais il nous parait impossible qu'il n'en soit pas ainsi. Il est vrai qu'on a poursuivi le rebelle; mais comme un enfant avec lequel on joue ; et naturellement on ne l'a pas attrapé.
Un capitaine, envoyé par terre avec un détachement, a été plus heureux que la flottille du gouverneur; il a rencontré Mariano. Toutefois au lieu de prendre le coupable, c'est lui qui a été fait prisonnier, avec un certain nombre de ses soldats; en outre ses munitions ont été saisies.
D'après ce que racontent ses collègues, notre capitaine a pu s'évader presqu' aussitôt, emportant une masse d'ivoire que Mariano lui avait donnée. Gela nous parait incroyable ; mais nous rapportons le fait pour montrer comment ces officiers, qui ont été des convicts, parlent les uns des autres.
Le Senhor Alvez avait la fièvre depuis qu'il était dans l'île. « Celle-ci est tellement basse, nous disait ce pauvre capitaine, qu'elle serait entièrement couverte, si le fleuve montait seulement de deux pieds; ce qui sans doute arrivera. » L'existence d'un homme. Jeté seul au milieu d'une soldatesque ignoble, et dans un endroit pareil, est quelque chose d'effrayant ; autant la prison cellulaire.
C'était néanmoins le sort d'un brave officier d'artillerie, déporté pour affaire politique, et dont on se servait depuis des
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années pour vaincre les rebelles , chaque fois qu'on voulait enfin les soumettre.
Pendant que celui qui avait écrasé la révolte se voyait détenu dans cette lie malsaine, Mariano, le bandit, avait passé les trois ans de sa prétendue réclusion dans la capitale de la province, où il avait mené, disait-on, une vie somptueuse, et dtné à la table de ce qu'il y avait de plus élevé dans le pays. Il n'est pas étonnant après cela que de mauvaises langues attaquent le gouverneur général, et disent qu'il y a eu corruption ; bien qu'on n'en ait pas la preuve matérielle. Nous ne savons rien de plus à cet égard que les bruits qui circulaient alors; ils pouvaient être faux ; mais on conviendra qu'ils étaient vraisemblables.
Quant au capitaine Âlvez, la fièvre l'emporta quelques mois après notre passage.
Nos hommes de Senna ayant témoigné le désir de rentrer chez eux, nous les avons débarqués ici, après leur avoir payé leur salaire. Us ont tous le goût du commerce ; et ont acheté, pour les revendre, une quantité de haches, de houes en fer et d'ornements de fabrique indigène. Un grand nombre des houes et des lances qu'ils rapportent ont été prises aux chasseurs d'esclaves, dont nous avons libéré les captifs. En pareille circonstance ils déployaient un zèle et une activité peu ordinaires. Le reste de leur cargaison a été payé soit avec de vieux habits, soit avec leur part de viande d'hippopotame.
Ils ne craignent pas de se voir enlever leurs marchandises^ ou d'être punis pour nous avoir prêté main-forte. La manière dont ils ont toujours vécu a détruit chez eux toute idée de responsabilité personnelle. « Ce sont les Anglais, disent-ils, qui seront blâmés par les marchands d'esclaves ; nous étions leurs serviteurs, et cela ne nous regarde pas. »
Un soir, comme il était fort enrhumé, nous avions donné à Scissors une petite courte-pointe qui avait fait un long usage. Quelques jours après il déchira son très-petit couvre-pied en douze morceaux, et en acheta douze belles et bonnes houes.
Leur habileté commerciale est étonnante; jaûiais nous n'avons pu rien avoir à aussi bas prix que ces gens-là. ïls ont obtenu mainte fois pour une guenille, des objets qu'on nous avait refusés l'instant d'avant, et dont nous offrions le double en calicot tout neuf.
Entrés dans le Zambèse le 1 1 janvier, nous nous sommes dirigés sur la côte, en prenant la ligne que nous avions suivie l'année précédente; mais comme cela arrive quelquefois , le chenal s'était porté vers l'autre riv^ ; et nous n'avons pas tardé à nous engraver. Un Portugais, ancien officier, qui habite aujourd'hui nie de Sangouisa, est venu à notre aide avec tout son moude, et nous avons démarré le navire. Il nous a dit franchement tout d'abord que ses esclaves étaient de francs voleurs, et qu'il ne fallait riëYi laisser tratner. Puis s'adressant à ses larrons, il les a suppliés de ne pas nous voler, ajoutant que nous leur ferions un cadeau lorsqu'ils auraient fini. < Les gens de ce pays-ci, nous disait-il, ne pensent qu'à trois choses : à manger et à boire, à augmenter le nombre de leurs femmes, et à piller leur maître, quand toutefois ils ne songent pas à le tuer. » Le pauvre homme ne se couche jamais sans avoir un fusil chargé à côté de lui.
Cette opinion peut être juste à l'égard des esclaves; mais nullement à celui des hommes libres; notre expérience nous en donne la certitude. Même au sujet des premiers, elle n'est pas toujours vraie. Nous avons payé aux hommes du lieutenant le service qu'ils nous avaient rendu ; et ces voleurs ne nous ont rien dérobé.
Leur mattre cultive une partie assez considérable de la grande île de Sangouisa, que lui a prêtée gratuitement le Senhor Perrâo. Il y récolte une grande quantité de sorgho, et de fèves, ainsi que du riz blanc, de très-belle qualité, dont la semence a été apportée, il y a quelques années, de la Caroline du Sud; et nous en a fait remettre une petite provision qui a été reçue avec joie. Bien que nous ne fussions pas dans un complet dénùment, puisqu'il nous restait des fèves, du porc salé et des volailles, nous avons été fort aises , n'ayant plus ni farine ni biscuit, de trouver quelque chose qui les remplaçât.
Il était présumable que les propriétaires des captifs que nous avions relâchés nous témoigneraient leur déplaisir, tout au moins en paroles; mais en nous voyant ils ont semblé plutôt confus qu'irrités ; et n'ont pas soufflé mot de cette afifaire. Un seul nous a dit en souriant, à propos d'autre chose :
« N'avez-vous pas pris les esclaves du gouverneur?
— C'est possible, avons-nous répondu ; car nous avons délivré
plusieurs bandes de captifs qui passaient auprès de nous ; > et tout s'est borné là.
A cette époque, tous les gens de Tété, à commencer par le gouverneur, faisaient la traite sur une grande échelle. Leur commerce suivait deux routes opposées : une partie de leurs esclaves remontaient le Zambèse; nous en avons rencontré plus d'une fois que l'on expédiait dans l'intérieur, où les jeunes femmes étaient troquées pour de l'ivoire. D'un mérite ordinaire, elles se vendaient deux arrobas, qui font soixante-quatre livres; une beauté se payait le double.
On gardait les hommes pour rapporter les dents d'éléphant; ou bien on les plaçait dans les fermes situées au bord du Zambèze, où ils attendaient l'arrivée d'un négrier. Quand approchait le moment où celui-ci devait venir, les esclaves étaient enchatnés , placés dans de grands canots , et envoyés à la côte.
Cela se faisait ouvertement, surtout depuis que le système français de l'émigration libre était en pleine activité. Ce double courant d'affaires donnait plus de bénéfices que l'exportation pure et simple. Nous avons vu un marchand de Tété expédier trois cents femmes manganjas da,ns l'intérieur; un autre en envoya cent cinquante ; et tous deux recueillirent en échange une énorme quantité d'ivoire.
Le genre de traite qui approvisionnait d'ouvriers l'ile de la Réunion s'exerçait encore plus effrontément que les razzias du Chiré. Ayant appris qu'une femme, perdue de réputation, conduisait à la côte une cargaison d'esclaves, le commandant de Tété la fit poursuivre; mais simplement pour la forme; l'officier chargé de courir après cette femme la rejoignit et revint sans elle.
Nous avons parlé de cette affaire au commandant qui nous a répondu d'un air de triomphe : » Les Anglais n'ont plus rien à dire; nous sommes couverts par le pavillon français; » et ce pavillon a protégé la traite jusqu'en mai 1864.
De tous les actes bienfaisants du règne de Napoléon III, il n'en est pas qui lui fasse plus d'honneur que celui qui a mis un terme à cet odieux commerce. Il avait bien fait tout ce qui dépendait de lui pour régulariser l'exportation des travailleurs africains, en nommant des fonctionnaires chargés de prévenir les abus qui pourraient s'y glisser; mais en dépit de toutes les mesures
préventives, le système des engagés n'était ni plus ni moins que la traite de l'homme avec toutes ses horreurs. Tant que la lumière n'aura pas été répandue parmi ces populations, toute entreprise de ce genre ne sera jamais qu'une prime offerte au commerce d'esclaves.
Ayant descendu le Zambëse, nous avons jeté l'ancre à celle des bouches du fleuve qui porte le nom de Grand LouabOy attendu que le bois y est beaucoup plus facile à obtenir qu'à l'embouchure du Rongoné.
Le 30 arriva le Gorgon^ vaisseau de la marine anglaise, qui avait à sa remorque le brick où se trouvaient mistress Livingstone, quelques parentes des missionnaires de Magoméro, et les vingt-quatre parties d'un vapeur en fer, destiné à la navigation de Nyassa. Notre Pionnier sortit du grand Louabo, et remorqua le brick jusque dans le port du Kongoné.
Le vapeur qui arrivait reçut les noms de Lady Nyassa et de Dame du Lac; on mit sur le Pionnier et sur les deux grandes chaloupes de la Gorgone tout ce qu'on pouvait transporter en une fois de ses vingt-quatre sections; et nous partîmes le 10 février pour le Ruo, ayant à notre bord le capitaine Wilson, et plusieurs des officiers et des matelots de son équipage.
Le Zambèse était débordé; nous avions à lutter contre un courant qui, en beaucoup d'endroits, avait une vitesse de trois nœuds ; et nous marchions avec une lenteur désespérante. La machine du Pionnier^ fort bien construite d'ailleurs, avait été complètement négligée par le mécanicien; h garniture n'en avait pas été renouvelée ; et c'était la même qui servait depuis vingt mois. Bref toutes ces causes de retard nous firent rester six mois dans le delta, au lieu des six jours que nous pensions mettre à le franchir. Impossible de porter notre cargaison à l'embouchure du Ruo, sans perdre un temps énorme ; on pensa donc qu'il valait mieux s'arrêter à Choupanga, monter la coque du Lady Nyassa, et la remorquer ensuite jusqu'aux cataractes du Chiré.
Quelques jours avant d'atteindre Choupanga, le capitaine Wilson, voyant l'état désespéré de notre machine, résolut généreusement de conduire ces dames à Magoméro, où l'on devait être fort inquiet de ne pas les voir arriver. Il prit alors sa guigue, et partit pour le haut Chiré avec misses Mackenzie, Mis-
tress Burrup et le docteur Ramsay, chirui^en de la Gorgone, Le docteur Rirk et mister Sewell, comptable du même vaisseau, les accompagnaient dans la baleinière du Lady Nyassa, Notre asthmatique, dont la marche avait toujours été fort lente, ayant autrefois gagné les cataractes en neuf jours, on supposa que les deux canots ne mettraient pas plus d'une semaine pour arriver à destination. Mais les eaux du Chiré avaient débordé; la vitesse du courant était à son maximum; et les canots mirent plus de temps pour franchir la moitié de la distance que ne devait en prendre la totalité du voyage.
Ils atteignirent enfin l'embouchure du Ruo : c'était le lieu du rendez-vous. Cependant le chef de Ttle Malo, qui est au confluent des deux rivières, disait n'avoir vu personne : « Jamais aucun blanc n'était venu dans son village. » Nos voyageurs remontèrent jusqu'à celui de Chibisa, et souffrirent horriblement des moustiques. Les difficultés que leur opposa le courant, les détours qui en résultèrent leur firent estimer à plus de deux cent cinquante milles la route qu'ils avaient faite.
Au village de Chibisa, les Makololos, que nous y avions laissés, leur apprirent la mort du bon Évoque, et celle de M. Burrup. D'autres détails leur ayant fait concevoir de vives inquiétudes àJ'égard des survivants, le capitaine Wilson et le docteur Kirk partirent pour Magoméro dans l'espoir de s'y rendre utiles, et rencontrèrent quelques-uns des membres de la mission au village de Soché.
L'extrême fatigue de la route qu'ils venaient de faire n'empêcha pas nos amis d'aller au secours de leurs compatriotes; mais cette nouvelle entreprise, tentée avec des rations insuffisantes : une poignée de fèves, et parfois une volaille, était bien au-dessus de leurs forces. Us eurent tous les deux la fièvre; et le capitaine fut si malade, que son compagnon de souffrance perdit tout espoir de le sauver. Le patron de la chaloupe, un homme d'une vigueur exceptionnelle, prit son chef bien-aimé sur ses épaules, le rapporta à la guigne, suivi du docteur Kirk; et ils revinrent à Choupanga, ramenant leurs compagnes, si cruellement éprouvées.
L'Évêque, désirant avoir un chemin plus court pour se rendre au Chiré, avait envoyé deux de ses honunes explorer le pays jusqu'à l'embouchure du Ruo. Peu de temps après, MM. Procter
et Scudamore^ accompagnés de porteurs mangaDJas, avaient quitté la mission pour se livrer à la même recherche ; c'était au mois de décembre.
Leur projet était de quitter le mont Choro, de laisser à leur gauche le mont Glarendon, et d'arriver au marais des Éléphants. Il paraît que leurs guides, qui devaient prendre au sud, les conduisirent à l'est. Bref, au lieu d'atteindre l'embouchure du Ruo, ils se trouvèrent dans la vallée du Chiroua, sur les bords du Ruo supérieur.
Là, ils entrèrent chez des Angouros, qui font le commerce d'esclaves. Les habitants commençaient à leur inspirer des soupçons, lorsque, vers la fin du jour, une femme leur dit que s'ils passaient la nuit dans le village, on ne manquerait pas de les tuer. Ils s'éloignèrent au plus vite, mais les Angouros les poursuivirent. M. Proctor reçut une flèche dans la crosse de son fusil. Deux porteurs furent capturés; l'ennemi s'empara de tous les bagages; et ces messieurs, après avoir traversé la rivière à la faveur de l'obscurité, reprirent le chemin de la mission, où ils arrivèrent accablés de fatigue, et à demi morts de faim.
Les femmes des porteurs que les Angouros avaient faits prisonniers vinrent trouver l'Évêque. Tout en larmes, elles le supplièrent de délivrer leurs maris, et renouvelèrent tous les jours leurs instances. Ces porteurs avaient été pris à son service; nul autre que lui ne pouvait les défendre; il n'y avait là ni force publique, ni pouvoir qu'on pût invoquer, si ce n'était le sien.
Il représentait à la fois l'Église et l'État*: ne devait-il pas secourir les membres d'une famille qui l'avait reconnu pour chef? Il crut que c'était son devoir; et invita les Makololos à le seconder dans cette opération hasardeuse. Rien ne pouvait être plus agréable à nos vétérans, qui partirent avec joie pour aller manger les moutons des Angouros; n'ayant qu'un regret, c'était qu'au lieu de ce menu bétail, l'ennemi n'élevât pas desbœufs.
S'ils avaient été seuls, ïa distance eût été vite franchie, et un coup de main aurait vidé la querelle. Mais l'Évêque s'efforça de les retenir; il marcha à découvert, disant que l'équité exigeait qu'il en fût ainsi ; et recommanda les mesures loyales*.
1. On dit que pendant cette marche TÉvêque a eu l'occasion de rectifier une
C'était donner aux délinquants le moyen de leur échapper. Toutefois l'expédition fut heureuse; les Makololos mirent le feu au village, et s'emparèrent d'un petit lot de chèvres et de moutons ; châtiment qui n'avait rien de sévère, eu égard à l'offense commise. N'osant pas après cela retenir les captifs, Mouana Somba, le chef des Angouros, les mit en liberté ; et ils retournèrent chez eux.
Tout cela se passait comme nous arrivions à l'embouchure du Ruo. C'était l'époque des pluies, et la santé des missionnaires subit de cruelles épreuves. Leurs vêtements étaient toujours imprégnés d'eau; et ils n'avaient guère pour nourriture que du maïs grillé.
M. Scudamore ne s'en est pas rétabli. A peine de retour à la Mission l'Évêque et M. Burrup, qui avaient la diarrhée par suite de l'humidité, du jeûne et de la fatigue, n'en partirent pas moins pour l'embouchure du Ruo, qu'ils voulaient gagner par le Chiré. Les moindres ruisseaux étaient tellement gonflés, que nos voyageurs mirent cinq jours pour faire un trajet qui, d'habitude, n'en demande que deux et demi. Pas un Manganjaqui voulût s'embarquer pendant l'inondation; toutefois trois Makololos, habitués à manier la rame, prirent une pirogue et conduisirent les missionnaires. Au moment où le soleil allait se coucher, on aborda afin de passer la nuit sur la rive; mais les moustiques étaient si nombreux que les compagnons de rÉvêque insistèrent pour continuer la route. L'époque du rendezvous qu'il nous avait donné était passée depuis huit jours ; il souffrait de ce retard ; et, bien qu'avec répugnance, l'Évêque consentit à repartir. Un de ces tourbillons, comme il s'en produit tout à coup dans les rivières débordées, ne fut pas aperçu dans l'ombre ; le canot chavira, et les médicaments, le thé, le café, le sucre, les habits et le linge, tout fut perdu.
Ruisselants d'eau, fatigués, torturés par les moustiques, les voyageurs restèrent dans leur pirogue. Au jour, ils se rendirent à l'île Malo, située comme nous l'avons dit au confluent du Ruo et du Chiré ; et l'Évêque prit la fièvre.
légère méppse que nous avons faite lors de notre découverte du lac Chiroua. Une vapeur blanche, qui alors couvrait la vallée dans l'endroit où est située la partie méridionale du lac, nous a fait croire que celui-ci avançait un peu plus vers le sud qu'il ne le fait réellement.
En santé ils auraient assurément rejoint le navire, ou même seraient descendus jusqu'à Choupanga; mais cette fièvre abat rapidement les forces, et plonge le malade dans une torpeur, d'où, s'il n'est pas réveillé par une médication active, il passe graduellement à la mort. Cependant toujours préoccupé de sa mission, l'Évéque se consolait en pensant qu'il pourrait gagner l'amitié du chef de l'île Malo, dont l'appui lui serait d'un grand secours. Mais cet homme, sans cœur, prévenu contre les étrangers, probablement par l'expérience qu'il avait des marchands d'esclaves, voulut mettre le malade à la porte, sous prétexte qu'il avait besoin de la case où était celui-ci pour serrer du grain. Il y renonça pourtant, grâce aux prières des Makololos.
Pendant trois semaines ces fidèles compagnons restèrent nuit et jour à côté de la natte, où sans médicamments, sans même de nourriture convenable, expira le bon Évêque. Ils creusèrent sa tombe à la lisière d'une forêt épaisse, où les indigènes enterrent leurs morts. Épuisé lui-même par la dyssenterie, M. Burrup se traîna jusque-là; et vers la chute du jour, tandis que les Makololos déposaient TÉvêque dans la fosse, il prononça de mémoire quelques fragments de notre bel office des morts : « Que la terre retourne à la terre, la cendre à la cendre, la poussière à la poussière, avec l'espoir certain de la résurrection, par l'entremise de notre Seigneur Jésus-Christ. »
Telle fut la triste fin d'un homme, dont la bonté, la douceur, l'oubli de soi-même, l'entier dévouement à la noble tâche qu'il avait entreprise, peuvent être loués par ses amis, sans que leurs éloges dépassent jamais la vérité. L'endroit où repose son corps est à cent pas de l'embouchure du Ruo, sur la rive gauche du Ghiré.
Le lendemain des funérailles, les Makololos déposèrent M. Burrup dans la pirogue, et remontèrent le Chiré aussi loin que possible. Arrivés aux cataractes, ils firent une litière avec des branches, et portèrent le malade jusqu'à Magoméro, profitant des occasions où ils pouvaient se faire relayer, afin d'aller plus vite. Ils craignaient que le missionnaire ne mourût entre leurs mains, et qu'on ne leur fît des reproches. Peu de temps après, M. Burrup fut emporté par la dyssenterie qu'il avait déjà, lorsqu'il s'était mis en route pour aller au-devant de sa femme.
Le capitaine Wilson arriva le 1 1 mars à Choupanga, après une
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absence de trois semaines. Le 15, nous nous dirigions vers la côte. La Gorgone^ poussée au lai^e par un coup de vent, était allée à Johanna chercher des vivres, et ne fut de retour que le 2 avril. II était fort heureux pour nous qu'elle se fût ravitaillée, car nous n'avions plus de provisions d'aucun genre.
Le 4 avril, la Gorgone partit pour le Gap, ayant à bord mistress Burrup et naisses Mackenzie qu'elle avait amenées à la fin de janvier.
Qu'il nous soit permis d'exprimer au brave capitaine Wilson, et à ses officiers, notre profonde gratitude pour les nom* breux services qu'ils nous ont rendus, et la part active qu'ils ont prise à nos travaux. Nous remercions également de toute notre âme le capitaine Oldfield, ainsi que toutes les personnes qui nous ont donné tant de preuves de bienveillance ; et nous les prions d'être assurés qu'au milieu des difficultés et des épreuves que nous avons eues à vaincre ou à subir, rien ne nous a donné plus de courage que de savoir que leur sympathie nous était acquise.
Le révérend James Stewart, de FËglise libre d'Ecosse, était arrivé par la Gorgone. Il débuta sagement par examiner le pays avant de se décider à établir une mission dans l'intérieur; et consacra plusieurs mois à cet examen. Son projet étant de fonder un établissement à la fois religieux et industriel, nous lui avions conseillé de visiter le pays des Manganjas et ses alentours. Par le Ghiré et le Zambèse les communications avec la côte sont faciles ; la région salubre des highlands n'est qu'à deux jours de la rivière, et s'étend vers le centre à des profondeurs inconnues. Il n'y avait à craindre aucune rivalité de la part de l'Évêque, il était trop généreux pour cela; d'ailleurs la place était assez grande pour contenir des centaines de missions.
Ge fut donc avec joie que nous prêtâmes notre concours à un envoyé du révérend Stewart; mais en recommandant à celui-ci d'aller sur les lieux et de voir les choses par lui-même. Le révérend partit pour cette tournée pendant que nous étions à Ghoupanga, et remonta le Ghlré jusqu'à la hauteur des dernières cataractes. Il ne vit plus que les débris de cette population nombreuse que nous avions trouvée à notre premier voyage, vivant en paix au sein de l'abondance. Les chasseurs
d'esclaves n'avaient laissé que des membres épars de ces tribus compactes, et les avait réduits à une horrible misère.
Le pays si riche encore la dernière fois que nous l'avions traversé, était maintenant brûlé par la sécheresse. Il était impossible de le voir sous un plus mauvais jour.
Avec l'énergie qui le caractérise, M. Stewart regagna le Zambèse; malgré la fièvre, qui le prenait de temps à autre, il remonta le fleuve jusqu'au Kébrabasa; et, ce qui n'est pas sans intérêt, en compara certaines parties au Danube. L'estime qu'il a faite des Highlands du Chiré est naturellement inférieure à la nôtre. Il est toutefois d'avis que les principaux obstacles que rencontrerait l'établissement qu'il projette seraient le commerce d'esclaves et la fermeture du pays, qui n'est ouvert qu'à une poignée de convicts.
Son voyage se faisait à une malheureuse époque; les désastres que l'inexpérience avait attirés sur la mission de l'Évéque avaientjeté le découragement dans beaucoup d'esprits, et l'on ne croyait pas devoir renouveler cet essai. Il est cependant très-probable que si le nouveau missionnaire fût allô à Magoméro, son caractère énergique aurait suffi pour ranimer le zèle de ceux qui s'y trouvaient encore ; et il est à peu près certain que la désertion n'aurait pas eu lieu. Toujours est -il que M. James Stewart descendit le Zambèse au commencement de l'année suivante, et repartit pour l'Angleterre, où il fit le triste tableau de ce qu'il avait vu sur les rives du Chiré.
Il ne se trouvait, le 7 avril, qu'un seul de nos hommes qui pût faire son service; tous les autres avaient la fièvre, ou étaient abrutis par l'eau-de-vie que le chef de la douane leur avait secrètement vendue, malgré notre défense la plus expresse.
Le 11, nous partions pour Choupanga, emportant de nouvelles fractions de la Dame du lac. En traversant le Delta, nous vtmes beaucoup d'indigènes qui avaient sur eux des bandes de feuilles de palmier, signe de maladie et de deuil ; car les natifs euxmêmes ne sont pas à l'abri de la fièvre^ Cette époque est celle de la malaria; les pluies sont terminées, et le soleil aspire les effluves des plantes en décomposition. La fièvre, cette année-là, paraissait être d'une gravité exceptionnelle.
Chemin faisant nous rencontrâmes M. Walker qui allait chercher des vivres. La famine était grande à Magoméro ; on y souf-
frait cruellement de la privation de nourriture. Les anciens captifs, couverts de plaies affreuses, mouraient de faim et de diarrhée. Les Âjahouas, stimulés par la cotonnade, la poudre et les balles que leur vendaient les Portugais» avaient détruit les riches moissons de Tannée précédente. La sécheresse était venue, et la récolte avait péri. M. Walker, avec son énergie habituelle, avait loué des canots, et descendu le Zambèse ; c*eçt alors que nous l'avons rencontré. Ses provisions faites, il en chargea ses pirogues, qu'il remonta péniblement jusqu'au village de Chibisa. Comme il allait se rendre à Magoméro, il apprit que ses collègues avaient quitté la mission pour s'établir dans la vallée du Ghiré inférieur.
Nous qui savons le danger que Ton court dans les lieux bas, quand on y est sédentaire, nous déclarons que c'était la plus grande faute qu'ils pussent commettre ; et c'est eux seuls qu'on doit en accuser ; car ils n'ont agi que de leur propre mouvement.
M. Walker se hâta de les rejoindre; il voulait qu'on regagnât tout de suite les hauteurs; mais des obstacles de différente nature firent remettre le départ; MM. Scudamore et Dickinson prirent la fièvre ; et leur perte augmenta les regrets que nous avions déjà de ce que les Highlands n'eussent pas été le siège d'une entreprise mieux dirigée.
Quand la nouvelle des combats de TÉvéque avec les natifs parvint en Angleterre, on y blâma sévèrement ces collisions fâcheuses. La politique de M. Mackenzie, étant contraire à nos opinions, surtout à l'assurance que nous avions donnée aux gens du pays du caractère pacifique des missionnaires, nous l'avions désapprouvée ; et lors de la visite que nous fit TÉvêque au mois de novembre, nous l'engagâmes fortement à ne pas entrer en lutte avec les indigènes. Mais quand nous avons vu ceux qui restaient dans leurs fOjCrs le juger avec tant d'amertume, soit penchant naturel à prendre le parti des vaincus, soit connaissance plus exacte du caractère de l'homme, ainsi que du milieu dans lequel il se trouvait, nous avons regardé sa conduite avec plus d'indulgence. Il croyait faire son devoir; et avec d'autant plus de certitude qu'il avait l'approbation de tous ses collègues.
Un de ceux-ci, dans un moment de faiblesse, a rejeté le blâme sur nous ; et le gentleman désigné pour remplacer l'Évêque, a
déclaré publiquement à Cambridge et ailleurs, que c'était d'après nos conseils que Ton s'était battu; le journal de M, Mackenzie donne la preuve du contraire. *
Quant à savoir si le chef de la mission pouvait prendre les armes pour délivrer les membres du troupeau qui s'était confié à lui, cela vaut qu'on y réfléchisse. Toute la question est celle-ci : un chrétien peut-il employer Yéfée pour se défendre ? Nous ferons toujours, quant à nous, tout ce qui sera en notre pouvoir pour éviter une collision avec les indigènes; mais en cas d'attaque, notre sang bout à la seule pensée de voir toucher du doigt nos femmes, nos sœurs ou nos filles ; en notre qualité d'homme, ayant des sentiments humains, nous n'hésiterions pas à nous battre jusqu'à la mort, et avec toute la furie dont nous serions capable.
Avant de se trouver en face des chasseurs d'esclaves, le bon Évéque avait autant de répugnance à faire usage des armes que qui que ce soit en Angleterre. Il est possible qu'il ait eu tort de s'en servir; mais à la vue de malheureux captifs, ou à la pensée de gens de leurs maisons traînés en esclavage, il est peu d'Anglais qui n'eussent pas commis la même faute.
Pendant le mois d'avril, toujours malsain dans ce pays-ci, la fièvre prit à Choupanga et à Mazaro plus de malignité qu'à l'ordinaire. Il y en eut à bord plusieurs cas qui furent bientôt guéris ; mais qui ne tardèrent pas à se reproduire. Vers le milieu du mois mistress Livingstone fut attaquée, et la maladie s'accorapagna de vomissements opiniâtres. On ne connaît pas de remède contre cet effroyable symptôme, qui d'ailleurs rend toute médication inutile, puisque rien n'est pris qui ne soit immédiatement rejeté.
Le docteur Kirk prodigua à la malade tous les soins qu'il était possible de lui donner; mais elle perdit connaissance, et ferma les yeux pour toujours le dimanche 27 avril 1862, au moment où le soleil se couchait. On fit un cercueil pendant la nuit; le lendemain on creusa une fosse à l'ombre du grand baobab; et le petit groupe de ses compatriotes, qui se trouvaient là, aidèrent le pauvre mari à enterrer la morte. Le révérend James Stewart lut l'office des morts ; et les matelots passèrent volontairement plusieurs nuits à l'endroit où elle avait été déposée.
Ceux qui ne savent pas combien cette brave et bonne épouse
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avait su rendre agréable sa maison de Kolobeng, en faire un séjour délicieux, à un millier de milles du Cap^ au fond des terres; quelle heureuse influence elle exerçait sur les rudes tribus de l'intérieur, non-seulement comme ûlle de M. Moffat, mais par ses vertus personnelles, pourront ne pas comprendre qu'elle ait bravé les fatigues et les dangers d'un pareil séjour. Elle les connaissait tous ; et dans son désintéressement, elle venait reprendre sa tâche; mais au lieu de ce pénible labeur, c'est le repos qu'elle a trouvé. Fiaty Domine^ voluntas tua!