‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 15 sur 58 · SYRTE · texte numérisé non relu

SYRTE

ποτε 216 )es-—

prement dit ne justifie plus aujourd'hui l’épithète de ὑλώδης que lui donne Strabon; mais les collines qui l'environnent sont encore couvertes de palmiers. Formé de roches de grès que les lames ne cessent de ronger, il ne s'élève pas à plus de trente-trois. mètres au-dessus du niveau de la mer; mais il n’en paraît pas moins fort élevé, par comparaison avec les terres basses de la côte, et l'on comprend très bien que Strabon ait pu le qualifier de ὑψηλή.

C'est au Ras Mezrata que commence la grande Syrte, que les cartes appellent encore le golfe de la Sidre et que les indigènes désignent sous le nom de Djoun el-Kibrit, le «golfe du soufre » !.

Les dimensions de la grande Syrte sont l’objet d'affirmations fort différentes de la part des géographes anciens, qui exagèrent en général sa profondeur aux dépens de sa largeur réelle. L'ouverture du golfe est évaluée à 1500 stades (277 kilomètres) par Strabon, à 312 millesromains (462 kilomètres) par Pline?, à 35 δ΄ par Ptolémée; elle est, en réalité, d’après Beechey, de 455,592 mètres; la carte de M. l'amiral Mouchez donne 537 kilomètres du cap Mezrata au promontoire opposé. Sa profondeur, d'après Ératosthène, cité par Strabon, aurait été de 1800 stades (333 kilomètres); de 2 degrés, d'après Ptolémée; de 1300 stades, d'après Strabon. Elle nest que de 235 kilomètres entre le parallèle du Ras Mezrata et celui de Mouktar. Quant à sa circonférence, évaluée par Scylax et Agathémère à 5000 stades”, par Strabon à 4930 stades”,

! Brega, situé au fond du golfe, fournit * Scylac. Peripl., 109 : ὡς δὲ εἰπεῖν ὅτι à l'exportation une grande quantité de μάλιστα εἰκάξοντι σήαδίων ,e. — Agathesoufre. mère, II, vurr : Éo7i δὲ ἡ μεγάλη Σύρτις * Plin., V, 1v : «Inde Syrtis major, cir- oladiwy ε.

cuitu DGxxV, aditu autem cccx11 mil. pass. » 4 Strab., XVII, ur, 20 : H δὲ μεγάλῃ

par Pline à 625 milles romains ou 925 kilomètres (ce qui revient à la précédente estimation), elle serait de 781,544 mètres, d'après Beechey. Mela se borne à constater, en termes généraux, que la grande Syrte est deux fois plus large et plus profonde que la petite !.

Du promontoire Cephalae aux Autels des Philènes, le Stadiasme compte 24/40 stades (451,400 mètres) et sept stations : Tarichiae, Aspis, Dysopos, Euphrantae, Corax, Eptros et Hippou Akra. Strabon nomme, au delà du grand lac dont nous avons déjà parlé, Aspis, la tour d'Euphrantas et Charax. Ptolémée indique Macomaca où Macomalaca, Aspis, Sacazama, la tour d'Euphranta, Pharaxa, OEsporis et Hippou Akra.

Le Stadiasme est malheureusement très sobre de détails sur la première partie de cet itinéraire : jusqu à Corax, il n'indique que les distances : 400 stades de Cephalae à Tarichiae; 350 de

Tarichiae à Aspis; autant d'Aspis à Dysopos ; 150 de ce point à Euphranta; 290 entre Euphranta et Corax.

En tenant compte de ces distances, on est amené à placer la première station, Tarichiae, à Melfa, sur l'isthme étroit qui sépare la sebkha de Taouargha de la Syrte. Il n’est pas douteux, d'ailleurs, comme l’a supposé Müller, que la première localité indiquée par Ptolémée au-dessous du promontoire Triceron (Cephalae), et dont le nom se rencontre dans les

Le premier chiffre de la mesure du périmètre, comme on le voit, est omis. C. Müller le remplace dubitativement par le mot τρισχιλίων. Je crois qu'il faut lire 4930, chiffre à peu près identique à celui que donnent Scylax et Agathémère; c’est d'ail-

leurs celui que Pline a exactement traduit en mesures romaines : 625 milles équivalent à 4930 stades. Strabon constate du reste, au 2" livre, que d'autres évaluations n’attribuaient que 4ooo stades de pourtour à la grande Syrte.

* Mela, 1, vu: « Tum Leptis altera et Syrtis, nomine atque ingenio par priori; ceterum altero fere spatio, qua dehiscit, quaque flexum agit, amplior. »

IMPRIMENRIE NATIONALE.

TARICHIAE (Melfa).

Aspi (Mahad-Hassan),

Dysopos (Marsa Zabak).

—#2( 218 )...--manuscrits sous la forme Maæxduaxa', ne corresponde à la Tarichiae du Stadiasme., Müller voit avec raison dans la leçon Μακόμακα une altération probable du composé punique an-opt Makom Malakha «la ville aux salaisons », dont le mot rapryelou est la traduction grecque.

Aspis se retrouve, d'après les indications numériques du Stadiasme, à Mahad-Hassan, à la hauteur de l'écueil que nos cartes marines désignent sous le nom de Djerid”?, et au-dessous duquel se trouve un mouillage indiqué par la carte de 1826. C'est à cette synonymie que se sont arrêtés Barth et Müller et c'est celle que nous adoptons nous-même, bien qu'il soit assez difficile de reconnaître dans l'ancrage de Djerid le port que Strabon considérait comme le meilleur de la Syrteÿ. Mais 1] est plus difficile encore d'admettre que le géographe grec ait voulu, comme le suppose Beechey, parler de Marsa Zafran. Mahad-Hassan se trouve, d’ailleurs, à la hauteur de la pointe méridionale de la sebkha, et c'est immédiatement au sud de ce lac que Strabon place le port d'Aspis.

Dysopos, à 350 stades au delà d’Aspis, semble correspondre à la Marsa Zabak de Smyth, près de Ziraïfeh.

Le nom de la station suivante apparaît sous trois formes différentes : le Stadiasme donne le pluriel Εὐφρανταί ; on trouve dans Strabon ὁ Εὐφράντας σύργος, dans Ptolémée σύργος Edφράντα:; Étienne de Byzance donne le même nom, avec une différence d'accent, EÜQparta,ainsi que l'ethnique Εὐφρανταῖος.

᾿ Un seul manuscrit porte ἀκόμακα. La * Barth s'est demandé si 11 phrase de correction de Wilberg, Μακόμαδα, n'est Strabon, τόπος ἐσὶν ἀσπὶς καὶ λιμὴν fondée que sur une erreur : l'éditeur de κάλλιστος, ne désignait pas deux localités

Ptolémée a supposé qu'il s'agissait de la différentes. Il n'est guère admissible que le

Macomades de l'Itinéraire et de la Table de καί soit disjonctif, et que le géographe

Peutinger, située beaucoup plus à l'est. grec ait parlé d'un des meilleurs ports de ἢ Zerid sur la carte de l'amiral Mouchez. la Syrte sans en donner le nom.

La tour d'Euphranta est incontestablement le Kasr ou le «château fort» de Zafran'. Nous avons déjà pu remarquer plus d’une fois combien le caractère des localités change peu sur ce littoral des Syrtes : le σύργος ou le praesidium antique s'écroule sous l'action des siècles, mais pour voir s'élever sur ses ruines un bord berbère ou un kasr arabe. La tradition militaire est rarement interrompue.

Le port de Zafran, Marsa Zafran”, est aujourd'hui en partie comblé par les sables, mais devait offrir un excellent abri à l'époque punique. Il est fermé, du côté de l'ouest, par la pointe du Ras Zafran, que prolonge une sorte de môle rocheux, en partie naturel, en partie artificiel, de près de 55o mètres de longueur. Du côté de l’est, on remarque les vestiges d’une jetée semblable. Le goulet qui s'ouvre entre ces deux pointes est partagé lui-même par une troisième jetée, partant d'une saillie de la courbe intérieure du port, qui se trouve ainsi divisé en deux bassins. On aperçoit encore sous les sables quelques débris du quai antique : 1] paraît avoir été construit en pierres de grandes dimensions et soigneusement appareillées.

La ville punique s'étendait entre le bassin oriental et les hauteurs qui le bordent. On retrouve sur ces hauteurs, à l’ouest du kasr arabe, des vestiges considérables de l'enceinte antique, construite en pierres de grand appareil.

= Nous savons par Strabon que la tour d'Euphranta marquait, à une certaine époque, la limite des possessions de Carthage et de la Cyrénaïque des Ptolémées*. On peut conclure

* Voir Beechey, Proceedings; p. 137. * Strab., XVII, 1, 20 : Συνεχὴς δὲ ὁ — Barth, Wanderungen, p. 367. Εὐφράντας πύργος éoliv, ὅριον τῆς πρό-

* Le port Chebek indiqué par la carte α τερον Καρχηδονίας γῆς καὶ τῆς Κυρηναίας de 1826. τῆς ὑπὸ Πτολεμαίῳ.

La Tour d'EuphrANTA (Kasr Zafran).

CHarax, Conrax, PHarax {Medina t-

es-Soultän |.

de ce témoignage que la dynastie grecque qui régnait sur l'Égypte avait profité de la lutte de Carthage avec Rome pour reporter momentanément la frontière à l'ouest des Autels des Philènes. Mannert a supposé que le Ptolémée dont parle Strabon était Ptolémée III Évergète, mort en 246. Nous pensons qu'il s'agit plutôt de son fils, Ptolémée IV Philopator : l'agrandissement de l'empire égyptien aurait été la conséquence du traité d'alliance que Rome négocia avec ce souverain au moment le plus critique de sa seconde lutte contre Carthage.

D'Euphranta à Corax, le Charax de Strabon et le Pharax de Ptolémée ', le Stadiasme compte 200 stades (37 kilomètres). Il faut lire τ΄ (300), au lieu de σ΄, correction d'autant mieux justifiée que la somme des distances partielles comptées entre le promontoire Cephalae et les Autels des Philènes (2350 stades) est inférieure d’une centaine de stades à la distance réelle. Les 300 stades substitués au chiffre du manuscrit conduisent d’aïlleurs de Marsa Zafran au premier abri qu'offre la côte, dans la direction de l'est, c'est-à-dire à Medinat-es-Soultân, la Sort des géographes arabes du moyen âge.

Medinat-es-Soultän est située dans une anse sablonneuse qui peut fournir un abri contre les vents du nord-ouest. Immédiatement à l'est de ce mouillage s'étend, sur une longueur de 22 kilomètres, une lagune profonde qui communique avec le golfe par deux passes et pouvait offrir un refuge plus sûr encore.

Charax, au dire dé Strabon, était un comptoir punique : les marchands carthaginoiïis y échangeaient leurs vins contre le

Wilberg donne, d'après les manu- l'une ni l'autre n’est correcte : il faut écrire scrits, la leçon Φάραξα, de préférence à la Χάραξ avec Strabon. Κόραξ, dans le Staforme Φάραξ, généralement adoptée. Ni diasme, n’est qu'une altération de Χάραξ.

—#>( 221 ).:--laserpitium et le silphium que les Cyrénéens y apportaient en contrebande.

Immédiatement à l’est de Corax, le Stadiasme nomme Eperos (Émnpos), ΓΟἰσπορὶς ou ἱσπορὶς κώμη de Ptolémée, l'Opiros qui figure dans la Table de Peutinger. C. Müller suppose, avec vraisemblance, que la lettre initiale O s'est transformée en E par une faute de copiste dans le manuscrit du Stadiasme, mais il considère comme plus correcte la forme Οἰσπορίς donnée par Ptolémée. |

« Le port, ajoute le Stadiasme, peut recevoir de petits bâtiments et fournit de l’eau. H existe sur ce point une forteresse barbare ?, »

La synonymie d'Eperos et de Naïm, proposée par Barth, nous paraît inattaquable. Située à 27 kilomètres à l'est de Medinat-es-Soultân, distance qui représente, à 500 mètres près, les 150 stades du Stadiasme, Naïm possède un port accessible par tous les vents à des bâtiments d’un faible tonnage; trois points situés près du rivage représentent l'aiguade que signale le portulan grec. Le φρούριον indigène dont parle Strabon était sans doute situé sur la pointe qui protège l'entrée du port, là où Beechey a remarqué les ruines d'un ancien château. Nos cartes donnent à cette pointe le nom d’Eski, qui n’est, en réalité, qu'un adjectif turc *; le nom complet doit être Eski-Liman ou Eski-Kouleh, le «vieux port» ou la «vieille tour ». Barth fait observer qu'au temps où la Turquie avait une marine, 1l existait à Naïm un port artificiel, avec un môle,

! Strabon, XVII, πὶ, 20 : Εἶτ᾽ ἄλλος ἢ Stad., $ 86 : Διμήν ἐσῆι πλοίοις μιτόπος, Χάραξ καλούμενος, ᾧ ἐμπορίῳ κροῖς: ἔχει ὕδωρ' τοῦτο δ᾽ ἐσ]ὶ φρούριον . ἐχρῶντο Καρχηδόνιοι κομίζοντες οἶνον, ἀν- βαρβάρων. τιβορτιζόμενοι δὲ ὀπὸν καὶ σίλφιον πσαρὰ * Eski, en turc, signifie « vieux ».

Oprros, Eprros, OEsponrs

(Naïmn |.

{Ras Βερφαοιια().

Les AUTELS DES PHILÈNES (limite des territoires de Sort et de Barka).

—4m( 222 jer— qui figure sous le nom de Liman Naïm dans le recueil de Diez!.

La dernière localité qu'indique le Stadiasme avant les Autels des Philènes est ἵππου ἄκρα", à Aoo stades des Autels et 350 du point précédent. Il la représente comme un promontoire escarpé sous lequel se trouvent la station et l'aiguade : ἀκρωτήριόν ἐσῆι τραχύ" ἔχει ὕφορμον καὶ ὕδωρ. Il est impossible de ne pas reconnaître dans cette description le Ras Bergaouad *, dont la haute et puissante falaise forme une des saïllies les plus remarquables de la côte“; c’est la seule d’ailleurs qui existe entre Naïm et le fond de la Syrte, ou du moins qui satisfasse aux données du texte du Stadiasme : le Ras Alia et le Ras Linouf, que nos cartes signalent entre ces deux points, ne sont que des pointes basses, n'offrant ni mouillage ni eau. Mais le chiffre de 400 stades est trop faible : 1] faut lire @’ au lieu de υ' : on compte, en effet, 92,600 mètres du Ras Bergaouad à Mouktar.

C'est à vingt-cinq minutes de marche à l'ouest de ce dernier point, aux limites des districts de Sort et de Barka, que Barth place les Autels des Philènes, et cette synonymie, comme nous le verrons plus tard, est pleinement justifiée par l'analyse du réseau routier. L'hypothèse de C. Müller qui place les Φιλαέvor βωμοί au Ras Linouf n'est pas soutenable. Le Stadiasme signale aux Autels des Philènes un bon mouillage d'été et de

* Wanderungen, p. 359 et 378: «Hier war nochin der Blüthezeit der Osmanischen Marine ein guter künstlicher Hafen; so erscheint Liman Naïm auf Fol.6 der Diezschen Karte, mit einem wirklichen Molo. »

Ὁ Le manuscrit du Stadiasme porte par erreur Φιλίππου. Ptolémée donne la forme exacte ἵππου ἄκρα.

* Le Bengerwadde Beechey, le Benjawad de Smyth.

Ἢ Beechey, Proceedings, p. 188 : « There is a very remarkable projection of a high chiff into the sea.» Beechey, qui ne connaissait pas le Stadiasme, place au Ras Bergaouad la tour d'Euphrania.

l'eau : ὅρμος ἐσῆὶ ϑερινὸς καλὸς, καὶ ὕδωρ ἔχει. Scylax, qui ne décrit que la côte orientale dela grande Syrte, place les Autels des Philènes ἐν τῷ κοιλοτάτῳ τῆς Σύρτιδος, ce qui est exact. On a supposé que le Périple indiquait, au même endroit, un ἐπίνειον μμωνος. Il est probable que, dans cette partie très altérée du texte grec, le mot ἄμμωνος se rapporte aux ἀμμωνίου nya (Bir Bechir) que le Stadiasme indique à l’est d'Automalaca. Le manuscrit de Scylax porte : ἐν τῷ κοιλοτάτῳ τῆς Σύρτιδος (ἐν τῷ μυχῷ) Φιλαιοῦ βωμοὶ, ἐπίνειον ἄμμουνες: ἁλοῦς τῆς Σύρτιδος. (. Müller traduit : « In intimo autem Syrtüdis recessu sunt Philaeni arae, navale et Ammonis lucus (ἄλσος ὃ) in Syrti.» Mais 1] ajoute, dans son commentaire : «quae quid 5101 velint nescio,» et c'est à cette conclusion négative qu'il convient de s'arrêter, plutôt qu'à l'une des quatre conjectures auxquelles ἃ donné lieu l'interprétation de ce mot ἁλοῦς, dans lequel on a reconnu tour à tour une corruption de ὅρος, de ἕλος, ἄλσος et de ἅλες.

Les Autels des Philènes marquaient tout à la fois le point le plus méridional de la grande Syrte et la frontière orientale de la province d'Afrique. Notre étude serait incomplète si, parvenu à ce terme, nous ne revenions pas sur le terrain que nous avons déjà parcouru, pour rappeler les descriptions que les anciens ont laissées du littoral des Syrtes et des Syrtes elles-mêmes.

La politique jalouse de Carthage avait, dans un dessein facile à comprendre, singulièrement exagéré les périls que présente la navigation de ces parages, et l'on ne saurait douter qu'elle ne l'ait fait de parti pris lorsqu'on remarque que la moins dangereuse des deux Syrtes, la petite, passait encore pour la plus redoutable au temps de Mela : plus riche que l'autre, renfermant dans sa courbe les comptoirs les plus flo-

rissants, elle avait été entourée à dessein d'un plus fâcheux renom. Les Syrtes justifient assurément, à certains égards, la détestable réputation qu'elles s'étaient acquise : elles sont loin de mériter celle que la défiance punique leur avait faite. A en croire non seulement les poètes, mais les géographes et les historiens, leurs courants, leurs écueils, leurs bas-fonds sans cesse déplacés, la violence du flux et du reflux, les rochers qu'entraînait l'action des lames’, en faisaient un gouffre dans lequel tout navire courait à une perte à peu près inévitable? Aussi les navigateurs avaient-ils soin de passer au large des deux golfes, de peur d'être surpris par les vents de Nord, qui y règnent habituellement”, et entraînés sur ces côtes où les attendaient non seulement le naufrage, mais le Nasamon, toujours prêt à s'approprier la «proie» de la mer :

ME Aequoreus Nasamon, invadere fluctu Audax naufragia et praedas avellere ponto *.

Strabon constate cependant qu'on bravait parfois ces dangers, et surtout qu'on les diminuait en longeant les côtes : To μέντοι ππαρακίνδυνον τῶν ἀνθρώπων ἁπάντων διαπειρᾶσθαι. ποιεῖ, καὶ μάλισῆα τῶν “χαρὰ γῆν περίπλων. Le Stadiasme

* Salluste, Jug.,Lxxvirt : « Nam duo sunt sinus prope in extrema Africa, impares magnitudine, pari natura : quorum proxuma terrae praealta sunt, cetera, αἰ] fors tulit, alta alia, alia in tempestate vadosa. Nam, ubi mare magnum esse et saevire ventis coepit, limum harenamque et saxa ingentia fluctus trahunt : ita facies locorum cum ventis simul mutatur. Syrtes ab tractu nominatae. »

? Strab., XVII, xx, 20 : Η χαλεπότης

* Strab., XVIT, ur, 20 : Διόπερ σόρρωθεν τὸν mapémkour ποιοῦνται, φυλαττόμενοι μὴ ἐμπέσοιεν εἰς τοὺς κόλπους ὑπ᾽ ἀνέμων ἀφύλακτοι ληφθέντες.

4 Silius Italicus, Punica , IT, v. 320.

donne précisément tous les détails de ce périple des Syrtes ct indique les nombreux abris qu'elles offraient à la navigation côtière. Il est certain d’aïlleurs que la population du littoral était en grande partie composée de pêcheurs, et l'on peut en conclure que ces mers si redoutées n'étaient réellement redoutables que pour linexpérience des navigateurs étrangers : il suflisait presque toujours de connaître le péril pour l'éviter.

Il y a lieu cependant de distinguer entre les deux Syrtes. Le danger y était inégal. La petite Syrte, nous l'avons déjà constaté, ne présentait guère que des difficultés hydrographiques. Ses bancs de sable laissés à sec par le reflux, les canaux étroits et tortueux de ses bas-fonds, pouvaient surprendre le marin qui s y engageait pour la première fois; mais le navire en était quitte pour un échouage de quelques heures : la marée montante le remettait à flot. Les courants, bien que rapides, étaient sans dangers dans cette mer sans écueils. En outre, le chenal profond qui s'étend, ainsi que l'avait déjà remarqué Salluste ’, entre la côte et les bancs ou les îles, permettait aux petits bâtiments de suivre le littoral et d'y trouver un abri au premier coup de vent. Il en était lout autrement de la grande Syrte, qui présente encore, jusqu à un certain point, les dangers que l'on attribuait indistinctement aux deux golfes, :mpares magnitudine, part natura. Largement ouverte aux vents du nord, imparfaitement protégée contre ceux du sud par les basses terres qui la bordent, la grande Syrte est alternativement balayée par deux courants atmosphériques d’une extrême violence, qui y déterminent tour à tour d'énormes accumulations d'eau vers le centre, ou d'effroyables raz de marée à la circon-

* Salluste, Jugurtha, Lxxvirt : « Proxuma terrae praealta sunt. »

IMPRIMENIE NATIONALE,

—#2( 226 ).:--férence : ce double phénomène, que les anciens expliquaient à tort par le flux et le reflux !, constituait le seul véritable péril de la grande Syrte, mais ce péril était sérieux et il l’est encore pour nos voiliers. C'était à ces courants irrésistibles que les Syrtes devaient leur nom : Syrtes ab tractu nominatae, dit Salluste; et Procope, dans une longue description du plus dangereux des deux golfes, donne la même explication : « Déchirée par l'action de la mer qui l'inonde et la couvre de ses lames retentissantes, la plage semble s'abaisser et reculer sous les vagues qui l'envahissent. . . .. Lorsqu'un navire, détourné de sa route par le vent ou par les courants, s'engage dans le demicercle que décrit le golfe, il lui est impossible de reprendre sa direction primitive : il semble entraîné par une force invisible ct croissante, et c'est pour cela, j'imagine, que les anciens ont donné aux Syrtes le nom qu'elles portent. Les navires ne peuvent même pas arriver Jusqu'au rivage : la plage presque tout entière est semée de roches sous-marines qui ne permettent

* Beechey, Proceedings, etc., p, 271 :

«What we must here understand by the flux and reflux of the sea, is not (we should imagine) the usual action of the tides, which is very trifling in the Mediterranean, compared with that which is observable in other seas ; but the inset occasioned by vioient winds blowing for any long continuance on shore, and the subsequent reaction of the sea in regaining its original leval. »

Ibid. , p. 276 : « This rise and fall (as we have stated) can scarcely have been the customary motion of the tide; but it may reasonably be supposed that the reaction of such ἃ body of water as must (under the influence of violent and continued winds) have been driven over the low lands of the

greater Syrtis, was occasionally very considerable. This may have been the reflux (we imagine) alluded to; while the inset into the gulf, caused by strong winds blowing into it, may have been the rise which is mentioned as the flux.

« Of the indraught in question there can be no doubt...

that an unbroken sweep of level ground, very slightly raised above the surface of the sea, will be found extending itself on the

and when we consider

western coast of the greater Syrtis for the space of a hundred miles in length, and occasionally as much as fifteen in breadth, we may easily allow that the reflux of the water, driven over a tract of such dimensions, may well be considered as formi-

dable. b

pas d'y aborder et causent la perte des bâtiments. Ce n'est qu'en abandonnant le navire et en se jetant dans les embarcations que l'équipage peut espérer un salut toujours incertain !.»

H semble résulter d'un passage de Lucain que l'on avait constaté, de son temps, une diminution progressive dans la profondeur des Syrtes, et que l'on prévoyait un jour où les deux golfes seraient comblés?, C'est le phénomène inverse qui s’est produit, en ce sens du moins que, par suite d'une oscillation de la côte, le littoral s'est abaïssé sur plusieurs points et que

la mer a pris possession d'une partie du rivage antique ὅ.

* Procope, De Aedif., VI, ur, 3 : Μετὰ τούτους ai Σύρτεις εἰσὶν ai μεγάλαι ὠνομασμέναι: ἐφ᾿ οὗ δέ εἰσι σχήματος αὗται, καὶ ὅτου δὴ ἕνεκα τούτου μεταλαγχάνουσι τοῦ ὀνόματος, ἐγὼ δηλώσω. Προξέδληταί τις ἐνταῦθα mov: σχιζομένη δὲ αὐτὴ τῇ τῆς Θαλάσσης ἐπιρροῇ, τῷ τε ῥοθίῳ ἀφανιξομένη, ἀποβαίνειν δοκεῖ, καὶ ἐφ᾽ ἑαυτὴν ὑποχωροῦσα ὀπίσω ἰέναι" ἐς κόλπον δὲ μηνοειδῆ ἐπὶ μακρότατον τέτραπΊαι" καὶ ὁ μὲν ἀρχομένης πλευρᾶς διάπλους ἐς τετρακοσίους διήκει σήαδίους - τοῦ δὲ μενοξιδοῦς τὸ περίμετρον ἐς ἡμερῶν ἐξ ὁδὸν κατατείνει. Ταύτης γὰρ ἡ Θάλασσαπεπιεσμένη τῆς ἠπείρου ἐντὸς τὸν κόλπον ποιεῖται.

ἐπειδάν τε ναῦς ἀνέμῳ ἡ κλύδωνι βιαξομένη τοῦ διάπλου ἐντὸς ὑπὲρ τοῦ μηνοειδοῦς τὴν ἄρχην γένηται, τὸ ἐνθένδε αὐτῇ ἐπανιέναι ἀμήχανά éoliv, ἀλλὰ oupouévy τὸ λοιπὸν ἔοικε, καὶ διαβανῶς ἐπίπροσθεν dei ἑλκομένῃ" καὶ ἀπ᾿ αὐτοῦ, οἶμαι, οἱ méλαι ἄνθρωποι τὸν χῶρον τοῦ πάθους τῶν νεῶν ἕνεκα Σύρτεις ὠνόμασαν. Οὐ μὲν οὐδὲ διανεῦσαι τοῖς “πλοίοις ἄχρι ἐς τὴν ἠιόνα δύνατα γεγένηται. Πέτραι γὰρ ὕφαλοι διακεκληρωμέναι τὰ mÂeisla τοῦ κόλπου

πλώϊμα οὐ ξυγχωροῦσιν ἐνταῦθα εἶναι, ἀλλ᾽ ἐν τοῖς βραχέσι τὰς ναῦς διαχρῶνται" μό- A " 4 € - 4 vois δὲ τοῖς λέμξοις οἱ mAwTÿpes τούτων δὲ τῶν νηῶν οἷοί τέ εἶσι διασώξεσθαι, ἂν οὕτω τύχοι, μετὰ κινδύνων τὰς διεξόδους ποιούμενοι.

? Lucain, Phars., IX, v. 303 :

Syrtes, vel primam mundo Natura figuram

Quum daret, in dubio pelagi terraeque reliquit (Nam neque subsedit penitus, quo stagna profundi Acciperet, nec se defendit ab aequore tellus; Ambiguae sed lege loci jacet invia sedes :

Aequora fracta vadis, abruptaque terra profundo, Et post multa sonant projecti litora fluctus ;

Sic male deseruit, nullosque exeoit in usus

Hanc partem Natura sui) : vel plenior alto

Olim Syrtis erat pelago, penitusque natabat :

Sed rapidos Titan ponto sua lumina pascens, Aequora subduxit zonae vicina pérustae;

Et nunc pontus adhuc, Phoebo siccante, repugnat. Mox ubi damnosum radios admoverit aevum, Tellus Syrtis erit : nam jam brevis unda superne Innatat, et late periturum deficit aequor.

* Beechey, p. 272 : « We have already observed that the sea appears to have made great advances on the whole line of coast of northern Africa; and this fact seems to be proved from the circumstance of our

Quant à l'aspect général du littoral de la grande Syrte, les poètes en ont singulièrement exagéré l’aridité. Α en croire leurs descriptions, toute la côte, de Leptis à Bérénice, n'aurait été qu'un désert aride, embrasé, peuplé de serpents”. Les Itinéraires anciens faisaient déjà justice de ces fictions : les stations, les postes fortifiés, se succèdent à de courts intervalles sur ce long parcours. Aujourd'hui même, malgré l'état de barbarie où la région syrtique est retombée depuis l'invasion arabe, on y rencontre sur plusieurs points de véritables oasis, et presque partout de l'eau et des pâturages. Lucain l'avoue lui-même dans le passage où il exagère, pour la plus grande gloire de son héros, la stérilité de ce prétendu désert :

Hoc tam segne solum raras tamen exserit herbas, ‘Quas Nasamon, gens dura, legit.

La seule partie de la grande Syrte qui présente le caractère d'aridité que les poètes ont étendu à tout le littoral est l'isthme étroit qui sépare du golfe la grande lagune de Strabon. L'eau

finding the remains of ancient towns, along its shore, at present under water to a considerable extent. We may now pass in boats over the ruins of the northern part of Alexandria, . . and remains of the city of Carthage, for the space of three furlongs in length, and half a furlong, or more, in breadth, are well known, on the authority of Shaw, to be at the present day «entirely under water». In the intermediate space, we may instance the maritime towns of the Cyrenaica, where the sea has made considerable advance; those parts of the greater Syrtis which are not exposed to the accumulation of sand, and the town of the modern Tripoly, the northera part of

which (as we have already stated in the words of Leo Africanus) appears to have been in his time under water. »

Le témoignage de Jean Léon et quelques autres indices prouvent que le terrain s’est relevé dans certaines localités et que l'assertion de Beechey est trop absolue.

1 Lucain, Pharsale, IX, v. 523-525, 431-435 :

Nam quidquid pulvere sicco Separat ardentem tepida Berenicida Lepti Ignorat frondes. :...

At quaecumque vagam Syrtim complectitur ora Sub nimio projecta die, vicina perusti Aetheris, exurit messes et pulvere Bacchum Enecat, et nulla putris radice tenetur.

Temperies vitalis abest.....

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y est rare et de très mauvaise qualité; mais le fait s'explique par la constitution même de ce long bourrelet de sables et de rochers, véritable digue naturelle jetée entre un amas d'eau saumâtre et un amas d'eau salée. La rive opposée de la lagune, que suivait la grande voie du littoral décrite par la Table de Peutinger, avec un certain nombre de routes secondaires, compendia où diverticula, semble avoir offert plus de ressources. Voisine des derniers versants du plateau tripolitain, elle était moins dépourvue d'eau : les trois grandes dépressions que nos cartes désignent sous les noms d’Ouadi Sou/-ed-Dyin, d'Ouadi Zemzem et d'Ouadi Baï, et dont le cours hivernal alimente la sebkha, conservaient sans doute, en été, ces eaux souterraines qu'on trouve à une très petite profondeur dans le lit de presque tous les oueds africains. C'est ce que semble indiquer le passage de Scylax où 1] est dit que les Maces hivernaient le long de la côte, et se retiraient dans l’intérieur quand les chaleurs de l'été avaient desséché les sources du littoral !.

Ptolémée fait figurer parmi les îles côtières de la province d'Afrique, à l'est de Meninx, Wisynos, Pontia et Gaïa”. Comme il n'existe sur la côte, de Djerba à Mouktar, que des rochers ou des écueils, GC. Müller suppose que Misynos peut être la petite île d'Hamoud, sur le littoral cyrénéen de la grande Syrte. Pontia serait, d'après lui, l'une des trois Pontiae de Scylax, situées au sud et dans le voisinage immédiat d'Hamoud. Quant a Gaïa, elle se retrouverait à 90 stades au sud-ouest de Pontia

* Scylac. Peripl., $ 109 : ἀπὸ τούτου τες, τοῦ δὲ Θέρους, ὑπεκλειπόντων τῶν τὴν Σύρτιν παροικοῦντες οἱ Μάκαι χειμά- ὑδάτων, ἀπελαύνουσι τὰ βοσκήματα εἰς ξουσιν ἐπὶ ξγαλάττῃ, τὰ βοσκήματα κλείον- μεσογαίαν ἄνω μεθ᾽ ἑαυτῶν.

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Les iles pélagiennes.

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et porterait aujourd'hui le nom de Djezira Gara. Sans nous prononcer contre ces synonymies, nous devons constater qu'elles ne répondent ni au texte de Ptolémée, qui compte Misynos, Pontia et Gaïa parmi les îles côtières de la province d'Afrique, ni à ses indications astronomiques, qui sont, il est vrai, en contradiction avec son texte : d’après les coordonnées de Ptolémée, en effet, Misynos, Pontia et Gaïa auraient été situées au milieu même de la grande Syrte, sur une ligne oblique allant du nord-ouest au sud-ouest, et devraient figurer par conséquent parmi les îles pélagiennes.

Il nous reste à dire quelques mots des îles situées à une certaine distance des côtes, et que nous n'avons pu comprendre dans la description du littoral.

La plus occidentale est l'Hydra d'Éphore L Ja ὕδρας γῆήσος que Ptolémée place par 28° de longitude, c'est-à-dire entre Rusicade et Uzycath, et 33° de latitude. Si cette dernière indication, qui met Hydra à 20 minutes du hittoral, est exacte, il faut admettre que cette île a disparu, car on ne trouve à cette distance de la côte aucune terre qui puisse la représenter ἢ. La plupart des îles de cette partie de la Méditerranée sont le produit évident d'éruptions volcaniques * : leur existence est donc intimement liée aux manifestations de l'activité souterraine qui les a fait émerger du sein des eaux et qui peut les y replonger. L'apparition récente et la disparition presque

* Stephanus Byz., sub verbo : δρα, νῆσος Λιβύης περὶ Καρχηδόνα, ὡς ἔφορος πέμπτῳ.

1,65 deux seuls ilots que nous connaissions, Srigina et l'île Tekouch, sont très voisins du littoral. Le premier est situé en face de Stora, au nord-ouest de Rusicade:

le second, au nord-est de ce même point.

Si la position assignée par Ptolémée à l'île de l'Hydre n'est que le résultat d'une erreur de latitude, T'ilot de Tekouch paraît la synonymie probable de ὕδρας νῆσος.

* Le nom de Caene (ἡ Καινή, «l'ile nouvelle»), donné par Pline à l'une des îles voisines de la côte d'Afrique, indique peutêtre que cette terre était d'origine récente.

immédiate de l'île Julia nous fournissent l'exemple le plus frappant des effets de ces forces agissant successivement dans les deux sens. Il est donc fort possible que l'Hydra d’ Éphore et de Ptolémée ait eu le sort de cette île, que la même année ἃ vue surgir et disparaître, de nos jours.

M. d'Avezac identilie l'ilot de Srigina à l'île que Scylax place en face des Pithécuses, et qui possédait une ville du nom d'Euboea*. Cette synonymie, qui ne repose que sur un rapprochement entre le nom de Pithécuses et celui d’«île aux Singes » ,quenos anciennes cartes donnent à Srigina, nous paraît inconciliable avec le sens du mot ÆEuboea, «fertile en bœufs ». Srigina nest qu'un rocher aride, mesurant quatre cents mètres sur cent, quina jamais pu être habité ni nourrir d'autre bétail que des chèvres. C. Müller retrouve Euboea dans l'île de la Galite : « Haec insula non alia esse potest nisi ea quae apud Ptolemaeum Καλαάθη, im lün., p.514, Galata vocatur. E regione ejus sitae Thabracae prope quas silvae simiarum plenae memorantur apud schol. Juvenal, sat. x, p. 194. Fortasse hanc ipsam urbem Graeci Pithecussarum nomine appellabant?. » Beaucoup plus vraisemblable que celle de M. d'Avezac, cette conjecture ne nous satisfait encore qu'à moitié. Si l'on admet avec C. Mül-

ler que les Pithécuses de Scylax soient identiques à la Tha-

braca punique et romaine, et nous l'admettons volontiers, il est beaucoup plus naturel de retrouver Euboea dans l'île de Tabarka que dans celle de la Galite. L'expression κατ᾽ ἐναντίον αὐτῶν se comprend mieux. I est à remarquer, en outre, que le Périple suit exactement le littoral et qu'Euboea doit être dès lors une île côtière, ce qui n'est pas le cas de la Galite. Le nom d'Euboea enfin s ‘explique tout naturellement : séparée du con-

! Scyl. Peripl., $ 111 : Πιθηκοῦσαι καὶ λιμήν" κατ᾽ ἐναντίον αὐτῶν καὶ νῆσος καὶ πόλις ἐν τῇ νήσῳ Εὐβθοία. ---- ? Geogr. graeci minores, p. 90.

EuBorA.

GALATA (la Galite).

πεν 9232 jes—

tinent par un canal guéable, l’île de Tabarka aurait été le siège du centre de population indiqué par le mot πόλις : elle forme un refuge facile à défendre, une véritable acropole, qui a toujours dû être habitée de préférence au littoral même. Le territoire d'Euboca, la «ville riche en troupeaux», aurait été la vallée voisine et exceptionnellement fertile qu'arrose l'Oued el- Kebir et qui s'ouvre en face même de File.

La Galite, ἡ Καλάθη, figure dans les Tables ptoléméennes parmi les îles côtières. Elle se trouve en réalité à Go milles romains (88: 860") au nord de Thabraca. L'Itinéraire maritime, qui la désigne sous le nom de Gulata’, n'évalue cette distance qu'à 300 stades (55* boo") ὅ.

Vue du sud-ouest, la Galite apparaît comme une terre haute el montagneuse, dont le point culminant s'élève à 393 mètres au-dessus du niveau de la mer. Considérée dans son ensemble, elle offre la forme d'un T, dirigé de louestsud-ouest à l'est-nord-est et présentant, au nord et au sud, deux baies inégales, dont la plus vaste et la plus sûre est celle du sud.

La constitution de l’île est essentiellement volcanique. Ses hauteurs sont formées d'une roche trachitique remplie de

* C'est celui que lui donnent Mela et Pline. Deux manuscrits de l'Itinéraire maritime portent Calatha ; un troisième donne la variante Galatha. M. d'Avezac suppose à tort que la Calacte de Siius Italicus, littus piscosa Calacte, est identique à Galata.

Il s'agit dans l'espèce de la ville sicilienne qui porte dans Diodore le nom de Καλὴ dur, dans Piolémée celui de Καλάκτα.

Elle se trouvait sur la côte septentrionale, entre Tyndaris et Cephalaedium.

? Ttin. mar., p. 495 , éd. Wessel : «ἃ Galata Tabracam in Africam stadia cecc. » —

Ibid., p. 514,4 : « Insula Galata : a Caralis de Sardinia. ..

ex Africa... stadia ccc.»

La distance de Galata à Caralis est éva-

stadia pacxxx, a Tabraca

luée, dans un autre passage (Ρ. 494, 7), à 990 stades (183,150 mètres) : d'autres manuscrits donnent les chiffres 825, 935 et 920 stades. La distance réelle est de 99 milles marins, soit 183,348 mètres. Le chiffre de 490 stades peut donc être considéré comme très exact, eu égard aux méthodes d'évaluation dont se servaient les anciens.

belles laves. Pline affirme que le scorpion ne pouvait pas y vivre. C'est encore une croyance répandue aujourd'hui parmi les marins qui fréquentent la Galite que le sol de l'île tue tout animal venimeux. Habitée autrefois, comme le prouvent les débris de constructions anciennes qu'on y remarque et les monnaies puniques qu'on y a trouvées, la Galite n'est plus aujourd'hui qu'un point de relâche pour les bateaux corailleurs et de dépôt pour la contrebande d'armes et de poudre FE se fait sur la côte d'Afrique.

L'ilot de Palmaria, que lItinéraire maritime place à quarante stades (7400 mètres) de Galata”, n'est pas, comme on l'a supposé, le Galiton ouest , grosse roche massive, haute de 158 mètres et accompagnée d'une roche conique appelée l'Aiguille, qui se trouve à 5800 mètres environ du port méridional de la Galite. Nous pensons que Palmaria est représenté par le Galiton est, situé précisément à 7408 mètres de ce même port. Le Galiton ouest et l’Aiguille seraient dès lors les deux îles que l'Itinéraire maritime semble indiquer comme faisant également partie du groupe de la Galite, mais sans préciser la distance, sous les noms de unsula Phalans ou Phalaris et d'insula Vulturia. Ce dernier nom s'explique facilement : la Galite est un lieu de repos pour les oiseaux de passage et, par conséquent, de rendez-vous pour les oiseaux de proie, qui viennent les y attendre.

L'île Dracontia, Δρακόντιος vioos*, qui figure dans les listes de Ptolémée parmi les îles côtières entre Calathe et Aegi-

! Plin., γον: « Galata, cujus terra scorpionem, dirum animal Africae, necat. »

: «Insula Palinter hanc et Galatam stadia ΧΙ.»

? Jin. mari, peubah:tr maria :

Nous avons préféré ce dernier chiffre, qui est celui de tous les manuscrits, sauf qua-

tre, au chiffre xzv, qu'ont adopté Parthey et Pinder et qui s'éloigne de la distance réelle.

3. Étienne de Byzance donne, d'après Alexandre Polyhistor, la forme Δράκοντος νῆσος.

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