‹ Exploration du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 5 sur 69 · Voir Exploratians dans V Afrique austral e^ page · texte numérisé non relu

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Tanganyika et Victoria Nyanza, due au capitaine Burton et au capitaine Speke, dont nous déplorons tous la fin prématurée.

Tinrent ensuite les recherches de Van der Decken, de Thornton et d'autres voyageurs. Enfin la glorieuse découverte de la principale source du Nil, découverte dont tout bon Anglais doit ressentir un juste orgueil, puisqu'elle a été faite par nos braves compatriotes Speke et Grant.

Il est donc prouvé maintenant que ce désert brûlé, ce sable aride, cette zone fabuleuse de l'Afrique tropicale est une région féconde, ressemblant à FAmérique du Nord par ses grands lacs, àTHindoustan par ses jongles, ses ghattes, ses basses terres humides et chaudes, et ses plateaux élevés, où Ton respire un air frais et salubre.

Le but de notre expédition n'a pas été de produire un[étonnement d'un jour, de regarder des sauvages et de s'en faire contempler; mais d'étudier le climat, les maladies locales, les productions du sol, le caractère des indigènes, et leurs rapports avec le reste des hommes. Tous ces détails ont été observés avec le vif intérêt que doit éveiller un continent dont l'histoire ne date que d'aujourd'hui, mais qui offre de brillantes perspectives.

En 1853, quand je me rendis h la côte occidentale afin d'ouvrir un sentier au commerce, et de faciliter les travaux des missionnaires, je fus frappé de l'influence décisive des mesures qui ont pris le nom de politique de lord Palmerston, influence déjà sensible à plusieurs centaines de milles du rivage. La piraterie avait disparu ; et la traite avait diminué au point que , parmi les Portugais, ceux même qui avaient fait le trafic des noirs en parlaient comme d'une chose des temps passés.

Le chiffre annuel du commerce licite, ivoire et poudre d'or, s'était élevé d'une somme de vingt mille livres à deux ou trois millions, dans lesquels l'huile de palme, exportée en Angleterre, figurait pour un million de livres (vingt-cinq millions de francs).

Plus de vingt missions avaient été fondées, et recevaient dans leurs écoles au-dessus de douze mille élèves. Sur la côte, la vie et la fortune des individus étaient en sûreté; et, dans l'intérieur, des millions d'habitants jouissaient d'une paix relative. Cependant, à la même époque, des discours prononcés en Angleterre et par des voix influentes, donnaient à entendre que les croi-

seurs anglais n'avaient fait qu'aggraver les maux causés par la traite.

11 est si naturel de supposer que le trafiquant d'esclaves est poussé par Tintérét même à soigner sa marchandise, que cette théorie paraît plausible, et qu'on lui accorde toute créance. Mais l'atroce gaspillage de vie humaine , fait par les négrierSj n'était pas moins grand à l'époque où leur trafic était légal. Cela devait être, en raison de l'imprévoyance qui caractérise l'assassin. Tout le monde s'étonne en voyant celui qui vient de commettre un crime ne pas prendre telle ou telle précaution qui le mettrait à Tabri des poursuites. On peut se demander, avec autant de surprise, comment les trafiquants d'esclaves ont toujours entassé leur bétail sur des navires où il était décimé ; agissant ainsi en opposition directe avec leurs intérêts; c'est l'effet de la fatalité qui est inhérente au meurtre, et qui poursuit son auteur. L'encombrement de ces navires homicides a toujours existé, et le nombre des morts, dont il a été cause, défie toute exagération.

M. Wilson, missionnaire américain de la plus haute intelligence, auquel on doit le meilleur ouvrage qui ait encore paru sur la côte occidentale d'Afrique, déclare que les efforts du gouvernement anglais pour la répression de la traite sont dignes de tout éloge. Sans les croisières, dit-il, l'Afrique serait restée inaccessible aux propagateurs de la foi ; et il est à désirer que cette noble mesure continue d'être prise jusqu'au jour où Tesclavage aura entièrement disparu.

Pas de plus grand obstacle au progrès de la civilisation et du commerce que cet odieux trafic; et les Anglais, étant non-seulement les plus philanthropes des hommes, mais prenant la plus large part au commerce africain, ils ne peuvent manquer de rester fidèles à un système qui est à la fois généreux et prévoyant.

Lorsqu'avec la même intention qui m'avait fait prendre la route de Loanda, je gagnai la côte orientale, je la trouvai complètement fermée. En dépit des efforts qu'avaient faits les croiseurs de Sa Majesté britannique , les étrangers ne pouvant pas s'établir dans le pays, on n'y voyait ni commerçants, ni missionnaires. Un peu d'ivoire, de poudre d'or et des esclaves étaient les seuls objets du trafic local ; bref, le même état de choses que sur la côte de l'Ouest avant la répression de la traite.

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Néanmoins le gouvernement portugais ne demandait pas mieux, je dirai plus, désirait vivement que le pays fût ouvert au commerce, et aux influences civilisatrices. Il est facile de le comprendre; car il ne retirait aucun profit de la fermeture de ces provinces. D'autre part, le Zambèse offrait une large voie pour pénétrer dans l'intérieur ; les populations indigènes étaient agricoles, et passionnées pour le commerce; le sol était fertile : le coton, l'mdigo, le tabac, la canne à sucre, et d'autres plantes précieuses étaient déjà cultivées, ou croissaient à l'état sauvage. Il semblait donc que si cette région pouvait être accessible aux négociants et aux missionnaires, on y obtiendrait les mêmes résultats que sur la côte occidentale, et qu'on rendrait ainsi un immense service, non-seulement à l'Afrique, mais encore à l'Europe.

C'était pour atteindre ce but que notre expédition fut décidée. Elle avait pour objet, ainsi que le lui recommandaient des instructions explicites, d'étendre les connaissances que l'on avait déjà sur cette partie de l'Afrique; d'en étudier les ressources agricoles et minérales; de nouer des relations avec les habitants; de les engager à se livrer à l'industrie, à la culture du sol, afin d'obtenir des matières premières qu'ils' pussent échanger contre les produits des fabriques anglaises. Il y avait tout lieu d'espérer qu'en encourageant les indigènes à profiter des sources de richesse que leur offrait le pays, on avancerait de beaucoup l'extinction de la traite des hommes ; car ils découvriraient bientôt qu'il y avait plus de bénéfice à exploiter le sol, qu'à vendre les ouvriers dont le travail leur deviendrait nécessaire.

D'accord avec la politique du gouvernement anglais, l'expédition fut organisée parles soins personnels du comte de Clafendon, qui à cette époque était ministre des affaires étrangères. Plus tard, le ministère ayant changé, nous reçûmes la même assistance du comte de Malmesbury, puis de lord Russell qui lui succéda. Ce n'était donc pas seulement la réalisation du projet de quelques individus ; mais une œuvre qui répondait aux principes que nos hommes d'État avaient le plus à cœur, et au vif désir de la majorité du peuple anglais.

L'expédition doit une profonde reconnaissance aux lords de l'Amirauté pour l'empressement qu'ils ont mis à lui rendre tous

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les senicesqui étaient en leur pouvoir. Elle conserve un souvenir plein de gratitude de l'obligeance infatigable dont feu l'amiral Washington, hydographe de ce corps éminent, lui a donné tant de preuves. Elle remercie sincèrement les amiraux sir Frederick Grey, sir Baldwin Walker, tous les officiers de l'escadre de la côte orientale d'Afrique, et se plaît à reconnaître qu'elle leur doit la plupart des résultats qu'elle a obtenus. Enfin elle a de grandes obligations à M. Skead, officier de la marine royale, qui opéra les sondages et le relèvement du Louabo et du bas Zambèse avec un zèle et une habileté dignes des plus grands éloges.

Dans le récit qui va suivre, toutes les fois qu'il sera question du corps expéditionnaire, on devra se rappeler qu'il se compose du docteur Kirk, de MM. Charles Livingstone, Thornton, et de quelques autres. En me servant du pluriel, c'est à eux que je fais allusion; et je suis heureux de pouvoir rendre témoignage à leur zèle infatigable, à leur énergie, à leur persévérance que les difficultés, les périls et les privations n'ont pas affaiblies v.n seul instant.

Si le nom du docteur Kirk ne paraît pas sur la première page de ce volume, c'est dans l'espérance qu'il rendra compte personnellement de toutes les observations qu'il a faites sur la faune et la flore de la région que nous avons parcourue. 11 à rapporté plus der quatre mille espèces de plantes, des échantillons de bois précieux, des spécimens de l'industrie des indigènes, et des différentes .espèces de coton qui croissent dans le pays; enfin, une grande quantité d'oiseaux et d'insectes. Il a fait,, en outre, des observations météorologiques, et donné les secours de la médecine aux indigènes, toutes les fois qu'ils ont pu leur être utiles.

Charles Livingstone a également concouru de tous ses efforts à l'accomplissement de noire mission ; il a fait aussi de nombreuses observations météorologiques et magnétiques, a encouragé la culture du coton , fait de la photographie tant que les matériaux qui lui étaient nécessaires pour cela ont pu servir ; et a recueilli un grand nombre d'oiseaux, d'insectes et d'autres objets intéressants.

Toutes ces collections, appartenant à l'État, ont été déposées au British muséum, et aux jardins botaniques de Kew; le doc-

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leur Kirk a entrepris de les décrire; mais celte entreprise ne demandera pas moins de trois ou quatre ans.

Malgré l'importance géographique et scientifique de pareils voyages, il a toujours été bien entendu que le gouvernement de Sa Majesté, ainsi que le portaient nos instructions, attachait encore plus de prix à Tinfluence morale que pourrait avoir sur les indigènes l'exemple d'une famille européenne d'une conduite régulière, vivant avec ordre dans une maison bien tenue, traitant les naturels avec bonté, les secourant dans leurs besoins, les soulageant dans leurs maux, leur apprenant à faire des expériences agricoles, leur expliquant les arts les plus simples, leur donnant Tinslruction religieuse qu'ils seraient capables de recevoir, leur inculquant l'amour de la paix et le désir de s'aider les uns les autres.

Il serait fastidieux d'entrer dans tous les détails des menus faits quotidiens que nous avons dû accomplir pour exécuter nos instructions. Règle générale, lorsque le bateau à vapeur s'arrétaitpour prendre du bois, le docteur Kirk, ou Charles Livingstone mettait pied à terre afin de se livrer à leurs recherches. Celui d'entre nous qui devait conduire le bateau et prendre les positions géographiques, n'ayant pas répondu à ce qu'on attendait de lui, ces fonctions retombèrent principalement sur moi. Elles m'obligèrent à un travail de nuit considérable, dans lequel je fus toujours aidé de bon cœur par l'un ou l'autre de mes compagnons.

Les relevés astronomiques ont été régulièrement communiniqués à mon excellent ami, sir Thomas Maclear, directeur de l'Observatoire du Cap. Depuis que cet ouvrage est sous presse, nous avons reçu les longitudes de plusieurs points, déterminées d'après des occultations d'étoiles par la lune, ainsi que par les éclipses et les réapparitions des satellites de Jupiter; les calculs en ont été faits par M. Mann, l'aide habile et complaisant de l'astronome du Cap. Les observations lunaires sont toujours entre les mains de M. Maclear.

Les différents niveaux du sol, les variations de l'aiguille, les latitudes et les longitudes, calculées sur le terrain, sont indiqués sur la carte de M. Arrowsmith. J'espère qu'ils ne différeront pas essentiellement des résultats qu'obtiendront ceux qui viendront après nous.

La direction de notre petit navire n'exigeait pas une grande capacité, et pouvait être acceptée par un homme qui n*est pas trop vieux pour apprendre. J*eus ainsi l'avantage d'épargner à l'expédition les frais d'un capitaine ; et surtout de la mettre à l'abri des exigences d'un individu qui se croyait indispensable. Mais obligé d'être à mon poste , et de veiller sur ]e bâtiment, alors même qu'on n'était pas en marche, il me fallut renoncer aux rapports que je m'étais promis d'avoir avec les indigènes, et à la formation des vocabulaires que j'espérais composer.

Pour faire jouir le lecteur de la vivacité des premières impressions, nous avons int^calé dans notre récit le journal de Charles Livingstone, où l'on trouvera de nombreuses remarques faites par les indigènes, et transcrites immédiatement. Il en est de triviales, sans aucun doute ; mais c'est par les actes et les menus propos de la vie quotidienne que le caractère se révèle sous son véritable jour ; et chacun aimera mieux tirer soi-même ses conclusions que de les recevoir toutes faites.

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