Métaux. — Exploitations minières
Le terrain crétacé qui forme la plus grande partie du massif atlantique, du littoral jusqu'au Sahara, est remarquablement riche en substances métalliques. D'après Fournel; qui en a fait une étude spéciale, aucune contrée de l'Europe, la Bohême exceptée, ne présente rien d'analogue”.
Il est peu probable que les Carthaginois n'aient pas tiré parti de ces richesses de leur sol, et il est certain que l'administration romaine les a largement exploitées. Les auteurs anciens, toutefois, ne: nous ont laissé presqu aucun ‘renseignement à cet égard. Pline, qui nous ἃ donné une si curieuse
᾿ς Richesse minérale de l'Algérie, 1. p. 8.
—##( 255 ).3--description des mines de l'Espagne, est absolument muet sur celles de la province d'Afrique. À part quelques textes législatifs, les seuls indices que nous possédions datent de l'époque chrétienne et ne constatent l'existence des mines de Numidie qu'à propos des peines infligées aux confesseurs de la [οι].
Mais si les textes se taisent, le terrain parle, et les nombreux vestiges d'exploitations antiques qu'on ἃ retrouvés en Algérie prouvent que la Numidie, au point de vue minéralogique, produisait autre chose que des marbres.
Le massif montagneux de la chaîne atlantique septentrionale, de l'Oued el-Kebir jusqu'au cap Bon, est extrêmemeni riche en minerais de fer oligiste ou oxydulé. Des traces d'exploitations anciennes ont été constatées à Djerad, à Sidi-Djedidi, l'Elephantaria de la route de Carthage à Hippone par Bulla Regia, dans le Djebel Zerissa, sur la route de Carthage à Theveste, et à Merid].
Les riches minerais de fer des environs de Bône ont été également exploités à une époque reculée. Sur plusieurs points de la plaine qui entoure la colline d'Hippone on rencontre de très grandes quantités de scories anciennes. Les ruines romaines de la plaine de Khareza, au pied du versant nord du Djebel Belalieta, paraissent être celles d’une usine métallurgique : on y remarque une série d'ouvertures et de compartiments dont la destination ne peut guère s'expliquer que par l'existence d'une exploitation dont de nombreuses scories attestent l'importance. Des vestiges analogues ont été trouvés à Sidi-Ahmed-el-Hadj, à Aïn-Zamit et sur la rive orientale
du lac Fzara, où un monticule isolé, appelé par les indi-
ὦν . ΓΕ lertull., Apolo., ΧΙΙ : «In metallo sperguntur, non lantum in capitibus omdamnamur : inde censentur Dii vestri, » — nium platearum, sed etiam in locis squa- Victor de Vita, De pers. Vand., V,xix : « Di- lidis metallorum. »
Mines de fer
Mines 45 plomb
argentifère.
gencs ÆKoudiat Delir, la «colline d'acier», est entièrement composé d'anciennes scories. Tout près de là, on remarque trois masses circulaires formées de couches superposées de 0",20 d'épaisseur, un peu élevées au-dessus du sol, et qui semblent avoir appartenu aux fonds des bas foyers dans lesquels les anciens traitaient le minerai, dont on trouve, du reste, de nombreux fragments parmi les scories".
l'ournel ne pense pas que les exploitations de fer magnéuque des environs de Bône remontent au delà de la période vandale. Cetle conjecture ne s'appuie que sur des preuves négatives, el paraît peu conciliable avec l'existence de vestiges bien caractérisés de l’époque romaine dans quelques-uns des
centres d'exploitation 5
L'exploitation des mines de plomb du Djebel er-Recças, dans le voisinage de Tunis, et de Djebba, dans la vallée du Bagrada, paraît dater de lépoque punique *. Les mines de plomb
* Fournel, p. 51. L'auteur signale encore des dépôts de scories antiques sur l'Oued Ziad, à Aïn-Morkha, autour de Makta-el-Hadid, à Sidi-Abd-er-Rebou, à Marouânia. au milieu des ruines d'El- Ksour, dans la grande plaine de l'Oued el-Kebir, à Sidi-Abd-ed-Dahar, à Oumet-Teboul, à Sidi-Merzoug et dans le Djebel Felfeia.
? Fournel, p. 97. Le silence de Pline sur la Numidie, alors qu'il énumère tous les points où l'existence du fer magnétique était connue, prouverait seulement que les exploitations des environs d'Hippone sont postérieures au 1* siècle de notre ère.
Quant au passage de saint Augustin où il est question des pierres d'aimant venues de l'Inde, sans qu'il y soit fait allusion aux roches analogues qui se trouvaient dans le
voisinage d'Hippone, nous ne saurions en conclure d'une manière absolue que ces roches étaient encore ignorées en 430.
* Une étude technique des mines du Djebel er-Reças a récemment été publiée par M. Haupt, ingénieur à Florence, dans la Berg-und-Hüttenmännische Zeitung (22 et 29 juin 1883, p. 290 et suiv., 305 et suiv.). L'auteur pense que l'exploitation remonte certainement à l'époque punique et essaye d'en déterminer les procédés.
Cette exploitation a dû être très considérable, puisque M. Haupt estime à 65,700 tonnes la quantité de scories provenant des mines du Djebel er-Reças. La richesse de ces résidus (32.64 p. οἷο de plomb en moyenne) atteste d'ailleurs l'imperfection des méthodes employées par les Carthaginois.
τὰν DEP ).0»--
argentifère que Peyssonnel ἃ visitées en 1724 entre Badja et le cap Negro, et qui ne sont probablement que le prolongement du gisement algérien d'Oum-Teboul, étaient certainement exploitées dans l'antiquité : c'est à l'entrée d'une de ces mines que Peyssonnel dit avoir vu un bas-relief représentant un cheval. Le Djebel Skikda, près de Philippeville, offre des vestiges d'une exploitation antique. Deux échantillons de galènes trouvés dans le voisinage et renfermant, l’un of",0588, l'autre 0%°,095 d'argent pour 100 grammes, font supposer que ces galeries, aujourd'hui comblées, ont appartenu à une mine de plomb.
L'origine antique des mines de plomb des Nbaïl du Nadour est également prouvée par un fragment d'inscription qu'on y ἃ récemment découvert ?.
Nous savons par Ibn Haoukal et El Bekri qu'il existait dans le Djebel Medjana, près de Tebessa, non seulement des gisements de fer, mais des mines d'argent, appartenant aux Louata. Le centre de population le plus voisin leur devait son surnom de Medjänat-el-Mäden, « Medjana aux Mines ». On peut supposer que cette exploitation, qui ne parait pas avoir été retrouvée, remontait à l'époque romaine, et que les Berbères du xi° siècle n'avaient fait que continuer les travaux antiques.
Les mines de cuivre du Djebel Sidi-Rgheïs, dans la province de Constantine, datent aussi de l'époque romaine. «On trouve là, dit Fournel, des fouilles, des galeries obstruéecs, une halde assez considérable, en un mot, tous les témoins d'une exploitation qui a eu de la durée et de l'importance. Le grès dans lequel ont été ouvertes les galeries est tellement dur
* Fournel, p. 132. — * Ann. de la Soc. arch. de Constantine, τ. XIX.
IMPRIMENIE NATIONALE,
Mines de cuivre.
Mines d'or.
—#3( 258 )...:--qu'on s'explique à peine comment les Romains, avec les moyens dont ils disposaient, pouvaient entreprendre de pareilles exploitations !.
Les seules mines antiques de Numidie dont le nom figure dans un texte ancien sont celles de Sigus. Exilé à Curubis le 30 août 257, saint Cyprien écrit de cette ville à Némésien, Félix, Lucius et à d’autres chrétiens condamnés aux mines: ét caeterts fratribus in metallo constitutis. Les réponses qui lui sont faites prouvent que les condamnés avaient été répartis dans trois exploitations différentes. L'une de ces mines est celle de Sigus, metallum Siquense : « Cypriano carissimo et dilectissimo Felix, lades, Polianus, una cum presbyteris et omnibus nobiscum commorantibus apud metallum Siguense, aeternam in Domino salutem ?. »
On a supposé, d'après un passage de la lettre de saint Cyprien, que les mines de Sigus contenaient de l'or et de l’argent : « Est-il étonnant, dit l'évêque de Carthage, qu'étant des vases d'or et d'argent, vous soyez envoyés aux mines, cestà-dire là même où se trouvent l'or et l'argent?» Quid verum mirum st vasa aurea et argentea in metallum, τὰ est aurt et argenti domicilium, dati estis? L'interprétation est évidemment forcée : les mines de Sigus, à en juger par le nom d'Ain-en- Nhas, la «fontaine du cuivre», que porte une localité voisine, devaient être des mines de cuivre. Elles n'ont pas encore été retrouvées.
Les seules mines d’or dont l'existence ait été constatée sont celles du Djebel bou-Heudma, entre la sebkha de Nouäil et les montagnes des Aïaïcha. M. Fuchs y ἃ reconnu toutes les traces d'une exploitation antique considérable.
! Fournel, p. 263. — * Epist. Lxxx.
Le nom d'Oued ed-Deheb, « rivière de l'or », que portent plusieurs torrents de l'Algérie, semble indiquer qu'il existerait également des gisements d'or dans notre colonie africaine; mais ils n'ont pas été retrouvés jusqu'ici.
Parmi les minerais que produisait l'Afrique, Pline cite encore le sory, un des trois composants de la chalcitis d'où l'on tirait le cuivre !. Le sory est probablement un sulfate de cuivre.