LE LITTORAL ET LES ÎLES
Par leur aspect, comme par leur constitution géologique, les côtes de la province d'Afrique présentent deux zones bien distinctes. La partie occidentale, jusqu'au cap Bon, n'est que le prolongement de cette longue ligne de falaises ou de pentes abruptes qui commence au détroit de Gibraltar. Les derniers contreforts du versant nord de la chaine atlantique méditerranéenne s'étendent presque partout jusqu'au littoral et en dessinent les principaux accidents. Rien de plus uniforme d'aspect que cette ceinture rocheuse, dont les grès rouges ou les calcaires grisâtres, parfois recouverts de maigres broussailles, plongent dans le bleu sombre des flots qui rongent sans cesse leur base. De loin en loin seulement, le rideau de falaises s'écarle et laisse apercevoir, au fond d'un golfe, une plaine généralement peu étendue, occupant le site d'un ancien estuaire ou d’une baie comblée.
Ces caractères s'affaiblissent au sud du cap Bon, c'est-à-dire là même où expire le dernier rameau du massif atlantique proprement dit. À partir de ce point, la côte s'abaiïsse et n'offre plus qu'un ourlet d'une altitude insignifiante, déterminé par les dernières ondulations des plateaux qui s'étendent entre les deux chaînes, et dont la pente générale s'incline de l'ouest à l’est. Le littoral ne se relève un instant, à la hauteur du Djebel Akarit, extrémité orientale de la chaîne saharienne, que pour
ne plus former, jusqu'à la Cyrénaïque, qu'une plage sablonneuse, à peine interrompue sur quelques points par les derniers plissements des collines de la Tripolitaine. Gette seconde région est la zone des sables, dont Hérodote déjà fixait si justement la limite occidentale au lac Tritonide.
Essentiellement déterminée par la constitution du littoral, la physionomie générale des deux zones n’a pas ἃ sensiblement varier depuis les temps historiques. Elle n'a été modifiée que par des atterrissements partiels et par un relèvement des côtes variant de quelques pieds à cent cinquante mètres, dont le résultat a été de faire disparaitre les golfes profonds et les ports naturels qu'offrait le littoral à une époque reculée, mais déjà postérieure à l'apparition de l'homme’. Plus tard encore, aux époques historiques, certaines oscillations secondaires semblent s'être produites dans la région des Syrtes, ainsi que sur les côtes de la Byzacène*.
L'Amsaga, limite occidentale de la province d'Afrique, se jette dans un golfe déterminé à l'ouest par le cap Cavallo, à l'est par le puissant massif du cap Bougiarone ou Boujaroni
! Renou, Description géologique de l'Algérie, p. 134.
Ὁ M. le commandant Roudaire suppose que tout le littoral, de Kabès jusqu'au nord de Soussa, aurait subi un relèvement postérieur à l'occupation romaine.
Nous devons faire remarquer, toutefois, que l'exactitude des observations sur lesquelles il se fonde ἃ été absolument contestée par M. Pomel (Revue géographique internationale, avril 1878). I parait bien établi, au contraire, que sur un certain nombre de points le littoral s'est affaissé depuis l'époque romaine. C'est surtout entre Djerba et la frontière tripolitaine
que ce second phénomène s'est produit.
Les vestiges de constructions romaines qu'on aperçoit dans le lac des Bibän, ainsi que la disparition de l'ile de Zirou d'Édrisi, démontrent suffisamment cet affaissement du sol. Aussi considérons-nous comme beaucoup trop absolues les conclusions auxquelles s’est arrêté M. Partsch (Die Veränderungen des Küstensaumes der Regentschaft Tunis in historischer Zeit, Petermann's Mittheilungen, mai 1883), lorsqu'il affirme qu'aucune modification appréciable ne s'est produite, depuis l'époque romaine, dans la constitution du littoral tunisien.
Le Numiprcus SINUS de Ptolémée (partie orientale
du golfe de Bougie).
L'Aupuu PROMONTORIUM (cap Cavallo).
—+>( 150 )se3-— (Ras Sebäa-Rous), et qui n'est lui-même qu'une des deux grandes sinuosités du golfe de Bougie.
Les synonymies antiques de ce golfe et des deux pointes qui le dessinent ont été fort discutées. Nau de Champlouis considère le cap Cavallo comme l'Addoy ἀκρωτήριον de Ptolémée, que Mannert identifie au cap Carbon; le Ras Sebäa-Rous est pour luile Metagonium promontorium de Mela, tandis que d'autres y reconnaissent le Τρητὸν ἄκρον de Strabon et de Ptolémée, qu'il identifie au cap Carbon. Il retrouve enfin le Nunudicus Sinus du géographe grec dans le golfe de Stora, alors que Mannert et quelques autres auteurs le font correspondre à la partie orientale du golfe de Bougie. Ges divergences sont, d'ailleurs, fort explicables en présence des assertions assez difficilement conciliables des textes antiques.
Les Tables ptoléméennes, qui donnent non seulement la nomenclature des principaux points du littoral, mais leurs distances relatives, ne laissent aucun doute sur ce que représente, dans la pensée du géographe d'Alexandrie, ᾿Αὖδον ἄκρον, qui forme, à 20 minutes à l'ouest d'Igilgilis, l'extrémité occidentale du golfe-numidique : Ptolémée a voulu désigner le cap Cavallo, qui se trouve immédiatement à l'ouest de Djidjelli (Igilgilis). Le cap Cavallo dessine en outre la pointe ouest de la partie orientale du golfe de Bougie, et c’est évidemment cette partie que Ptolémée désigne sous le nom de Νουμιδικὸς κόλπος, puisqu'il fait commencer le golfe numidique immédiatement à l'est de Ἰ᾿Αῦδον ἄκρον et y place l'embouchure de lAudus, Igilgilis et les bouches de l'Amsaga ’.
| AMiarsÿuo : flo) δηρὸν. ali ste RE QUE SON ON xy yo! 18 δ' $ 11: Καὶ ἐν Νουμιδικῷ κόλπῳ : À “ Aüdou ποοταρμοῦ &xBohai................. xy £'y ΔΒ
ἱγιλγίλιει τι του ιν μα ΝΕ. αι ENT κὃ λα Ζ)ὃ
À l’est de l'embouchure de l'Amsaga, Ptolémée indique successivement le fond du golfe numidique, puis Collops ou Cullu, le Τρητὸν ἀκρωτήριον et Rusicade.
I n'existe qu'un seul promontoire entre l'Amsaga et Rusicade; c’est le Ras Sebâa-Rous {cap Bougiarone de nos cartes), et c'est certainement cette grande saillie du littoral que Ptolémée désigne sous le nom de Tretum promontorium. Strabon nomme aussi le Τρητὸν ἀκρωτήριον, qu'il place à l'ouest de Césarée et à l'est de Saldes (Bougie). Il évalue à 2500 stades la distance de ce cap à Carthage, mais il ajoute que ce chiffre est discuté. Le seul renseignement certain qu'il nous donne est donc la position du Tretum promontorium par rapport à Saldes, et cette indication ne nous permet pas de reconnaître ce promontoire dans le cap Carbon, situé, il est vrai, au nordest de Bougie par suite de la saillie qu'il projette, mais placé en réalité au delà, et par conséquent à l'ouest de ce port, pour le navigateur qui longe la côte de l'est à l'ouest. Le Tretum promontorium représente donc, pour Strabon comme pour Ptolémée, le Ras Sebâa-Rous. Les partisans de la synonymie du Tretum promontorium et du cap Carbon ne peuvent la justifier qu'en faisant observer que le mot τρητόν «percé» s'explique par la trouée naturelle qui traverse de part en part l'extrémité de ce cap, et qui lui ἃ fait donner le nom arabe de Ras Metskoub, traduction exacte de l'épithète grecque. Il n’en esl pas moins vrai que cette conjecture a contre elle les deux textes de Strabon et de Ptolémée, et que les géographes algériens qui se sont prononcés pour la correspondance du Tre-
l'otlou morauoÿ ExBoXai..........,....... x9 γο' a L'y Mono: dolouosih ol at ἄντ κε ç' λα «!δ' λἀμψάγα ποταμοῦ énSohal................. xs δ' χα «“’δ'
ΓΝ, 11, 9 3 : Μετὰ τὰς τοῦ ἀμψάγα ποταμοῦ ἐκβολὰς Νουμιδικοῦ κόλπου ὁ pUYOS.. .............. κζ λα 'L'd!
Le Treruu PROMONTORIUM de Ptolémée et le Meraconium PROMONTORIUM de Mela (Ras Sebäa-Rous\
Cozzops Μαανῦβ sive CULLU
{Collo).
tum et du Boujaroni, MM. Élie de la Primaudaie et Piesse entre autres, font remarquer de leur côté que le mot Boujaront ou Bougiarone, venant du verbe italien bugiare, traduit également l'adjectif rpnrô».
La concordance des deux textes antiques nous paraît trancher la question en faveur de la seconde des deux synonymies proposées; nous pensons que le cap Boujaroni représente le Τρητὸν ἀκρωτήριον de Ptolémée et de Strabon, et nous le considérons aussi comme l'équivalent du Metagonium promontorium que Mela, seul à lui donner ce nom, indique comme la limite occidentale de la province d'Afrique".
Le cap Boujaroni est le point le plus septentrional de la côte algérienne et lune de ses saillies les plus considérables; le point culminant du massif très accidenté qui le forme atteint une altitude de 1100 mètres.
Ptolémée place Cullu (Κόλλοψ μέγας ἢ Κούλλου) à l'ouest du Tretum promontorium. Collo, équivalent certain de la Cullu numide, est en réalité à l'est du cap Boujaroni. La position de Cullu est donc intervertie par rapport au Tretum promontorium dans les Tables ptoléméennes, qui offrent d'ailleurs plus d'un exemple de semblables erreurs.
Entre le Tretum promontorium et Hippo Regius, Ptolémée indique, de l’ouest à l'est : Rusicade (Philippeville), Thuzicath ou Uzycath, T'Holcochites sinus (ὁλκοχίτης κόλπος), Tacatye, Collops parvus, le port de δῖαν (Σιοὺρ λιμήν), la Pointe du Cheval (ἔππου ἄκρα), le promontoire Stoborrum (ZTé6oppor ἄκρον) et une colonie du nom d'Aphrodsium.
Ici encore les synonymies présentent d'assez grandes difficultés. Sans entrer dans la discussion des différentes hypo-
® Mela, I, vs : «Regio quae sequitur a promontorio Metagonio ad aras Philaenorum proprie nomen Africae usurpat. »
thèses qui se sont produites, nous indiquerons les conclusions auxquelles nous a personnellement conduit l'étude comparée des indications de Ptolémée et des Itinéraires anciens.
L’Uzycath que les Tables ptoléméennes placent à 25 minutes à l'est de Rusicade devrait correspondre à la station de Paratianis, indiquée, par la Table de Peutinger et par l'Itinéraire d'Antonin, à 2b milles de la colonie cirtésienne. On sait que le mille romain correspond à très peu près à la minute, déduction faite du sixième qu’il est nécessaire de retrancher des évaluations de Ptolémée. Uzycath se retrouverait, par suite, de même que Paratianis, immédiatement à l'est du Ras Felfela. Nous ne pensons pas, toutefois, que telle soit sa véritable correspondance. Il est à remarquer, d'une part, que Ptolémée indique à 30 minutes à l'est d'Uzycath le sinus Holcochites, et que cette distance nous conduit, vers l'orient, bien au delà du golfe de Stora, qui ne saurait être, dès lors, comme l'a cru Mannert, le OAxoyérns κόλπος. Il est difficile, d’un autre côté, de ne pas constater une certaine analogie entre le nom d'Uzycath et celui de la station de Zaca, placée par la Table de Peutinger à 25 milles de Paratianis, et qui se retrouve, d'après le calcul des distances, à Kef-el-Kala'a, au-dessous du cap de Fer. Il ya, d'ailleurs, plus qu'une ressemblance entre les deux noms; on peut, à notre avis, les considérer comme identiques, puisque la voyelle initiale du mot Uzycath n'est probablement, dans la langue libyenne, comme aujourd'hui dans tous les dialectes berbères, qu'une sorte de préfixe masculin, et qu'il est bien établi, d'autre part, que l'aleph final avait le double son a et ath!.
* On sait que la lettre arabe € ἃ un ticule devant une voyelle initiale. Les double son; le t, quiescent lorsque le mot monnaies liby-phéniciennes d'Oea portent suivant commence par une consonne, s'ar- la légende Ouuth.
Uzycaru
(Kef el-Kala'a).
L'Horcocurres SINUS
(baie de Toukouck).
ΤΆΘΑΤΥΕ, TACATUA
{Toulkouch).
SUBLUCU
{Mers-el-Menchär ).
CoLLOPS PARVUS (Sidi-bou-Merouän).
LE SIUR PORTUS (baie d’El- Guelb).
L'EQUI RUPES ἵππου ἄκρα
(Koloua-es - Soud).
Le STOBORRUM PROMONTORIUM (Ras el-Hamra, cap de Garde).
Nous identifions donc lUzycath de Ptolémée et la Zaca de la Table à Kef-el-Kala'a. La distance indiquée par les Tables ptoléméennes entre Uzycath et le sinus Holcochites nous permet, dès lors, de retrouver ce golfe dans la baie de Toukouch, la Tacatye-de Ptolémée, la Tacatua des deux Itinéraires antiques”.
Entre Tacatua et Hippo Regius, la Table et lItinéraire placent Sublucu ou Sulluco, à 18 milles de la première station et à 32 ou 33 milles de la seconde. L'emplacement de Sublucu est indiqué, aux mêmes distances proportionnelles, par les ruines romaines de Mers-el-Menchär «port de la faucille». Shaw, Dureau de la Malle et Fortia d'Urban identifient Sullucu au Collops parvus de Ptolémée. Nous pensons, avec Mannert et Fournel, que cette position est transposée, et qu'il faut reporter Collops parvus à Sidi-bou-Merouân, à l’ouest de Tacatua, là même où les deux Itinéraires indiquent la station de Cullucianis, dont le nom n'est que l'ethnique du mot Chullu: Le Collops parvus de Ptolémée occupe donc à tort l'emplacement de Sublucu. Le Siur portus, qu'il nomme immédiatement à l'est de cette position, nous paraît correspondre à la baie d'El-Guelb : c’est là du reste que l’a placé Fournel.
Les deux caps indiqués entre le Siur portus et Hippone, le ἵππου ἄκρα et le Στόξορρον ἄκρον, correspondent, le premier à la pointe que les indigènes désignent sous le nom de Koloua-es-Soud, la « Voile noire », la seconde au cap de Garde ou Ras el-Hamra, le «cap Rouge». Quelques géographes identifient à tort le Stoborrum au Ras el-Hamam ou Ras el-Aman qui domine Bône : la distance de 20 minutes indiquée par Ptolémée entre le Στόξορρον et Hippo Regius ne permet pas
! Cette synonymie est celle qu'adopte Nau de Champlouis.
—#2%( 155 ).:--de défendre cette conjecture. Le Koloua-es-Soud, roche conique située à l'extrémité d’une pointe très aiguë qui s'avance dans la mer comme un môle, est appelée aussi la « Vache noire », ce qui peut expliquer le nom de « Pointe du Cheval» que lui donne Ptolémée.
Formé par le prolongement de la crête de l'Edough, le cap de Garde est une des saïllies les plus remarquables de la côte. Vu de l’ouest, il apparaît comme une île.
L'ÂAGpodoiov κολωνία n'a pas été retrouvée. À en juger par les distances données par les Tables de Ptolémée, elle devait être située sur l’anse des Caroubiers, mouillage ordinaire des corailleurs qui fréquentent ces parages. Ses ruines ont dû servir de carrières pour la construction de Bône, dont la fondation ne remonte pas, comme on le sait, au delà du moyen âge arabe.
Au delà du cap de Garde, la côte prend brusquement la direction du sud et décrit une vaste courbe, dont l'extrémité orientale forme le cap Rosa. Les hautes falaises qui la constituent depuis l'embouchure de l'Oued el-Kebir se terminent aux roches qui portent la citadelle de Bône, et font place à une ligne de dunes, au delà desquelles s'étendent les plaines marécageuses de la Seybouse. Née des alluvions du Bou-Djema, de la Seybouse et de l'Oued Mafragh, la plaine de Bône occupe le fond du golfe antéhistorique qui doublait l'étendue de la baie actuelle.
La côte, au delà de l'embouchure de l'Oued Mafragh, s'élève progressivement jusqu'au cap Rosa, dont les roches, coupées à pie, atteignent une altitude de 90 mètres. À partir de ce derer point, elle présente une succession de plages et de falaises jusqu'à la baie de Tabarka, dont la large coupure s'enfonce profondément dans le massif escarpé des Khoumir et marque
APHAODISIUM COLONIA (anse
des Caroubiers }.
APOLLINIS TEMPLUM
(cap Serrat).
NEPTUNI ARAE
(Fratelli).
Le PROMONTORIUM Canprpum (cap Blanc).
Le sinus HipPOXENSIS (golfe de Benzert).
—#%( 156 )...--aussi l'emplacement d'un ancien estuaire comblé par les alluvions de la Tusca.
La côte se relève encore au cap Negro et dessine bientôt le cap Serrat. On peut supposer que c'est à cette pointe que Ptolémée place le temple d'Apollon, ἀπόλλωνος ἱερόν, la plus élevée vers le nord de toutes ses positions africaines. Un peu au delà, en effet, il indique les «autels de Neptune», Ποσειδῶνος βωμοί, où nous reconnaissons les îlots rocheux des Fratell, situés elfectivement à l'est du cap Serrat.
À trente-cinq kilomètres des Fratelli, la côte forme le Ras el- Abiad, ou « cap Blanc», le promontorium Candidum de Mela ! et de Pline. Le golfe qui le relie au massif du Ras Sidi-Ali-el-Mekki et au fond duquel est situé Benzert, l'antique Hippo Diarrhytus, est le sinus Hipponensis ?.
Le massif du Ras Sidi-Ali-el-Mekki présente lui-même deux saillies. La plus voisine de Benzert porte le nom de Ras ez- Zebib : elle est assez peu marquée. L'autre est le Ras Sidi-Aliel-Mekki ou cap de Porto-Farina, et forme une pointe étroite, allongée et relativement élevée, dont la silhouette est des plus remarquables : elle rappelle, dans de moindres proportions, le roc de Gibraltar. C’est là que commence le golfe de Tunis, limité à l'est par le Ras Adar et partagé lui-même en trois parties par le Ras Sidi-bou-Saïd (cap Carthage) et le Ras Fartas.
La nomenclature comparée de toute cette partie du littoral africain a fourni matière à des thèses fort différentes, bien qu'elle ne présente, en réalité, qu'un seul point obscur.
* Mela, I, vi : « Dein tria promontoria, ? Mela, ibid. : « Hipponensem vocant Candidum , Apollinis, Mercurü, vaste pro- proximum, ab Hippo Diarrhyto quod γε. jecta in altum, duos grandes sinus efh- tori ejus appositum est. »
ciunt. »
-τεμ᾿ 867 jes—
Le Ras Sidi-Ali-el-Mekki est sans aucun doute le promontorium Apollinis de Mela, qui le représente précisément comme séparant le golfe d'Hippone de celui de Carthage. C'est également ᾿Απόλλωνος ἄκρον de Ptolémée, dont les notations indiquent, au delà de ce cap, le retrait si marqué du littoral vers l’ouest, contrairement à sa direction générale; c'est enfin ᾿᾿πολλώνιον ἀκρωτήριον de Strabon, qui précise très exactement sa position par rapport à Utique’.
Nous tenons donc pour certaine l'identité du promontoire d'Apollon et du Ras Sidi-Ali-el-Mekki, contre l'opinion défendue par M. d'Avezac, qui identifie le promontoire antique au Ras ez-Zebib.
La correspondance dù cap Bon ou Ras Adar avec le ἕρμαία äxpa du Stadiasme, de Strabon et de Ptolémée, le promontorum Mercuri de Pline, n'est pas moins certaine et n’a, d'ailleurs, jamais été discutée. Mais il en est tout autrement de la synonymie du Καλὸν ἀκρωτήριον de Polybe, le promontorium Pulchri de Tite-Live, et c'est là la seule difficulté qu'offre la géographie du golfe de Carthage.
Pour Mannert, Temple et quelques autres auteurs, MM. Guérin et Nau de Champlouis notamment, le promontorium Pulchri serait le Ras ez-Zebib. Dans l'opinion d’autres géographes, c'est le Ras Sidi-Ali-el-Mekki. Pour Heeren et quelques anciens commentateurs, le Καλὸν ἀκρωτήριον de Polybe serait le cap Bon.
Nous pouvons écarter tout d'abord la première de ces trois correspondances. Le Ras ez-Zebib n'a jamais figuré dans la nomenclature antique; ce n'était, aux yeux des géographes
! Strab., XVII, mx, 13: ἵδρυται δ᾽ ἐν r@ κόλπον, ὧν τὸ μὲν πρὸς τῇ ἰτύκῃ καλοῦσιν αὐτῷ κόλπῳ τῷ Καρχηδονιακῷ, πρὸς Θα-. ἀπολλώνιον, Sérepor δ᾽ Ὡρμαίαν. τέρῳ τῶν ἀκρωτηρίων τῶν πποιούντων τὸν
Le PROMONTORIUM APOLLINIS (Ras Sidi-Aliel-Mekki).
Le PROMONTORIUM Mercunit Καλὸν ἀκρωτήριον.
PROMONTORIUM Porcari (Ras Adar
ou cap Bon).
ml ES ete
grecs et romains, qu'une partie du promontoire d'Apollon. Le passage précité de Mela suffirait pour le démontrer. Le texte de Polybe relatif au Καλὸν ἀκρωτήριον, que nous citerons tout à l'heure, le prouve également.
1] est certain, d'autre part, que le promontorium Pulchri, dans la pensée de Tite-Live, désigne la pointe qui porte aujourd'hui le nom de Ras Sidi-Ali-el-Mekki. Son récit du débarquement de Scipion en Afrique ne permet pas d'en douter. Partie de Lilybée avec un vent favorable, soufflant par consé- . quent du nord-est, la flotte romaine se trouve le lendemain à cinq milles du promontoire de Mercure. La presqu'île du cap Bon offrait un mouillage sûr, celui d'Aquilaria, près des Latomies, où avait abordé Agathocle et où devait aborder plus tard Curion. Mais il ne convenait pas à Scipion de prendre terre sur un point aussi éloigné d'Utique, son principal objectif : il donne l'ordre de déployer de nouveau les voiles. Le ciel devenant brumeux et la mer houleuse, on jette l'ancre à l'approche de la nuit. Le lendemain le brouillard se dissipe : on aperçoit de nouveau la côte et Scipion apprend du pilote que le cap à la hauteur duquel on se trouve est le « Beau Promontoire », promontortum Pulchrt. I] accepte cet heureux augure, fait mettre ses troupes à terre, envoie la flotte dans les eaux d'Utique, et va bientôt camper lui-même en face de cette ville’. La phrase
1 Laiv., XXIX, xxvit : « Vento secundo esse: Mercurii promontorium se cernere ;
vehementi satis profecti, celeriter e conspectu terrae ablati sunt : et a meridie nebula accepit, ita ut vix concursus. navium inter se vitarent. Lenior ventus in alto factus. Noctem insequentem eadem cahigo obtinuit ; sole orto est discussa, et addita vis vento. Jam terram cernebant. Haud ita multo post gubernator Scipioni ait, non plus quinque millia passuum Africam ab-
si jubeat eo dirigi, jam in portu fore omnem classem. Scipio, ut in conspectu terra fuit, precatus αἰ bono reipublicae suoque Africam viderit, dare vela et alium infra navibus accessum petere jubet. Vento eodem ferebantur. Ceterum nebula, sub idem ferme tempus quo pridie exorta, conspectum terrae ademit, et ventus, premente nebula, cecidit. Nox deinde incer-
si brève d'Appien sur le passage de Scipion résume et précise le récit de Tite-Live : «Les vents poussèrent Scipion vers Utique ”.»
Mais Tite-Live ne s'est-il pas trompé en donnant au promontoire d'Apollon le nom de promontorium Pulchri? On est bien tenté de le croire lorsqu'on lit attentivement ce que Polybe, familiarisé avec la topographie carthaginoiïse, nous dit du Καλὸν ἀκρωτήριον. Il en parle à trois reprises à propos des différentes conventions intervenues entre Rome et Carthage, antérieurement à la seconde guerre punique. Ces textes sont trop importants pour que nous n en reproduisions pas la partie essentielle.
«Les premiers traités conclus entre les Romains et les Carthaginois, dit Polybe, le furent au temps de L. Junius Brutus et de M. Horatius, qui furent les premiers consuls nommés après l'expulsion des rois, l'année même où fut consacré le temple de Jupiter au Capitole, et vingt-huit ans avant le passage de Xerxès en Grèce. Nous les avons transcrits aussi fidèlement que nous l'a permis la traduction qu'on nous en a faite, car la langue d'alors diffère tellement de celle que l'on parle aujourd'hui, qu'il n'est pas facile, même aux plus instruits, d'en comprendre tous les termes.
« Voici les principales de ces conventions :
«Il y aura amitié entre les Romains ainsi que les alliés des
tiora omnia fecit. Itaque ancoras, ne aut inter se concurrerent naves, aut terrae inferrentur, jecere. Ubi illuxit, ventus idem coortus, nebula disjecta, aperuit omnia Africa litora. Scipio, quod esset proximum promontorium percunctatus, quum Pulchri promontorium id vocari audisset :
Placet omen, inquit; huc dirigite naves.
Eo classis decurrit; copiaeque omnes in terram exposilae sunt. »
Ὁ VITE, χη: Καὶ éoTparomédeuor οὐ μακρὰν ἀπ᾿ ἀλλήλων ἀσδρούβας τε καὶ Σύφαξ καὶ Νασσανάσσης, περὶ ἰτύκην πόλιν" ἐς ἣν ὃ Σκιπίων καταχθεὶς ὑπ᾽ ἀνέμων, καὶ αὐτὸς ἐσήρατοπέδευσς περὶ αὐτήν.
—4w( 160 er
«Romains et les Carthaginoïs ainsi que les alliés des Carthagi- «nois. Ni les Romains, ni les alliés des Romains ne navigueront «au delà du Beau Promontoire, à moins qu'il n'y soient forcés «par le mauvais temps ou par la poursuite de l'ennemi. Si . “quelque navire est porté par force majeure sur ces rivages, 1] «lui sera interdit de rien acheter ou de rien prendre, si ce n’est «ce qui lui sera indispensable pour les besoins de la navigation «et pour les sacrifices. Il devra repartir dans les cinq jours de «son arrivée. Les navigateurs venus dans le dessein de com- «mercer ne feront aucune opération de trafic sans l'assistance «d'un greffier et d'un crieur public...»
Nous omettons les dernières stipulations de ce traité, relauves à la Sicile, à la Sardaigne et aux côtes du Latium.
«Le Beau Promontoire, continue Polybe en expliquant les actes qu'il vient de reproduire, est celui qui est situé en face et à peu près au nord de Carthage (τὸ μὲν οὖν καλὸν ἀκρωτήριόν oh τὸ προκείμενον αὐτῆς τῆς Καρχηδόνος ὡς πρὸς τὰς ἄρκτους), et siles Carthaginois interdisaient aux Romains de naviguer au sud de ce cap avec de longs navires, c'était, à mon avis, afin de leur dérober la connaissance des localités situées dans le Byzacium et sur la petite Syrte, et qu'on appelle les Empories, à cause de leur fertilité. Si quelque navigateur romain est forcé par la tempête ou par l'ennemi de se réfugier dans ces parages, on trouve juste qu'il puisse y acheter ce qui lui est indispensable pour continuer son voyage ou pour sacrifier aux dieux, mais on ne lui accorde rien de plus. À Carthage, au contraire, et dans toutes les contrées de la Libye qui sont situées en deçà du Beau Promontoire, ainsi qu'en Sardaigne et dans les parties de la Sicile soumises aux Carthaginoïs, il est permis aux Romains de naviguer en vue du commerce ln
L Hist., IT, xxr1-xx 1m.
I est bien difficile, lorsqu'on étudie ce passage sans idée préconçue, de ne pas reconnaître le cap Bon dans le Καλὸν ἀκρωτήριον de Polybe. C'est ce cap que désignent évidemment les indications topographiques de l'historien grec : le mot προκείμενον, « situé devant, en face », nous semble décisif. On pouvait, à la rigueur, l'appliquer au Ras Sidi-Ali-el-Mekki à l'époque où l'on croyait encore que les ports de Carthage étaient situés sur le golfe d'Utique. Aujourd'hui que la topographie de la ville punique est mieux connue, on ne saurait admettre que le cap situé en face de Carthage, presqu'au nord, ne soit pas le cap Bon, qui s'élève en effet au nord-est et en face de Carthage, de Byrsa et de ses ports.
Le commentaire de Polyhe sur le traité de 509 confirme d'ailleurs ces indications géographiques. Comment admettre, avec Mannert, que la défense faite aux Romains de naviguer au delà du Beau Promontoire vise les contrées situées à l’ouest du Ras Sidi-Ah-el-Mekki, alors que Polybe dit en propres termes : «La défense de naviguer au sud de ce promontoire avait pour but de cacher aux Romains la connaissance des localités situées dans le Byzacium et sur la petite Syrte »? II s'agissait certainement des contrées situées à l’est de Carthage et du Beau Promontoire. Et comme Polybe oppose un peu plus loin à cette interdiction la faculté acquise aux Romains de faire le commerce à Carthage même, il est de la dernière évidence que le Ras Sidi-Ali-el-Mekki et, à plus forte raison, le Ras ez-Zebib, situés tous deux à l'ouest de Carthage, ne peuvent pas être le Καλὸν» ἀκρωτήριον.
Au double argument que fournit le texte de l'historien s'ajoute un indice tiré de la signification même du nom de Καλὸν ἀκρωτήριον. On l'a traduit par le « Beau promontoire »; ce qualificatif ne s'explique guère. Le massif du Ras Adar n'a
᾿ πιτεϑί 102 ).ς:--rien de remarquable. Les anciens étaient, en général, peu accessibles au sentiment tout moderne des beautés de la nature, et tout ce que nous savons des Carthaginoïs nous permet d'affirmer qu'ils ne faisaient pas exception à cet égard. Le mot καλός, en outre, signifie non seulement beau, mais bon : ce dernier sens est même le plus commun, et c'est presque le seul qu'ait gardé le grec moderne. Le Ras Adar avait donc reçu des Phéniciens le nom quil porte encore : on l’appelait le «cap Bon», par une de ces antiphrases intéressées qu'affectionnait la superstition antique, précisément parce que c'était un des points les plus dangereux pour le navigateur. Quiconque a doublé le cap Bon sait à quoi s’en tenir sur le sens de cette épithète.
La signification des mots, les habitudes de l'antiquité, la topographie, les traditions ininterrompues de la nomenclature locale, tout nous ramène, comme on le voit, à la synonymie qu'imposerait d'ailleurs à elle seule l'interprétation des documents diplomatiques rapportés par Polybe. Le «Beau» ou, pour mieux dire, le « Bon » promontoire ne peut être que le cap Bon, et Tite-Live a décidément commis une erreur en donnant ce nom au promontoire qui lui fait face.
En résumé :
1° Le Ras ez-Zebib n'est qu'un accident du Ras Sidi-Ali-el- Mekki, et n’était pour les géographes anciens qu'une partie du promontoire d’Apollon, comme le Ras Sidi-Ali-el-Mekki n'était naguère encore, pour nos cartographes, qu'une partie du Ras ez-Zebib.
“5 Le Ras Sidi-Ali-el-Mekki est ᾿᾿Απολλώνιον ἀκρωτήριον de Strabon, le promontorium Apollinis de Mela et de Pline, ᾿λπόλλωνος ἄκρον de Ptolémée et le promontorium Pulchri de Tite-Live. |
3° Le Ras Adar ou cap Bon est le Καλὸν ἀκρωτήοιον de
ἰ ΕΝ Polybe, qui traduisait une appellation punique, le Βρμαία ἄκρα de Scylax, du Stadiasme et de Strabon, le promontorium Mercurü de Mela et de Pline.
Ces trois points éclaircis, nous abordons la description détaillée du golfe que délimitent les deux promontoires d'Apollon et de Mercure, le sinus Uticensis de Mela, le Καρχηδονιακὸς κόλπος de Strabon. Aux indications de Ptolémée nous pourrons joindre désormais celles de deux portulans grecs, le Périple de Scylax et le Stadiasmus maris magni. Par l'exactitude comme par l'abondance de ses informations, le second de ces deux itinéraires maritimes est un des plus précieux documents géographiques que l'antiquité nous ait légués.
Nous avons déjà signalé les modifications qu'a subies, depuis l'époque romaine, la configuration du golfe d'Utique. Le profond sinus que dessinait le rivage, entre le promontoire d'Apollon et la pointe du Camp Cornélien, a été complètement comblé par les alluvions de la Medjerda. Du Ras Sidi-Ali-el-Mekki jusqu'au cap de Sidi-bou-Saïd, la côte, aujourd'hui, court presqu'en ligne droite, et l'isthme qui rattachait au continent la péninsule de Carthage s'est élargi, du côté du nord, de toute la partie du golfe qu'ont envahie les dunes de Kamart et les bas-fonds salins de la sebkha de Soukara. Nous aurons l’occasion de revenir sur les changements survenus dans toute cette partie du littoral en décrivant la topographie de Carthage.
À partir de la pointe de Kamart, l'aspect des côtes n’a pas changé depuis l'époque romaine, et la topographie actuelle nous permet de résoudre les difficultés que présente, au premier abord, la géographie comparée du golfe de Carthage. Déjà constatées par Barth’, ces difficultés sont inextricables
* Wanderungen, p. 128 : «In Hinsicht der Identificirung der neueren mit den alten Localitäten an diesem Küstenstrich bestehen überhaupt bedeutende Schwierigkeiten. »
lorsqu'on se borne à rapprocher les données contradictoires de Ptolémée et du Stadiasme; elles disparaissent devant l'examen critique de ces textes, dont la valeur est fort inégale.
Ptolémée indique successivement, entre Carthage et le promontoire de Mercure, les bouches du fleuve Catada, Maxulu, Carpis, Misua et C lypea. Nous devons écarter tout d’abord cette dernière localité, située au delà du Ras Adar et dont la position a été évidemment intervertie dans la liste ptoléméenne.
Le Stadiasme place, dans le même intervalle : Galabras (ὁ Γαλάξρας), à 120 stades de Carthage; Maxyla (Méév2aæ), à 50 stades du point précédent; Carpe (Kipræn), à 20 stades de Maxyla; Thermae (Geput), à 160 stades plus à l'est, et enfin Misua (Μισούα), à θο stades de Thermae et à 120 du ἕρμαία ἄκρα.
Strabon n'indique dans le golfe de Carthage que Θερμά et des carrières, Λατομίαι τινές. Pline cite Maxulla, Carni' et Misua ; lAnonyme de Ravenne, qui procède de l'est à l'ouest dans son énumération, nomme Missua, Seminina, Aquas, Carpas, Gumis, Maxula, Thunos, Carthagine. Tite-Live mentionne enfin des Aquae Calidae qui se trouvaient en face de Carthage, et près desquelles se perdit une partie de la flotte de transport de Cn. Octavius*. |
La synonymie de Misua ou Missua est hors de discussion : une inscription découverte sur place a fait retrouver ses ruines
© Carpi (au pluriel) paraît être la forme latine du nom que les géographes grecs écrivent Κάρπη et Κάρπις. Nous la retrouvons à l'accusatif dans l'itinéraire maritime : À Missua Carpos stad. cc, a Carpos Carthaginem stad. er. C'est également celle que donne saint Optat, Schism. Donat., 11, XVIII : Episcopis vestris Jubentibus et praesen-
tibus, supra altare catholici diaconi occisi sunt; similiter et apud Carpos. Les documents ecclésiastiques nomment un Secundinus, episcopus a Carpis.
? XXX , xxiv : « Onerariae, pars maxima ad Aegimurum, . . .aliae adversus urbem
ipsam ad Calidas Aquas delatae sunt. »
Τ᾿ MUC " hi
" ᾿ Π͵ΠΠ ΥΥΕΟᾺῈΑἉΕὨἙΕΙΗΗ͂ ’ ξ ill A NL ï x | [ (ll | DLL ἐξ ns lRÉS Et mu NUS 3e Ἧ ] Ϊ {ll NUL Ὃ ὃ ἜΝ | ets ἃ va Ϊ cs ἢ | NN: El QUE + 1 à ΠῚ E< pq A Al |}}}}} fl ὴ £- | af = ] annee | ᾿ ΤΠ! AH il Ϊ + ᾿Ξ} -- LES νος 4} 4 ἧς .
LAN {I | | Cr
| je
rave par L.Sonnet ,99,B% S° Germain.
ÉCETE"
ne ay
—#>( 100 ).::--à Sidi-Daoud-en-Noubi, sur la côte occidentale de la presqu'île du cap Bon. L'identité de Maxula n'est pas plus douteuse : les distances données par les Itinéraires prouvent quelle occupait, comme nous l'établirons plus tard, l'emplacement du bourg arabe de Radès.
Ces deux points de repère bien établis, nous pouvons aborder l'examen des textes de Ptolémée et du Stadiasme.
Les chiffres du Stadiasme sont fort embarrassants à première vue : 1] est impossible de les appliquer aux points principaux du littoral tel que nous le connaissons. C. Müller les déclare faux et, cherchant à rétablir des synonymies acceptables, exprime la conviction :
1° Que si Therma pouvait se trouver sur la côte, à 60 stades au sud-ouest de Misua (Sidi-Daoud), il est plus probable, néanmoins, que Thermae ne doit pas être distinguée de Carpe;
2° Que Carpe est Hammam-Kourbès, et que son port doit se retrouver à Mrisah (Mraïsa)”; ὁ
3° Que Maxula était située entre Hammam-el-Enf et Radès;
4° Que Galabras est peut-être la Maxula Prates indiquée par l'Itinéraire à dix milles de Carthage, et qui ne devrait pas être confondue, dés lors, avec la Maxula de la Table de Peutinger et de Ptolémée.
᾿ Geogr. graeci min., 1, p. 471 : « Hinc male esse conflata. Potuit quidem Therma-
usque ad Thermas numerari poterant stadia zx, siquidem sequens locus, Carpis, ex plurimorum sententia, componendus est cum hodierno Gourbos sive Kourbos. . . At de Thermis in hoc loco ponendis aliunde non constat; neque calidae aquae nunc ibi reperiuntur, quantum sciam .….. Hinc igitur suspicio oritur Thermas et Carpin perperam distingui , nostraque e duobus fontibus
rum locus in alto situs a portu et ἐπινβίω distingui, non 114 tamen ut noster fecit. »
? Ibid. : « Locum hunc ad hodiernum Kourbossive Gourbos referendum esse tum nomen suadet, tum distantiae Itinerarit maritimi. Perpaucae supersunt ruinae oppidi in alto siti; portus paulo infra Kourbos quaerendus in hodierna Merisah , i, e. parvus portus. »
Mirssua
(Sidi-Daoud-
en-Noubi).
Shaw, Temple, Mannert, Barth et tous ceux qui se sont occupés après eux de la géographie comparée de cette partie de la régence de Tunis considèrent également Hammam- Kourbès comme l'équivalent de Carpe.
Bien que cette synonymie ait réuni l'unanimité des suffrages, il est impossible de la maintenir. L'étude des localités et des distances prouve que les chiffres du Stadiasme, faux à la place qu'ils occupent, sont exacts lorsqu'on en intervertit l'ordre. En les transposant, comme nous le faisons dans le tableau ci-dessous, toutes les synonymies se retrouvent d'ellesmêmes, sans qu'il soit besoin de recourir à des hypothèses contredites par le texte et les indications numériques du portulan grec :
CHIFFRES CHIFFRES STATIONS. des : SYNONYMIES.
RETABLIS.