CARTE DU BASSIN DES CHOTTS
Echelle au 85060
Paris=-Imp. Monrocq,3,Rue Suger
Gravé par L.Sonnet ,99,B% SEGermaan.
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étudier; il n'en est point, à coup sûr, qui soient restées aussi longtemps inconnues et que la science, jusqu'à une date récente, ait moins disputées à la fable. Où chercher l'équivalent de cette lagune sacrée du Triton, berceau d’Athéné, foyer de tant de traditions religieuses? Avait-elle même jamais existé autre part que dans les légendes de la Grèce, et devait-on la reléguer dans la géographie fabuleuse, à côté de ce jardin des Hespérides que l'antiquité elle-même avait vu fuir successivement, devant les explorations de plus en plus hardies de ses navigateurs, des rivages de la Cyrénaïque vers ceux de la Libye et des bords libyens vers les régions encore ignorées de l'extrême Occident? Autant de questions sur lesquelles les anciens étaient déjà loin d'être d'accord et que la science moderne ἃ . longtemps hésité à trancher.
Le problème n'est cependant pas insoluble. Des preuves historiques attestent l'existence, sur les rivages des Syrtes, d'une localité qui fut considérée de tout temps comme le point de départ de mythes nombreux adoptés par le culte hellénique, et à laquelle se rattachèrent plus tard de nouvelles Iégendes. De graves divergences, il est vrai, se produisent parmi les historiens et les géographes de l'antiquité lorsqu'il s'agit de fixer d'une manière plus exacte la position de ce foyer mythique; mais toutes ces assertions ne sont pas également précises ni vraisemblables : quelques-unes, évidemment dictées” par des préoccupations étrangères à la science, ont volontairement méconnu la vérité; d'autres, plus impartiales, ne pouvaient déjà plus s'appuyer sur des données suffisantes. Plusieurs circonstances, en effet, ont concouru de bonne heure à faire retomber sur ces plages lointaines, révélées à la Grèce aux époques antéhistoriques comme le point de départ d'une religion et d'un peuple, le voile dont s'enveloppe le berceau de
la plupart des peuples et des religions. Placées entre les flots inhospitaliers des Syrtes et la mer de sable du Désert, redoutées des navigateurs, plus difficilement abordables encore par les solitudes embrasées de la Cyrénaïque, elles furent toujours défendues contre les explorations du monde hellénique, moins encore par la terreur qu'elles inspiraient que par la politique ombrageuse de Carthage. Lorsque Rome prit possession de cette partie de la Libye, ce fut pour la sillonner de ses routes stratégiques, sans se préoccuper beaucoup de souvenirs qui ne l'intéressaient qu'indirectement. On comprendra sans peine, dès lors, que l'antiquité n'ait résolu cette question de géographie historique que par des hypothèses contradictoires.
Des obstacles analogues ont longtemps paralysé les efforts de la critique moderne. On ne connaissait que très imparfaitement, il y a quelques années encore, les rivages de la petite Syrte et la partie adjacente du Sahara, c'est-à-dire la contrée où les textes antiques les plus nombreux et les plus précis plaçaient le lac Tritonide. Nos explorations personnelles, qui datent de 1853, et, tout récemment, les recherches dans lesquelles M. le commandant Roudaire a apporté la précision scientifique la plus rigoureuse, nous ont mis en possession de toutes les données indispensables à la solution du problème, et nous permettent de prouver définitivement l'identité, aussi souvent contestée qu'admise, du lac Triton et du Chott el- Djerid.
Bien qu'il ne soit question du lac Triton ni dans Homère ni dans celles des poésies d'Hésiode qui nous sont parvenues, un certain nombre de textes historiques ou mythologiques prouvent que la Grèce, dès la plus haute antiquité, avait connu la région des Syrtes. D'après le témoignage d'Eusèbe et de saint Augustin, la naissance de Minerve sur les bords du
lac Triton remontait à l'époque d'Ogygès”. Nous savons par Diodore que Thymaëtès, contemporain d'Orphée, avait parcouru la Libye jusqu'à l'Océan et visité sur les bords du lac Tritonide la ville de Nysa, berceau de Bacchus”. Phérécyde fait d'Antée, vaincu. par Hercule, un roi des Irasses, peuplade qui habitait les rivages du Triton’, et dont le nom se retrouve encore dans la nomenclature berbère sous la forme frassen.
Les premiers renseignements historiques sur la région des Syrtes nous sont donnés par Hérodote, et se distinguent par cette précision et ce souci des détails qui caractérisent ses récits :
« Après les Nasamons, qui habitent près de la grande Syrte, dit Hérodote, on trouve, en se dirigeant vers l'occident, les Makes et les Gindanes... Le cap situé en avant du pays qu'occupe cette dernière peuplade est habité par les Lotophages. . . Après les Lotophages, le long de la mer, se trouvent les Machlyes, qui font également usage du lotos, mais moins que les premiers. [15 s'étendent jusqu'à un grand fleuve qu'on appelle Triton, et qui se jette dans le grand lac Tritonide; dans ce lac est une île appelée Phla”. »
* Eusebii Chron., p. 12 et 66, ed. Scaliger : « Temporibus Ogygis, apud lacum Tritonidem virgo apparuit quam Graeci Mineryamnuncupaverunt. » — Augustinus, De Cwvit. Dei, XNIIT, virr : « Minerva vero longe his antiquior. Nam temporibus Ogygis ad lacum qui Tritonis dicitur virginali apparuisse aetate, unde et Tritonia nuncupata est. »
? Diod., IIL, zxvrr :
ὅΟ, Μάϊον, Hist. graec. fragm., τ. 1, p. 80 : Émiol ῥασιν ὅτι ὃ ἀπὸ Πρακλέους καταγωνισθὲις ἀνταῖος ἱρασσεὺς ἦν, ἀπὸ ἰράσσων τῶν ἐν τῇ Τριτωνίδι λίμνῃ, ὥς ῴῷησι Φερεκύδης.
IV, ccxxvin : Κατήκουσι δὲ ἐπὶ moraμὸν μέγαν τῷ οὔνομα Τρίτων &01{ ἐκδιδοῖ δὲ οὗτος ἐς λίμνην μεγάλην Τριτωνίδα - ἐν δὲ αὐτῇ νῆσος ἔνι, τῇ οὔνομα Φλά.
Hérodote rapporte ensuite la tradition d'après laquelle Jason, s'étant embarqué sur le navire Argo pour faire le tour du Péloponèse et porter à Delphes une hécatombe et un trépied d’airain, fut surpris, à la hauteur du cap Malée, par des vents violents, qui le portèrent sur les côtes de la Libye. Entraînés sur les bas-fonds du lac Tritonide avant d'avoir aperçu la terre, les Argonautes faisaient de vains efforts pour dégager leur navire lorsque le dieu Triton apparut à Jason, l'invitant à lui donner le trépied d'airain et lui promettant, à ce prix, de le tirer des passes dangereuses où il s'était aventuré. Jason offrit le trépied, et le dieu tint parole.
«Après les Machlyes, continue Hérodote, viennent les Auses (Adoées). Les deux peuples habitent autour du lac Tritonide et ne sont séparés que par le fleuve’.
Décrivant ensuite la partie de l'Afrique qui s'étend de Thèbes à l'Atlas, Hérodote ajoute :
« En avançant dans l'intérieur des terres, on trouve la Libye sauvage, ἡ Θηριώδης Λιβύη, au-dessus de laquelle s'étend, de Thèbes d'Egypte aux Colonnes d'Hercule, une chaîne sablonneuse, offrant de dix en dix journées, ou à peu près, une colline de sel gemme. Ces stations sont occupées par les Ammoniens, les habitants d'Augila, les Garamantes et les Atarantes.
«A Touest du lac Tritonide habitent des Libyens agriculteurs, ayant des demeures fixes et dont les mœurs et les coutumes diffèrent de celles des Nomades. On les appelle Maxyes (Maéves), et ils se disent issus des Troyens. Leur pays, comme tous ceux du couchant de la Libye, est beaucoup plus sauvage et plus boisé que celui des Nomades. La Libye orientale, en effet, occupée par ces derniers, est plate et sablonneuse jus-
! IV, cuxxx : Οὗτοι δὲ καὶ οἱ Μάχλυες πέριξ τὴν Τριτωνίδα λίμνην οἰκέουσι, τὸ μέσον δέ σῷι οὐρίξει ὁ Τρίτων.
—+#2( 105 ).::--qu'au fleuve Triton, tandis que la partie qui s'étend de ce fleuve à l'occident, et qui est habitée par les Libyens sédentaires, est montagneuse, très boisée et peuplée de bêtes féroces !. 4
Après les Libyens Maxyes viennent les Zauèkes (Ζαύηκες), puis les Gyzantes (TÜgavres). Ces derniers se nourrissent de singes, animaux très nombreux dans ces montagnes”?.
«C'est dans le voisinage du pays des Gyzantes que les Carthaginois placent l'île de Cyraunis, longue de 200 stades et très étroite : on y arrive facilement du côté du continent, et elle possède beaucoup d'oliviers et de vignes”. »
Nous avons reproduit en entier le récit d'Hérodote, parce que les moindres détails qu'il nous donne fournissent, comme on le verra, d’utiles données.
C'est également dans la région de la petite Syrte que le Périple attribué à Scylax place le lac Triton. Après avoir décrit la petite Syrte, dont il évalue le périmètre à 2000 stades, le géographe de Caryande ajoute :
ἂν ταύτῃ τῇ Σύρτιδι ἐνέσήηκεν ἡ νῆσος Τριτωνὶς καλουμένη, καὶ ποταμὸς Τρίτων, καὶ αὐτόθεν éoliv ἀθηνᾶς Τριτωνίδος ἱερόν. ΣΊόμα δὲ ἔχει ἡ λίμνη μικρὸν, καὶ ἐν τῷ σήόματι νῆσος ἔπεστι" καὶ ὅταν ἀνάπωτις ἦ, ἐνίοτε ἡ λίμνη οὐκ ἔχειν εἴσπλουν ἐστὶ φαίνουσα. H δὲ λίμνη αὕτη ἐσῆὶ μεγάλη, τὸ σερίμετρον ἔχουσα ὡς σήαδίων χιλίων.
Malgré l’altération de ce texte, qui a donné lieu à plus d'une variante‘, on y voit clairement que, dans l'opinion de l'auteur ou des auteurs du Périple, le fleuve Triton se jetait dans la petite Syrte, qu'il existait non loin de là une île du Triton, et
* Hérodote, IV, ezxxx1-cxcr. * Nous avons adopté la leçon de C. Mül- ? IV, axcrrt-cxcv. ler ({Gcographi graeci minores, t. 1). δ ΤΥ χανε
un lac d'environ mille stades de circonférence, dont les eaux s'écoulaient également dans la Syrte par une étroite embouchure; que cette embouchure était en partie obstruée par une île et ne donnait plus passage dans le lac à la marée basse. Nous nous rendrons plus tard un compte plus exact de ces indications en les rapprochant de la topographie actuelle de cette partie de la Syrte.
Diodore de Sicile relègue au contraire le lac Tritonide aux extrémités de l'Afrique occidentale; mais la description qu'il en donne, d'ailleurs très vague, n'a pas la même valeur que les témoignages géographiques de ses deux prédécesseurs : elle n'est que l'écho de fables inventées à une époque où la Grèce n'avait plus sur la région qui nous occupe que des souvenirs confus et à demi effacés.
«Les Amazones, dit l'auteur de la Bibliothèque historique, habitaient, d'après certaines traditions grecques, une île située au couchant dans le lac Tritonide, et nommée, à cause de sa position, Hespérie. Le lac est voisin de l'Océan qui entoure la terre, et ἃ reçu son nom d'un certain fleuve Triton quis y jette; il est situé non loin de l'Éthiopie et au pied d'une montagne, la plus élevée de toutes celles de cette contrée. Elle domine l'Océan, et les Grecs l'appellent Atlas”.
«Après de longues guerres contre les Africains et les Numides du voisinage, les Amazones fondèrent, sur le lac Tritonide, une ville qui dut à sa position topographique le nom de Chersonèse *?. »
Diodore rapporte ensuite une légende grecque d'après laquelle, à la suite d’un tremblement de terre qui fit écouler les eaux du Triton dans l'Océan, ce lac disparut ὃ.
Diodore parle encore d'une ville de Nysa, située dans une
? Diod., III, zur. — 5. Diod., IIE, τὰν. — * Diod., Ill, rv.
τιν οί 107 )»ε:--ile entourée de toutes parts par le fleuve Triton; on n'y pénétrait que par un étroit défilé, appelé les Portes Nysiennes '.
«Les Amazones de Libye furent exterminées par Hercule. Peu de temps après, Athéné parut sur les bords du fleuve Triton, d'où elle prit son surnom de Tritonide?. »
En recueillant ces légendes fabuleuses, Diodore, nous le répétons, n'a pas prétendu fixer la véritable situation du lac Triton; il se borne à le placer approximativement, d'après ces traditions, aux extrémités occidentales de la Libye.
Strabon, qui décrit si exactement la petite Svrte, ne parle pas du lac qu'Hérodote et Scylax placent dans le voisinage de ce golfe. On s'en élonnera moins, du reste, en remarquant que Strabon ne nomme pas la ville si importante de Tacape, située au fond de la petite Syrte : il la qualifie seulement de παμμέγεθες ἐμπόριον. Il ne nomme pas davantage le fleuve qui se jette dans le golfe près de Tacape*. Ses renseignements, d'ailleurs exacts quant au littoral, ne vont pas au delà, et l'existence d'un lac intérieur communiquant avec le golfe par le fleuve de Tacape paraît lui avoir échappé. Strabon, reléouant déjà le lac Triton dans la géographie fabuleuse, n'en détermine la position, comme Diodore, que d’après les légendes. Mais Diodore, trompé par les fables grecques, place le lac Tritonide dans la Maurétanie, tandis que Strabon, d'après [65 traditions intéressées des Cyrénéens, le retrouve à Bérénice, «située, dit-il, sur Île promontoire de Pseudo-Penias, près d'un lac Triton. Dans ce lac est une île, et dans l’île un temple d'Aphrodite. Il existe aussi près de Bérénice un port des Hespérides, où se jette le fleuve Lathon “.»
! Diod., IL, zxvrrr. ἐσῆι mauuéyeles ἐμπόριον ποταμὸν ἔχον ? Diod., IT, xx. ἐμβάλλοντα sis τὸν κόλπον.
* Strab., XVII, xvir : Κατὰ δὲ τὰ» μυχόν 5 Strab., XVII, xx : ἔστι δὲ ἄκρα λεγο-
—#w( 108 }es—
En plaçant le lac Triton près de Bérénice, Strabon a cru sur parole les habitants de la Cyrénaïque, qui, ne possédant, dans toute l'étendue de leur littoral, ni lac ni fleuve, n’en ont pas moins revendiqué pour leur patrie ce fleuve et ce lac si fameux dans les légendes -helléniques. Bérénice était située près d'une lagune insignifiante communiquant avec la mer, et qu'on retrouve encore aujourd'hui au sud-est de Benghazi'. L'amour-propre de ses habitants fit de cette mare à demi desséchée le lac du dieu qui avait donné la Libye à l'Argonaute Euphème et aux fondateurs de Cyrène. Le lac Tritonide d'Hérodote avait une île et un temple : le Pseudo-Triton de Bérénice eut son temple et son île.
Lucain, que nous ne citerons pas comme une autorité géographique, admet cette identité du Triton et de la lagune de
Benghazi, lorsqu'il fait entrer la flotte romaine dans le lac de Pallas :
Pars ratium major regimen clavumque secuta est, Tuta fuga, nautasque loci sortita peritos, Torpentem Tritonis adit illaesa paludem.
Hanc, ut fama, Deus, quem toto littore pontus Audit ventosa perflantem marmora concha,
Hanc et Pallas amat: patris quae vertice nata Terrarum primam Libyen (nam proxima coelo est, Ut probat ipse calor) letigit, stagnique quieta Vultus vidit aqua, posuitque in margine plantas, Et se dilecta Tritonida dixit ab unda.
Quam juxta Lethon tacitus praelabitur amnis?...,,
μένη Ψευδοπενίας, ἐξ᾽ ἧς ἡ Βερενίκη τὴν tenländer des Mittelmeeres ,‘p. 382 : «Hier
Θέσιν ἔχει παρὰ λίμνην τινὰ Τριτωνιάδα, lag die Tritonis, eben jenes Wasser das ἐν ἡ μάλισα νησίον éoli καὶ ἱερὸν τῆς hinter der Stadt sich nach Osten hineinzieἀφροδίτης ἐν αὐτῷ ἐσῆι δὲ καὶ λιμὴν hend jet: vom Meere getrennt ist, aber Écrepiduwv, καὶ ποταμὸς ἐμβάλλει Λάθων. einst offenbar damit in Verbindung war. »
© Barth, Wanderungen durch die Küs- ? Phars., IX, vers 345-355.
Denys le Périégète se borne à citer le lac Tritonide, en le qualifiant d'eùpeïæ, épithète qui convient peu au Triton de la Pentapole cyrénaïque ’.
Dans ses notes sur ce passage, Eustathe parle de la petite ile qu'on disait exister dans ce lac, et rappelle le mythe d'Athéné Tritogeneia ἢ.
Pomponius Mela, le plus ancien des géographes latins dont les œuvres nous soient parvenues, est aussi celui qui parle dans les termes les plus précis du lac Triton, de sa position dans le voisinage de la petite Syrte et du fleuve qui l'alimente : malheureusement cette description est fort courte :
« Près de ce golfe, dit:l, est situé un grand lac qui reçoit le fleuve Triton : ce lac s'appelle lui-même Triton et a donné son nom à Minerve.»
D'après Pline, le lac et le fleuve Triton sont situés au delà des autels des Philènes et en deçà de la petite Syrte, c'est-àdire près de la grande : « beaucoup d'autres auteurs, ajoute-il, le placent entre les deux Syrtes *. »
Solin ne fait que paraphraser ce passage, comme tant d'autres ὅ.
La Table de Peutinger place le lac Triton, qu'elle appelle
1! Vers 265-268 :
* I, vin: «Super hunc (Syrtis sinum) ingens palus amnem Tritona recipit, ipse Tritonis , unde et Minervae nomen inditum et, ut incolae arbitrantur, ibi genitae ; fa-
ciuntque ei fabulae aliquam fidem, quod quem natalem ejus putant, ludicris virginum inter se decerlantium celebrant. »
V,iv: «Ab his (Philaenorum aris) non procul ἃ continente palus vasta amnem Tritonem nomenque ab eo accipit, Pallantias appellata Callimacho, et citra minorem Syrtim esse dicta : a multis vero intra duas Syrtes. »
ἢ Polyhist., XXVIIL : « Et Philaenorum aris non procul palus est quam Triton amnis influit ubi speculatam se artium Deam crediderunt. »
περί 110 }...--- Lacus Tritonum, sur la grande Syrte, dans le voisinage de Βέrénice.
Les renseignements donnés par Ptolémée sont beaucoup plus précis, et fixent jusqu'à un certain point la topographie de cette contrée. Le fleuve Triton, d'après le géographe d'Alexandrie, prend sa source dans les montagnes d'Ousaleton ou Ouasaleton, à une distance assez considérable de la petite Syrte. I forme d'abord le lac Libye, puis le lac Pallas et enfin le lac Tritonitis, et se jette dans là Syrte au nord et à peu de distance de Tacape ”.
Les derniers auteurs anciens qui parlent du lac Triton, bien qu'ils lui donnent un nom différent, sont Æthicus et Paul Orose. Ils assignent comme limites communes à la Tripolitaine et à la Byzacène le «lac des Salines », Lacus Salinarum”, situé à l'occident de la Tripolitaine, à lorient de la Byzacènc et de la Leugitane, et ce lac, par la position géographique qui lui est attribuée comme par la nature de ses eaux, ne peut être que le Chott el-Djerid *.
Nous venons de passer en revue tous les passages des historiens ou des géographes de l'antiquité qui ont rapport au lac et au fleuve Triton de Libye. Nous ajoutons «de Libye», car plusieurs autres localités portaient le même nom. Vibius Se-
7: IV : Τὸ Οὐασαλετυν σι ee eee ee REC RER λέ κῇ οὗ τὰ “σεραταιεπόχει polpas...............1.. λθς xs ς καὶ ἀφ᾽ οὗ ῥεῖ ὃ Τρίτων πποταμὸς καὶ ἐν αὐτῷ λίμναι ἥ ὩΣ ΟΠ 7ὖὺΠΠ Ὁ Πὺ 1: ληὴ yo κθ γο καὶ ἡ Πάλλας ΘΕ ΕΘ Σοὶ λῃὴς κθ ὃ καὶ ἡ καλουμένη A16üm Àluyy................,... λὴς un ὃ * Oros., 1, 11: « Habent ab oriente (By- 5. Le mot arabe du sebkha, par lezacium et Zeugis) Syrtes minores et lacum quelles riverains désignent ordinairement Salinarum. ν — Æthic., Cosmogr., IL, xLv : le Chott el-Djerid, est la traduction htté- «Tripoli provincia . ..habet ab occasu rale de l'expression Lacus Salinarum.
Byzacium usque ad lacum Salinarum, »
quester parle d'un lac Triton, situé en Thrace, «où il suflisait de se plonger neuf fois pour être changé en oiseau; » Alalcomène, en Béotie, avait son fleuve Triton’; la Crète possédait le sien”; 165 Léchéates d'Arcadie réclamaient pour un de leurs torrents le nom de Triton’; un scoliaste d’Apollonius parle de deux villes de Triton, l'une située en Bcotie, l'autre en Libye"; une autre cité du même nom existaiten Asie Mineure sur les bords de la Propontide. Enfin le Nil avait porté le nom de Triton, et Thèbes d'Égypte, celui de Tritonis*. Les témoignages historiques que nous venons de citer, bien que divergents à certains égards, s'accordent à regarder le Triton proprement dit comme un lac de Libye. Avant d'en discuter la valeur relative, nous décrirons aussi exactement que possible la topographie actuelle du Ghott el-Djerid.
La ligne de bas-fonds inondés qui s'étend au pied du versant sud de l’Aurès forme, de l'ouest à l'est, trois bassins principaux : le Chott Melghigh, le Chott el-Gharsa et le Chott el-Djerid.
Le Chott Melghigh, qu'alimentent directement les eaux de
! Paus., IX, xxxur.
? Diod., V, zxxur.
3 Paus., VIIF, xxvr.
* Apoll., IV,260-269. Il ne semble pas
dans les noms mythologiques grecs Triton, Amphitrite , Tritopator (surnom des vents), ainsi que dans le nom géographique Triton, commun à beaucoup de lacs et de cours d'eau. Quand le dieu Triton cessa
exact de dire que le culte d'Athéné Tritogeneia, transporté dans les différents pays de civilisation hellénique, ait valu à plusieurs lacs ou fleuves le nom de Triton.
M. Bréal (Mélanges de mythologie et de linguistique, p. 16) explique le surnom d'Athéné Tritogeneia par le nom d'un dieu Tritos, disparu de bonne heure de la mythologie grecque, et identique à Trita, qui règne sur les eaux et l'atmosphère dans les Védas. Le nom de Tritos s'est conservé
d'être connu, le mot Τριτογένεια devint une énigme que l'exégèse primitive, c’està-dire l’étymologie populaire, expliqua par différentes légendes. Les Éoliens, qui dans leur dialecte appelaient Τριτώ la tête, reconnurent dans Athëéné Tritogeneia la déesse sortie de ta tête de Jupiter ; d'autres peuples imaginèrent la fable, flatteuse pour l'amour-propre local , qui fait naître Athéné sur les bords d'un lac Triton.
—+#+2>( 112 }ees— l'Oued Djedi et indirectement celles de lIgharghar, mesure 112 kilomètres dans sa plus grande longueur, c'est-à-dire de l'ouest à l'est. Sa largeur est difficilement appréciable, en raison de l'extrême irrégularité des contours de ses rives. Son niveau au-dessous du delta de lOued Djedi est inférieur de 31 τηὸtres à celui de la Méditerranée.
Le Chott el-Gharsa, qui reçoit deux cours d'eau descendus de la chaîne atlantique méridionale, lOued Saldja et lOued Tarfaoui, n'est séparé du Chott Melghigh et du Chott el-Djerid que par deux bassins secondaires :ie Chott el-Asloudj à l'ouest, la Sebkhat es-Semmech au sud. L'ellipse du Chott el-Gharsa | mesure environ 75 kilomètres sur 28. Le seuil d'El-Asloud}, qui le sépare du Chott Melghigh, offre une altitude de 10 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée.
Le niveau du Chott el-Asloudj, plus relevé que celui du Chott Melghigh, varie de 2,58 à 0",92. Celui du Chott el- Gharsa redescend à 20,11 dans la partie occidentale de ce bassin, à 9",4 à l'extrémité orientale.
Le Chott el-Djerid est séparé du Chott el-Gharsa par une ligne de collines sablonneuses que M. Roudaire désigne sous le nom de seuil de Kriz, et dont l'altitude varie de 1 ἃ 18 mètres entre Bir et-Tam et Nefta, de 32 à 63 mètres entre El- Hamma et Tôzer. La hauteur maximum de ce seuil, mesurée à Kriz, est de 45 mètres.
Beaucoup plus vaste que les deux bassins précédents, le Chott el-Djerid présente une longueur de 200 kilomètres de l'ouest à l'est.
La pointe orientale de ce vaste bassin n’est séparée du golle de Kabès que par un isthme de 18 à 20 kilomètres de largeur, dont la plus grande altitude est de 46 mètres. Une partie de cet isthme est occupée par une petite sebkha appelée Chott el-
—#ù( 113 ).:--- Hameïma, qui communique avec le golfe par l'Oued el-Melah et n’est séparée du Chott el-Djerid que par un bourrelet de 900 mètres d'épaisseur.
Les différentes parties du lac portent des noms particuliers : la plus occidentale, que traverse la route de Nefta à Bir bou- Nab, est appelée Chott el-Abed; les fondrières qui représentent l'ancien port de Nefta sont désignées sous le nom de Ghattânech-Cheurfa; on a donné celui de Chott el-Melah à la partie du chott qui se trouve sous le méridien de Tôzer; celle qui s'étend entre le Trik el-Mahalla et les îles des Palmiers de Pharaon a reçu celui de Chott Faräoun; la partie orientale du lac s'appelle enfin Sebkhat el-Fedjedj «la sebkha des passages » : moins dangereuse, en eflet, que la partie occidentale, elle offre des gués plus nombreux".
La carte publiée en 1857 par le Dépôt de la guerre donne une idée assez exacte de la configuration générale du Chott el- Djerid. La rive méridionale du lac, toutefois, n’a pas été reconnue entre le Nefzäoua et Nefta, et n’est indiquée que par une ligne hypothétique; mais il est peu probable que les contours du chott s'éloignent sensiblement du tracé approximatif de Pricot Sainte-Marie : la route romaine que la Table de Peu-
* Le Chott el-Djerid paraît avoir porté au moyen âge le nom berbère de Tekmert:
c'est du moins celui que lui donne un écrivain arabe du vu siècle de l'hégire, Abou Mohammed Abd Allah et-Tidjani, et la dénomination de Sebkhat et-Takerma , que nous retrouvons au xr1° siècle dans la relation d'un autre voyageur arabe, Moula Ahmed, n'est, évidemment, qu'une variante de ce même nom.
Ces deux désignations sont aussi complètement inconnues des riverains du chott
que celle de Sebkhat el-Aoudiah ou el- Loudeah, qui a longtemps figuré sur nos cartes. Ces mêmes documents traduisent les mots Sebkhat el-Aoudiah par «lac des marques » : quelques-uns des gués qui traversent le chott étant indiqués par des troncs de palmiers appelés dans le dialecte local oueda, le chott lui-même a pu rece- | voir le nom de Sebkhat el-Oueda, dont Shaw et nos anciens cartographes ont fait, par corruption, Sebkhat el-Loudeah et Sebkhat el-Aoudiah.
tüinger indique entre Aggarsel Nepte (Nefta) et Aggarsel (une des oasis méridionales du Nefzâoua) présenteun développement de 115 milles; cette même distance se retrouve assez exactement entre Nefta et l'équivalent probable d'Aggarsel, en suivant le tracé hypothétique de la carte du Dépôt de la guerre; c'est également la longueur que les renseignements indigènes assignent à la route qui conduit encore aujourd'hui de Nefta au Nefzäoua par la rive méridionale du chott. Cette route est jalonnée par un certain nombre de puits. Le premier, que l'on rencontre à cinq heures de marche de Nefta, est appelé Bir Rougäa; on trouve ensuite, à distance à peu près égale, Bir Mechguig, Bir bou-Hadjila, Bir ed-Douar, Bir bou-Ksib, Bir Khanefès, Mouïat-Ali et enfin El-Foouar, source entourée de palmiers qui figure sur la carte du Dépôt de la guerre à sept heures à l’ouest de Touibia, l'oasis la plus occidentale du Nefzäoua. De Bir Rougâa à Touibia les indigènes comptent deux fortes journées de marche.
C'est entre Touibia et El-Foouar que le Chott el-Djerid atteint, du nord au sud, sa plus grande largeur : près de 75 kilomètres. À partir de Touibia, le rivage remonte vers le nordest Jusqu'à la hauteur de Kbilli, et prend ensuite la direction du nord-ouest parallèlement à l’arête rocheuse qui, sous les noms de Djebel oum-es-Somäa, Djebel Rsifa et Djebel Thaga, forme l'ossature de la presqu'île de Nefzäoua. Le lac dessine ainsi un véritable golfe, ouvert au nord-ouest, dans lequel se groupent les îles si pittoresques des Oulad-Yakoub et des Mrizig, Negga, Touibia ou Touibin, Derdjin, Heubnès et El-Guetaïa.
Au delà de la pointe formée par les dunes de Fatnassa et de Dbebcha, prolongement de l'arête rocheuse d'Oum-es-Somäa, les rives du lac reprennent la direction du sud-est jusqu'à la hauteur de Nebch-ed-Dhib, puis celle de l'est-nord-est jusqu'à
l'isthme de Kabès. Les bords du chott sont dominés, à une très faible distance, par les hauteurs escarpées du Djebel Rsifa et du massif du Thaga, qui se relie, par le Djebel Aziza et le Djebel Kheroua }, à la grande chaîne tripolitaine dont la partie voisine d'Hamma porte le nom de Djebel Matmata. Ce versant nord de la péninsule de Nefzäâoua est à peu près inhabité : d'Hamma-Matmata, ou Hamma-Kabès”?, jusqu'à Maks*, on traverse une zone sablonneuse aride, qui sert souvent de champ de bataille aux tribus des Beni-Zid et des Hamemai dans ce parcours de près de 5o milles on ne trouve qu'un torrent, l'Oued Magroun, et les quatre sources de Nebch-ed-Dhib, Cheikh-et-Tersa, Oum-el-Ferdh et Sidi-Ahmed-ben-Ahmed.
C'est à la hauteur de Maks que se détache du massif du Thaga la petite chaîne du Rsifa, remarquable par ses dentelures régulières et sur le versant méridional de laquelle se groupent les nombreuses oasis du Nefzäoua, dernières stations habitables qu'offre la rive saharienne du chott. On en comptait autrefois plus de cent sur un territoire d'environ 70 lieues de circonférence. Mais les guerres acharnées que se livrent, de village à village, les deux partis entre lesquels se partagent les populations du Nefzäoua en ont réduit le nombre de près de moitié. Celles qui existent encore sont, en commençant par l'extrémité de la presqu'île : Dhebcha, Fatnassa, Bechri el- Djedid, Bechri el-Kdim, Zaouïat en-Namous, Zaouïat ech- Cheurfa de l'ouest, Zaouïat el-Hart, Zaouïat el-Aams, Oumes-Somâa, Zaouïat ech-Cheurfa de l'est, Bou-Abd-Allah, El-Glea ou El-Golea , El-Mechia, Steftimia, Maks ou Limaguès",
* Le Djebel Khenga de la carte du locale, qui donne au kaf le son du g dur,
Dépôt de la guerre. El-Mags et, par corruption, Imaquès ou Li- ? L'ancienne station d'Aquae Tacapi- maquès.
tanae. 1 El-Glea, El-Mechia, Steftimia et Maks
3 , N . . . » , A El-Maks ou, d après la prononciation sont situées sur le versant nord de l'arête
Dzira, Negga, Zaouïa Sidi-Abd-el-Kader, Teumbar, Teumbib, Rabta, El-Guetaïa, El-Mansoura, Telemin, Djedida, El-Käba, Kbilli, Heubnès, Basma, Rakb'ma, El-Ferrhân, El-Msaïd, Bchelli ou Bechh, Ksar-Sidi-Ahmed, Djemna, El-Kalaä, Douz, El-Aouïna, Zaâfran, EI-Klissia, Es-Senom, Sidi-K'ouz, Sidi- Madjoun, Noeïl, Ben-Mohammed, Zerzin ou Derdjin, El-Blidat, Touaïba, Touibia ou Touibin, Ben-Abd-Allah, Fartassa, El- Ksar ou El-Gassar, Bergoutia, Kelouamni, Sabria, Gaza. Ces deux dernières oasis étaient abandonnées à l'époque de mon séjour au Nefzäoua : les sables avaient comblé leurs sources.
Sur la côte septentrionale de la presqu'île, à 4 ou 5 milles au nord d'Oum-es-Somäa, on remarque, dans le chott, un groupe de quatre îles qui ne figurent pas sur la carte du Dépôt de la guerre. Ces quatre îlots, échelonnés du sud-est au nordouest, sont appelés par les indigènes Bougal, Noun, Berchich et Oum-el-Maza, et portent le nom collectif de Nkhal-Faräoun «les Palmiers de Pharaon ». Les dattiers qui les couvrent n'appartiennent à aucune des variétés connues dans le Blad-el- Djerid tunisien, et leurs fruits ne parviennent jamais à une complète maturité. Une tradition que j'ai recueillie de la bouche même du khalifa de Telemin, Si el Habib, prétend que les palmiers de Pharaon proviennent des noyaux de dattes qu'aurait laissés dans ces îles une armée égyptienne’. Au temps de
du Rsifa; Maks forme la limite orientale Je suppose que cette ville d'Aïin-Thora,
du Nefzâoua.
Moula Ahmed rapporte la mème tradition : ‘
«Il y a hors de la ville d’Ain-Thora, dit ce voyageur, une espèce de palmiers qui diffèrent de ceux qu'on observe près de la fontaine : on les appelle Firâäoun. Ce nom fait croire aux habitants de la ville que ces arbres ont été plantés par Pharaon.» —
dont le nom ne figure plus dans la nomenclature locale et qui paraît identique à la Nifzaoua d'El Bekri, est représentée aujourd'hui par Bechri-el-Kdim « l'ancienne Bechri», ville arabe construite sur les ruines d'une cité romaine et dont il ne reste que des décombres. Près de Bechriel-Kdim, en effet, il existe un gouffre circulaire, de cinquante à soixante pieds de
em IT: hes—
Mohammed et-Tidjani, ces dattiers n'appartenaient à personne, et les fruits en étaient abandonnés aux voyageurs.
Les populations du Nefzäâoua sont d'origine berbère, comme toutes celles qui habitent les rives du Chott el-Djerid; mais celles des oasis les plus méridionales, des îles des Oulad-Yakoub et des Mrizig tout particulièrement, sont très mélangées de sang noir et mont paru se rapprocher du type auquel M. Henri Duveyrier ἃ donné le nom de « garamantique ».
La rive septentrionale du chott est formée, dans la plus grande partie de sa longueur, par une chaîne continue de montagnes rocheuses, escarpées, dénudées, qui semblent plonger dans les fondrières du lac et auxquelles les indigènes, dans leur langage imagé, ont donné le nom d'Ech-Chereb «les lèvres ». Elles forment, en eflet, la lèvre supérieure de cette « bouche » gigantesque (nous traduisons encore ici l'expression arabe el-Foum) par laquelle le Sahara arrive jusqu'au golfe de Kabès. La partie des Chereb qui s'étend du Djebel Hadifa au Djebel Morra porte le nom de Cherb el- Berrania «la lèvre extérieure »; celle qui s'étend entre le Djebel Morra et le pic d'El- Gassäa, point culminant du Djebel Tarfaoui, forme le Cherb ed-Dakhlania «la lèvre intérieure». Les différentes sommités de cette double chaîne portent en outre les noms distincts de Djebel Hadifa, Djebel Morra, Djebel Safra, Djebel Tamzit, Djebel Kibriti, Djebel Dghoumès, Djebel Tarfaoui, Djebel
diamètre, dont on a vainement essayé de mesurer la profondeur. L'eau en est chaude (de 26° à 28° centigrades), comme celle de la plupart des sources du Blad-el-Djerid et elle nourrit des poissons semblables à ceux qu'on remarque dans les piscines de Kafsa. On donne à ce puits naturel le nom berbère de Taourgha. C'est évidemment
la source sans fond qu'El Bekri signalait déjà dans le voisinage de Nifzaoua, et l'Aïn-Thora de Moula Ahmed. Une tradition locale affirme que ce gouffre s’est déplacé, il ya quelques siècles, à la suite d'un tremblement de terre. Les indigènes prétendent que la Taourgha exige chaque année une victime humaine,
τον 118 )es—
Toumiat. La chaîne se termine, à la hauteur de l'oasis de Dgach, par des collines peu élevées qui s'abaissent pour se relever un peu au delà de Tôzer et former le Drâa de Nefta, élevé d’une trentaine de mètres seulement au-dessus du niveau du chott. Le Drâa de Nefta est la partie la plus élevée du seuil de Kriz, qui sépare, ainsi que nous l'avons dit, le Chott el-Djerid du Chott el-Gharsa. La rive septentrionale de ce second bassin est dominée à une certaine distance par la chaîne montagneuse de Chebikat et de Tamaghza, prolongement de celle de l'Aurès, dont la configuration reproduit exactement celle des Chereb : ce sont les mêmes pentes abruptes, dénudées, profondément sillonnées et déchirées par les eaux, et plongeant à pic, comme une ligne de falaises, dans les sables du Sahara. La chaîne de Tamaghza suit la direction de l’ouest-sud-est jusqu'à Chebika : un peu à l’est de ce dernier point, elle prend, sous le nom de Djebel Teldja, celle de l'ouest-nord-est jusquà Kafsa, et forme la limite septentrionale de la large vallée que le Djebel Tarfaoui et le Djebel Atra limitent au sud. C'est par cette vaste dépression que les eaux du bassin’ de Kafsa (Oued Baïach ou Oued Tarfaoui) s'écoulent dans le Chott el-Gharsa.
Sur le versant méridional du Drâa de Nefta et des collines qui le rattachent aux Chercb se trouvent les trois grandes oasis du Blad-el-Djerid : Nefta, Tôzer et Oudiän.
Oudiän se subdivise elle-même en un certain nombre d'oasis, dont les principales sont, de l'ouest à l'est, Dgach, Kriz et Sdada. Tôzer est la capitale administrative du Djerid. Nefta en est le centre commercial le plus important.
La vaste et profonde dépression du Chott el-Djerid est remplie aujourd'hui, en grande partie, de sables mouvants; la portion centrale du bassin, toutefois, paraît contenir encore une masse d'eau considérable recouverte d’une croûte saline
qui ἃ fait comparer le lac, par les voyageurs arabes, tantôt à un tapis de camphre ou de cristal, tantôt à une feuille d'argent ou à une nappe de métal en fusion. L'épaisseur de cette croûte est très variable : elle n'offre que sur certains points une solidité assez grande pour qu'on puisse 50 hasarder. Dès qu'on s'écarte de ces passages, la croûte cède et l'abime engloutit sa proie. Les gués dont je viens de parler deviennent eux-mêmes très périlleux dans la saison des pluies, lorsque les eaux recouvrent la croûte saline et en diminuent encore l'épaisseur.
Je ne puis mieux faire, du reste, pour donner une idée de ce lac étrange, que de reproduire les différentes descriptions que nous en ont laissées les auteurs arabes. La plus ancienne en date est celle d'Abou Obeïd el Bekri :
«Lorsqu'on se rend de Nefzäoua à la province de Kastila, dit ce géographe, le terrain que l'on parcourt est une contrée marécageuse dans laquelle la route n'est indiquée que par des pièces de bois plantées en terre, et l’on prend des guides parmi les Beni-Maulith qui errent dans ces cantons; car, si l'on s’écartait à droite ou à gauche de la route tracée, on enfoncerait dans un sol fangeux qui a la consistance onctueuse du savon. Plus d’une fois des caravanes et des armées, s'étant imprudemment engagées sur ce sol trompeur, y ont péri sans laisser aucune trace. »
Le cheikh Abou Mohammed et-Tidjani, qui a écrit, au commencement du x1v° siècle de notre ère, le voyage d'Abou Yahia Zakaria, cheikh des Mouhaeddin, proclamé sultan en 711 de l'hégire, avait traversé le chott pendant ce voyage, et sa description est encore plus précise :
«Nous commençämes, dit Et-Tidjani, à couper le lac appelé Tekmert. Après quelques heures de marche, nous passämes une partie de la nuit auprès d'une source, et nous nous
—#2( 120 )..---remimes en route à l'aube pour ne nous arrêter que vers midi.
«Nous vimes, à droite et à gauche de notre route, des troncs de dattiers, placés là pour indiquer le chemin et empêcher les voyageurs de s'écarter de la bonne route, car, à droite et à gauche de ce tracé, le lac n'offre plus que des fondrières, le terrain ne garde plus la trace des pas qui s'enfoncent, et quiconque ignorerait ce danger ne pourrait s'y hasarder sans y disparaître. .... Si quelque être vivant tombe dans le lac, les parties du terrain qui ont cédé se rapprochent aussitôt, et la surface redevient ce qu'elle était avant l'accident.
«Le chef de notre expédition me raconta le fait suivant, qu'il tenait d'un certain Mohammed ben Ibrahim ben Djamé el Merdäci :
«Une de nos caravanes dut traverser un jour le lac : elle se composait de mille bêtes de charge. Par malheur, un des chameaux s'écarta du bon chemin : tous les autres le suivirent, et rien au monde ne fut plus prompt que la rapidité avec laquelle la terre s'amollit et engloutit les mille chameaux ; puis le terrain redevint ce qu'il était auparavant, comme si les mille bêtes de charge qui y avaient disparu n'eussent jamais existé.
«Abou el Hadjadj a raconté le voyage de Youssef ben el Mansour à Tôzer, et 1] s'exprime ainsi :
«Son voyage le porta à la saline qui se trouve aux environs de Tôzer. C’est une des merveilles du monde, dont les historiens ont oublié de parler. La surface de cette saline a plusieurs milles détendue : on dirait du métal fondu ou du marbre poli.
«L'œil trompé croit y voir une admirable transparence : 1] semble qu'on ait devant soi un étang dont l'eau serait gelée. L'heure de la prière étant venue, pendant quela caravane traversait le lac, on y fit la prière comme sur un tapis de camphre ou de
—#+>( 121 )..--cristal. Les pas et les traces des voyageurs durant cette marche s'étant succédé les uns aux autres jusque vers la moitié de la journée, il en résulta qu’une portion de la route, d'une étendue de près de cent coudées, vint à se défoncer. Toutes les personnes de la caravane qui se trouvaient attardées y furent englouties.
«J'ai constaté par moi-même, ajoute Et-Tidjani, que, si un homme appuyait le bout de sa lance à terre, cette lance 50 enfonçait tout entière et que, s'il avait le moyen de la pousser davantage, elle s'enfonçait plus avant encore; dès qu'il la retirait, le sol redevenait ce qu'il était auparavant, sans garder aucune trace. »
Le voyageur Abou Salem el Aïachi, qui écrivait en 1073 de l'hégire (1661), a consacré les lignes suivantes au Chott el- Djerid :
«Nous quittämes notre bivouac et nous allämes coucher auprès de la sebkha qui sert de limite aux Nefzäoua. Je pensai que cette sebkha était une partie de celle d'Abou-Hellal, la plus vaste dé toutes celles qu'on connaît, tant par sa grandeur et sa largeur que par la grande quantité de sel qu'elle contient ἮΝ Mais cette première sebkha contient peu de sel, et ce sel est mêlé de sable...
«Nous entrâmes dans la grande sebkha , guidés parlesétoiles, et nous la traversämes avec beaucoup de peine. Ce ne fut qu’après plus d'une heure de recherches que nous réussimes à trouver le chemin, lequel n’est autre chose qu'un sentier accidenté, étroit comme un cheveu et coupant comme le tranchant d'une épée. Les bêtes de somme ne pouvaient y marcher qu'une à une, et si quelque chameau ou mulet venait à s'écarter le
! Abou Salem el Aïachi nous fait con- rid : ce nom d’Abou-Hellal est celui d'une naître encore, comme on le voit, une des koubba qui s'élève sur les bords du lac, à anciennes dénominalions du Chott el-Dje- la hauteur de Sdada.
-τερί 122 )...--moins du monde, il courait le risque de s'embourber et de disparaître. Nous ne sortimes de là qu’au Dohor, après beaucoup de fatigues et de difficultés. »
Un troisième voyageur musulman, Moula Ahmed, qui parcourut cette contrée au commencement du dernier siècle, a également décrit cette lagune si redoutée des caravanes :
«Nous descendimes, dit Moula Ahmed, vers la sebkha qu'on appelle Et-Takerma. .. Nous louâmes un homme pour nous conduire sur la Sebkha el-Kebrra, et-Haïla, el-Ketira, « lagrande, la forte, l’abondante ».
«Nous entrâmes dans la sebkha, où des chameaux ont été noyés dans la boue, ainsi que des hommes. Le guide précédait la caravane, et nous marchions doucement, avec les plus grandes précautions, sur une ligne donnée, étroite, où les chameaux ne passaient qu'un à un. Nous trouvâmes le chemin bordé par des broussailles et des fragments de palmiers, à droite et à gauche, et ne laissant qu'un étroit passage. Celui qui se hasarde à droite ou à gauche est aussitôt noyé dans la boue. Celui qui ne connaît pas cet endroit ne peut pas s'en nets e
«Je vais dire tout ce que j'ai vu de mauvais dans cette sebkha, les inquiétudes et les appréhensions que j'y ai éprouvées. Le cœur se serre en entendant ces choses. La nuit n'a pas d'étoiles en cet endroit : elles se cachent derrière les montagnes. Le vent y souffle à rendre sourd, et souffle à la fois de droite et de gauche, au point de vous faire sortir de votre chemin; il vous jette le sable à la figure; on n'y peut ouvrir les yeux qu'en prenant de grandes précautions. À mesure que nous avancions, ces inconvénients augmentaient. Cependant, vers le Dohor, nous aperçumes les broussailles du terrain solide, et Tôzer commença à poindre au loin. Alors les gens de la cara-
—#2( 123 )..:--vane se mirent à se féliciter les uns les autres, et dès que nous vimes la sebkha derrière nous, nous commençämes à respirer‘. »
On me permettra de compléter ces indications en reproduisant ici quelques notes de voyage, déjà publiées dans le Bulletin de la Société de géographre*.
«16 mars 1857....A sept heures et demie, nous quittâmes Dgach pour descendre vers le chott, dont la surface unie brille à l'horizon comme un lac de plomb fondu. Pendant une demiheure, nous traversons une plaine vaseuse, entrecoupée de bouquets de tamarix, de palmiers nains et de hautes herbes. Peu à peu les broussailles deviennent plus rares; bientôt toute végétation disparaît, et les efflorescences salines qui recouvrent le sol sablonneux nous apprennent que nous avons dépassé la limite des hautes eaux de la sebkha. Là commence le danger. Un cavalier merzougui, familiarisé avec les fondrières du lac, prend la tête de la colonne, en nous recommandant de mettre «nos pas dans ses pas ». Rangés en file indienne, nous suivons notre guide, qui n'avance qu'avec précaution. Nos chevaux euxmêmes semblent comprendre le péril et flairent de temps en temps le sol avec inquiétude.
« Aux vases mélangées de sel que nous avons traversées succède bientôt une croûte saline, de plus en plus épaisse, dure et transparente comme du verre de bouteille et résonnant à certains endroits sous les pieds de nos montures comme le sol de la Solfatara de Naples. Un puits béant, dont l'ouverture montre une eau verte et profonde, nous permet de nous rendre compte de ce singulier terrain : la croûte sur laquelle nous
τ Moula Ahmed, traduction de Berbrug- ?-C. Tissot, Notice sur le Chott el-Djerid.
ger, t. IX de l'Exploration scientifique de Bulletin de juillet 1879. l'Algérie.
cheminons n'a qu'une épaisseur de quelques pouces et recouvre un abîme que nous essayons en vain de sonder. Un sac à balles, qui nous sert de sonde, disparaît avec toutes les cordes que nous ajustons bout à bout, sans que nous trouvions le fond.
«Une crevasse que nous rencontrons un peu plus loin sur notre droite ne contient que quatre ou cinq pieds d’eau : mais au-dessous de cette nappe liquide dorment ces sables mouvants si redoutés dans le pays, et que la tradition assigne comme tombeau à tant de caravanes. C'est près de cet endroit que, lors de mon premier séjour au Blad-el-Djerid, un cavalier du goum de Tôzer fut englouti avec sa monture. Ses compaonons essayèrent de sonder labime où 1] avait eos au moyen de vingt baguettes de fusil attachées bout à bout : pas plus que la nôtre, cette sonde improvisée n’atteignit le fond.
«Couché à plat ventre sur le bord de la crevasse, je puise un peu d'eau pour la goûter : elle me paraît plus amère encore que celle de l'Océan. La main dont je me suis servi pour boire est imprégnée d'un sel blanc qui en dessine tous les pores. Un vase de terre poreuse que je remplis de cette eau ne tarde pas à se couvrir extérieurement d'une épaisse couche de sel.
« Des crevasses semblables s'ouvrent de distance en distance et forment en quelque sorte les «regards » de la nappe souterraine qui s'élend sous nos pas.
«Nous marchons toujours, et les montagnes d'Oudiàän, que nous laissons derrière nous, s'abaissent de plus en plus à l'horizon. En face, à droite, à gauche, le chott déploie, aussi loin que la vue peut s'étendre, l'éblouissante immensité de sa nappe d'argent. La chaleur étouffante développée par la réverbération du soleil, les hallucinations du mirage, le contraste étrange d'un sol de neige et d’un ciel de feu, tout, jusqu'à ce lac solide et ce terrain mouvant, nous donne une sorte de vertige;
il nous semble, par moments, que nous cheminons dans une de ces planètes où les lois de notre monde sont suspendues ou renversées.
« À dix heures et demie nous rencontrons les premières marques. Ce sont de simples pierres fichées dans la croûte saline. Elles n'ont pas plus de 40 à 5o centimètres de hauteur, mais, grandies par le mirage, elles s’aperçoivent à de très orandes distances. L'intervalle qui les sépare est en moyenne de 5oo à 600 mètres. Elles portent, dans le dialecte local, le nom de gmair (au singulier gmira). Je n'aperçois pas les troncs de palmiers dont parlent les auteurs arabes. Notre guide nous apprend qu'ils ont été emportés par les grandes eaux et confesse que la voirie du lac est fort négligée depuis quelques années. En bonne règle, la route doit être indiquée par une double rangée de gmaïr : des pierres sur la gauche du voyageur qui se rend de Tôzer au Nefzäoua, des troncs de palmiers sur la droite. Grâce à cette double indication, les caravanes surprises dans la traversée du lac par une de ces violentes tempêtes qui les enveloppent dans des tourbillons de sable et de sel avaient quelque chance de retrouver leur direction. Les oueda ou troncs de palmiers ont disparu, et la rangée de pierres est elle-même fort incomplète. Quelques-unes sont provisoirement remplacées par des ossements de chameaux.
«A dix heures trente-cinq minutes, nous nous engageons dans une vaste nappe d'eau qui couvre la croûte saline : nos chevaux ont de l'eau jusqu'au paturon pendant quelques minutes; bientôt la profondeur augmente, et sur certains points . nos montures en ont jusqu'au poitrail. Notre guide, que je suis immédiatement, s'arrête à chaque instant, interroge l'horizon, cherche à deviner la route, et fait parfois des à-droite ou des à-gauche que rien ne motive en apparence. Le danger est ex-
—#2( 126 ).:--trême, et il me l'explique : lavée et en partie dissoute par la couche d’eau qui la recouvre, la croûte de sel peut à chaque instant s'effondrer sous nos pas.
«La nappe liquide que nous. traversons offre un courant prononcé du nord-est au sud-ouest. À notre gauche et à une certaine distance, je remarque deux ou trois ilots formés par des boursouflures de la croûte saline.
«À midi trente minutes, à quatre ou cinq cents mètres de la trente-deuxième gmira, nous atteignons une plate-forme circulaire, d'une vingtaine de pas de diamètre, qui s'élève de deux ou trois pieds au-dessus du niveau de la sebkha. Elle est située à peu près à égale distance des deux rives du lac, ce qui lui a fait donner par les indigènes le nom d'El-Mensof ou Bir en-Nsof «le puits du milieu ». On l'appelle aussi Dyebel el-Melah «la montagne de sel». Cinq ou six blocs de pierre, grossièrement superposés, mais qui de loin, par l'effet du mirage, apparaissent comme une gigantesque pyramide, l'annoncent au voyageur et forment un signal correspondant avec une pyramide semblable, dressée, sur la cime du Djebel Toumiat, au-dessus de l'oasis de Kriz. Ces deux points de repère indiquent la direction générale de la route.
« C’est à Bir en-Nsof que, parvenues à la moitié de leur danocreuse traversée, les caravanes font halte, ou passent la nuit, si elles n’espèrent pas atteindre avant le coucher du soleil l'autre rive du lac. Une couche épaisse de noyaux de dattes et de fumier recouvre le sol et laisse à peine voir l’orifice d'un puits antique, comblé depuis longtemps. L'existence d’un puits au milieu de ce lac de sel n’a rien qui puisse surprendre, puis-. qu'on trouve sur plusieurs points de la sebkha, notamment à Aïn es-Sid, à Aïn Tarafi et à Aïn Ghardaguiet, des sources dont l'eau n’est pas plus saumâtre que celle de la plupart des
puits du Djerid. Ce phénomène s'explique par les îles assez nombreuses qu'on observe dans le lac, et dont quelques-unes forment au-dessus de la nappe salée les cratères d'autant de volcans sous-marins, donnant passage aux eaux relativement douces des couches inférieures.
« Après une halte d’une demi-heure, nous nous remettons en route, sur les instances de notre guide, qui craint que la nuit ne vienne nous surprendre au milieu de ces redoutables fondrières.
«À quelques pas de Bir en-Nsof, nous retrouvons la nappe d'eau dont j'ai déjà parlé, mais le courant se dirige en sens inverse.
«À deux heures, nous rencontrons un troisième courant, allant, comme le premier, du nord-est au sud-ouest. Presque aussitôt nous iraversons un assez vaste espace, également inondé, mais rempli de joncs marins.
«A trois heures trente minutes, nous atteignons la dernière gmira ; c'est la vingt-troisième à partir d'El-Mensof. Un instant après nous retrouvons la zone des sables salés, puis celle des vases, puis enfin celle des sables purs. Quelques broussailles, d'abord clairsemées et bientôt plus épaisses, nous annoncent un terrain solide. Les palmiers du Nefzâäoua se dessinent et grandissent à l'horizon.
«À quatre heures trente minutes, nous atteignons enfin la rive méridionale du lac et les dunes de Dhebcha. »
Le chemin que nous venons de décrire, et dont la longueur est d'environ 45 kilomètres, d’une rive du chott à l’autre, porte le double nom d'Oudianiya et de ΤῊ; el-Mahalla « le chemin du camp». C'est, en effet, celui que prend la colonne expéditionnaire qui se rend, chaque année, de Tôzer au Nefzäoua pour y lever l'impôt. Plusieurs autres passages per-
—4n( 128 )er—
mettent de traverser le lac, soit à l'ouest, soit à l'est du gué principal.
Le plus occidental de ces passages conduit en cinq heures de Nefta à la rive méridionale du chott, et débouche dans le Sahara à la hauteur de Rougäa. On l'appelle £l-Hadymia « la route qui coupe ». De Rougâa à Zerzin ou Derdjin, on compte deux fortes journées à travers les sables.
Un second passage conduit en droite ligne de Nefta au Nefzäoua à travers le chott. Cette route, appelée Es-Souïda « la noire», est assez dangereuse jusqu à Es-Souïda, colline de sel où s'arrêtent les caravanes et qui a donné son nom au passage. En me servant du mot «colline», je traduis littéralement l’expression arabe Debila; la colline d'Es-Souïda n'est, en réalité, comme la «montagne de sel» de l’'Oudianiya, qu'une plateforme d’un relief insignifiant, grossie de loin par le mirage et de près par l'imagination arabe. À moitié chemin d'Es-Souida et du Nefzäoua, on rencontre un îlot appelé Chott-el-Bab ou Bab-ech-Chott «la porte du lac». I faut un jour et demi pour parcourir cette ligne, qui aboutit à Touibia.
Un troisième passage, appelé Et-Tézeriya, conduit en une journée de Tôzer à la rive méridionale du chott et débouche entre Fatnassa et Dhebcha, à l'extrémité de la presqu'île de Nefzäoua. Malgré les gmaïr, pierres et troncs de palmiers, qui la jalonnent, cette route est fort dangereuse, surtout lorsque le Cherki ou vent d'est y fait refluer les eaux du bassin inférieur du chott. Ce dernier phénomène, du reste, n'est pas particulier à la Tôzeriya : au dire des indigènes, tous les passages du lac sont inondés lorsque souffle le vent d'est, et découverts par le vent contraire. Si cette aflirmation est exacte, il faudrait en conclure que la masse principale des eaux superficielles se trouve accumulée à l'est de l'Oudianiya et que la
croûte saline, relevée aux deux extrémités du chott, présente une dépression vers le centre du bassin.
Les cinq passages qui existent à l'est de l'Oudianiya sont, de. l’ouest à l’est :
1° El-Bougal. Longue de vingt-quatre kilomètres environ, cette route emprunte son nom à l’une des îles des Palmiers de Pharaon, et conduit de ces îles, dans la direction du nord-ouest, à la Khanga d'Oum-Ali, gorge qui s'ouvre entre le Cherb ed- Dakhlania et le Cherb el-Berrania, et aboutit à la vallée d’'Es- Segui, sur la route qui mène directement de Kafsa à Hamma- Kabès. Le passage d'El-Bougal est dangereux et jalonné de gmair.
2° Le passage d’Ain Ghardaquiet, qui conduit de Steftimia à la Khanga Dzhaniet et à la Khanga d'Oum-Ali. La longueur de ce passage n’est que de douze kilomètres.
3° Le passage d'Ain es-Sid «la fontaine du Lion», qui part d'Imaguës ou Maks et aboutit au même point que le précédent. Cette partie de la sebkha n'offre aucun danger, et les trois sources d'eau douce qu'on y rencontre, Aïn Nedja ou Aïn Ghardaguiet, Aïn es-Sid et Aïn el-Ferdh, semblent indiquer l'existence, sous la croûte saline, d’une sorte de seuil reliant les deux rives du lac.
4° Le passage d'Él-Areg-mta-Hamema. Situé à quarante-deux kilomètres à l'est du précédent, ce passage conduit directement d'Hamma-Kabès à la Khanga d'Oum-Ali par le versant méridional du Cherb el-Berrania.
5° Le passage qui forme la route directe d'Hamma-Kabès à Kafsa par le Segui. Le chott, à l'est de ce dernier passage, n a plus que quelques milles d’étendue; mais cette partie de la sebkha est regardée par les indigènes comme une des plus profondes et des plus dangereuses.
NT
L'isthme qui sépare aujourd'hui le Chott el-Djerid du golfe de Kabès at-il toujours existé? Est-il de formation récente, et la Méditerranée a-t-elle pénétré autrefois, par la large dépression que nous venons de décrire, dans ces bas-fonds sahariens dont le niveau est inférieur à celui de ses eaux? Nous touchons ici à celte question de la mer intérieure qui a soulevé depuis quelques années de si ardentes discussions.
Un certain nombre de géologues, parmi lesquels nous citerons MM. Ville, Desor, Escher de la Linth, Martins et Lyell, admettent l'existence dans le Sahara, à une époque peu reculée, d'une mer qui communiquait avec le golfe de Kabès. Dans cette hypothèse, qui se rattache à certaines théories sur la période glaciaire, un soulèvement aurait déterminé l'asséchement de cette Méditerranée saharienne; les eaux en s'écoulant auraient produit ces immenses courants dont les traces se retrouvent partout dans la région désertique, et qu'on est fort embarrassé d'expliquer par un autre phénomène. C'est à ce moment que se serait accumulé, à l'extrémité orientale du bassin du Choit el-Djerid, un banc de sables et de caïlloux qui aurait séparé les deux mers. La communication, toutefois, n'aurait pas été brusquement ni complètement interrompue; pendant une assez longue période, le bassin saharien aurait encore reçu les eaux de la Méditerranée. Peu à peu, seulement, et par suite d’une différence de plus en plus grande entre la quantité d'eau reçue et celle qu'enlevait l'évaporalion, la mer désertique se serait à peu près desséchée, et les chotts actuels seraient les derniers témoins d'un état de choses qui aurait encore existé à l'époque de la formation des Alpes”. « Le terrain quaternaire, dit M. Ville, a été soulevé postérieurement à son dépôt dans les eaux de la mer saharienne, et c'est proba-
! Desor, Aus Sahara und Atlas, Il" Brief.
blement la cause qui a déterminé l’asséchement de cette mer et produit les grandes dépressions à pans abruptes d'Ouargla et de Noouss”.» Pour M. Ville, en effet, comme pour tous ceux qui partagent sa manière de voir, les profondes érosions qui déchirent le sol du Sahara et ont creusé les vallées de l'Oued Metlili, de l'Oued Mzab, de l'Oued en-Nsa, sont l'œuvre de courants d'une extrême violence qu'a déterminés l'écoulement des eaux de la mer intérieure, et ce serait aux mêmes causes qu'il faudrait attribuer la dénudation extraordinaire des plateaux sahariens, ainsi que l'origine de leurs ghour, troncs de pyramides qui atteignent parfois plus de soixante mètres de hauteur et qu'on peut considérer comme autant de témoins du sol primitif. Les areg, dunes immenses formées de couches régulières de sables quartzeux, proviendraient également des dépôts lentement accumulés dans les eaux de la mer saharienne.
L'hypothèse de M. Ville semble avoir trouvé d’ailleurs sa pleine confirmation dans la découverte faite par M. Desor, à Bouchana, entre le Souf et El-Faïd, précisément dans un de ces ghour formé de couches régulières provenant d'un dépôt quaternaire, de nombreux débris de coquilles de Cardium edule, de Buccinum gibberulum et de Balanus miser. Ces deux dernières espèces étant essentiellement marines, leur présence dans les ghour attesterait l'existence d'une véritable mer intérieure communiquant avec la Méditerranée, de même que les vestiges du Cardium edule, qui vit dans les eaux saumâtres, indiqueraient la formation de lagunes postérieures au desséchement de la mer saharienne et antérieures à l’état actuel. M. Martins ἃ fait observer d'ailleurs qu'un phénomène analogue à celui du desséchement de la mer désertique se produit, sous nos
? Ville, Exploration géologique des Beni-Mzab.
yeux, dans le nord de l'Europe : le fond du golfe de Bothnie s'élève progressivement depuis les temps historiques, et l'on peut prévoir le moment où un Sahara septentrional séparera la Finlande des côtes de la Suède!.
Acceptée tout d'abord par le monde savant, cette théorie a été très vivement combattue depuis par MM. Pomel?, Charles Grad° et quelques autres géologues.
Dans l'opinion de MM. Pomel et Gh. Grad, les dépôts quaternaires du Sahara ne se sont pas nécessairement effectués sous les eaux de la mer : 115 offrent seulement les caractères généraux qu'on retrouve dans tous les dépôts d’atterrissements Meg lee de la formation du diluvium ou du terrain quaternaire représenté dans tous les pays. Les adversaires de la mer saharienne ne parlent de la découverte d'espèces marines, dans les sables de la région des chotts, que pour constater qu'à l'exception de M. Desor, aucun naturaliste n'en a retrouvé; il est évident qu'ils appliquent à ce témoignage unique l’'axiome du droit romain : testis unus, testis nullus. Quant aux chotts sahariens, ils les considèrent comme ayant la même origine que les lacs salés du Tell ou des Hauts Plateaux. Le sel qu'ils contiennent proviendrait uniquement du lavage constant des terrains dominants par les eaux pluviales. Les formations des areg s'expliqueraient également, au moins en grande partie, par des alluvions fluviatiles. Enfin, il n’est pas démontré, pour ces deux géologues, que la ligne de collines qui sépare le bassin du Chott el-Djerid du golfe de Kabès provienne d'atterrissements. [15 supposent au contraire que l'isthme est formé des mêmes terrains que le littoral avoisinant. Toutefois, et tout
᾿ Martins, Tableau physique du Sahara % Charles Grad, Considérations sur la de la province de Constantine, p- 24. géologie et le régime des eaux du Sahara * Pomel, Le Sahara, Alger, 1872. algérien (Bull. de la Soc. de géogr., 1872).
-ττεϑί 133 )e3— en repoussant d'une manière absolue l'hypothèse d'un Sahara émergé, MM. Pomel et Grad reconnaissent comme possible l'existence, dans l'Oued Righ et dans le Djerid, d'un bassin intérieur, d'une sorte de mer Morte, qu'auraient alimentée de nombreux courants fluviaux et qui se serait desséchée lorsque ces rivières auraient cessé de couler.
Ainsi que l'a déjà remarqué M. Ragot', aucun des adversaires de la théorie soutenue par MM. Ville, Desor et Martins ne propose une explication suffisante des prodigieuses érosions que l’on constate dans le Sahara et de ces dénudations énormes dont la hauteur des ghour donne la mesure. M. Pomel l'avoue lui-même implicitement lorsqu'il dit, à propos des immenses atterrissements que l'on trouve dans la partie supérieure du bassin de l'Oued Zergoun et des rivières voisines : « On cherche en vain le véhicule qui a dispersé de telles masses de terre. » I ne s’en rend compte qu'en supposant qu'ils se sont accomplis sous l'influence de conditions météorologiques entièrement différentes de celles qu'on constate aujourd'hui. M. Grad reconnaît, de son côté, que « la disproportion entre les surfaces d'atterrissement et celles qu'occupent les roches préexistantes confond l'imagination. Il ἃ fallu, pour produire ce puissant dépôt détritique, l'intervention de courants d’eau violents descendus des montagnes et des pluies d'une abondance extrême, avec lesquelles la sécheresse du climat actuel présente un évident contraste. »
Bien que nous accordions, pour notre part, à la découverte d'espèces marines dans les chotts toute la créance que mérite l'assertion d’un observateur aussi consciencieux que M. Desor, nous ne nous permettrons pas de nous prononcer dans cette question du desséchement du Sahara, qui divise encore les
! Le Sahara de la province de Constantine, Ρ- 104.
écrivains les plus compétents. Nous nous bornons à prendre acte de l'aveu de MM. Grad et Pomel en ce qui concerne l'existence, possible à leurs yeux, certaine aux nôtres, d’une mer saharienne limitée aux bas-fonds de l'Oued Righ et des chotts tunisiens, et à examiner la question spéciale de la formation, récente ou ancienne, de l'isthme de Kabès.
M. Pomel incline à croire qu'aucune communication n’a Jamais existé entre la Méditerranée et le bassin limité qu'il . compare à la mer Morte. Les sondages pratiqués en dernier lieu par M. Roudaire semblent établir la preuve du contraire : les collines de l'isthme , jusqu'à une très grande profondeur, ne se composeraient que de sables, et ce ne serait qu à quelques mètres à peine au-dessus du niveau de la mer qu'on aurait trouvé une roche peu consistante, de formation trés moderne et de tous points analogue à celles qui continuent à se constituer sur certains points du littoral algérien. Comme il est bien établi, d'autre part, que toute la côte syrtique ἃ subi un relèvement général variant, d'après M. Renou, de quelques mètres à cent cinquante mètres, nous tenons pour certaine l'existence d'une ancienne communication entre le Chott el-Djerid et la Méditerranée !.
Toutes les traditions locales en conservent le souvenir. Elles s'accordent à affirmer que la mer arrivait autrefois jusqu'à Nefta, et que le chott était un vaste bassin, complètement
«A en juger par les coquilles qu'on remarque sur le côté méditerranéen de l'isthme, à une hauteur constante de douze
à quinze mètres , el qui appartienn enttoutes .
à des espèces encore vivantes (Murex, Natices, Cerithes, etc.), la côte a subi dans les temps modernes un soulèvement d'une amplitude maximum de quinze mètres.
Ces débris forment un véritable cordon littoral, qui se poursuit à une altitude con-° stante jusqu'aux environs de Sfaks, et se retrouve dans lé Sahel près de Sousse et de Bir el-Bouita, en recouvrant parfois des bandes larges de plusieurs kilomètres. »
(E. Fuchs, Note sur l'isthme de Kabès, Bull.
Soc. géogr., septembre 1877.)
inondé et navigable!. D'après une légende que j'ai recueillie à Telemin, dans le Nefzäoua, Skander Ποῦ] Kourneïn, venu d'Orient jusqu'à Metouïa, une des oasis des environs de Kabès, aurait séparé cette mer intérieure de la Méditerranée en créant par ses enchantements (bel hakma) l'isthme de Kabès, et l'aurait transformée ainsi en une simple sebkha. «C'est depuis ce temps, ajoute la légende, que Metouïa porte son nom, qui vient de metoua «fermer, séparer ».
Il n’est pas douteux que ces traditions n'aient conservé le souvenir d'un état de choses dont l'aspect des lieux impose le pressentiment. Mais à quelle date pouvons-nous faire remonter l'origine de cette barrière créée, d'après la légende, par cet «Alexandre aux deux cornes» qui ouvrit le détroit de Gabès? C'est ici que nous devons interroger les textes anciens, dont les
! On a surnommé Nefta Mersat es-Sahara , le « port du Désert », et cette épithète, qui n’est plus aujourd'hui qu'une figure, a pu être rigoureusement vraie à une autre époque. Sid Ali Sassi, kadi du Djerid en 1853, m'a affirmé qu'on avait trouvé, à da fin du siècle dernier, à Ghattan-ech- Cheurfa, là mème où la tradition place l'ancien port de Nefta sur le chott, les débris d’un navire d'une forme particulière et qui, d'après la description qu'il m'en a faite, ne pouvait êlre qu'une galère antique.
Deux habitants de Nefta qui avaient assisté dans leur enfance à l'exhumation de ce navire vivaient encore à l'époque de mon premier voyage au Djerid, et leur témoignage a été consigné par Sid Ali Sassi, à ma demande, dans une lettre dont voici
un extrait :
. . «(Quant à la profondeur de la sebkha, j'ai demandé à Mahdi ben Atia ech Cherif, vieillard de quatre-vingt- dix-huit
ans, et à son cousin El Hadj et-Tahar ech Cherif, s'ils savaient quelque chose à ce sujet. Hs m'ont répondu que, dans leur jeunesse, ils avaient entendu dire à leurs pères que le chott était jadis une mer, mais que le fond s’en était élevé, et qu'il était devenu une sebkha.
«Quant aux débris du navire, ils les avaient trouvés dans un endroit qui s'ap-
. pelle Ghattän-ech-Cheurfa. Ces débris ont
été mis en pièces pour faire du bois à brûler, et les deux individus dont il s’agit ont aussi trouvé des clous de navire. Voilà ce que j'ai entendu de leur bouche, et j'y ajoute foi entière. Ce fait confirme ce qu'a dit Ebn Chebbat et-Tôzri, dans son Histoire, que la sebkha du Djerid était antrefois une mer qui s'étendait jusqu'a la mer de Kabès.
« Que Dieu nous dirige dans le bon chemin. Le pauvre envers son Dieu, le Bach Multi de Nefta, a écrit ceci. »
—#>( 136 )..:--détails qui précèdent nous permettent d'aborder enfin l'interprétation.
La première question que soulèvent ces textes, celle de la position du lac Tritonide, est résolue par les témoignages d'Hérodote, de Scylax, de Mela et de Ptolémée : ce n’est pas sur la côte cyrénéenne que l'on doit chercher le berceau d'Athéné Tritogeneia, mais bien dans le voisinage de la petite Syrte, à cette limite de la région des sables et des terres cultivables, des nomades et des populations sédentaires, si bien indiquée par Hérodote.
Le lac Tritonide, en second lieu, n'est nullement une partie de la petite Syrte, comme l'ont supposé quelques auteurs, et en dernier lieu M. d'Avezac. C'est évidemment le bassin que l'isthme de Kabès sépare aujourd'hui de la Méditerranée. Maloré quelques obscurités de détail, le texte de Scylax, pris dans son ensemble, constate la distinction qu'on établissait, dès l'époque punique, entre le lac et la Syrte : c'est ce qui résulte de l'opposition des mots Σύρτις et λίμνη, ainsi que des mesures données par le Périple : le périmètre de la Syrte est de deux mille stades; celui du lac est moindre de moitié.
Scylax constate, d’ailleurs, le phénomène de la marée dans la petite Syrte’, et il n'est guère permis de douter qu'en en décrivant les eflets, il ne fasse allusion à une communication du lac avec le golfe. Nous citons le texte :
Év ταύτῃ τῇ Σύρτιδι évéo'mxer ἡ νῆσος Τριτωνὶς καλουμένη καὶ moTauos Τρίτων, καὶ αὐτόθεν ἐσ!» ἀθηνᾶς Τριτωνίδος ἱερόν. Στόμα δὲ ἔχει ἡ λίμνη μικρὸν, καὶ ἐν τῷ σήόματι νῆσος ἔπεστι" καὶ ὅταν ἀνάπωτις ἦ, ἐνίοτε ἡ λίμνη οὐκ ἔχειν εἴσπλουν ἐσΊὶ Φαίνουσα. H δὲ λίμνη αὕτη ἐσῆὶ μεγάλη, τὸ σερίμετρον ἔχουσα ὡς σήαδίων χιλίων.
! Cf. Strabon, X VIT, xvir. La marée atteint une hauteur de quatre pieds à Sfaks , de sept à huit pieds à Gabès.
« Dans cette Syrte est une île, appelée Tritonide, ainsi qu'un fleuve Triton, et là aussi s'élève un temple d'Athéné Tritonide. Le lac ἃ une embouchure étroite, et l’île est dans cette embouchure. Et lorsque la marée est basse, 1] semble parfois impossible de faire pénétrer les navires dans le lac. Le lac lui-même est grand et mesure environ mille stades de pourtour. »
Tous les commentateurs admettent à la première ligne de ce passage l'oubli du mot λέμνη, qui figure à la ligne suivante. C. Müller ajoute avec raison : «Quod insula in Syrtide fuisse dicitur, id ita intellige, ut lacus mari junctus ideoque AwvoθάλατΊἼα pars fuerit Syrtidis. » Il est évident, en eflet, qu'il ne s'agit ni de l'île de Cercina, ni de celle de Méninx, nommées toutes deux plus haut : le Périple constate l'existence d'un lac communiquant avec la Syrte par un goulet étroit, σήόμα μικρόν, dans lequel se trouve une île. À marée basse, la communication est interrompue : l’île se rattache aux deux rives du goulet par les bas-fonds que la mer abandonne.
Si l'on admet l'authenticité de ce texte, dans lequel Gail ἃ cru voir une interpolation, il est impossible de révoquer en doute l'existence d'une communication entre le Chott el-Djerid et le golfe de Kabès, à l’époque où furent recueillis les documents utilisés par le Périple qui porte le nom de Scylax. Malheureusement la rédaction de ce portulan paraît de beaucoup postérieure à l'époque d'Hérodote, et Hérodote ne fait aucune mention ni du goulet, ni de l'ilot, ni du temple d'Athéné. Pour l'historien, le lac Triton est un bassin dont les Libyennes font le tour à l'époque de la fête de la Déesse topique, et l'île qui existe dans le lac porte le nom de Phla. Le silence d'Hérodote sur certaines particularités de la description du Périple ne constitue assurément pas une preuve directe contre l'exactitude de cette description, et ce qu'il dit
Le fleuve ΤΒΙΤΟΝ.
de la procession annuelle qui se faisait autour du lac peut très bien se concilier avec l'existence d'un canal que le flux laissait à sec. Il ne nous semble pas moins prudent de ne pas nous exagérer la portée des indications du Pseudo-Scylax, surtout lorsque le Stadiasme anonyme, dont la première rédaction date peut-être d'une époque antérieure, se tait absolument sur le olôua du lac Tritonide.
Nous n'affirmerons donc pas plus que nous ne nierons l'existence d’une communication entre le Chott el-Djerid et la Méditerranée aux temps historiques. Il est d’ailleurs certain qu'elle n'existait plus à l'époque romaine. Aucun texte latin n'y fait la moindre allusion, et les Itinéraires ne signalent aucun accident de terrain entre Ad Palmam, la dernière mansio du Tell, et Tacape, la première station saharienne. La mention du σήόμα est remplacée, dans Ptolémée, par celle de l'embouchure du fleuve Triton, ὁ σοταμὸς Τρίτων, fleuve qui prend sa source dans le sud et forme les trois lacs Libye, Pallas et Tritonide.
On est loin d'être d'accord sur le cours inférieur du fleuve Triton. Pour les uns, c'est l'Oued el-Akarit, qui coule à l'extrémité nord de l'isthme; pour d'autres, c'est la rivière de Kabès. Une troisième hypothèse y voit l'Oued Melah, qui prend naissance dans l'isthme même, au pied du plateau qui porte da Sebkhat Hameïmet.
La synonymie de lOued el-Akarit n'est pas soutenable : son cours, très encaissé, appartient toutentier au massif montagneux du nord du chott et n'a jamaïs pu être considéré comme le canal d'écoulement des eaux du lac. La rivière de Kabès, que les caboteurs peuvent remonter jusqu'à l'oasis même, prend sa source à une très petite distance de la mer; son cours présente à peine une longueur de six à sept milles. Elle n’a jamais pu communiquer avec le chott, dont elle est
τοί, 188. jass—
séparée par les montagnes d’'Hamma-Matmata. Il est possible néanmoins que Ptolémée y ait vu, d'accord avec la tradition locale, l'estuaire du lac Tritonide : les Libyens du Sahara croyaient volontiers, nous l'avons vu, au cours souterrain des fleuves de la région des sables. Quant à l'Oued el-Melah, bien qu'il constitue la communication la moins indirecte entre le chott et la mer, et que nous considérions son cours comme représentant en partie, avec le Chott Hameïmet, le σοταμός primitif, 1] est trop peu considérable pour que Ptolémée ait pu y reconnaître le fleuve Triton.
Au lieu d’un seul lac, le géographe d'Alexandrie en nomme trois : le plus septentrional, et par conséquent le plus rapproché de la petite Syrte, est le lac Tritonide; viennent ensuite le lac Pallas et le lac Libye.
On a supposé longtemps que ces trois lacs correspondaient aux différentes parties que les indigènes distinguent dans le bassin du Chott el-Djerid : le lac Tritonide aurait été la Sebkhat el-Fedjed]; le lac Pallas, le Chott Faräoun; le lac Libye, l'extrémité occidentale du chott. L'hypothèse de M. Carette qui retrouve les trois lacs de Ptolémée dans les trois bassins, bien distincts, du Chott el-Djerid, du Chott el-Gharsa et du Chott Melghigh, nous paraît plus vraisemblable, puisque le lac Libye figure déjà dans la nomenclature de l'Afrique intérieure et paraît répondre au Chott Melghigh ou à l'une. de ses divisions. Cette correspondance est d'autant moins douteuse, à nos yeux, que le lac Libye, d'après les indications de Ptolémée, reçoit le fleuve Triton; or le Chott Melghigh, nous l'avons vu, est formé par deux grands cours d’eau : l'Oued Djedi, qui prend naissance au nord-ouest, dans le versant méridional de la chaîne atlantique, et l'Igharghar, qui descend du grand plateau des Touareg. Quel est celui de ces deux fleuves qui représente
L'ile de Para,
le cours supérieur du Triton? M. Carette se prononce pour l'Oued Djedi, et sa conjecture a pour elle l’état actuel des lieux : l'Oued Djedi, en eflet, se déverse directement dans le Chott Melghigh. IT prend d’ailleurs sa source dans le massif atlanuque, et c'est bien dans ce massif que doit se placer le mont Vasaleton des Tables ptoléméennes. Nous croyons donc, avec M. Carette, que l'Oued Djedi représente le Triton de Ptolémée. Nous sommes moins convaincu quil corresponde au Triton d'Hérodote : l'épithète de μέγας semble bien désigner l'Igharghar, son cours de deux cent cinquante lieues et le lit démesurément large que remplissent ses effroyables crues.
L'ile de Phla, qu'Hérodote place dans le lac Tritonide, a été identifiée par la plupart des géographes à la presqu'ile de Nefzäoua. On justifie cette correspondance approximative en supposant que le Nefzäoua a pu former une île proprement dite à l'époque où le Chott el Djerid offrait une plus grande masse d'eau. L'étude des localités prouve qu'une pareille conjecture n'a rien de fondé. La presqu'île de Nefzäoua est rattachée au massif puissant du Thaga par la double arête rocheuse du Djebel Rsifa, dont le prolongement constitue, jusqu'à la pointe de Dhebcha, l'ossature de la péninsule. Le Nefzäoua n'a jamais pu être une île, et l'on ne peut y reconnaître, si l'on tient absolument à donner une correspondance à la topographie mythique de Diodore, que cette Chersonèse où les Amazones de Libye, habitant au couchant du lac Tritonide, avaient fondé la ville de Nysa. Les Portes Nysiennes se retrouveraient dès lors dans l'étranglement que présente la presqu'ile de Nefzâoua au point où l'arête d'Oum-es-Somäa se rattache au Djebel Rsifa. Nous n'insisterons pas sur cette géographie fabuleuse, à laquelle on a attaché, jusqu'ici, trop d'importance, et nous revenons à l’île de Phla, dont l'équivalent le plus probable nous
paraît être l'archipel désigné par les indigènes sous le nom de Djezira Nkhil-Fardoun «île des Palmiers de Pharaon». Cette correspondance se justifie non seulement par la physionomie essentiellement égyptienne du nom de Phla, que porte l'île d'Hérodote’, mais par les traditions qui rattachent à une invasion orientale l'origine de l’oasis insulaire des « Palmiers de Pharaon ».
Quant à la ville que le Périple de Scylax place au couchant du lac Tritonide, après avoir parlé des nombreuses tribus libyennes qui habitaient les bords de ce bassin, καὶ τόλις τὰ ἐπέκεινα πρὸς ἡλίου δυσμάς, on peut l'identifier à Nefta, située précisément à l'extrémité occidentale du Chott el-Djerid. Le nom liby-égyptien de cette oasis, Aggarsel Nepte?, prouve qu'elle était le centre des tribus libyennes du bassin du Triton, comme Nefta est encore aujourd'hui le marché principal du Chott el-Djerid.
L'étude comparée des textes anciens et de la topographie actuelle nous conduit, en résumé, aux conclusions suivantes :
1° Le lac Tritonide d'Hérodote et de Mela est certainement le Chott el-Djerid, et les témoignages anciens ne permettent pas de le confondre avec la petite Syrte.
2° Le cours inférieur du fleuve Triton de Ptolémée paraît être l'Oued Kabès.
- 3° Les trois lacs formés par ce fleuve sont les trois. bassins du Chott el-Djerid, du Chott el-Gharsa et du Chott Melghigh. 4° Le grand fleuve Triton d'Hérodote est vraisemblablement l'Igharghar; le cours supérieur du Triton de Ptolémée est certainement l'Oued Djedi.
! Le nom de Phla paraît identique à celui de la Philé de la haute Égypte. — ? Nous ferons encore remarquer l'analogie de ce nom de Nepte avec celui de la Napata éthiopienne.
5° L'île de Phla d'Hérodote est sans doute l’île des Palmiers de Pharaon.
6° La presqu'île de Nefzäoua pourrait être la Chersonèse de Diodore.
7° Le στόμα μικρόν indiqué par le Périple paraît être le dernier vestige apparent, à l'époque punique, d'une ancienne communication directe entre le lac Tritonide et la Syrte.
8° Aucune communication de ce genre n'est constatée par les documents de l'époque romaine. Le lac Tritonide, au γ΄ siècle de notre ère, n'est plus qu'une saline; c'est déjà la sebkha actuelle.
La vaste dépression du Chott el-Djerid marquait la limite de la Byzacène et de la Tripolitaine. Tacape appartenait déjà à cette dernière province. Le système hydrographique de la Tripolitaine est fort simple. La petite chaîne qui s'étend de Kabès au cap Mezrata détermine deux bassins : les eaux du versant nord-est se jettent dans la Méditerranée ou se perdent, avant d'arriver à la côte, dans la plaine de la Djefara; les eaux du versant opposé sont absorbées par les sables du Sahara, où elles forment les bas-fonds que la route de Kabès à Ghadamès par Douirat, El-Djeneïan et Tiaret, laisse sur la droite. Les principaux torrents qui descendent du versant saharien de la chaîne tripolitaine sont, de Matmata à Nalout : l'Oued bou-Tonna, l'Oued Cheheba, l'Oudeï el-Merhotta, lOuâdi el- Lefiäa, l'Oued el-Djeneïan et l'Oued Lorzet. Nous n'avons aucune donnée sur la nomenclature antique de ces cours d'eau.
Sur le versant méditerranéen, Ptolémée ne mentionne qu'un fleuve, le Cinyphus, mais le Stadiasme nomme l'Oenoladon, et la Table de Peutinger nous fait connaître trois autres cours
d’eau : l'Ausere, le Be et le Torrens; l’'Anonyme de Ravenne cite en outre un quatrième fleuve, le Panazeron ou Panarezon.
La voie romaine de Tacape à Veri rencontrait l'Ausere à 66 milles de la première de ces deux stations et à 25 milles à l'est d'Augarmi. L'analyse de cette route, ainsi que nous le verrons, prouve que l'Ausere, identifié jusqu'ici à l'Oued Fessi, est plus probablement l'Oued Neffetia, dont le cours inférieur forme la Sebkhat el-Melah, qui communique elle-même avec la mer par le canal de Mersa-el-Lif. C'est ce que semble indiquer la Table en faisant déboucher l'Ausere dans la Méditerranée entre Zitha et Putea Pallene.
Le Stadiasme anonyme indique près d'Amaraeas, entre Gaphara (Ras Djefara) et Megerthis (sur Oued Remel), un fleuve auquel il donne le nom d'Oenoladon”’. (, Müller, en se fondant sur une indication numérique évidemment erronée du Stadiasme, ἃ cru retrouver ce cours d'eau entre le Ras Djefara et le Ras el-Hamra. Barth l'identifie à l'Oued Msid, et telle nous paraît être la synonymie la plus probable de l'Oenoladon. Nous aurons, du reste, en décrivant 16 littoral tripolitain, l'occasion de revenir sur cette question, qui se rattache essentiellement à celle de la position de Megerthis et d'Amaracas.
Dans son énumération des principales localités de la Tripolitaine, Pline, qui procède de l'ouest à l'est, place par erreur le Cinyps à l'ouest de Leptis”. Mela avait déjà commis la même
méprise”. Ptolémée indique exactement l'embouchure du Ciny-
phus, Kwÿ@ou ποταμοῦ ἐκβολαί, à 15° à l'est de Neapolis ou
1 Stadiasm. maris magni, ὃ 96 : ἀπὸ vius et regio. Oppida : Neapolis, Taphra,
τῶν Γαφάρων ἐπὶ τὸν ἀμαραίαν σήάδιοι μ'- Abrotonum, Leptis altera quae cognomiσύργος ἐστὶν ÜPopuos: ὕδωρ ἔχει ποτάμιον" natur magna. »
ἔστι δὲ γεώργιον motor τοῦ “ποταμοῦ. * I, vir : «Ultra est Oea oppidum, et Ci- Οἰνολάδων ὃ πποταμὸς καλεῖται. nyps flavius per uberrima arva decidens ;
ὙΠ V,iv: «lbi civitas Oeensis, Cinyps flu- tum Leptis altera. »
L'AUSERE
(Oued Neffetia |
L’OExoLADON (Oued Msid).
Le Cinyes (Oued el-Mqhar el-Ghrin).
—+>( 144 )es-— Leptis Magna (Lebda). La Table de Peutinger l'indique égale-
ment, sous la forme Cyrups”, à l'est de Leptis Magna, entre cette ville et la station de Sugolin (Marsa Izliten). On trouve en eflet, à 15 milles à l'est des ruines de Leptis, un cours d'eau assez considérable que la plupart de nos cartes, sur les renseignements de Della Cella et de Beechey, appellent Ouddi Quéam ou Ouädi el-Khadn, et identifient avec raison au Cinyps. Barth nous ἃ fait connaître le véritable nom de ce petit fleuve : ET Oued el-Mghar-el-Ghrin «la rivière aux gouffres». Le nom d'Ouädi el-Khaân, ou plus exactement Ouädi el-Ka'äân ;ôt σεῖο, paraît appartenir à une autre partie de son cours.
On retrouve près de l'embouchure de l'Oued el-Mghar-el- Ghrin les vestiges d'un aqueduc qui portait ses eaux à Lepts, et, à quelque distance de sa rive droite, des restes considérables de la chaussée que les Carthaginoïis, ainsi que nous l'apprend Strabon, avaient construite «sur certains gouffres pénétrant dans l'intérieur des terres” », c'est-à-dire sur les lagunes qui découpent profondément la côte.
Hérodote place la source du Cinyps dans la colline des Grâces, à 200 stades de la mer°. Le cours entier du fleuve, ainsi que l'a constaté Beechey, n'est pas de plus de quatre à cinq milles anglais.
Le territoire de l'Oued Mghar-el-Ghrin forme une véritable oasis sur ce littoral envahi par les sables et justifie toujours la réputation de fertilité dont il jouissait dans l'antiquité;
” L'Anonyme de Ravenne donne la μὸς, ῥέων ἐκ λόφου καλεομένου Χαρίτων, forme altérée Cepsi. ἐς Θάλασσαν ἐκδιδοῖ. ὁ δὲ λόφος οὗτος
? Strabon, XVII, ur, 18 : ÉËÿs δ᾽ ἐστὶ ὁ Χαρίτων δασὺς ἴδησί ἐσῆι, ἐούσης τῆς “ποταμός: καὶ μετὰ ταῦτα διατείχισμάτι, ὃ ἄλλης τῆς προκαταλεχθείσης Λιβύης ψιλῆς. ἐποίησαν Καρχηδόνιοι, γεβυροῦνΊες βάρα- ἀπὸ Θαλάσσης δὲ ἐς αὐτὸν σΊάδιοι διηγκόθρά swa εἰς τὴν χώραν ἀνέχοντα. σιοί εἰσι.
* IV, αὐχχὺ : Διὰ δὲ αὐτῶν KivuŸ mora- 4 Mela, I, vu.
—+2( 145 ).ε:--nous avons vu qu'Hérodote avait déjà remarqué le contraste qu'offrent les hauteurs boisées d'où descend le Cinyps avec l'aridité de la région qui s'étend à l'est de ce fleuve.
À l'est du Cinyps et au sud de Tubactis (Mezrata), la Table de Peutinger dessine un grand lac avec ce commentaire : Salnae immensae quae cum luna crescunt et decrescunt. Ces salines sont évidemment la grande sebkha qui s’allonge parallèlement à la côte, entre Mezrata et Bir-Matrâo, sur une étendue de près de 260 kilomètres; sa largeur, très variable, ne paraît pas dépasser une douzaine de milles romains. Les indigènes ne donnent pas de nom à l’ensemble de cette vaste dépression, dont les différentes parties sont appelées Sebkhat et-Taouargha, Sebkhat el-Hicha, Sebkha Merah et Sebkha Baï. Nous la désionerons sous celui de sebkha de Taouargha, que porte le bassin septentrional.
D'après les détails que nous ἃ donnés Beechey, la constitution générale de cette sebkha rappellerait, dans de moindres proportions, celle du Chott el-Djerid. Les vases inondées et les sables mouvants y alternent avec des salines dont la croûte fra- 9116 recouvre de véritables gouffres. Séparée de la grande Syrte par un cordon de rochers et de dunes, la sebkha de Taouargha est formée par les eaux du grand plateau tripolitain, qui s’accumulent entre les dernières pentes et cette longue barrière naturelle. La pente générale du bassin semble dirigée du sud au nord : cest dans la partie septentrionale que les eaux présentent le plus de profondeur, et c'est là que s'ouvrait également le σήόμα,, l'estuaire, aujourd'hui comblé, par lequel la sebkha communiquait avec la Syrte. On remarque encore, à peu de distance au sud du Ras Tatila, les vestiges d’un canal antique qui traverse l'isthme et dont les quais, construits en pierres de grand appareil, présentent des traces d’escaliers. Les
Les SALINAE IMMENSAE de la Table de Peutinger (sebkha
de Taouarqha).
Le fleuve BE (Oued Baï).
Le ToRREnxs.
Le PANAZERON
ou PANAREZON.
—#>( 146 ).e:— indigènes le désignent sous le nom de Sak'iat er-Rounua, le «canal de la Romaine». La partie inférieure de cet immense bassin aurait donc été navigable dans l'antiquité.
La partie supérieure de la sebkha reçoit un grand cours d’eau, l'Oued Βαϊ, qui lui a donné son nom.
Il est difficile de ne pas reconnaitre dans cette rivière le fleuve Be de la Table de Peutinger”. Cette synonymie, qui n'avait jamais été soupçonnée jusqu'ici, est d'ailleurs démontrée par l'analyse de la route romaine qui conduisait de Tubactis (Mezrata) à Ad Practorium (Bir-Matrâo) par Naladus, Chosol et Ad Ficum, et qui franchissait le Be entre cette dernière station et Ad Praetorium.
La Table de Peutinger indique en outre, à l'est de Macomades Selorum (Zafran), un fleuve auquel elle donne le nom sénérique de Torrens et dont le cours, parallèle à celui du Be dans sa partie supérieure, se partage en deux branches, aboutissant à la mer, l’une entre Macomades et Zure (Beni-Hadid), l'autre entre Iscina (Sort ou Medinat et Soultan) et Aulazon (Bir-Zoukkara). Nous n'avons pas de renseignements sur les noms que portent aujourd'hui les deux bras du fleuve antique. Les indications de la Table suffisent d'ailleurs pour en préciser la position.
Le dernier cours d'eau de la région syrtique, le Panarezon’, ne nous est connu que par l’Anonyme de Ravenne, qui le cite
! Quelques cartes écrivent, par erreur, variantes
Sebkhat el-Bey, Oued el-Bey; le véritable nom est Sebkha Βαϊ, Oued Βαϊ.
: Cepsit et orrens (ABC) et Cepsi Te Torrens, qui est la vraie leçon et désigne les trois fleuves de la région syr-
* L'Anonyme de Ravenne le cite immédiatement après le Cinyps (Ceps), sous le nom défiguré de Te, que les éditions amalgament avec le nom précédent :
Cepsite. Les manuscrits donnent les deux
tique nommés par la Table de Peutinger :
le Cinyps, le Be et le Torrens.
5 Panarezon est la leçon des manuscrits ; les éditions donnent Panazeron.
Ἔτι φ AT Des-—
immédiatement après le Torrens. L’Anonyme procédant de l’ouest à l’est dans son énumération, 1] faut chercher le Panarezon à l'est d’Aulazon, et nous devons le retrouver dans l'un des deux cours d'eau qui se jettent dans la Syrte entre Bir-Zoukkara et Mouktar (Arae Philaenorum). L'un de ces torrents est l'Oued Chegga, qui débouche au nord du Ras Bergaouad; l'autre est l'Oued Amour, qui coule au sud d'Ihoudia. Le premier, qui est le plus considérable et le plus rapide, est probablement le Panazeron, dont le nom, de physionomie essentiellement grecque, peut être soit la traduction, soit la corruption d'un nom indigène.
Le tableau que nous venons de tracer de l'hydrographie de la province d'Afrique prouve que cette région, en somme, était fort médiocrement arrosée, et permet de se prononcer entre les deux témoignages, en apparence contradictoires, qui embarrassaient la critique de Strabon : si Artémidore avait pu dire, avec raison, que la Maurétanie possédait de grands fleuves, Posidonius n'était pas moins fondé à affirmer que la Libye n'était traversée que par des cours d’eau insignifiants et en petit nombre’. À l'exception du Bagrada, qui n'est lui-même qu'un fleuve de second ordre, nous n'avons pu citer que des rivières d'un débit très variable et tenant beaucoup plus du torrent que du cours d'eau proprement dit. Cette particularité s'explique facilement : les massifs montagneux, en général très rapprochés de la côte, ne donnent naissance qu'à de courtes artères fluviales, que grossissent à peine quelques affluents temporaires. Quant à la région saharienne, elle absorbe dans ses sables éternellement altérés toutes les eaux hivernales qu'elle reçoit de la
* Strab., XVII, nr, 10 : Ποσειδώνιος γὰρ, oÙs ἀρτεμίδωρος εἴρηκξ, τοὺς μεταξὺ δ᾽ οὐκ οἵδ᾽ εἰ ἀληθεύει, Goas ὀλίγοις καὶ μι- τῆς Λυγγὸς καὶ ΚαρχηδόνοΞ καὶ πολλοὺς pois διαρρεῖσθαι ποταμοῖς Λιβύην" αὐτοὺς εἴρηκε καὶ μεγάλους.
—#2( 148 )...---chaîne atlantique; elle les garde, toutefois, grâce à la couche imperméable qui forme le fond de ce vaste bassin. L'existence d'une mer souterraine est une croyance commune à toutes les tribus du Sud, et les puits qu’elles creusent dans les bas-fonds atteignent toujours une nappe inépuisable.