Marbres, pierres à bâtir et pierres précieuses
La Numidie ne produisait rien de remarquable, au dire de Pline, si ce n’est le marbre auquel elle avait donné son nom et les bêtes féroces qu'elle exportait : necpraeter marmoris Numidici ferarumque proventum aliud insigne?. On sait de quelle faveur Jouissait à Rome cette variété de marbre qui avait tout particulièrement reçu le nom de numidique, et que Selin qualifie d'eximium®. Le Numidicum marmor, d'après les indications des textes antiques, paraît avoir été rouge et jaune :
Sola nitet flavis Nomadum decisa metallis Purpura ‘.
Isidore de Séville le représente comme marqué de taches de la couleur du safran : « Numidicum marmor Numidia mittit; ad cutem succum dimittit croco similem ὅ. »
Pline, qui ne le décrit pas, donne la date de son importation à Rome : « Ce fut un des consuls de l’année 676, M. Le-
1 Hist. nat., XXXIV, xxix-xxx : «Est οἱ # Solin, XX VII. —Cf. Juvénal, Sat. vix, alia distinctio, quod chalcitis tria genera V. 182 : continet, aeris, et misyos, et soryos... Parte alia longis Numidarum fulta columnis Sory aegyptium maxime laudatur, multum Surgat et algentem rapiat coenatio solem. superato cyprio, hispaniensi et africo. » ὁ Stace, Sybves, Ε, v. 36.
* Hhst. nat., V,u. 5 Isidore de Séville, Etym., XVI, v, 16.
Le sory.
Marbre
numidique.
Marbres blancs
du Djebel Felfela.
—#3( 260 ).ς.3---pidus, qui fit, le premier, dans sa maison, les seuils en marbre de Numidie, et il en fut grandement blâmé. C’est la première trace que je trouve de l'importation du marbre numidique, non en colonnes toutefois, ni en plaques, mais en blocs et pour un très vil usage !.»
La colonne qui fut élevée à César dans le Forum, avec l'inscription Parenti Patriae, était en marbre numitdique et haute de près de vingt pieds ?. Le terme solidam columnam dont se sert Suétone prouve que cette variété de marbre était déjà rare. Au temps de Sénèque, c'était un luxe de le mélanger, sous forme d'incrustations, aux marbres d'Alexandrie. À l'époque de Néron on commença à le moucheter de taches ovales“.
Le marbre numidique est à peine connu aujourd'hui. L'unique échantillon qu'en possède le Louvre est une colonne de huit pieds de haut, placée dans la salle des Muses. Les carrières d'où on le tirait n'ont pas été retrouvées. Malte-Brun suppose qu'elles avaient été épuisées dès l'époque romaine ὅ.
En dehors de cette variété, dont l'extrême rareté faisait sans doute en grande partie la valeur, la Numidie produisait de très beaux marbres statuaires, dont les carrières ont été retrouvées dans le Djebel Felfela, à l’ouest de Bône. Le massif de cette montagne, si riche en munerais de fer, fournit un marbre saccharoïde, à grain fin, d'une beauté remarquable:
.ὐ XXXVI, vus : «M. Lepidus Ὁ. Catuli consulatu collega, primus omnium limina ex numidico marmore in domo posuit, magna reprehensione.., Hoc primum invecti numidici marmoris vestigium invenio, non in columnis tamen crustisve, ut carystii, sed in massa ac vilissimo liminum usu. »
? Suétone, Div. Jul., Lxxxv : « Postea solidam columnam prope viginti pedum lo-
pidis numidici in foro statuit scripsitque :
Parenti Pairiae. »
* Sénèque, Epist. LXXXVI : « Nisi Alexandrina marmora Numidicis crustis distineta sunt, »
ὁ Hist. nat., XXXV, 1 : «Neronis vero, imaculas quae non essent, crustis inserendo unifatem variare, ut ovatus esset Numidicus...»
# Précis de la Géogr. univ., t. X, p: 247.
—#>( 261 ).:--- Les carrières antiques avaient été ouvertes au-dessous du point culminant, du côté de l’ouest : à en juger par limportance des excavations, elles ont dû fournir des blocs énormes. Elles offrent tous les indices d’une longue exploitation.
Il existe au cap de Garde, près de Bône, plusieurs carrières de marbre blanc mêlé de nombreuses veines grises, qui datent de l'occupation romaine. On pouvait encore, en 1845, avant que l'exploitation eût été reprise, retrouver toutes les traces du travail antique. On voyait très distinctement les trous qui servaient aux ouvriers pour s'échafauder afin de pratiquer des cntailles latérales de chaque côté du bloc. Une troisième entaille était pratiquée à la partie inférieure, dans toute la profondeur que l’on désirait donner au bloc, et comme la face supérieure était à découvert, il ne restait plus qu'à détacher la partie postérieure, seule adhérente à la carrière, au moyen de coins ou à l’aide de la scie; les traces de ce dernier instrument étaient tellement nettes, à certains endroits, qu'on aurait pu en compter tous les trarts ‘.
La Zeugitane était moins riche. Les montagnes de Djebba, qui séparent le bassin de la Medjerda de celui de Oued Khaled, fournissent encore les marbres à nummulites que les Romains avaient utilisés pour la construction du temple de Zucchara (Djougqar). J'ai retrouvé à Chemtou (Simittu) de vastes carrières d'un très beau marbre rose veiné de blanc. Elles se composent d'une série de salles et de couloirs éclairés par des ouvertures latérales ou pratiqués dans les voûtes, et rappellent par leurs dispositions les gigantesques laiomies d'El Haouria. Quelques blocs non utilisés portent encore la date à laquelle ils ont été détachés de la carrière et un numéro d’ex-
* J. Tixier, Bulletin de la Société géologique de France, t. IV, p. 160. — Fournel, 1.1, Ρ' 34. ‘
Marbres du cap de Gare.
Marbres à nummulites
de Djebba.
Maxbres roses
de Chemtou.
traction. L'un de ces blocs remonte à l'année 107 et porte le numéro DELXIT’'; d'autres appartiennent aux années 150", 11°, 161" οἱ 189 ἢ, et portent les numéros DXVIT, CCCXI?, CCCXLIIT. Quelques-unes de ces inscriptions donnent le nom des différents ateliers d'extraction : elles font connaître une
! Delattre et Héron de Villefosse, Revue archéologique, mai et juillet 1881 :
Ibid. :
Ibid. :
Ibid. :
Ibid. :
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