‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 13 sur 58 · XXII · texte numérisé non relu

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Agathémère évalue le plus grand diamètre de Meninx à 600 stades, le plus petit à 180 stades, ce qui donnerait à cette île

Le Périple indique une distance de trois stades (555 mètres) entre l'ile et la terre ferme : ἀπέχει δὲ ἀπὸ τῆς ἠπείρου ὡσεὶ σήάδια γ΄.

sf 193 je:

ne l'était probablement plus au x1v° siècle de notre ère, puisque le cheikh Et-Tidjani n'en parle que comme d'un gué; il ne l'était certainement pas au xvr° siècle, puisque Dragut, bloqué, en 1551, à l'entrée orientale du canal d'El-Kantara par da flotte d'André Doria, dut faire creuser le gué pour pouvoir gagner avec ses galères la partie occidentale du détroit, d'où il lui fut aisé de se dérober aux poursuites de l'ennemi.

Djerba est extrêmement basse : vue du large, elle apparaît comme une oasis de palmiers émergeant du sein des eaux. La partie centrale de l'île offre seule un plateau de quelques mètres d'élévation. Le sol est sablonneux et sec : aucune rivière, aucun ruisseau ne l'arrose, et les indigènes ne se procurent l'eau nécessaire à la culture qu'au moyen de puits. Djerba n’en est pas moins, grâce à l'industrie et au travail de ses habitants, la terre la plus fertile de toute la Régence : l’île tout entière n'est qu'une vaste forêt de dattiers, abritant elle-même des vergers d'une merveilleuse richesse. Les oliviers y atteignent des dimensions inconnues même dans le Sahel. La vigne, le pêcher, lamandier, le figuier, le caroubier, l'oranger, le citronnier, y prospèrent également. Le cheikh Et-Tidjani parle longuement de la beauté des jardins de Djerba et vante surtout ses pommiers, dont les fruits incomparables étaient offerts par les chrétiens à leurs souverains’. Le Périple de Scylax constatait déja cette fécondité de Meninx *.

La population de Djerba peut être évaluée à 40 000 âmes. Essentiellement agricole, elle n'est agglomérée que dans un très petit nombre de centres sans importance et vit, en général, disséminée sur les terres qu'elle cultive. Les différents

* Voyage du cheikh Abou Mohammed Ποιοῦσι δὲ καὶ ἔλαιον mod ἐκ κοτίνων. Φέet-Tidjani, p. 115. pet δὲ καρπὸν ἡ νῆσος πσολὺν, “σύρους καὶ ἢ Év δὲ τῇσνήσῳ γίνεται λωτός... κριθάς. ἔστι δὲ ἡ νῆσος εὔγειος.

-τιεϑί 194 )ees—

districts de l'île portent le nom de #32 Houma, Houmet et, par contraction, Houmt « quartier ». Les principaux sont : au nord et à l’est, Houmt es-Souk, Houmt Sedrien et Houmt Sedouikch ; au sud, Houmt Adjin et Kalela; à l'ouest et au nord-ouest, Taouseurkt et Melita. Les seuls mouillages encore accessibles sont : Mersa es-Souk, sur la côte septentrionale; à l'est, Mersa ez-Lerzis, le Porto Saggia des cartes italiennes; au sud-est, Mersa el-Kantara; au sud-ouest, Mersa el-Adjin.

Djerba a conservé sans altération le dernier des diflérents noms qu'elle a successivement ou simultanément portés dans l'antiquité. La tradition en faisait, au temps de Strabon, la «terre des Lotophages » de l'Odyssée : on y montrait un autel d'Ulysse et d'autres souvenirs du passage supposé de ce héros’. Mais la γαίη Λωτοφάγων homérique n'est vraisemblablement que la partie du littoral libyen dont le Périple fait la principale demeure des Lotophages *. Le texte même de l'Odyssée semble l'indiquer :

Ce ne fut probablement que plus tard, à la suite des premières explorations des Cyrénéens, que les Grecs connurent «l'île des Lotophages », ἡ Λωτοφάγων νῆσος, ἡ Λωτοφαγῖτις, et le nom que lui donnaient les indigènes, Meniks ou Meninæ, Μήνιγξ. f

Meninx peut être considérée comme un des principaux centres de la race primitive qui occupait le nord de l'Afrique lors de l’arrivée des Phéniciens. Aujourd'hui encore, comme au moyen âge arabe, Djerba est exclusivement peuplée de Berbères : l'élément autochtone s'y est maintenu contre la der-

! Strabon, XVIL, παι : Τὴν δὲ Μήνιγγα ταί τινα σύμξολα, καὶ βωμὸς ὀΟδυσσέως. νομίξουσιν εἶναι τὴν τῶν Λωτοφάγων γῆν, * Voir Vülcker, Homen. Geogr., p. 110. τὴν ὑφ᾽ ὁμήρου λεγομένην, καὶ deéuvu- ὁ Odyss., IX, 85. Ἀ

nière invasion orientale aussi énergiquement qu'il avait résisté aux premières !. On peut donc considérer comme libyen ce nom de Meninx, que Bochart a cherché à expliquer par deux étymologies sémitiques aussi peu satisfaisantes l'une que l'autre. Celui de Φαρίς, que nous a conservé Théophraste et qu'on ἃ fait dériver de 5 Parid, « Zizyphus», espèce végétale à laquelle appartiendrait le lotus, était peut-être le premier nom punique dont l'expression grecque Λωτοφαγῖτις était l'analogue. H est probable cependant que la dénomination libyenne prévalut, même à Carthage. C'est celle que nous retrouvons dans le Stadiasme comme dans tous les autres textes anciens ?, et qui subsiste jusqu'au n1° siècle de notre ère, époque à laquelle elle est remplacée par le nom de Gtrba. Le passage d'Aurelius Victor où 1] est question de l'élévation de Gallus et de Volusianus à la dignité d'Augustes * permet de placer ce changement entre les années 252 et 260.

Meninx comptait dans l'antiquité un assez grand nombre de petits centres habités". Le Stadiasme et Strabon ne parlent que dela τόλις ὁμώνυμος, Meninx. Pline nomme deux cités, Meninx

1 Voir Édrisi, p- 151; Tidjani, p. 117- trement, le nom d’«ile des bas-fonds»,

121. Les Djerbiotes, qui ne parlaient que le berbère au temps d'Édrisi, se servent aujourd'hui de Ja langue arabe dans leurs rapports avec les autorités tunisiennes et avec les tribus voisines : on ne pourrait cependant pas les classer parmi les Berbères « arabisants », attendu qu'ils se servent encore exclusivement entre eux de la langue berbère.

ἢ Polyb.,I,xxxix. — Strab., IIT ,xvit.— Plut., Mar., c. χι,. — Ptol., IV, πὶ, 45.

— Mela, Il, vi. — Steph. Byz., s. v°.

— Le passage dans lequel Scylax paraît donner à Meninx , qu'il ne désigne pas au-

Βραχείων, a été discuté par Mannert, qui regarde ce mot comme une interpolation.

C. Müller a défendu avec raison, ce nous semble, le texte du Périple : il est naturel que la «polyonyme » Meninx ait reçu des navigateurs grecs le nom ou le surnoi caractéristique qu'elle mérite si bien.

# De Caesaribus historia, xxx1 : κα Creati in insula Meninge, quae nunc Girba dicitur. »

1 Stadiasmus maris magni, $ 103 : ἔχει δὲ πόλεις ἱκανὰς, μητρόπολις dé ἐσῆιν [aërÿ]. —Strab., XVIT, πὶ: Πλείους δ᾽ εἶσιν ἐν αὐτῇ πολίχναι, μία δ᾽ ὁμώνυμος τῇ νήσῳ.

MENINx

Bordj el-Kantara).

—#>( 196 )..:--et Troar !. Ptolémée ne cite également que deux villes : Meninx et Gerra. La Table de Peutinger en indique quatre : Girba, Tipasa, Haribus et Uchium.

Une indication de Pline, rapprochée de celles que fournit Ptolémée, donne très approximativement la position de Meninx, et les renseignements du Stadiasme achévent de la fixer. Nous savons par Pline que Meninx était située dans la partie de l'île qui regarde l’Afrique, par conséquent sur la côte méridionale. Ptolémée, d'autre part, la place par 31° 20" et 39° 30, à quinze minutes ou dix-huit milles trois quarts à l'est de Gerra. Réduite d'un sixième, d'après la correction fondamentale que doivent subir les notations du géographe alexandrin, cette distance est encore de plus de quinze milles romains. Op la plus grande largeur de Djerba ne dépassant pas vingt-deux milles, d'après Pline, il est probable que Meninx, la plus orientale des deux positions, était située à l'extrémité sud-est de l'ile. Ses ruines seraient très vraisemblablement, dès lors, celles qui existent au nord-est de Bordj el-Kantara et portent ellesmêmes le nom d'Henchir el-Kantara.Barthn'a pas tenu compte de ces données en identifiant Meninx ἃ Houmt es-Souk, situé au nord de l'île.

C. Müller fait correspondre Meninx au Port-Saggia des cartes italiennes et anglaises, situé à dix milles environ plus au nord, sur la côte orientale de l'île. La carte de Smyth indique déjà, à cet endroit, une localité du nom de Menax. Si ce nom de Menax ou Menaks, dont nous n'avons retrouvé aucune trace à Djerba, avait été réellement conservé par la tradition locale

Jusqu'à une époque récente, ce serait assurément une pré-

somption en faveur de l'identité de Meninx et de Port-Saggia;

Varvisa Oppida habet duo, Meningem ab Africae latere et altero Troar.» Ce dernier nom présente, suivant les manuscrits, les trois variantes : Troiar, Thoiar et Thorar.

mais le fait n'est rien moins que démontré, et, dans le cas même où il le serait, nous ne saurions y voir une preuve absolue. Les dénominations antiques, primitivement réservées à une seule localité, se sont souvent appliquées, par la suite, à un district tout entier. Port-Saggia a donc pu, par une de ces extensions si fréquentes dans la nomenclature géographique arabe, recevoir le nom de Menaks, qu'auraient dû exclusivement porter les ruines situées à quelques milles de là. Port- Sagoia, en outre, n'offre pas de vestiges antiques, et sa position ne concorde pas avec le passage précité de Pline. La conjecture qui place l'ancienne métropole de Djerba à Henchir el- Kantara a pour elle, au contraire, non seulement les indica- ‘tions de ce texte, mais celles d'un autre document antique. Le Stadiasme, en effet, donne les distances qui séparaient Meninx des deux stations dont la position est certaine: Gergis (Djerdjis ou Zerzis) et Gigthis (Sidi-Salem-bou-Ghrara). Meninx est placée à cent cinquante stades de la première et à deux cents stades de la seconde. Ces distances sont mathématiquement celles que donne le compas entre Zerzis οἱ Sidi-Salem-bou- Ghrara, d'une part, et le mouillage d'El-Kantara, de l’autre, tandis qu'elles seraient trop faibles, l'une de trente stades, l'autre de quarante, si l'on identifiait Meninx à Port-Saggia. C. Müller constate lui-même que les cent cinquante stades comptés par le Périple anonyme entre Gergis et Meninx conduisent exactement à Bougal, c'est-à-dire à la hauteur de Bord) ei-Kantara.

Les ruines d'Henchir el-Kantara couvrent un espace dont le pourtour peut être évalué à cinq kilomètres. Les fondations du mur d'enceinte existent encore en partie, ainsi que celles de la citadelle. On reconnaît, en outre, au milieu des décombres qui forment sur plusieurs points de véritables collines de

Girsa {(Houmt Souk).

—sv( 198 }res—

ruines «solidifiées », pour nous servir de l'expression de Barth, les vestiges d'un certain nombre de grands édifices. Tous les débris qui jonchent le sol, chapiteaux, fragments de colonnes, de frises, d'entablements, de statues, appartiennent à la meïlleure époque de l'art romain, de même que toutes les constructions, par la dimension des matériaux et le soin apporté à leur appareïllage, semblent remonter à une date fort ancienne. L'aspect général de ces ruines, en un mot, confirme l’hypothèse qui voit dans ces vestiges ceux de la capitale primitive de l'île.

Le nom de Girba n'apparaît, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'au rmsiècle de notre ère. C'est celui que donne la Table de Peutinger. Plus tard on le voit figurer dans la liste des églises épiscopales de la Tripolitaine", et la Notice des dignités de l'Empire d'Occident mentionne un Procurator Baphu Girbitani provinciae Tripolitanae ?.

La Table de Peutinger place Girba au nord-ouest de l'île: c'est là que se trouve encore le principal centre de population et le chef-lieu politique de l'île, Houmt Souk. L'indication topographique de la Table et le nom de Djerba que portait encore au xiv° siècle, d'après le témoignage d'Et-Tidjani”, la localité dont nous venons de parler, ne permettent pas de douter qu'elle ne représente Girba.

* Episc. Girbensis. I] existait une autre Girba dansla Proconsulaire {voir Morcelli, [, p. 170).

? Not. Imp. Occid., c.xzir. Les teintures de pourpre de Meninx étaient renommées.

Pline (IX, zx) leur assigne le premier rang parmi celles de l’Afrique :

puus hic Asiae; in Meninge , Africae. » Au-

«Tyri praeci-

jourd'hui encore lestissus de laine de Djerba l'emportent par la vivacité de leurs cou-

leurs sur tous ceux qui se fabriquent dans le reste de la Régence.

* P. 122 : « Nous passämes cette nuït à côté de la vieille ville de Djerba, à l'endroit où était autrefois la Kasba de l'ile. Aujourd'hui tout y est abandonné et désert. J'allai Ἰὰ voir et j'en parcourus les ruines. Je vis les restes d'une petite ville de forme carrée et entourée d'un rempart assez élevé qui est encore debout. »

Houmt es-Souk n'offre que très peu de vestiges romains. Les débris de Girba ont été employés en partie à la construction du bourg berbère, en partie à celle du Bordj el-Kebir, massive citadelle du xru° siècle, qui domine le port.

ἢ] m'est question de Gerra que dans les Tables de Ptolémée, qui la placent à l'ouest de Meninx, par 31°15"de longitude et 30° 1 5’ de latitude, et les commentateurs s'accordent, en général, à ne voir dans ce nom de T'EPPA qu'une transcription défectueuse de TIPBA ou T'EPBA. Telle est également notre conviction. On peut alléguer, à l'appui de l'hypothèse contraire, que, d'après la position que lui assigne Ptolémée relativement à Meninx, Gerra aurait été située à l'extrémité sud-ouest de l'île, tandis que Girba se trouvait au nord-ouest; on peut faire observer en outre que les plus anciennes cartes de Djerba indiquent précisément au sud-ouest de l'île une localité du nom d'Agira. Mais ces considérations n'ont qu'une valeur relative, et d’autres raisons peuvent être invoquées en faveur de lopinion qui ἃ prévalu jusqu'ici. Il est peu vraisemblable, en eflet, que Ptolémée, qui nomme Gerra, inconnue avant lui comme après lui, ait oublié Girba, assez importante, dès le siècle suivant, pour remplacer Meninx comme métropole de l'ile. Quant à la question astronomique, on sait jusqu à quel point le géographe alexandrin a faussé la direction de la côte dans toute la région syrtique. Pour obtenir le rapport réel de deux positions, il faut opérer un redressement qui, dans l'espèce, rétablit Gerra au nord-est de Meninx. Reste l'indice que semble fournir l'Agira des vieilles cartes italiennes. Il serait plus que hasardeux d'asseoir une synonymie sur une simple analogie de noms, alors surtout que les documents dont il s'agit défigurent la nomenclature indigène au point de faire Zadaïca de Sedouikch et Burqare de Bougal.

La GERRx

de Ptolémée.

Taoan {Henchir Borgo ?).

L'identité de Gerra et de Girba, en dehors des preuves ou des présomptions que nous venons d'indiquer, résulte, ce nous semble, d'un renseignement fourni par Marmol et que complète un détail de la Chronique de Ramon Montaner. On sait que le dernier épisode du combat décisif livré par Corrado Lanza aux indigènes, en 1310, fut l'enlèvement d’une forteresse. dont Marmol ne précise pas la situation, mais qu'il dit avoir été élevée « à l'endroit où estoit autrefois la ville de Gurre ». Ramon Montaner, qui ne nomme pas cette forteresse, nous apprend de son côté qu'elle n’était qu'à une demi-heure du chàteau bâti en 1284 par Roger de Loria. Or ce château, le Bord; el-Kebir dont nous avons parlé, est à la même distance de Houmt es-Souk. La Gurre de Marmol ne serait donc pas autre chose que le centre antique auquel a succédé Houmt es-Souk, et son identité avec Girba résulterait de celle de Girba avec cette même localité.”

Troar ou Thoar était située, d'après Pline, à lopposite de Meninx, par conséquent sur la côte septentrionale. Il est difficile de préciser davantage sa position. Peut-être se retrouve-t-elle aux ruines de Nasaft, ou Henchir Borgo, situées à deux milles environ à l'est de Houmt Sedrien. La ville antique s'étendait jusqu'au rivage, où l'on remarque une anse qui devait servir de port; elle ne présente plus que des monceaux de décombres, sauf un pan de mur encore debout dont la construction semble remonter à la meilleure époque de l'architecture romaine.

La Table de Peutinger, outre Girba, mentionne trois cités dont les noms ne se retrouvent pas dans d'autres documents antiques : Tipasa, au sud-ouest de l'île; Haribus, à l'est de Tipasa, et Uchium au nord-est.

Tipasa, comme l'indique son nom phénicien ’, devait être

NDDN üpsah’ «transitus ».

MAT ÔE her:

située à l’un des deux passages qui mettent l'île en communication avec le continent. Meninx occupant le passage oriental, Tipasa ne peut être cherchée qu'à la pointe sud-ouest de Djerba, en face de Terf el-Djeurf, point où les caravanes arrivant de Kabès traversent le bras de mer qui sépare Djerba de la terre ferme.

Précisément, dans le voisinage de celte pointe, se trouve un des principaux centres de population de 116, Houmt Adjin'; on peut Île considérer avec d'autant plus de vraisemblance comme l'équivalent de Tipasa que sa position relativement à Houmt es-Souk, est celle que la Table assigne à Tipasa par rapport à Girba.

On peut déterminer avec certitude la synonymie de Haribus, la troisième des quatre cités indiquées par la Table de Peutinger. Hares, considéré comme un pluriel féminin par les écrivains latins, qui en ont fait Haribus à l'un des cas obliques, nest pas autre chose que le radical sémitique heres, &:n testa, vas testaceum, «les jarres, les poteries », employé comme nom de lieu. Or la fabrication de ces grands vases de terre, dont la forme reproduit fidèlement celle de lamphore antique, est encore aujourd'hui l'une des principales industries de l'île de Djerba. I est à remarquer, de plus, que cette industrie ἃ un centre particulier, le bourg de Kelela, qui lui doit son nom arabe *, comme Hares devait le sien à la même spécialité. Kelela est précisément située entre Houmt Adjin et Henchir el-Kantara, dans la position que la Table assigne à Haribus, entre Tipasa et la plus orientale des quatre villes qu'elle nous fait connaître. Cette indication géographique, en confirmant les

* Nos cartes écrivent Adjim. Nous sui- kaf comme le font toujours les Tunisiens), yons l'orthographe d'Et-Tidjani : ES de K'lal DJs. pluriel de K'olla as * Kelela où Galala {en adoucissant le «jarre ».

Tipasa (Houmt Adjin).

Hanrieus (Kele!a).

ὕσαιυμ, ΜΈΝΙΝΧ Henchir el-Kantara).

Mecrra

(Melita).

L'uile déserte»

du Périple

Bseila:.

—#3( 202 Jrei—

indices que fournit l'étymologie, ne laisse aucun doute sur la correspondance de Hares et de Kelela.

On ἃ vu dans le nom d'Uchium une transcription barbare de celui de Meninx. Il est peu probable, en effet, que la Table de Peutinger, qui cite Tipasa et Haribus, aït oublié l'ancienne métropole, qui, à en juger par les débris d'Henchir el-Kantara, a dû, grâce à sa position, conserver une très grande importance jusqu'à la fin de l'époque romaine. Nous sommes donc disposé à croire que ce nom d'Uchium cache en effet celui de Meninx.

Il existe quelques vestiges antiques à Melita, sur la côte occidentale de l’île. On y a trouvé notamment des jarres funéraires remplies de cendres et d’ossements. Le nom de Melita, προ «eugium », est tout sémitique, et constitue en lui-même une preuve suffisante de l’origine phénicienne de la localité qui l'a conservé. Nous pouvons donc comprendre Melita parmi les localités antiques de l’île des Lotophages et ajouter son nom à la liste des villes que nous font connaître les textes anciens.

Les détails topographiques que nous avons donnés sur Meninx étaient indispensables pour fixer la position des stations du littoral comprises entre Tacape ct Gergis. Nous reprenons la description des côtes à Thenae, qui se trouve exactement sous le parallèle de la pointe occidentale de Cercinitis.

L'île déserte mentionnée par le Périple ! entre Cercinitis et Epichos, à la hauteur d'une ville dont le nom a disparu du texte, mais qui est évidemment Macomades ou Neapolis, paraît être l'un des îlots qui composent le groupe-des Keneïs. Quelques géographes ont supposé à tort que la νῆσος ἐρήμη de Scylax était la plus petite des Kerkenna. L'expression ἔπεσιν» ἐπ᾿ αὐτῇ

! Scylac. Peripl. : ἀπὸ δὲ Écyldwr [sis Μακομάδα ἡ Νεάπολιν] mhoûs ἡμέρας" καὶ νῆσος ἄπεσῆιν ἐπ᾽ αὐτῇ ἐρήμη. Μετὰ δὲ ταύτην Κερκινῖτις νῆσος.

(τῇ πόλει) prouve qu'il s'agit d'une île côtière, et les Kencïs sont les seules îles qui se trouvent dans lintéricur du golfe !.

L'embouchure de l'Oued Medjesser marque, à 47 kilomètres au sud-est de Kabès, le point le plus méridional de la courbe décrite par la petite Syrte. À partir de ce point, la côte se relève vers le nord-est et projette deux pointes correspondant aux deux extrémités sud-ouest et sud-est de Djerba. La première est appelée, comme nous l'avons vu, Ras el- Djeurf ou Terf el- Djeurf. L'autre est désignée par la carte de Smyth sous le nom de Ras Shabbou, par la carte du Dépôt de la guerre sous celui de Ras Marmor; les indigènes l’appellent Er Ras ech-Chemmakh, «le cap élevé». Au-dessous de cette grande saillie, qui

* La carte du Dépôt de la guerre de 1857 indique à six kilomètres au nord-est des Keneïs, auxquelles elle donne, par erreur, le nom de Shkhira, un ilot appelé Bezila, qui ne figure ni sur les cartes de l'amirauté anglaise, ni sur celles de l'amiral Mouchez. Cette île existe-t-elle là οὐ la place la carte de 1857 ? I est difhcile de rien afirmer à cet égard ,les cartesanglaises les plus récentes (1879) constatant que celte partie de la côte n'a pas été reconnue (not exumined). Quant à l'existence même de Bezila (ou plus exactement Bseila, diminutif de Basla ds oignon»), elle n'est pas douteuse. Les indigènes me l'ont nommée, et elle figure-sur d'anciens portulans dans un groupe de trois iles situé en face d’Zoncha (Ounga) et représentant évidemment les Keneïs. Ce groupe y est désigné sous l'appellation collective d'soli di Psaila (carte italienne non datée de Michel Angelo Farrugia ; une carte française anonyme du xvrn' siècle indique éga-

lement ces trois îlots sous le nom de Psaila, un peu au sud-est de Jonca). Bseila ferait donc partie du groupe des Keneïs. Tel qu'il est représenté sur la carte anglaise de 1879, ce groupe comprend : une île anonyme, située au nord, une ligne d'écueils échelonnés vers le sud et portant le nom de Surkenis, et un îlot méridional, avec la mention ruins. S'il n'existe réellement pas d'ile là où la carte de 1857 place Bezila, l'ile anonyme doit ètre Bseïla et peut être considérée comme la νῆσος ἐρήμη du Périple. L'ilot méridional serait alors l'ile de Saint-Fulgence. — Le nom de Surkenis reproduit probablement la dénomination arabe Sour-el-Keneis, la « muraille des Keneïs », par laquelle les indigènes désignent la ligne d’écueils dont nous avons parlé.

Cette jetée naturelle abrite un mouillage appelé Marsa Sghira, le «petil port», et c'est cetle épithète de Sghira qui ἃ été prise par les rédacteurs de la carte de 1857 pour le nom des Kencïs.

Gicris

(Sidi-Salem-

bou-Ghrara).

—.#2( 201 )e3— marque la limite de la petite Syrte du côté de l'est, le littoral prend la direction générale de l'est-sud-est, qu'il conserve jusqu'à la Syrie orientale.

Entre Tacape et Oea (Tripoli) le Stadiasme indique successivement : Cidiphtha, une ville dont le nom a disparu, Meninx, Gerqis, Zeucharis, Locri et Sabratha. Le Périple nomme la ville d'Epichos, Vile des Bas-Fonds, la ville et le port de Tarichiae, la ville et le port d'Abrotonum. Strabon ne donne que trois positions : Meninx, le lac de Zuchis, avec une ville homonyme, et un lac plus petit. Ptolémée enfin place sur le littoral : Gichthis ou Gühis, une ville du nom d'Hedaphta, la pointe de Zitha, Sabathra et le port de Pisinda, Πισίνδων λιμήν.

Les positions de Zuchis, de Gergis et de Gichthis sont certaines. Deux inscriptions trouvées à Sidi-Salem-bou-Ghrara, dans la partie sud-ouest du bassin intérieur qui sépare Djerba du continent, donnent lethnique Gigthensis, Gigthenses, et fixent la véritable orthographe du nom de Gigthis !, en même temps qu'elles précisent la position de cette station *. Le port de la ville antique, ouvert à l'est, était formé par la crique que dominent les dernières falaises du Ras el-Djeurf, un peu au nord de l'embouchure de l'Oued Morra.

Le nom de Gichthis a disparu par suite d'une lacune dans le texte du Stadiasme :

mais la mention du «continent», d'un

port sûr et pourvu d'eau, ainsi que la distance de 200 stades

! Γιχθίς ou Γιθίς dans Ptolémée, La Table de Peutinger écrit Gigti; l'Itinéraire maritime, (τι.

? Dans l'analyse de la Table de Peutinger qui fait partie du recueil de Fortia d'Urban, Gigthis est identifiée à une localit:

du nom de Buchalat, que je suppose être le Buchal ou Boukal de l'ile de Djerba;

dans celle de l'Itinéraire d'Antonin, on la fait correspondre à l'ilot de Geres de la carte de Smyth, le Dyilidj de la carte du Dépôt de la guerre.

3 Stad., $ 104 : ἀπὸ Νήνιγγος εἰς τὴν ἤπειρον σήάδιοι σ΄ " ππόλις ἐστί: ἔχει δὲ καλὸν λιμένα καὶ ὕδωρ.

indiquée à partir de Meninx, désignent suffisamment la Γιθίς de Ptolémée. C. Müller identifie très justement à cette même station l'Émyos πόλις du Périple ! : il pense avec raison que le mot ÉTiyos n'est qu'une transcription défectueuse d'ETIOLË, de même que le mot Écyldwr, qu'offre un peu plus loin le texte du portulan grec, représente le génitif ἐγιχθέως où Ἐγιχθίδος. Nous approuvons d'autant plus volontiers sa conjecture que la lettre initiale d'Éyry dés n'était probablement en libyen que ce qu'elle est aujourd'hui en berbère, c'est-à-dire la caractéristique d'un nom masculin, et non pas une parte intégrante de ce nom.

La position de Gigthis nous donne celle de la Cidiphtha du Stadiasme, l'Hedaphtha de Ptolémée. Identfiée par CG. Müller à Ketena, port de la petite Syrte situé à égale distance de . Kabès et de la pointe de Ras el-Djeurf, Cidiphtha se retrouve à Henchir Roumia, à peu de distance au sud-ouest de cette pointe, là même où le savant commentateur plaçait Gichthis. La distance de cent quatre-vingts stades (33* 120") indiquée par le Stadiasme entre Gichthis et Cidiphtha* est exactement celle qui sépare Sidi-Salem-bou-Ghrara d'Henchir er-Roumia, mesurée sur les sinuosités du chenal que l'on suivait pour franchir la passe occidentale de Meninx.

La correspondance que nous avons déjà proposée entre Meninx et Henchir el-Kantara est également confirmée par les deux distances que compte le Stadiasme de Gichthis à Meninx et de Meninx à Gergis. La première est de deux cents stades (37 kilomètres) ὃ; la seconde, de cent cinquante stades (27 6oo").

* Scyl. Peripl. : Μετὰ δὲ τὴν νῆσόν ἐσῖι 5 Stad., $ 105 : ἀπὸ δὲ τῆς Γέργεως sis

Émiyos πόλις. ἀπὸ δὲ τῆς νήσου εἰς ἔπι. Κιδιφθὰν σΊάδιοι ρπ'" “πόλις ἐσῆὶ καὶ λι-

χον πλοῦς ἡμέρας ἡμισείας. ἀπὸ δὲ Éo- μένα ἔχει. χίδων᾽ [εἰς Μακομάδα] mhoûs ἡμέρας. ὁ Stad., δ τοῦ.

CipipaTHa ou ΠΕΡΑΡΗΤΗΛ

(Henchir Roumia).

La pointe ZirHa

Ras

ech-Chemmakh}),.

GERGIS Djerdyis ou

Zerzis).

La Zeïda ἄκρα de Ptolémée est le Ras ech-Chemmakh, relié à l'île de Meninx par le Pons Zua de YItinéraire d'Antonin.

L'identité de Gergis οἱ de Djerdjis ou Zerzis! résulte.de celle des deux noms. Le Stadiasme l'indique comme un port pourvu d'eau et défendu par une tour de garde ?. Tel.est encore l’aspect des localités : mais le port est aux trois quarts ensablé, et le σύργος antique est représenté par un bordj arabe armé d'une quinzaine de canons. Quant au bourg de Zerzis, 1] occupe, à sept ou huit cents mètres de la plage, l'emplacement de la cité phénicienne qui lui a légué son nom. La ville antique paraît avoir eu quelque importance, biea qu'elle n'ait pas laissé d'autres vestiges que les matériaux qui ont servi à la construction de la Zerzis arabe et de son bord.

Girgis est citée par Procope comme une des villes de la Tripolitaine *. |

À vingt-six kilomètres à l'est-sud-est de Zerzis, la côte dessine une lagune trilobée, qui porte aujourd'hui le nom de Bahirat el-Bibän. Sa plus grande longueur est de trente-quatre kilomètres; sa plus grande largeur, mesurée au centre, est moindre de moitié. Un isthme sablonneux, étroit et allongé, la sépare de la Méditerranée, dont elle reçoit cependant les caux, à travers une passe en partie obstruée par une série d'ilots rocheux. Un fortin arabe, appelé Bordj el-Bibän et bâti sur un de ces îlots, au nord du goulet, marque la limite du Beylik de Tunis et de l'Eyalet de Tripoli.

i Les indigènes prononcent Zerzis : le Ζευχάριος ἐπὶ Γέργιν σήάδιοι τν' "πύργος djin arabe prend souvent, dans le dialecte ἐστὶ, καὶ φρούριον ἔχει, καὶ λιμένα, καὶ tunisien, le son du zain : ainsi, on pro- ὕδωρ. ' nonce indifféremment Djelas et Zelas, 5 De Aedificus, VI, 1v : Πόλεις δὲ δύο Medjez et Mezez. εἰσὶ ταύτης ἐν ἐσχάτω τῆς χώρας, Téxamd

ἢ Stadiasmus maris magni, $ 102 : ἀπὸ τε καὶ l'ipyis.

Le lac des Bibân est la Ζοῦχις λίμνη de Strabon. Ce géographe évalue à quatre cents stades (74 kilomètres) la circonférence de ce vaste bassin, qui communique avec la mer par une étroite embouchure. Sur les bords du lac est une ville du même nom, avec des teintureries de pourpre et des fabriques de salaisons de toute espèce ‘. Cette dernière indication prouve l'identité de Zuchis et des Tapryeïæ de Scylax. Quant à la synonymie de la Ζεύχαρις du Stadiasme et de Bordj el-Bibän, elle résulte des détails mêmes que donne le portulan grec : « De Locri à Zeucharis, trois cents stades. Il Υ ἃ là un poste de garde avec une tour. Sous la tour même il y ἃ un port excellent ?.» Le Φρούριον actuel domine l'entrée du lac, qui servait certainement de mouillage; on voit encore quelques vestiges du port au sud-ouest de l’île ἧ. La correspondance de la Zuchis de Strabon et de Bordj el-Bibän nest pas moins certaine: Barth ἃ remarqué, dans des ruines situées près du rivage, quelques vestiges des anciennes fabriques de pourpre”.

La Zuchis de Strabon est certainement la Ζοῦχις d'Artémidore. Est-elle la Χουξίς que Ptolémée place par 39° 30’ de longitude et 30° de latitude? On le suppose généralement, bien que ces coordonnées ne correspondent pas à celles de Zuchis et que Chuzis figure, dans les Tables ptoléméennes, parmi les villes de l'intérieur.

En face de Bordj el-Bibân, quil désigne sous le nom de

1 Strab., XVII, πὶ, 18 : Μετὰ δὲ τὴν Σύρσιν Zoÿyis ἐσῆι λίμνη, oTadiwy τετρακοσίων σήενὸν ἔχουσα εἴσπλουν, καὶ παρ᾽ αὐτὴν πόλις ὁμώνυμος πορβυροδαφεῖα ἔχουσα καὶ ταριχείας πσαντοδαπάς.

? Stadiasmus , $ 101 : ἀπὸ Λοκρῶν ἐπὶ Ζεύχαριν στάδιοι τ'- ϑρούριον ἔχον πύργον" ὁ δὲ σύργος (ὑπὸ δὲ τοῦ πύργου) λιμήν ἐσῆι ἐπίσημος.

* Barth, Wanderungen, Ρ- 270.

« Und davon sieht

man, glaube Ich, noch heute Reste in den

‘ Barth, p. 270 :

Ruinen aus Backsteinwerk nahe am Meere

in denen sich ganz sowie man am Strande

der phônizischen Tyrus, der Urpurpurfärberstadt, bemerkl, amphorenartige zur Bereitungder kostbaren Tinktur bestinmte Vertiefungen finden. »

Le Zucnis LACUS (Bahirat el-Bibän\.

Les Ῥαριχεῖαι de Scylax.

L'ile de Zirou

d'Edrisi.

Ksar Bani-Khatt&b, Édrisi place, à un mille du rivage, une île de Zirou ou Zizou', qui n'existe plus aujourd'hui. Zirou, d’après le géographe arabe, n'avait pas moins de quarante milles de long sur une largeur d'un demi-mille. « Une partie de celle île, couverte d'habitations, ajoute Édrisi, produit du raisin et des dattes; l’autre est couverte d'eau à la profondeur d'environ une stature d'homme.» Ces détails si précis ne permettent pas de douter de l'existence de la Zirou d'Édrisi, bien que nos cartes n'indiquent aucune île dans ces parages. Elles signalent seulement, à peu de distance du littoral, une ligne d'écueils appelés Zera et un banc à sec à basse mer, Ces bas-fonds et le nom qu'ils portent sont tout ce qui reste aujourd'hui d'une île qui était fertile et peuplée au ΧΙ" siècle, et qu'on retrouve encore au xvi° sous le nom de Secca di Palo. Nous savons par de Thou que cette «sèche» de Palo fut le rendez-vous des forces navales du duc de Medina Cœli lors de l'expédition qu'il dirigea, en 1560, contre l'île de Djerba.

Zirou ne serait pas autre chose, dans la conviction de Barth, que la presqu'ile qui sépare le lac des Bibân de la Méditerranée. Cette opinion ne nous paraît pas compatible avec les indications d'Édrisi. L'isthme rocheux dont il s'agit, ouvert à son centre, mais solidement rattaché à la terre ferme au nord et au sud, n'a jamais été une île et n'a jamais pu, d'ailleurs, produire ni vignes ni dattiers. Il s'agit évidemment d'une île basse, déjà à demi submergée au temps d'Édrisi, et dont un affaissement du sol a fait plus tard ce qu'elle était déjà dans l'antiquité : un simple bas-fond. L'existence de ce banc à

" La première forme a été adoptée par paraît pas justifiée, le nom actuel de Zera Hartman et Jaubert; la seconde par MM. de n'étant certainement qu'une modification Goëje et Dozy, dont la correction ne nous de celui de Zerou.

l'époque punique semble attestée par la distance de trois cent cinquante stades que le Stadiasme indique entre Zeucharis et Gergis; entre ces deux points, en ligne droite, on ne compte pas plus de cent quatre-vingts stades : le navigateur devait contourner les bas-fonds qui devinrent plus tard, en s'exhaussant, l’île de Zirou, de même qu'à la suite d'une nouvelle oscillation en sens inverse, ils ne forment plus aujourd'hui que le banc de Zera.

À vingt-sept kilomètres de Bordj el-Bibän, la côte dessine un bassin étroit et allongé, ouvert au nord-ouest et abrité du côté du large par une longue presqu'île dont l'extrémité porte le nom de Ras el-Mokhbez ‘. Ce port naturel, appelé par les indigènes Mersa Bourka, est le Πισίνδων λιμήν de Ptolémée : cest à cette hauteur, en effet, que les deux Itinéraires placent la station de Pisida.

Est-ce là le «lac plus petit » que Strabon signale au delà du Zuchis lacus ? Ou faut-il identifier ce même lac à la sebkha qui se trouve entre le Bahirt el-Bibân et Mersa Bourka, sous le méridien d'El-Medjen? La première conjecture nous paraît la plus vraisemblable. Bien que Mersa Bourka ne soit ni un lac proprement dit, ni même une lagune aussi caractérisée que le Bahirt el-Bibân, elle figure cependant, sur le littoral, un accident de terrain analogue à la Ζοῦχις λίμνη, et c'est le littoral que décrit Strabon : on ne comprendrait guère qu'il eût mentionné, dans une énumération succincte et strictement bornée aux points principaux, une sebkha que la plupart de nos cartes ne représentent même pas ἢ

! Ce nomde Ras el- -Mokhbez SD sl) * La carte du Dépôt de la guerre la place se trouve déjà dans Édrisi et Tidjani, qui hypothétiquement, sous le nom de « grand éyaluent à cinq milles la longueur de la lac salé», à une certaine distance de la presqu'île. côte. Récemment reconnue par une de nos

oi

Le Πισίνδων λιμήν de Ριοϊίπιός (Mersa Bourka).

Locai Sidi-el-Ghäzi).

SABRATHA

(Sabrat).

Oka , MacararA Tripoli Ἰ

πέτρον 210 }es—

Le Πισίνδων λιμήν est placé à tort par Ptolémée à l'est de Sabathra (Sabratha). Les deux positions sont évidemment interverties, comme celle d'Hedaphtha, placée à l’est de Githis.

Le Stadiasme indique, à égale distance (300 stades) de Zeucharis et de Sabratha, le bourg de Locri (Λοκροί), dont le nom ne figure dans aucun autre document. « Au-dessus de ce bourg, ajoute le porlulan, se trouve une tour élevée'.» La distance indiquée (55 kilomètres et demi) conduit de Bordj el- Bibân aux ruines d'une tour antique qui couvrent une éminence, près de la Koubba de Sidi-el-Ghäzi; Barth y retrouve les vestiges du πύργος ὑψηλός de Locri.

Le Stadiasme place exactement Sabratha à trois cents stades à l'est de Locri. C'est ce même nom qu'il faut reconnaître sous la forme ἀῤρότονον que donne le Périple de Scylax. Pline dit de Sabratha qu'elle touche à la petite Syrte : Sabrata contingens Syrtim minorem. Le Stadiasme donne la même indication; le nom de Sabratha y est suivi de la mention : Λοιπὸν Σύρτις μικρά. Le mot Syrtis désignait, par conséquent, pour quelques oéographes anciens, non seulement les deux golfes de Kabès et de la Sidre, mais les bas-fonds qui avoisinent le premier et sur lesquels se produit également le phénomène du flux et du reflux : la mer marne de 70 centimètres à Zerzis dans les vives eaux. Les ruines de Sabratha portent encore aujourd'hui le nom de Sabrat.

La Macaraea du Stadiasme (Maxapaix pour Maxæpoiæ,

«lOea de Melkart ») est l'Oca oppidum de Mela, la civitas

colonnes , elle porte, sur un levé manuscrit nord-est, sur une étendue de plus de que j'ai sous les yeux, le nom de Sebkhat cinquante kilomètres, et atteint le littoel-Mokta. D'après mes propres renseigne- ral.

ments, les indigènes lui donnent aussi ! Stadiasm., $ 100 : ἀπὸ Σαδράθης ἐπὶ

celui de Sebkha Faroua, ὄρ γ9 IR. Λοκροὺς σήάδιοι τ' " κώμη ἐστὶ καὶ ὑπεράνω Elle s'allonge du sud-sud-ouest au nord- τῆς κώμης σύργος ὑψηλός.

Mol je

Oensis de Pline, l'Éwa de Ptolémée, le Tripoli actuel. Nous reviendrons sur celte synonymie dans l'analyse des voies romaines, dont les indications, plus précises que celles des portulans, doivent être préférées dans l'établissement des correspondances.

Entre Macaraea et Neapolis {Leptis magna) le Stadiasme indique quatre positions : Megerthis, Amaraea, Gaphara et Hermaeum. I est fort heureux que les synonymies de ces deux dernières localités ne soient pas douteuses, car la détermination des deux autres offrirait d'autant plus de difficultés, si nous n'avions pas ce double point de repère, que trois chiffres sur quatre, dans cette partie du portulan, sont évidemment altérés.

De Leptis à Hermaeum, «station pour les petits bâtiments, » le Stadiasme ne compte que cinq stades : il faut lire quinze, comme l'a proposé Müller, et cette distance conduit de Lepis à la pointe Ligata, qui offre un mouillage contre les vents d'ouest.

D'Hermaeum ἃ Gaphara le même document compte trois cents stades. Ce second chiffre est encore faux. Le nom de la localité antique s’est conservé jusqu'à nos jours sous la forme Djefara, qui se prononce, dans certains dialectes, Guefara. Or la distance qui sépare le Ras Djefara de la pointe Ligata n'est que de quinze minutes ou cent cinquante stades. «Le Gaphara, ajoute le Stadiasme, est un promontoire qui offre un mouillage de chaque côté. Il est pourvu d'eau. On l'appelle Aeneospora, parce qu'il ressemble à une île.» Müller a rétabli avec raison, dans cette seconde dénomination donnée à la Γάφαρα ἄκρα, la première syllabe Αἰ, supprimée dans le manuscrit, et qui est évidemment lx phénicien. Quant à l'orthographe du premier nom, elle varie beaucoup : le Périple donne

(pointe Ligatu).

GAPHARA Djefara).

AMARAEAS (Oued Msid).

Mecerruis

(Oued er-Remel).

la forme Γράφαρα; on trouve dans Ptolémée les variantes Γαράφα, Γάραφα, Γαράφας, Tpé@apa; les manuscrits de Pline portent Trafra, Taphra, Thaphra, Tafra. La forme correcte, indiquée par le nom moderne, est Gaphara. C'est celle que donne Ptolémée à une localité de la Marmarique, et l'on sait combien les noms de lieux se répètent dans la topographie africaine.

Le Ras Djafara présente, d'ailleurs, les particularités topographiques que signale le Stadiasme. Il affecte la forme d'une presqu'île et offre. des deux côtés de l'isthme qui le rattache au continent, un mouillage suffisamment abrité.

«De Gaphara à Amaraeas, continue le Stadiasme, 40 stades. ἢ y a une tour, sous laquelle se trouve le mouillage. L'eau est fournie par un fleuve qui traverse une terre cultivée et sp pelle Oenoladon.

«D'Amaraeas à Megerthis, 40 stades. C'est une ville avec un port et de l'eau.

«De Megerthis à Macaraea, 400 stades !. »

C. Müller, en se fondant sur la distance de 4o stades indiquée entre Gaphara et Amaraeas, fait correspondre ce dernier point au Ras el-Hamra et l'Oenoladon à l'Oued Mata, sans s'apercevoir que ce dernier cours d'eau est beaucoup trop éloigné de l'emplacement qu'il assigne à Amaraeas pour que le Stadiasme ait pu dire de cette station qu’elle avait «de l'eau de rivière », ὕδωρ ποτάμιον. Megerthis, d'autre part, est évidemment identique à la Magradi de YItinéraire d'Antonin, et doit

! Stadiäsm., $ 96 : ἀπὸ τῶν Γαφάρων $ 97 : ἀπὸ τοῦ ἀμαραίας ἐπὶ Μεγέρθιν ἐπὶ τὸν ἀμαραίαν σήάδιοι μ'" πύργος ἐστ σήάδιοι μ΄" “πόλις ἐστὶ καὶ λιμένα ἔχει καὶ ὕφορμος" ὕδωρ ἔχει “ποτάμιον: Eole δὲ ὕδωρ.

se placer à l'embouchure de l'Oued er-Remel, tandis que Müller la retrouve sous le Ras Châra, le cap Sciarra de la carte de Smyth, en remplaçant d’ailleurs le chiffre μ' (40), indiqué par le Stadiasme entre Megerthis et Amaraeas, par le chiffre pa (140).

Les distances données par l'Itinéraire d'Antonin prouvent que la correction proposée par Müller doit s'appliquer à la distance qui sépare Amaraeas de Gaphara, et qu'Amaraeas se trouvait en réalité, ainsi que l'avait pensé Barth, à l'embouchure de l'Oued Msid, là même où Smyth ἃ remarqué quelques ruines antiques et les vestiges d'un port creusé de main d'homme. L'Oued Msid représente, dès lors, l'Oenoladon. Nous présentons, pour plus de clarté, dans le tableau cidessous, les synonymies et les corrections proposées par Müller et celles que nous y substituons :

DISTANCES INDIQUÉES SYNONYMIES PROPOSÉES EE par par 5 par par LE STADIASME.| C. MÜLLER. \ δ G. MULLER. NOUS.

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