‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 9 sur 58 · RE · texte numérisé non relu

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seul ne pouvait sortir de l'isthme sans être aperçu par l'ennemi...

«...Amilcar, voyant l'impossibilité de débusquer l'ennemi de ces positions, imagina cet expédient pour ouvrir un passage à son armée. Il avait observé que, lorsque le vent soufflait d’un certain point pendant quelques jours, le lit du fleuve était obstrué par le sable et qu'il s'y formait une espèce de barre qui permettait de le traverser à gué près de son embouchure. Il tint son armée prête à se mettre en marche et altendit patiemment le moment favorable. Les vents soufflent, le gué se forme; il part la nuit avec toutes ses lroupes et se trouve, au point du jour, de l’autre côté du fleuve...

«...Amilcar poursuit sa marche à travers une plaine découverte et se dirige vers le pont, qui était occupé par un déta-

chement de l’armée de Spendius”. »

De ce récit de Polybe on peut conclure :

Ὁ Polyb., Hist., 1, rxxv, 4 : Τῶν γεωλόῷων, τῶν ἐπιξευγνύντων τὸν αὖ χένα τὸν συγ"ἀπήοντα τὴν Καρχηδόνα πρὸς τὴν Λιβύην, ὄντων δυσβάτων, καὶ χειροποιήτους ἐχόντων διεκδολὰς ἐπὶ τὴν χώραν - συνέδαινς τοὺς περὶ τὸν Μάθω mévras τοὺς διὰ τῶν προειρημένων λόφων εὐκαίρως κειμένους τόπους φυλακαῖς διειληφέναι. Πρὸς δὲ τούτοις, τοῦ προσαγορενομένου Βακάρα πποταμοῦ διείργοντος κατά τινας τόπους πσαραπλησίως τὴν ἐπὶ τὴν χώραν τοῖς ἐκ τῆς πσόλεως ἔξοδον, καὶ διὰ τὸ τ'λῆθος τοῦ ῥεύματος ἀξάτου κατὰ τὸ σλεῖσήον ὑπάρχοντος, μιᾶς δ᾽ οὔσης ἐπ᾿ αὐτῷ γεφύρας, καὶ ταύτην τηρεῖν τὴν δίοδον ἀσφαλῶς, πόλιν ἐπ᾿ αὐτῆς ὠκοδομηκότας. Ἐξ ὧν συνέξαινς, τοὺς Καρχηδονίους, μὴ οἷον σήρατοπέδῳ τῆς χώρας ἐπιβαίνειν, ἀλλὰ μηδὲ τοὺς καὶ ἰδίαν SÉ)ovras διαπεσεῖν, ῥαδίως ἂν δύνασθαι λαθεῖν τοὺς

ὑπεναντίους. Εἰς ἃ βλέπων ἀμίλκας, καὶ “σαντὸς πράγματος καὶ καιροῦ πεῖραν λαμβάνων, διὰ τὸ δυσχρησΊεῖν “περὶ τὴν ἔξοδον, διενοήθη τι τοιοῦτον. Τοῦ “προειρημένου “ποταμοῦ κατὰ τὴν εἰς ΘάλατΊαν ἐκξολὴν συνθεωρήσας κατά τινας ἀνέμων σήάσεις ἀποθινούμενον τὸ σήόμα, καὶ τεναγώδη γιγνομένην τὴν τσαῤ αὐτῷ τῷ σήόματι πάροδον" ποιήσας εὐτρεπῆ τῷ σήρατοπέδω τὰ πρὸς τὴν ἔξοδον, καὶ κρύπήων ἐν αὐτῷ τὴν ἐπιβολὴν, ἐτήρει τὸ προξιρημένον σὐμπήωμα. Παραπεσόντος δὲ τοῦ καιροῦ, νυκτὸς ἐξορμήσας ἔλαθες “πάντας ἅμα τῷ φωτὶ τὸν προειρημένον τόπον διαβιβάσας τὴν δύναμιν. Παραδόξου δὲ τοῦ πράγματος φανέντος καὶ τοῖς ἐν τῇ πόλει καὶ τοῖς ὑπεναντίοις, ὃ μὲν ἀμίλκας προῆγς διὰ τοῦ πεδίου, “σποιδύμενος τὴν πορείαν ἐπὶ τοὺς τὴν γέβυραν QuAdrlovras.

1° Que le Bagrada se jetait dans la mer, à cette époque, à l'extrémité même de la chaîne qui fermait la péninsule de Carthage. S'il en eût été autrement, les mercenaires n'auraient pas manqué d'occuper un passage qui permettait à l'ennemi de iourner ces hauteurs et de prendre leurs défenses à revers. L'embouchure du fleuve se trouvait donc immédiatement sous la pointe rocheuse de Sidi Amor bou-Ktioua, c'est-à-dire là même où l'on reconnait les traces de la plus méridionale des bouches de la Medjerda;

2° Que le Bagrada ne se jetait dans la mer que par cette seule embouchure. Polybe nous dit, en effet, qu'après avoir franchi le fleuve à la barre, Amilcar poursuivit sa route à travers une plaine découverte, et les détails qu'il nous donne plus loin sur la bataille qui suivit, et où la cavalerie et les éléphants des Carthaginoïs jouèrent le principal rôle, prouvent que la seconde bouche, qu'on remarque au nord de celle dont nous venons de fixer la position, n'existait pas encore à cette époque.

Cette seconde issue ne s'est ouverte que plus tard, lorsque l'ensablement de l'embouchure primitive força le fleuve. à se frayer un passage plus au nord. Ce second lit se détachait du premier à 1,200 mètres à l'ouest d'Henchir Makloub, traversait la plaine de Raoueda dans la direction du nord-est et débouchait dans la mer à trois milles au nord de l'estuaire primitif. Deux incidents de l'expédition de Curion en Afrique semblent indiquer que ce second lit était celui que le fleuve occupait encore à l'époque des guerres civiles.

Curion, en effet, se dirigeant d'Aquilaria * sur Utique, arrive en deux marches sur le Bagrada : 1] y laisse C. Caninius

᾿ El-Haouria, sur la côte occidentale de la presqu'île du cap Bon.

-τερί 79 }.ε:--- Rebilus avec deux légions et va lui-même, à la tête de sa cavalerie, reconnaître les Castra Corneliana (Kalaat el-Oued), où il se propose de camper’. L'embouchure du fleuve se trouvait donc, à cette époque, à une certaine distance au sud de l'ancien camp de Scipion.

Les détails que César et Appien nous ont laissés sur l'épisode final de l'expédition de Curion prouvent, d'autre part, que le Bagrada ne coulait pas encore, à ce moment, dans un troisième lit, qui s'embranche sur le précédent à quatre kilomètres en amont du point où le cours du fleuve avait déjà subi une première déviation. Ce troisième chenal longe d'abord le versant oriental de larête projetée par le massif du Djebel Kabeur el-Djeheli jusqu'au point où elle sen détache, puis, se dirigeant brusquement à l'est, contourne les pentes méridionales et occidentales de ce même massif, et se jette dans la mer à peu près à égale distance de Kalaat el-Oued et de la seconde embouchure.

Nous résumons le récit des deux historiens :

«Curion quitte le camp Cornélien à la quatrième veille, et arrive au Bagrada après une marche de seize milles”, à travers des chemins arides et sablonneux. Les chaleurs de l'été avaient déjà tari les rares ruisseaux qu'on pouvait rencontrer sur ce parcours : hommes et chevaux sont épuisés de fatigue et de soif, et une partie de la cavalerie reste en arrière.

« Parvenu au fleuve, Curion le trouve occupé par Sabura et

1 Caes. De Bell. civ., II, xxiv : « Curio Marcum Uticam navibus praemittit : ipse eodem cum exercitu proficiscitur, biduique iter progressus, ad flumen Bagradam pervenit : ibi C. Caninïium Rebilum legatum cum legionibus relinquit : ipse cum equitatu antecedit ad castra exploranda Corne-

liana , quod is locus peridoneus castris habebatur. »

? De Bell. civ., IT, x1t : «Sedecim millium spatio consistit. »

* App., IE, xLv: ...600» Ψαμμώδη καὶ ἄνυδρον" ei γάρ τι καὶ νᾶμα χειμέριον ἦν, ἐξήραντο ὑπὸ φλογὸς τοῦ ἡλίου.

Juba'. 11 donne d'abord l’ordre de se replier sur les collines; puis Sabura prenant l'offensive et passant le Bagrada, il accepte imprudemment le combat et descend dans la plaine. Ses légions plient bientôt sous le nombre des assaillants; il donne trop tard l'ordre de réoccuper les hauteurs : enveloppée par la cavalerie ennemie, son infanterie est anéantie jusqu'au dernier homme. Lui-même se fait tuer pour ne pas survivre à son désastre. Quelques cavaliers césariens réussissent seuls à percer les rangs ennemis et rejoignent, sur les collines, ceux que la fatigue de leurs chevaux avait obligés de s'arrêter en route. »

L'armée du lieutenant de César, ces détails le prouvent, avait suivi l'arête sablonneuse qui se détache du Djebel Kabeur el-Djeheli, et dont la pointe méridionale détermine l'angle formé par le lit primitif du Bagrada et le cours actuel de la Medjerda. Elle avait eu constamment à sa droite, dans ce long parcours, les bas-fonds desséchés de la Garaat el-Mabtouh'a, à sa gauche la plaine aride et sablonneuse du Bagrada. Or, pour que les tourments de la soif s’ajoutassent, comme le dit Appien, à l'extrême fatigue résultant d'une marche à travers les sables, il fallait que le Bagrada coulât, non pas dans son troisième chenal, qui longeait la base orientale des collines que suivait Curion, mais dans son second lit, c'est-à-dire au pied du versant septentrional du Djebel Ahmor.

L'emplacement exact du champ de bataille est d’ailleurs déterminé par les seize milles que Curion avait parcourus avant de rencontrer l'ennemi. Cette distance, qui se retrouve exactement entre Kalaat el-Oued et l'extrémité méridionale de

τ App., IE, χαν : Καὶ ὃ ποταμὸς ὑπό τε δος ὁ Κουρίων, ἐς λόφους ἀνέδραμεν, ὑπό Σαβδούρρα καὶ ὑπ᾽ αὐτοῦ παρόντος κατείς- τε καμάτου καὶ τνίγους καὶ δίψης ἐνοχλούχετο τοῦ βασιλέως. Σφαλεὶς οὖν τῆς ἐλπ μενος.

—#3( 81 ).ε:--l'arête projetée par le Djebel Kabeur el-Djeheli, précise la position de l'armée numide. Sabura occupait la rive droite du Bagrada, un peu en amont du point où le cours actuel de la Medjerda se sépare de l'ancien lit du fleuve. L'arête elle-même représente les proæimi colles de César, les λόφοι d'Appien.

Le troisième lit du Bagrada est donc postérieur à l'époque des guerres civiles. C'est celui qu'occupait le fleuve au 1v° siècle de notre ère. La Table de Peutinger, en effet, indique le passage du Bagrada à égale distance (6 milles) d'Ad Gallum Gallinaceum et d'Utique. La voie romaine rencontrait donc le fleuve dans l'angle que le Djebel Kabeur el-Djeheli forme avec l'arête qu'il projette. La partie inférieure de ce troisième cours, du reste, a varié elle-même : Ptolémée place encore l'embouchure du Bagrada à vingt minutes à l'est du camp Cornélien ; mais les ruines d'un moulin antique qu'on remarque sous le versant occidental de la colline de Kalaat el-Oued prouvent que le fleuve n'a pas tardé à se jeter dans la mer immédiatement au-dessous des Castra Corneliana.

Le troisième lit finit par s'ensabler à son tour, et le Bagrada, abandonnant la plaine dans laquelle 1] s'était successivement frayé quatre issues, prit une direction toute nouvelle à partir du point où l'on constate les traces de son lit primitif. Au lieu de couler à l'est de l'arête, il en longe les pentes occidentales, passe entre Utique et le camp Cornélien, traverse le Bahirt ed-Demän et se jette dans la Méditerranée par ces bras multiples que Julius Honorius compare à une chevelure éparse.

Ce quatrième lit est encore celui qu'occupe la Medjerda, dont le cours ne s'est plus modifié qu'à l'embouchure. Le fleuve s'est jeté dans la mer, au-dessous de la lagune de Ghar el-Melah, puis dans la lagune même, qu'il est en train de combler : les fonds y ont diminué de 10 mètres en un siècle : la

Le CarTapa.

—#3( 82 }«e3— plus grande profondeur n’est plus que de 1",50 entre le port de Ghar el-Melah et le goulet; elle est à peine de 5o à 60 centimètres dans la partie sud-ouest du lac.

Ptolémée indique entre Carthage et Maxula l'embouchure d'un fleuve Catada, que nous ne connaissons d'ailleurs que par lui”. Mannert a vu dans le Catada le canal par lequel le lac de Tunis communique avec la mer; d'après une autre conjecture, généralement acceptée aujourd'hui, le Catada serait l'Oued Meliana, qui se jette dans le golfe de Carthage à l'est de Radès, l’ancienne Maxula. Cette seconde hypothèse nous paraît soulever de graves objections; mais comme la question de la synonymie du Catada se rattache essentiellement à l'étude de la topographie du golfe de Carthage, nous en ajournons la discussion au chapitre spécialement consacré à la description du littoral.

Les documents antiques ne signalent aucun cours d'eau, aucun lac, entre le Catada et le Triton, c'est-à-dire dans toute l'étendue de la Zeugitane et de la Byzacène. L'hydrographie de ces deux provinces justifie, dans une certaine mesure, le silence des textes : les nombreux torrents qui descendent du versant sud-est des dernières ramifications de la chaîne atlantique méridionale n'arrivent pas, en général, jusqu'au littoral : arrêtés par le bourrelet qui dessine presque partout les côtes, ils forment une série de lacs et de sebkhas analogues à ceux de la seconde zone numide. Telle est l’origine de la longue lagune qui s'étend, sous le nom de Djeriba, entre Bir Selloum, la Lamniana de la Table de Peutinger, et Hergla, l'antique Horrea Caelia; telle est encore celle de la Nfda des Oulad Saïd, grand

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lac qui s'étend à la hauteur de Soussa, des marais qui couvrent la partie nord de la plaine de Kaïrouän, de la Sebkha mta Sidi el-Hani, formée par les deux principaux cours d'eau de l'intérieur, l'Oued Merg el-Lil et l'Oued Fekka; de la Sebkha de Sidi ben-Nour, voisine de Thapsus; de la Sebkhat el-Gharra, située au sud-ouest d'El-Djem; de la Sebkhat el-Mechèguig, qui s allonge, du nord au sud, dans un des replis du terrain que forment, en se dégradant successivement jusqu'au littoral, les dernières ondulations des hauts plateaux; enfin de la Sebkha de Noaïl, oubliée par la carte du Dépôt de la guerre. Tous ces bassins présentent à peu près la même physionomie : véritables lacs dans la saison des pluies, ils n'offrent plus en été, lorsque la plus grande partie ou même la totalité de la nappe liquide ἃ été absorbée par l'évaporation, qu'un lit de boue et de sables mouvants, recouvert d'efflorescences salines.

La plupart des rares cours d’eau qui arrivent jusqu à la mer ne descendent pas de l'intérieur : ils prennent leur source dans le bourrelet plus ou moins large du littoral; tels sont : l'Oued el-Hammam ou Oued Laïa et l'Oued Hamdoun, qui débouchent dans la mer, l’un au nord, l’autre au sud de Soussa; les torrents insignifiants qu'on rencontre entre l'Oued Hamdoun et Sfaks; l'Oued Tina, l'Oued Gargour, l'Oued (Ποίαν, l'Oued Μία el-Oumouissa , l'Oued el-Leben, entre Sfaks et Sidi Mehedeb; enfin l'Oued el-Akarit, qui marque la limite du Tell et de la région saharienne. Aucun de ces ruisseaux, pour la plupart intermittents, n'a été nommé par les géographes anciens ni ne méritait de l'être, pas même lOued Tina, voisin de l'antique Thenae et dans lequel on a voulu, bien à tort, reconnaître le fleuve Tana, cité par Salluste dans son récit de l'expédition de Marius contre Capsa. Le Tana, nous allons essayer

Le Taxa {Oued ed-Derb).

—+#>( 84 )...:--de le démontrer, était un de ces cours d’eau de l'intérieur qui n'arrivent pas jusqu'au littoral.

Nous reproduisons tout d'abord le récit de Salluste : «Igitur consul, omnibus exploratis, credo, Dis fretus (nam contra tantas difficultates consilio satis providere non poterat : quippe etiam frumenti inopia tentabatur; quod Numidae pabulo pecoris magis quam arvo student, et quodcumque natum fuerat, jussu regis in loca munita contulerant; ager autem aridus et frugum vacuus ex tempestate, nam aestatis extremum erat), iamen pro rei copia satis providenter exornat : pecus omne, quod superioribus diebus praedae fuerat, equitibus auxiliariis agendum attribuit : A. Manlium legatum cum cohortibus expeditis ad oppidum Laris, ubi stipendium et commeatum locaverat, ire Jubet, dicitque se praedabundum post paucos dies eodem venturum.

«Ceterum in itinere quotidie pecus exercitui per centurias, item turmas, aequaliter distribuerat, et ex corüis utres uti fierent, curabat..... Denique sexto die, cum ad flumen ventum est, maxima vis utrium eflecta. [01 castris levi munimento positis, milites cibum capere, atque uti simul cum occasu solis egrederentur, paratos esse jubet; omnibus sarcinis abjectis, aqua modo seque et jumenta onerare. Dein, postquam tempus visum, castris egreditur, noctemque totam itinere facto, consedit : idem proxuma facit. Dein, tertia, multo ante lucis adventum, pervenit in locum tumulosum , ab Capsa non amplius duum millium intervallo, ibique, quam acutissume potest, cum omnibus copis opperitur ’.»

Il résulte du texte de Salluste que le Tana? était à six Jours du point de départ de Marius et à trois marches de nuit de

* Jugurth., χα, ΧΕΙ. — * Quelques manuscrits donnent la leçon Tanaim, adoptée à tort par Dietsch. La forme Tana est essentiellement libyenne.

Capsa. Le point dedépart devait être voisin de Sicca (El-Kef), puisque Marius envoie son lieutenant Aulus Manlius à Lares (Lorbeus) et lui annonce qu'il l'y rejoindra. L'armée romaine opère donc dans la partie orientale de la Numidie, contiguë à la province romaine, qui forme aujourd'hui la limite de l'Alsérie et du Beylik de Tunis. Il est inadmissible que les six premières marches l’aient conduite sur le littoral, à Thenae, c'està-dire dans la province romaine : elle se serait éloignée sans aucune raison de son objectif, et d’ailleurs Marius aurait nécessairement passé par Lares et Υ aurait laissé son lieutenant au lieu de l'y envoyer. Le Tana ne peut donc pas être l'Oued Tina; Shaw et tous ceux qui ont adopté cette correspondance ont été trompés par l'analogie fort imparfaite des deux noms. Le mot Tana, que Salluste a pris pour un nom propre, n'est que le terme générique par lequel les Libyens désignaient sans doute, comme le font leurs descendants actuels, une «source, » un «cours d’eau ! ».

Quant à la synonymie réelle du Tana, ou de la rivière anonyme que Salluste a cru nommer, elle est suffisamment indiquée, pour quiconque a parcouru cette partie de l'Afrique, par le calcul des distances. On était à la fin de l'été, aestatis extremum erat ; les six premières étapes, en tenant compte du temps d'arrêt imposé de dix heures à deux par l'extrême chaleur qui règne encore en septembre dans l'intérieur des terres, ne représentent pas, même pour «les mulets de Marius», plus de 108 milles. Les deux premières marches nocturnes sont plus fortes : Salluste dit qu'on marcha «toute la nuit», à partir du coucher du soleil. Nous les évaluons ensemble à dix-huit heures, représentant environ 46 milles. La troisième est plus

* La forme Tana, pour Tala, se justifie par la permutation constante des deux liquides Let N dans les dialectes berbères.

courte, puisque l'armée romaine arrive dans le voisinage de Capsa bien avant l'aube : elle peut représenter 18 milles. La distance totale du Tana à Capsa pouvait donc être de 64 milles, et la marche entière de l’armée romaine d'environ 170 à 175 milles. Or la distance d'El-Kef (Sicca Veneria) à Kafsa (la Capsa de Salluste) est de 174 milles’, et le seul cours d'eau permanent qu'on rencontre, dans ce long parcours, l'Oued ed- Derb, est précisément à 110 milles d'El-Kef et à 64 milles de Kafsa. Je le considère donc comme l'équivalent certain du Tana. L'Oued ed-Derb prend sa source dans le massif du Djebel Aâmba, au nord-est de Tebessa, porte d'abord les noms d'Oued el-Hatab et d'Oued Fouçana, reçoit, à la hauteur de Kasrin, celui d'Oued ed-Derb, reprend un peu plus bas celui d'Oued el-Hatab, traverse, sous celui d'Oued Fekka, toute la partie centrale de la Tunisie et va se perdre dans la grande Sebkha de Sidi el-Hani ou de Kaïrouân.

Je ferai observer, d’ailleurs, pour le cas où la moyenne des six premières marches, telle que nous l'avons calculée, paraiirait trop forte pour une colonne encombrée de bétail, que Marius ἃ pu partir d'un point moins éloigné que Sicca : il pouvait se trouver sur l'Oued Mellag, à une vingtaine de milles à l'ouest de Lares et à 15 ou 16 milles au sud-ouest de Sicca. L'armée romaine, d'autre part, a très bien pu abréger de quelques milles la distance qui sépare l'Oueded-Derb de Kafsa, en laissant Thelepte sur la droite et en gagnant directement Capsa par le Djebel Oum ed-Debbän et le Djebel Sidi Aïch. Il est même probable qu'elle suivit cette route, absolument dépourvue d'eau, pour mieux dérober sa marche : c'est ce que semble

! J'ai parcouru cette route, en 1853, en passant par le territoire des Zghalma, Tala ,: le plateau des Oulad bou Ghanem, la vallée de l'Oued ed-Derb, les ruines de Thelepte et la vallée de l’Oued Baïach.

—#9( 87 ).63--indiquer l'ordre donné par Marius de s'approvisionner d'eau au fleuve Tana.

Le Sahara, ainsi que nous l'avons dit, arrive jusqu'au littoral à la hauteur de Kabès et forme une limite naturelle bien tranchée entre la Byzacène et la Tripolitaine. Avant d'aborder lhydrographie fort simple de cette dernière province, nous étudierons celle de la grande zone saharienne, qui s'étend au sud de la Numidie et de l'Afrique propre, du cours moyen de l'Oued Djedi jusqu'au golfe de la Petite-Syrte.

De même que l'Atlas forme lossature de l'Afrique septen-

trionale, le puissant massif de l'Ahagoar constitue, sous le tropique du Cancer, le nœud orographique de cette vaste région, que nous avons longtemps appelée le Grand Désert et que nous désignons aujourd'hui, avec les indigènes, sous le nom de Sahara.

C'est dans ce massif que prennent naissance trois immenses

bassins. Le premier, celui du Tafassasset, s'ouvre du côté du

Soudan, dans la direction du sud. Les deux autres, qui s'étendent jusqu'au versant méridional de l'Atlas, déversent leurs eaux, l'un dans l'Océan, l’autre dans la Méditerranée.

Le bassin océanien alimente les bas-fonds du Touat et du Gourara, et s'écoule dans l'Atlantique par lOued Dräa.

Le bassin oriental est formé par l'Oued Igharghar, dont le large lit, gigantesque collecteur de toutes les eaux de la partie nord-est du Sahara, se dirige du sud au nord sur une étendue de 1,000 kilomètres, débouche dans l'Oued Righ, reçoit Oued Djedi qui lui apporte les eaux d'une partie du versant sud de l'Atlas, et, tournant à angle droit, aboutit à la Méditerranée par la longue dépression que dessinent les bas-fonds des Zibân et des chotts du Djerid. Ce bassin, dont la superficie peut être

Hydrographie de la zone

saharienne.

Le ἀκα de Pline Oued Guir).

évaluée à 40,000 lieues carrées environ, est limité au nord par le Djebel Amour, le Bou-Kahil, le Djebel Ksoum, l'Aurès, le Djebel Chechar, les montagnes des Amamra et la chaîne qui les prolonge en Tunisie. ἡ l'ouest, la ligne departage des eaux commence près de Laghouat, suit le plateau du Mzab, embrasse le bassin de lOued Mia, traverse les plateaux d'El-Golea et des Chamba, arrive au massif des Touareg, et remonte jusqu'au Djebel Ahaggar. Elle se dirige ensuite vers le sud-est par les crêtes du Tassili et de l'Adrar, pour atteindre les plateaux de la Tripolitaine!.

Ces caractères généraux des deux grands bassins sahariens se retrouvent-ils dans les descriptions de Pline et de Ptolémée? C'est ce que nous allons rechercher, en analysant les textes antiques.

Les renseignements donnés par Pline sur l'hydrographie de la région saharienne sont empruntés à deux sources très différentes.

L'expédition de Suetonius Paulinus, qui atteignit, l'an 41 de notre ère, le versant méridional de l'Atlas maurétamien, avait révélé l'existence, à une certaine distance de ce versant, d’un grand cours d'eau, le Ger. Pline le représente, d'après le témoignage de Suetonius, qu'«il avait vu consul » en 66, comme coulant à travers des déserts couverts d’un sable noir qui le séparent de l'Atlas etau milieu desquels s'élèvent, d'intervalle en intervalle, des rochers qui semblent calcinés. Les habitants des forêts voisines, remplies d'éléphants, de bêtes féroces et de serpents de toute espèce, s'appellent Canariens, attendu qu'ils vivent comme des chiens et partagent avec ces animaux les entrailles des bêtes fauves. «Il est assez bien établi, ajoute

* Ragot, Le Sahara de la province de Constantine.

—+#>( 89.)..:---- Pline, que la nation éthiopienne des Pérorses est limitrophe de ces contrées !. »

Le Ger de Suetonius Paulinus est facile à retrouver : c’est le Guir marocain, qui prend sa source dans le versant sud du nœud principal de l'Atlas, dont le versant opposé donne naissance à la Mlouia.

Dans cette même région maurétanienne, et dans le voisinage du Ger de l'expédition romaine de l'an 41, Pline constate, d’après les renseignements consignés dans le livre du roi Juba sur la Libye, l'existence d'un autre grand fleuve, qu'il considère comme la source du Nil d'Égypte.

« Le Nil, sorti de sources mal connues, dit-il au chapitre x, coule à travers des lieux déserts et brülants. Il promène ses eaux dans un espace d'une immense longueur, dont la connaissance est due à des récits pacifiques et non aux guerres qui ont procuré la découverte de tous les autres pays. Sa source, autant qu'ont pu l’'établir les recherches du roi Juba, est située dans une montagne de la Maurétanie inférieure, non loin de l'Océan; il forme aussitôt un lac, qu'on appelle Nilis. On y trouve, en fait de poissons, des alabètes, des coracins et des silures. Un crocodile en a été rapporté et consacré par Juba lui-même, comme preuve de l'identité de ce fleuve avec le Nil, dans le temple d'Isis à Césarée, où on le voit encore aujourd'hui. En outre, on a observé que la crue du Nil corres-

ΕΥ̓, αὶ, 14 : «Suetonius Paulinus (quem consulem vidimus), primus Romanorum ducum transgressus quoque Atlantem aliquot millium spatio, prodidit de excelsitate quidem ejus. . . Decumis se eo pervenisse castris, et ultra ad fluvium, qui Ger vocaretur, per solitudines nigri pulveris eminentibus interdum velut exustis cauti-

bus, loca inhabitabilia fervore, quanquam biberno tempore , expertum. Qui proximos

inhabitent saltus, refertos elephantorum ferarumque et serpentium omni genere, ,

Canarios appellari. Quippe victum ejus animalis promiscuum his esse, et dividua ferarum viscera. Junctam Aethiopum gentem, quos Perorsos vocant, satis constat. »

Le Nic

du roi Juba.

pond à l'abondance des neiges et des pluies en Maurétanie. Sorti de ce lac, le fleuve s’'indigne de couler à travers des lieux sablonneux et arides et se cache l’espace de quelques Journées. Bientôt, sortant d'un lac plus grand que le premier, situé sur le territoire des Massésyles de la Maurétanie césarienne, il revoit des lieux habités; la présence des mêmes animaux prouve.que cest le même fleuve. Absorbé de nouveau par les sables, 1] se dérobe encore une fois dans un désert de vingt journées de marche, jusqu'aux confins de l'Ethiopie. Là, sentant de nouveau la présence de l'homme, il surgit de terre, vraisemblablement à la source qu'on appelle Nigris. Séparant alors l'Afrique de l'Éthiopie, et, sil ne retrouve pas immédiatement les hommes, traversant du moins des contrées où 1] crée des forêts remplies de bêtes sauvages et d'animaux féroces, il coupe le centre du pays des Éthiopiens sous le nom d’Astapus, mot qui, dans la langue de ces peuples, signifie une eau qui sort d'un lieu ténébreux. .. Il n'est pas le Nil avant d'avoir réuni dans un seul lit ses eaux réconciliées... Homère a donné au fleuve entier le nom d'Aegyptus; d'autres, celui de Triton !.»

? V,x: «Nilus, incertis ortus fontibus, it per deserta et ardentia... Originem (ut Juba rex potuit exquirere) in monte inferioris Mauretaniae, non procul Oceano habet, lacu protinus stagnante, quem vocant Nilidem. Ibi pisces reperiuntur alabetae, coracini, siluri. Crocodilus quoque inde ob argumentum hoc Caesareae in Iseo dicatus ab eo spectatur hodie. Praeterea observatumest, prout in Mauretania nives imbresve satiaverint, ita Nilum increscere. Ex hoc lacu profusus indignatur fluere per arenosa et squalentia, conditque se aliquot dierum itinere. Mox alio lacu

majore , in Caesariensis Maurelaniae gente Massaesÿlum , erumpit , et hominum coetus veluti circumspicit, iisdem animalium argumenlis : iterum arenis receptus conditur rursus xx dierum desertis ad proximos Aethiopas : atque ubi iterum senserit hominem, prosilit, fonte (ut verisimile est) illo quem Nigrm vocavere. Inde Africam ab Aethiopia dispescens, etiamsi non protinus populis, feris tamen et belluis frequens, sylvarumque opifex, medios Aethiopas secat, cognominatus Aslapus; quod illarum gentium lingua significat aquam 6 tenebris profluentem. Insulas ita

La croyance à une source maurétanienne du Nil a été répandue dans toute l'antiquité’; elle l'a été également dans le moyen âge arabe. Cette erreur, qui a été de tout temps celle des indigènes, s'explique sans peine, non seulement par le cours mystérieux de ces fleuves sahariens qu'absorbent et rendent successivement les sables, mais par l'identité des noms : les mots Milis, Nachul où Nuhul, Nil, Nil, synonymes du Ναί sémitique, désignent, dans l'Afrique septen- - trionale, «un grand fleuve», le «fleuve par excellence ». Dégagés, par conséquent, de cette croyance à l'identité des deux grands fleuves de l'Afrique du nord, les renseignements de source libyenne recueillis par le prince numide constatent simplement l'existence, dans la zone saharienne contiguë à la Maurétanie, d'un grand cours d'eau, appelé Ml ou Niger*, c'est-à-dire «le fleuve » * et coulant vers le sud-est à travers les sables. Nul doute que ce fleuve ne soit la longue ligne

innumeras spargit, quasdamque tam que les mots Gir, Ger, Nigir, Niger, Ni-

vastae magnitudinis, ut quanquam rapida celeritate, tamen dierum quinque cursu non breviore transvolet ; circa clarissimum earum Meroen, Astabores laevo alveo dictus, hoc est, ramus aquae venientis etenebris : dextro vero Astusapes, quod latentis signilicationem adjecit; nec ante Nilus, quam se totum aquis concordibus rursus junxit; sic quoque etiamnunc Siris ,utante, nominatus per aliquot millia, et in totum Homero Aegyptus, aliisque Triton. »

* Hérodote, IV, xx. — Dalion, cité par Pline (VI, xxxv). — Strab., XVII, πὶ, 1v.

— Diod., I, xxxvir. — Dio Cass., Lxxv, 13, etc.

* C'est ce qu'indique le nom de Nigris donné à sa seconde source.

* M. Duveyrier ἃ très bien démontré

gris sont absolument identiques : ils représentent le radical libyen Ghar, Gher, Ghir, Ghor, prononcé aussi, suivant les dialectes, Guir, Guer, Djir et Righ, et désignant partout « une eau qui coule », sans distinction entre son cours superficiel ou souterrain, par conséquent «un bassin hydrographique ». Dans le mot Nigir, les deux premières lettres représentent, l'une TI préfixe souvent ajouté au radical, l'autre l'élément conjonctif N, qui relie un mot à un autre et peut rester attaché au second alors que le premier est sous-entendu. Le préfixe NI peut encore très bien être une altération du mot /n, «l'endroit de», qui précède beaucoup de noms géographiques berbères, par exemple In-ghar, « l'endroit de l’eau ».

Le Grr de Ptolémée.

—#n{/92 des

de bas-fonds inondés et communiquant entre eux par une nappe souterraine qui sétend au pied même du versant méridional de l'Atlas, et dont la pente générale est dirigée vers lorient. Il est assez remarquable d'ailleurs que l'un des principaux cours d'eau de cette région porte encore le nom d’'Oued Nil. |

Peut-on aller plus loin et préciser davantage? On l'a essayé à plusieurs reprises, et nous verrons à quelles divergences d'opinions ces tentatives ont abouti.

L'hydrographie de la Libye intérieure, telle que la décrit Ptolémée, est beaucoup plus compliquée.

Le géographe alexandrin nomme d'abord le Gtr, ὁ Γεῖρ ποταμός, qui joint le mont Usargala à la gorge Garamantique. Un embranchement situé par 42 degrés de longitude et 16 degrés de latitude va former les lacs des Tortues, dont le milieu est par 49 degrés de longitude et 20 degrés de latitude. Le Gir, se perdant alors, et, dit-on, restant caché sous terre, reparaît comme un autre fleuve, dont l'extrémité occidentale est par AG degrés de longitude et 16 degrés de latitude, tandis que l'extrémité orientale forme le lac Nuba par bo degrés de longitude et 15 degrés de latitude”.

«Vient ensuite le fleuve Migir, ὁ Νίγειρ ποταμός, qui relie

IV, vi, $ 13 : Ποταμοὶ δὲ ἐν τῇ μεσογείῳ ῥέουσι μέγιστοι, ὃ τε Γεῖρ ποταμὸς, ὃ ἐπιξευγνύων τό τε Οὐσάργαλα ὄρος καὶ τὴν φάραγγα τὴν Γαραμαντικὴν, ἀφ᾽ οὗ ὃ ἐκτραπεὶς ποταμὸς υ ἐπέχει κατὰ Θέσιν poipas..........,...,....... μβ ις dois ποιεῖ τὰς Χελωνίδας λίμνας, ὧν τὸ μέσον ἐπέχει polpas.. ni. sut ee» vel olele ele o de ponte pleloe cles us x [ès] καὶ διαλιπὼν nai, ὥς Gaov, ὑπὸ γῆν ἐνεχθεὶς, dvaδίδωσιν ἕτερον πποταμὸν, οὗ τὸ μὲν δυσμικὸν “πέρας ἐπέχει. poipas.............ses soso us 15 τὸ δὲ ἀνατολικὸν τοῦ ποταμοῦ ποιεῖ τὴν Noï6a (ἢ Νούθα) ᾿ λίμνην, ἧς Séois.......,... αὐελός 1 HS Me ταῦθε ν ιξ

—#>( 95.}...---le mont Mandrus et le mont Thala, forme à son tour le lac Nigris, τὴν Νιγρῖτιν λίμνην, par 15° de longitude et 18° de latitude, ainsi que deux embranchements du côté du nord, l'un vers le mont Sagapola, l'autre vers le mont Usargala, et un troisième du côté de lorient, qui forme le lac Libye, ἡ λίμνη Λιδύη, situé par 35° de longitude et 16° 30’ de latitude. Au sud, dans la direction du fleuve Daradus, le Nigir forme un embranchement dont les deux points extrêmes sont par 21° de longitude, 17° de latitude, et 21° de longitude, 13° 30’ de latitude !. »

Deux géographes également distingués, bien qu'à des titres divers, ont essayé, l'un du fond de son cabinet, l'autre sur le terrain même, de retrouver le sens de cet étrange système hydrographique et sont arrivés à des résultats fort différents.

M. Vivien de Saint-Martin conteste, avec raison, ce nous semble, l'exactitude des renseignements de Ptolémée: «Il y a, dit-il, de nombreuses et lourdes erreurs, des transpositions, des tracés de rivières tout à fait faux et impossibles; mais toutes ces indications se renferment dans la région méridionale de l'Atlas. C'est dans l'Atlas méridional que Ptolémée met les sources de son Niger; c'est de l'Atlas septentrional, sur les confins de la Numidie, qu'il en fait descendre affluent principal; c'est à la lisière septentrionale du Grand Désert que le bassin se ter-

IV, νι, 914 : Καὶ ὃ Νίγειρ ποταμὸς ἐπιξευγνύων καὶ αὐτὸς τότε Mévdpor

ὄρος καὶ τὸ Θάλα ὄρος᾽ ποιεῖ δὲ καὶ οὗτος τήν τε Νιγρῖτιν 4 λίμνην, 9s Θέσις..... τ νὰ ΤΠ LE 17

καὶ πρὸς μὲν ἄρκτους ἐκτροπὰς δύο ἐπί τε τὸ Σαγάπολα ὄρος, καὶ ἐπὶ τὸ Οὐσάργαλα ὄρος" ππρὸς ἀνατολὰς δὲ κ ἐκτροπὴν μίαν, ἐφ᾽ ἧς λίμνην Λιβύην, ἧς Séois. .... λε τις Ζ

πρὸς μεσημέρίαν δὲ ἐκτροπὴν μίαν ἐπὶ τὸν Δάραδον ποτα- RON AE OO SE Er ΡΥ dede ous e ον κα ιζ

mine. Si erronés que soient les détails, l'ensemble est exact!.» M. Vivien de Saint-Martin identifie d’ailleurs le Ger de Suetonius Paulinus et le Nigir de Ptolémée au Ghir marocain; le Nil ou Nigris de Juba et de Pline et le Gir de Ptolémée à l'Oued Djedi. Ce dernier cours d'eau, limite des terres proprement dites et de la région des sables, est le fleuve antique qui séparait l'Afrique de l'Ethiopie.

Les conclusions de M. Duveyrier sont tout autres. Reculant beaucoup plus au sud les limites de la Libye intérieure décrite par Ptolémée, il identifie le mont Thala au Tahela Ohât, qui forme l'extrémité nord-ouest du massif de l'Ahaggar, le Suggara ou Uzzara d'Orose et d’Æthicus, à ce même massif, et le Girgiri au Tassili, ou plateau des Ighargharen. Le système hydrographique, par suite, reçoit une interprétation toute différente.

Pour M. Duveyrier, le bassin oriental, c'est-à-dire le Gir de Ptolémée, identique au Nil ou Nigris de Pline, Africam ab Aethiopia dispescens, est celui de TIgharghar, et la limite de la Libye et de l'Éthiopie est marquée dès lors, non pas par l'Oued Djedi, mais par la ligne de partage des eaux de la Méditerranée et de l'Océan. Dans ce même bassin, le lac Nilis de Pline, le lac des Tortues de Ptolémée sont représentés par les bas-fonds de l'Oued Righ. Le lac Nigris de Pline et le lac Nuba de Ptolémée se retrouvent près de la ligne de partage des eaux des deux mers, le premier au pied du versant nord du Tassili, dans le lac Mihero, où l'on voit encore les crocodiles du Nigris; le second dans la sebkha d'Amadghor, entre le Tassili et l’'Ahaggar. La gorge Garamantique serait, enfin, l'Agheläd d'Ouaräret. |

Le bassin occidental, c’est-à-dire le Niger de Ptolémée et le

* Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité, p. 431.

Ger de Pline, est représenté par les bas-fonds qu'alimente le Ghir marocain, dont le cours inférieur porte le nom d'Oued Messâoura. Le Mandrus et le Thala, points extrêmes du cours du Niger de Ptolémée, sont le Djebel Aït Aïach de l'Atlas marocain et le Tahela Ohât du versant occidental de l'Ahaggar. Le lac Libye, dans lequel allait se perdre l’affluent de l'Usargala, se retrouve dans la sebkha du Gouràra, qui est encore aujourd'hui le réceptacle des eaux de l'Oued Seggeur, malgré le barrage qu'opposent les dunes de l'Erg. L’'affluent oriental est l'Oued Seggeur, qui vient du Djebel Amour, l'antique Usargala. L'affluent occidental correspond à l'Ouadi Tafilelt, comme le mont Sagapola, d'où 1] sort, nous représente ce point de l'Atlas d'où descendent les principales rivières du bassin océanien du Maroc. La tête des eaux venant du sud et se dirigeant vers le Daradus est l'Ouadi Tirhehert, qui prend naissance dans le massif du Tahela, longe du sud-est au nord-ouest le plateau désert du Tanezrouft, et se perd dans les dunes d'Iguidi, au delà desquelles coule effectivement le Dräa, dont la correspondance avec le Daradus est certaine. L’Astapus serait enfin le Tafassassat.

Bien qu'elle ait pour elle l'autorité qui s'attache à des observations faites sur place et embrassant tout l'ensemble de la région saharienne, la théorie de M. H. Duveyrier n'a pas été acceptée par M. Ragot, qui a donné, à son tour, de l'hydrographie de la Libye intérieure de Ptolémée, une interprétation peu différente de celle qu'avait proposée M. Vivien de Saint- Martin.

Comme ce dernier, M. Ragot pense que la région décrite par le géographe d'Alexandrie ne dépasse pas la partie septentrionale du Sahara. Il identifie 16 cours supérieur du Nil de Pline à l'Oued Djedi; le lac massésylien que traversait le fleuve antique

—+>( 00 ).ε:--serait le Zarhez; le désert sous lequel il coulait, le massif du Djebel Amour; la ligne de séparation de la Libye et de T'Éthiopie serait l'Oued Djedi, au sud duquel on trouve encore des populations de sang noir; le lac Nigris reste indéterminé, et l'Astapus serait le Nil Blanc.

Quant au système de Ptolémée, M. Ragot en donne l'explication suivante.

En ce qui concerne le Nigir, les renseignements du géographe d'Alexandrie lui semblent indiquer (l'Usargala n'étant, selon toute apparence, que le massif montagneux du sud de la pre de Constantine) :

° Qu'un fleuve saharien coulait parallèlement aux monns qui limitent la partie orientale du Désert;

2° Qu'à partir d’un point inconnu, le lac Nigris, ce fleuve coulait de l’ouest à l’est, et dans-le bassin de l'Atlas méridional;

3° Que ce même fleuve se jetait ensuite dans un second lac, le lac Libye, qui ne peut être que le Chott Melghigh.

M. Ragot constate que ces rapports de position s'appliquent exactement à l'Oued Djedi, et en conclut à la correspondance de ce fleuve et du Nicir.

Pour ce qui est de l'hydrographie beaucoup plus compliquée du bassie du Ghir, M. Ragot pense que le premier embranchement de ce fleuve, venant du mont Usargala, est lOued Biskra. C'est ce qui lui semble résulter :

1° Du fait que, dans la pensée évidente de Ptolémée, cet embranchement descend dé l'Aurès en coulant au sud-est ei en laissant sur la droite le Nigir (Oued Djedi);

2° Del'existence, sur les bords de ce même embranchement, des deux villes d'Iskheri et de Badiath, incontestablement identiques à Biskra et à Badis, situées sur l'Oued Biskra ou sur son prolongement;

3° De la connexion établie par Ptolémée entre ce premier embranchement et deux autres bras, remontant, le premier, jusqu'à l'Ahaggar par l'Oued Righ, le second jusqu'à Gabès par les chotts tunisiens.

Le second embranchement du Gir de Ptolémée, descendant de la gorge Garamantique, du sud au nord, est représenté d'abord par la série des chotts de l'Oued Righ, qui forment une ligne à peu près continue jusqu à l'oasis de Goug, puis, à partir de ce dernier point, par le lit de l'Igharghar.

Le troisième embranchement, qui se détache du second au sud-est d'Iskheri (Biskra), et va, dans la direction du nordest, se terminer au lac des Tortues, se retrouverait dans la série des bas-fonds qui reçoivent l'Oued Ouazern, lOued Μία, l'Oued Djerch, l'Oued Kesräu, et se relient par le Chott el- Gharsa aux autres sebkhas du Djerid.

Quant au quatrième embranchement, dont l'extrémité orientale va former le lac Nuba, M. Ragot croit en retrouver le cours supérieur dans la ligne de sebkhas allongées qui, partant du Chott Sellem, remonte vers le Souf. «Il y a là, dit cet officier, une succession de cuvettes se prolongeant sur la ligne du sud, et qui ne sont séparées les unes des autres que par un court espace de terrains sablonneux, mouvementés de : dunes. C'est d'abord le Chott Alendaouia ou le Mouïa Tadjer, puis celui d'El-Hadjila, tous deux d’une largeur de 2 à 3 kilomètres et d'une longueur de plus de 30 kilomètres du nord au sud. Au delà se trouve le bas-fond appelé Oued Djerdania, dont la végétation prouve l'existence d'une nappe souterraine à peu de distance du sol. Les puits appelés Bir bou-Guetra, Bir el-Arab, Bir Ras-Teneub, Bir Alendaïa, Bir Mouïa-Zian, achèvent de jalonner la ligne déserte du Chott el-Hadjila au Souf... Ce nom d'Oued Souf n'est-il pas lui-même des plus

—#2( 98 }e3-— significatifs dans son pléonasme!? Les traditions arabes parlent de la grande rivière qui, du temps de David, coulait dans ce pays, et elles ajoutent que c'était le Nil.»

Le système de M. Ragot nous paraît, comme les deux autres, soulever plus d'une objection; nous nous bornerons toutefois à une observation générale, qui nous dispensera d'aborder à notre tour une analyse dont l'inutilité nous est démontrée. Les trois solutions fort différentes que nous venons d'exposer traduisent plus ou moins heureusement le système hydrographique du Sahara tel que le concevait la science romaine au n° siècle de notre ère. Mais ce système, fondé sur des indications où le faux se mêlait certainement au vrai, représentait-il bien l’état de choses d'alors? Et cet état de choses était-il identique à celui que les explorations modernes ont constaté? I est permis d'en douter. Ptolémée n’accorde lui-même qu'une confiance relative à tel renseignement, qu'il a cependant consigné dans la description de la Libye intérieure : il a soin d’a- Jouter : ὥς φασι, exactement comme Hérodote nous prévient, en maint endroit, «qu'il dit ce que l'on dit» : λέγω δὲ τὰ λεγόμενα.

Il est certain, d'autre part, que l'hydrographie du Sabara a subi de notables changements depuis les deux premiers siècles de notre ère. La masse énorme d'alluvions charriées par ces crues effrayantes de l'Igharghar qui remplissent, en un instant, un lit de plusieurs kilomètres de largeur, font disparaître des lignes de dunes et entraînent jusqu'à des portions de montagnes”?; la production et la circulation incessantes des sables, sous la double action des influences atmosphériques et des eaux, ont eu pour résultat de combler de vastes dépressions et

* Le mot berbère Souf, qui vient d'Acif, a le mème sens que le mot arabe Oued. — ἡ Duveyrier, Exploration du Sahara, Ρ. 39.

de moditier dans ses détails, sinon dans ses traits généraux, le grand bassin hydrographique qui commence à l’Ahaggar et finit au golfe de Kabès. Un témoignage historique qui remonte au ΧΙ" siècle de notre ère prouve combien ces modifications ont été profondes dans l'Oued Souf : El-Bekri affirme que tout le pays situé au sud du Djerid tunisien consistait en sables et en bourbiers, et que cette région marécageuse s'étendait jusqu à Ghadamès. Rien de pareil n'existe aujourd'hui : les basfonds dont parle le géographe arabe ont été complètement comblés.

Nous croyons donc qu'il est inutile d'essayer de retrouver dans les détails de la topographie actuelle tous les accidents de la topographie antique : alors même que celle-ci eût été exacte, et 1] est douteux qu'elle le fût, nous pouvons tenir pour certain qu'elle différait en plus d'un point de ce que l'hydrographie saharienne nous montre aujourd'hui. Sur un terrain aussi mouvyant, le plus sage est de renoncer à tout préciser.

De tous les détails que nous ont transmis le roi Juba, Pline et Ptolémée, nous ne retenons, en ce qui concerne le grand bassin oriental, le seul qui aït rapport au sujet qui nous occupe, que l'existence, au sud de l'Atlas méridional, d'une immense nappe d'eau, alimentée par l'Oued Djedi et YIgharohar, coulant tantôt à ciel ouvert, tantôt souterrainement, et représentée aujourd'hui par la longue ligne de bas-fonds, de chotts et de lagunes qui s'étend du Chott Melghigh jusqu'au fond de la petite Syrte. Quant aux différents lacs nommés par les textes antiques, quant à ces bras multiples qu'énumérent les Tables ptoléméennes, il est au moins inutile d'en rechercher les correspondances exactes : on ne fait pas coïncider deux cartes dissemblables, pas plus qu'on ne peut retrouver dans

Le Trirow.

de véritables bassins hydrographiques, scientifiquement déterminés, ces fleuves que les renseignements indigènes faisaient passer d'un bassin à l’autre, sans tenir compte des limites infranchissables de ces bassins. Aussi bien Ptolémée se charge lui-même de justifier la réserve dans laquelle nous croyons prudent de nous renfermer. Nous venons de voir que, dans chacune des interprétations qu'on a données de son hydrographie saharienne, on a été forcément conduit à en retrouver une partie dans la grande ligne des chotts. Or c'est précisément dans cette région que le géographe d'Alexandrie, en décrivant au chapitre précédent l'hydrographie moins hypothétique de la province romaine, avait placé le fleuve Triton et les trois lacs qu'il forme avant de se jeter dans la petite Syrte : le lac Libye, le lac de Pallas et le lac Tritonitis. Cette mention d'un second fleuve, évidemment identique à une partie du Gir ou Nigir oriental, et d'un second lac de Libye, placé à peu près dans la même région, est une nouvelle preuve du vague et de l’inexactitude des indications de Ptolémée. Ici encore nous constatons ce dédoublement d'une seule et même localité, dont nous avons déjà rencontré plusieurs exemples. Ptolémée n'a pas su reconnaître que ses renseignements, puisés à des sources différentes, se rapportaient à la même position, placée plus au nord par quelques-uns de ses informateurs, plus au sud ou plus à l'ouest par d’autres. C'est ce que prouvera l'étude comparée du bassin du Triton, tel que le représentent les divers textes anciens, et de la région des chotts, telle que nous l'ont fait connaître récemment les explorations approfondies dont elle a été l'objet.

Parmi toutes les localités qu'ont rendues célèbres les récits des mythographes et les fictions des poètes, 1] en est peu qui offrent autant d'intérêt que le bassin du Triton, que nous allons

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