‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 25 sur 58 · BERBÈRE. ARABE · texte numérisé non relu

BERBÈRE. ARABE

PA MIITEITRE TE TT DIALECTE DIALECTE algérien. marocain,

(0 τ ΟΥΤΩΣ ἢ το τἀ ῶς méoun azrar el mouhräts cl Abe, 404 rs ΦΈΣΙ σε: δὲ alsmour “ es sehem \ Sog'(de bois):pesattis te tissilts “ el ouçäda &gbs9)l Oreilles du'soc. ...... 0. imizzar 7 el ourdenin DS Soc (de fer) MAMA tagorsa tequersa 65 sekka Γ ὶ ΝΙδηδ δι. ἐς RER ME tafeloust “ el ousla als) sous de Page pic ete if la “ el mkheroug SI ΠΟΙ ρον Στ ΡΝ ET azaglou ” el medhmed ESA Chevilles centrales du joug. iskak 4 el mräidj &\ à Bande!de cuir... Ἐς lazitma “ el medjbed sal Tiges latérales du joug. . .. tikhlal “ el khlaïat te l1| (ΒΕ ΠΟΙ 27e Fonte à tidfassin “ el fnâia 4h

Asllon eee en anzel “ el mhamez jeæd]

semailles, ne retournait à son champ que pour moissonner. C'est ainsi que se passent encore les choses et, si les mauvaises herbes ne sont pas aussi rares que veut bien Île dire Columelle, elles ne sont pas assez abondantes, du moins, pour causer un dommage sérieux aux moissons. Un document épigraphique découvert dans une des parties les plus fertiles de l'Afrique propre, la Table de Souk-el-Khmis, prouve cependant que l'opération du sarclage était pratiquée à l'époque impériale, et que l’avidité des fermiers ne faisait plus aux plantes parasites la large part que leur laissaient et que leur laissent encore l'incurie et la paresse des indigènes. Dans ce curieux monument, les colons d’un domaine impérial, le saltus Burunitanus, se plaignent à l'empereur Commode de ce que, contrarement aux dispositions formelles d’une loi d'Hadrien, les fermiers s'arrogent le droit d'augmenter arbitrairement le nombre des prestations en journées de travail, et ils demandent que, conformément aux lettres des procurateurs déposées dans les archives de la circonscription domaniale de Carthage, ils n'aient pas à fournir, désormais, plus de six corvées par an, deux pour les labours, deux pour le sarclage, deux pour la moisson : Et, ut se habent liticrae Procuratorum quae sunt in tabulario tuo tractus Karthag(iniensis), non amplius annuas quam binas aratorias, binas sartorias, binas messorias operas debeumus?.

Le moissonneur se servait de la faucille (fig. 10), falx messoria

1 Pline, XVIII, £ : « Atin Bactris, Africa, Cyrene, omnia haec supervacua fecit indulgentia coeli, et a semente non nisi messibus in aream redeunt.» — Columelle, Il, x : «Sunt enim regionum propria munera, sicut Aegypti et Africae, quibus agricola post sementem, ante messem segetem non attingit, quoniam coeli con-

ditio, et terrae bonitas ea est, ut vix ulla herba exeat nisi ex semine jacto, sive quia rari sunt imbres, seu quii qualitas humi sic se cultoribus praebet. »

? Inscr. de Souk-el-Khmis, col. 3,1. 8.13.

L'adjectif sartorius est nouveau. Le substantif sartorium, synonyme de sarculus, n'appartient qu'à la basse latinité.

ou stramentarta", qui est encore en usage dans toute l'Afrique

Fig. 10. septentrionale. On coupait l'épi, comme aujourd'hui, à une certaine hauteur au-dessus du sol, ce qui permettait de donner aux bestaux, qu'on parquait dans le champ moissonné, de la paille fraîche pendant quelques jours.

Comme aujourd'hui, le dépiquage des blés, tritura, s'opérait au moyen d'une sorte de traîneau de bois (fig. 1 1), tribulum?,

monté sur de petites roues, armé, dans toute sa partie inférieure, de morceaux aigus de silex ou de dents de fer , et attelé

! Caton, De re rustica, x. — Pallad., Ad Virgil., Georg. 1, v. 164 : «Genus vehi-

1. <ÉvraT. culi omni parte dentatum , quo teruntur in ? Varron, De linqua latina, V,ur: « Hine area fruges. » in messe tritura, quod tum frumentum te- ὁ Varron, Dere rustica, 1. Li : «Τὰ spicis

ritur, ettribulum, quo teritur. » —Servius, in aream exculi grana, quod fit apud alios

d'un ou de deux chevaux. Le conducteur se plaçait sur la plateforme même, pour en augmenter le poids, et parcourait l'aire jusqu'à ce que le dépiquage fût complet. Ce procédé était particulièrement en usage en Afrique ', d'où le nom de plostellum poenicum donné au tribulum que nous venons de décrire. La figure 1 1 ci-contre représente une scène de dépiquage que nous avons dessinée d'après nature aux environs de Tunis, et qui donnera une idée assez exacte de ce qu'était la tritura à l'époque romaine. |

Le costume même de l'auriga reproduit fidèlement celui que portaient ses ancêtres.

Les grains étaient conservés, comme aujourd'hui, dans ces cavités souterraines, affectant la forme’ d’un entonnoir renversé, que les indigènes appellent metmoura ou silos. Ge dernier nom semble venir du mot σειρός dont on se servait, en Cappadoce et en Thrace, pour désigner des réservoirs du même genre. Le fond de l'entonnoir était garni de paille, et, la cavité une fois remplie, on la bouchait hermétiquement. Mis ainsi à l'abri de l'humidité et de l'air, le blé pouvait s'y conserver pendant cinquante ans, le millet pendant un siècle ?,

Les cachettes à blé ont toujours joué un grand rôle dans les guerres africaines. Les silos de la Byzacène permirent à César

jumentis junctis ac tribulo. Id fit e tabula lapidibus aut ferro asperata , quae imposito

? Varron, De re rust., 1, Lvir : « Quidam granaria habent sub terris speluncas , quas

auriga, aut pondere grandi trahitur jumentis junctis , utdiscutiat e spica grana... aut ex assibus dentatis cum orbiculis, quod vocant plostellum poenicum. In eo quis sedeat, atque agitet, quae trahant jument, ut in Hispania Citeriore et aliis locis faciunt, »

! Servius, loc. laud. : « quo maxime in Africa utebantur. »

vocant σειρούς, ut in Cappadocia ac Thracia, ali, ut in Hispania Citeriore, puteos, ut in agro Carthaginiensi et Oscensi. Horum solum paleis substernunt, el curant ne humor aut aer tangere possit, nisi cum promitur ad usum. Quo enim spiritus non pervenil, 101 non oritur curculio. Sic conditum triticum manet vel annos quinquaginta; milium vero, plus annos centum. »

Entrepôts de bles

de nourrir ses troupes '; c'est à ces dépôts de blé, et non pas aux champs mêmes, qu'allaient les frumentatores chargés de ravitailler l’armée, et nous pouvons supposer que le pilum des légionnaires n'était pas moins utile, dans la recherche des silos, que ne l'était la baguette de fusil de nos soldats, dans les premiers temps de nos expéditions africaines.

Nous exposerons, dans la partie de ce livre consacrée à la géographie administrative, tout ce qui est relatif à l'exportation des blés africains.

La mouture du blé s'effectuait ordinairement au moyen de moulins, misen mouvement soit par le bras de l'homme, mola manuaria où trusatilis ?, soit par une bête de somme, mola asinarta* où jumentarta*, très rarement au moyen de moulins à eau, mola aquaria*, en raison de l'extrême rareté de ce moteur en Afrique.

Le moulin à bras se composait essentiellement de deux pièces, la meta et le catillus (voir fig. 12). La meta consistait en une base cylindrique, À, mesurant ordinairement cinq pieds de diamètre sur un pied de hauteur, et portant une saillie conique ou, pour mieux dire, en forme de cloche, B, d'environ deux pieds de hauteur, munie à son sommet d'un pivot de fer, C. Le catillus, ou meule extérieure, D, affectait la forme d'un

* De Bello afr., vxv : « Est in Africa consuetudo incolarum ul in agris et in omnibus fere villis sub terra specus condendi frumenti gratia clam habeant, altque id propter bella maxime hostiumque subitum adventum praeparent. Qua de re Caesar cerlior per indices factus, tertia vigilia legiones duas cum equilatu mittit ab castris suis milia passuum decem, alque inde magno numero frumenti onustos recipit in castra, »

ἢ Javolenus, Digeste, XXXIIT, vit, 26.— Gellius, IT, 111 : «Cum ob quaerendum victum, ad circumagendas molas, quae trusatiles appellantur, operam pistori locasset. »

3 Caton, De re ruslica, X, x1v; XI, 1v.

ὁ Javolenus, Digeste, XXXIII, vis, 27 :

«Molas manuarias supellectilis, jumentarias instrumenti esse, Ofilius ait.»

5 Palladius, 1. xzu. — Pline, XVII, XXII, 1. — Vitruve, X, x:

sablier: la moitié inférieure de cette pièce emboîtait le cône de la meta et recevait le pivot C dans un trou, E, pratiqué

Fig. 12.

au centre de l'étranglement du catillus. Grâce à cette disposition, la meule extérieure était maintenue dans une position fixe, et le frottement était régularisé. Deux oreilles carrées F, F, percées d'un trou rectangulaire destiné à recevoir les barres de bois, f, f, qui transmettaient le mouvement, étaient ménagées à l'étranglement de la meule extérieure. Le blé était versé dans l'entonnoir formé par la partie supérieure du catillus, qui servait ainsi de trémie, et, descendant peu à peu, à travers quatre trous percés au fond de l'entonnoir, sur le cône solide de la meta, était broyé entre la face externe de ce cône et la face interne du catllus, à mesure que cette seconde pièce tournait autour de la première. La farine était reçue dans un canal, G, creusé, pour la recueillir, dans la face supérieure de la base de la meta.

La figure 13 (page 314) représente un catillus et une meta que nous avons trouvés dans les ruines de Vallis. Les oreilles ont une forme un peu différente, et elles sont percées de deux

IMPRIMERIE NATIONALE

—#>( 314 }.ε.--œillets latéraux destinés à recevoir les chevilles qui maintenalent les barres de bois.

da

qu

till

᾿ Il il

La mola Jumentaria οἱ. la mola aquaria étaient construites d'après les mêmes principes, et ne différaient de la meule à bras que par l'appareil qui imprimait au catllus son mouvement de rotation.

Nous venons de décrire le moulin des populations sédentaires. Les nomades ne se servaient que de la petite meule à main encore en usage aujourd hui parmi les tribus arabes. Un passage de la Johannide la représente comme formant, avec le calathus, équivalent du panier arabe a25, kouffa, le mobilier du Gétule errant !.

On sait que les Berbères, en embrassant l'islamisme, ont adopté les divisions de l’année arabe. J'ai constaté qu'au Maroc, où l'élément indigène ἃ été beaucoup moins modifié par l'invasion hilalienne que dans le reste de l'Afrique septentrionale,

* Corippus, Johannide, IV, v. 150 :

ere Cecidit calathusque lapisque

Quo Cererem frangit.

le calendrier romain est encore en usage concurremment avec le calendrier arabe; si l'on se sert exclusivement de ce dernier pour tous les actes de la vie politique, civile et religieuse, cest toujours l'autre quon emploie quand 1] s'agit des diflerentes phases de l'année agricole‘. Je n'ai pas besoin d'ajouter que le 1° janvier de ce calendrier correspond au 13 janvier de notre style. De même la grande fête de l'agriculture, l'Anssera, qui se célèbre au solstice d'été, tombe treize jours après la Saint-Jean du 24 juin.

M. Masqueray a observé de son côté, dans l’Aurès, des coutumes analogues, qui remontent certainement à l'époque chrétienne. La fête de Noël est célébrée, sous le nom de Bou In, à Menäa, chez les Chaouïa Roumania. Huit jours avant la fin de l'année, les femmes changent une pierre du foyer et renouvellent la terre qui l'entoure. Le premier jour de l'année se nomme, dans toule cette région, /nndr « janvier ».On fête l'année nouvelle, pendant la nuit qui la précède, par un repas dans lequel on sert de la viande et des œufs; on lave tous les vête-

* Nous donnons ci-dessous les noms des douze mois dans le calendrier agricole des Berbères du Maroc :

LS AE CORRE EN E Lenaïr ce ΠΟΥΕΙΘΙ τ οὐ τρίτος Febrair εἰ c$ ΤΉ ὙΠ ΤΉ RE een à Mars Δ)

ANT SRE AM URL EI): Ebril ΘΣ Ὡ 85. tee ee. Δ σα Μαῖο d5lo AUOT ER RE RO PEER Lounio aus D ΒΉΕΜΕΝΤῪ ἩΉΥΓΥΝ ΤἸοιϊίοιις Dj AUDE Te MN: Le 5e Aghocht ou Ghocht Ce DEDICIHDES:. reel a aete ee à 00 Choutembir pr PIC a mas die ἐν Oktouber eXS ΠΟΥ ΡΤΘΣ ον NS en Nouambir (9) Décehnhests html. ? … .. Doudjambir ce

Le lotos,

—+>( 316 )...--ments et l'on change tous les objets usés. Six semaines après cette date, par conséquent au commencement du printemps dans cette région, les gens de Menâa célèbrent une fête champêtre. On se rend dès le matin à la montagne, au son des flûtes, et chacun en rapporte des branches et des herbes vertes. Les ré- Jouissances continuent toute la journée et les deux jours suivants. Une autre fête a lieu au mois de septembre, lorsque tous les grains sont battus et rentrés, et dure également trois jours!.

Nous terminerons cette étude de la flore africaine par quelques mots sur une espèce végétale que l'antiquité semble avoir localisée dans la région syrtique, et dont la détermination a été fort discutée. Elle l'est même encore aujourd'hui. Nous voulons parler du Lotos.

Scylax en distingue deux espèces, qu'il ne décrit pas. On mangeait l’un, et l’autre servait à faire une sorte de vin ?. Hérodote se borne à dire que le fruit du lotos était de la grosseur d'une baie de lentisque, et que sa saveur rappelait celle de la datte*. D'après Théophraste, le lotos est un arbre un peu moins grand que le poirier; sa feuille est dentée et semblable à celle de l'yeuse; le bois est noir. Le naturaliste grec constate qu'il existait plusieurs espèces de lotos donnant des fruits différeuts ἤν « Le fruit, ajoute-t1l, est de la grosseur d'une fève et, comme le raisin, il change de couleur à mesure qu'il münit, et pousse serré sur les rameaux, comme les bois de myrte. Celui que mangent les Lotophages est doux et agréable: il n'est pas nuisible à la santé et il favorise même la digestion. La variété la plus savoureuse est celle qui n'a pas de noyau. On en fait

* Voyage dans l'Aouras (Bulletin de la δ IV, cuxxvir : ὦ δὲ τοῦ λωτοῦ καρπός Soc. de géographie, juillet 1876). ἐσΊῆι μέγεθος ὅσον τε τῆς oyivou, γλυκύ-

ἢ Scylacis Peripl., 81 10 : ἂν δὲ τῇ νήσῳ τητα δὲ τοῦ φοίνικος τῷ καρπῷ σροσγίνεται λωτὸς, ὃν ἐσθίουσι, καὶ ἕτερος, ικελος.

ἐξ οὗ οἶνον ποιοῦσιν. * Théophraste, Hist. plant., IV, πα: ἕν

nf 81} je

aussi du vin. Le lotos croît en abondance et donne beaucoup de fruits : l'armée d'Ophellas, dans sa marche sur Carthage, put s'en nourrir pendant plusieurs jours *.»

La description la plus complète est celle de Polybe : « Le lotos des Lotophages », d'après cet historien, si bien informé de toutes les choses d'Afrique, «est un arbrisseau rude et armé d'épines : les feuilles sont petites, vertes et semblables à celles du rhamnus; ses fruits encore tendres ressemblent aux baies du myrte; lorsqu'ils sont mûrs, ils prennent une couleur rousse; ils égalent alors en grosseur les olives rondes et renferment un noyau osseux !.» — « Lorsque les fruits sont mürs, ajoutet-il, les Lotophages les cueillent, les écrasent et les renferment dans des vases... On les mange ainsi préparés. Leur saveur approche de celle des figues ou des dattes. On en fait aussi une sorte de vin en les mêlant avec de l'eau. Cette liqueur est très bonne, mais elle ne se conserve pas au delà de dix jours; aussi n'en prépare-t-on que la quantité nécessaire. On fait également du vinaigre avec les fruits du lotos ἢ.»

Λιβύῃ δὲ ὃ λωτὸς mhetolos καὶ xd] duo os … ἔστι δὲ τοῦ λωτοῦ τὸ μὲν ὅλον δένδρον ἴδιον εὐμέγεθες ἡλίκον ἄπιος ἢ μικρὸν ἔλατroy: (ύλλον δὲ ἐντομὰς ἔχον καὶ πορινῶδες" τὸ μὲν ξύλον μέλαν γένη δὲ αὐτοῦ πλείω διαφορὰς ἔχοντα τοῖς καρποῖς᾽ ὃ δὲ καρπὸς ἡλίκος κύαμος, πεπαίνεται δὲ ὥσπερ οἱ βότρυες μεταξάλλων τὰς χροιάς" φύεται δὲ καθάπερ τὰ μύρτα wap ἄλληλα πυκνὸς ἐπὶ τῶν βλασήῶν: ἐσθιόμενος δ᾽ ὃ ἐν τοῖς Λωτοῥάγοις καλουμένοις γλυκὺς καὶ ἡδὺς καὶ ἀσινὴς καὶ ἔτι πρὸς τὴν κοιλίαν ἀγαθός" ἡδίων δ᾽ ὃ ἀπύρηνος, ἐσΐι γὰρ καὶ τοιοῦτόν τι γένος᾽ “ποιοῦσι δὲ καὶ οἶνον ἐξ αὐτοῦ.

® Polybe, ΧΙ; 11: ἔστι δὲ τὸ δένδρον, ὃ λωτὸς, οὐ μέγα" τραχὺ δὲ καὶ ἀκανθῶδες.

? Ibid. : ᾿πὰν δὲ πεπανθῇ, συνάγουσιν"

Pline considère le lotos comme une espèce de micocoulier, celtis australis.

La description qu'il en donne reproduit, en général, celle de Théophraste, sauf quelques détails empruntés à Cornelius Nepos :

«L'Afrique, dit Pline, dans la partie qui nous regarde, produit un arbre remarquable, le lotos, qu'on nomme celtis. Il est naturalisé dans l'Halie, mais le terrain l'y a modifié. Les plus beaux lotos croissent dans la région des Syrtes et chez les Nasamons. La feuille a de nombreuses découpures, comme celle de l'yeuse. Il y ἃ plusieurs espèces de lotos, et ce sont surtout les fruits qui les caractérisent. Le fruit a la grosseur d'une fève, la couleur du safran: mais avant la maturité, cette couleur varie incessamment, comme dans le raisin. 1] vient très serré sur les branches, comme les baies du myrte, et non pas, ce qui a lieu en Italie, comme les cerises. Dans le pays dont 1] est originaire, le lotos est tellement doux qu'une nation et une contrée en ont pris leur nom, et que les étrangers, séduits par ce fruit hospitalier, oublient leur patrie ”. On dit que ceux qui en mangent n'éprouvent pas de maladies du ventre. La variété qui n'a pas de noyau intérieur est meilleure que celle qui en a un. On en extrait aussi un vin semblable au vin miellé, qui, au dire de Cornelius Nepos, ne se garde pas au delà de dix jours. Le même auteur ajoute que les baies du χρηστῷ maparAñotos" ᾧ χρῶνται χωρὶς ὕδατος. Οὐ δύναται δὲ σ΄ λέον δέκα μένειν

καὶ τὸν μὲν, τοῖς οἰκέταις, μετὰ χόνδρου κόψαντες, oérlouoiv ἐς ἀγγεῖα" τὸν δὲ τοῖς ἐλευθέροις, ἐξελόντες τὸν πυρῆνα, συντιθέασιν ὡσαύτως, καὶ σιτεύονται τοῦ-

1 Odyssée, IX, ν. 94-97 :

lotos, hachées avec l'alica! et mises dans des tonneaux, sont conservées pour la table. Nous lisons même que les armées qui traversaient l'Afrique, dans un sens ou dans l'autre, s'en sont nourries. Le bois est de couleur noire; on le recherche pour les flûtes. Avec la racine, on fait des manches de couteaux et d’autres pelits ustensiles ?. »

Clusius et Shaw ont été les premiers à reconnaître dans 16 lotos une espèce de jujubier. Linné se rangea à cette opinion en donnant à cette plante le nom de rhamnus lotus. Après avoir parcouru la région qui, d'après les témoignages antiques, produisait le lotos, Peyssonnel n'a pas hésité à l'identifier à une variété de jujubier sauvage très abondante sur les rivages de la petite Syrte et qu'il décrit ainsi: «C'est un arbrisseau très rameux, d'environ quatre ou cinq pieds de haut, qui, lorsqu'il a perdu ses feuilles, ne présente plus qu'un buisson composé de rameaux blancs, nombreux, fléchis en zigzags, très épineux, d'un aspect tout à fait sauvage. Ses feuilles sont dures, petites, ovales, obtuses, légèrement dentées, à trois nervures longitudinales; les pétioles très courts; les fleurs petites, d'un blanc

[2 ! Epeautre ou bouillie fabriquée avec nome: etiam genli terraeque dederit, nil q 8 q

de l'épeaulre. mis hospilali advenarum oblivione patriae,

" Hist.nat., XUT, xxxr1 : « Eadem Africa, qua vergit ad nos, insignem arlorem loton gignit, quam vocant celtim, et ipsam ltaliae familiarem, sed terra mutatam. Praecipua est circa Syrles atque Nasamonas. Magnitudo, quae piro : quanquam Cornelius Nepos brevem tradat. Incisurae folio crebriores, quae ilicis videntur. Differentiae plures , eaeque maxime fructibus fiunt. Magnitudo huic fabae, color croci, sed ante maturitatem alius atque alius, sicut in uvis. Nascitur densus in ramis myrti modo, non ,ut in Italia, cerasi ; tam dulciibiciho ut

Ferunt ventris non sentire morbum, qui eum mandant. Melior sine interiore nucleo, qui inaltero genere osseus videtur.

Vinum quoque exprimilur 11, simile mulso, quod ultra denos dies negat durare idem Nepos : baccasque concisas cum alica ad cibos doliis condi. Quin et exercitus paslos eo accipimus ultro citroque commeantes per Africam. Ligno color niger.

Ad tibiarum cantus expetitur. E radice cultellis capulos , brevesque alios usus excogitant. Haec 101 natura arboris. »

pâle, ramassées par paquets axillaires le long des rameaux. Les fruits sont globuleux, roussâtres à leur maturité, offrant, sous une chair pulpeuse d'une saveur agréable, un noyau globuleux à deux loges. Les fleurs paraissent au mois de mai; les fruits sont mürs dans le mois d'août et de septembre.» Cette description, comme on le voit, reproduit les principaux traits de celle de Polybe. Desfontaines constate, en outre, que les habitants des bords de la petite Syrte recueillent encore aujourd'hui les fruits de cet arbrisseau, les vendent sur les marchés, les mangent comme autrefois et en nourrissent même leurs troupeaux. Ils en font aussi une boisson en les broyant et en les mêlant dans de l'eau, exactement comme les Lotophages de l'antiquité se servaient du lotos : καὶ πρὸς πόσιν καὶ σρὸς βρῶσιν. 115 donnent à l'arbuste le nom de seder 58», sidra 6% » et assurent, par tradition, que les anciens habitants de l’île de Djerba faisaient de son fruit, appelé nabtk #, leur principale nourriture.

Bien que la question de l'identité du lotos et du seder, ou rhamnus lotus de Linné, semblât tranchée par le témoignage de Desfontaines, deux nouvelles opinions se sont récemment produites. Quelques naturalistes ont supposé que le lotos n'était pas autre chose que le caroubier, opinion qui semble diffcilement conciliable avec les indications des textes antiques. M. le D' Guyon, d'autre part, croit avoir retrouvé le lotos dans un arbuste épineux auquel les indigènes donnent le nom de damouch (nitraria tridentata Desf.). La baie du damouch est de la grosseur d'une cerise allongée et rappelle par sa saveur la groseille et la framboise. Cet arbuste, qui a été observé entre Biskra et Sidi-Okba, existe également sur les bords de la petite Syrte, et représente très probablement la seconde des deux variétés dont parlent les textes que nous avons cités, c'est-à-dire

celle dont le fruit, plus savoureux encore que l'autre, était dépourvu de noyau. Les deux espèces de lotos seraient donc représentées par le damouckh et le seder.

δ 3. — FAUNE.

Les deux grandes classes de l'embranchement des Zoophytes, les Polypiers et les Spongiaires, sont largement représentées dans les eaux de l'Afrique septentrionale. La pêche du corail et des éponges, si fructueuse encore sur les côtes barbaresques, a dû être, dans l'antiquité, une des principales industries du littoral libyen. Pline ne nomme pas l'Afrique parmi les contrées qui produisaient le corail le plus estimé, mais il n’en est pas moins probable que les bancs de Thabraca et de quelques autres points des côtes numides devaient être activement exploités, puisque, au témoignage même du naturaliste romain, l'exportation avait rendu cette matière si rare qu'on ne la voyait plus guère, de son temps, dans les pays qui la produisaient !.

Pline, par contre, parle à plusieurs reprises des éponges d'Afrique. Celles des Syrtes laissaient sur les rochers une couleur rougeûtre très vive *. Imbibée d'oxycrat, l'éponge d'Afrique passait pour résoudre les tumeurs”. Réduite en cendres et prise dans un mélange de suc de poireau et d'eau froide salée, elle était recommandée contre l’hémoptysie”". Pour certains usages médicaux, elle était préférée, à cause de sa dureté relative, aux éponges de Rhodesÿ.

? Hist. nat., XXXII, x1 : «Nunc tanta # Hist. nat., XXXI, xzvut : « Africanae penuria est vendibili merce, ut perquam cinis cum porri sectivi succo sanguinem raro cernatur in suo orbe. » rejicientibus haustu salis ex frigida pro-

5. Hist. nat., IX, Lxix : «In petris cruo- dest. » ris quoque inhaeret color, Africis praeci- 5 Hist, nat., XXXI, xzvir : « Africanas, pue, quae generantur in Syrtibus. » quarum firmius sit robur : Rhodiacasque,

ὁ Hist. nat., XXXI, xzvir : «Privatim ad fovendum molliores. »

Africanae ex posca tumorem discutiunt. »

IMPRIMERIE NATIONALE

Corail.

Éponges. “

Huitres.

Coquillages

purpurifères.

Pline ne parle des huîtres d'Afrique que pour reproduire l'opinion de Mucianus qui préférait celles de Cyzique à toutes les autres.

Les roches sous-marines du territoire africain fournissaient des murex (murices) et des pourpres (purpurae)?, utilisés pour la teinture de ces étoffes dont la couleur était si peu solide, mais auxquelles le luxe romain mettait un prix presque égal au prix des perles*. Les pourpres africaines les plus estimées étaient celles de Meninx et de la côte oecidentale de la Maurétanie“. On sait que la liqueur colorante de la pourpre est contenue dans un réservoir particulier, en forme de vessie, placé dans le voisinage de l'estomac. Pline décrit assez exactement cet appareil, et donne quelques détails sur la pêche des pourpres. On les prenait avec des nasses de petite dimension et à mailles larges que l’on jetait dans la mer. On y mettait en guise d'appât des bivalves appartenant aux espèces qui pincent en se refermant, telles que des moules, clusiles mordacesque conchae. «Ces coquillages à demi morts, mais qui, rendus à la mer, se raniment et s'ouvrent avidement, sont recherchés par les pourpres, qui les attaquent en avançant la langue : se sentant piqués, ils se referment et serrent ce qui les blesse; et les pourpres, victimes de leur avidité, sont enlevées, suspendues par la langue*.» On tâchait de les prendre vivantes, parce qu'elles rejetaient la liqueur colorante en mourant. Les indivi-

? Hist, nat., XXXII, xxi :

Muciani verba quae subjiciam

«Sunt ergo purpuras omnis hora atterit, quibus eadem

: «Cyzicena mater luxuria paria paene etiam margaritis

«majora Lucrinis, dulciora Britannicis, «suaviora Medulis, acriora Lepticis. . . »

* Hist. nat., V,1:« Quum ebori citroque silvae exquirantur, omnes scopuli Gaetuli muricibus ac purpuris. »

ἡ Hist. nat., IX, 1x, 1 : « Conchylia et

pretia fecit. »

Ἢ Hist. nat., IX ,1x, 3 :« Tyri praecipuus hic Asiae; in Meninge, Africae, et Gaetulo littore Ocean. »

5 Hist. nat., IX, Lx1 : « .. .ita pendentes aviditate sua purpurae tolluntur. »

dus de grande taille étaient extraits de leur coquille; quant aux pourpres plus petites, on les écrasait vivantes avec le test".

Pline nous a également laissé de curieux détails sur la fabrication de la pourpre. Après avoir extrait le liquide de la vésicule, on y mettait du sel dans la proportion de vingt onces pour cent livres de liquide colorant, et on le laissait macérer pendant trois jours seulement, la liqueur ayant d'autant -plus de force qu'elle était plus fraîchement recueillie. On la faisait bouillir ensuite dans des vases de plomb et réduire à une chaleur modérée, de façon que cent amphores de cette préparation (1,944 litres) donnassent cinq cents livres. On enlevait, avec l'écume, les chairs qui étaient restées adhérentes aux veines de la vésicule. Le dixième jour, tout était fondu, et l'on essayait la liqueur en y plongeant un morceau de laine dégraissée. La cuisson continuait jusqu'à ce qu'on eût atteint le point, donec sper salis fiat. La teinte qui tirait sur le rouge valait moins que celle qui tirait sur le noir. La laine trempait pendant cinq heures, puis on la replongeait dans le liquide colorant, après l'avoir cardée, jusqu'à ce qu'elle fût saturée. Le buccin mélangé à la pourpre donnait à la nuance trop foncée de celle-ci l'éclat sévère de l'écarlate. « Ainsi combinées, ajoute Pline, ces deux couleurs se donnent l’une à l’autre de l'éclat et du sombre : ta permiciis viribus alterum altero eæcutatur aut adstringitur. La juste mesure du mélange est, pour 80 livres de laine, 200 livres de buccin et 110 livres de pourpre : c'est ainsi que se fait cette admirable couleur d'améthyste*. »

La pourpre violette se vendait, vers la fin du 1° siècle de notre ère, 100 deniers (82 fr.) la livre. La pourpre tyrienne dibaphe coûtait dix fois plus cher*.

! Pline, Hist. nat., IX, 1x. δ Hist. nat, IX, zx: «Nepos Corne-

2 Hist. nat., IX, xt. lius, qui divi Augusti principatu obiit :

Fabrication

de la pourpre.

Escargots.

Rhax ou phalange

de Libye.

Scorpion.

—+#+3( 324 )ee3—

Les escargots d'Afrique, cochleae, passaient pour les plus féconds' et étaient les plus estimés. On les employait comme remède dans les maux d'estomac”, les hémoptysies* et d’autres affections". L'espèce africaine la plus recherchée se trouvait en Maurétanie, au promontoire du Soleil {cap Cantin )°.

Élien décrit une espèce de phalange, ou araignée venimeuse, particulière à la Libye, et appelée rhax, soit, à cause de sa couleur, qui est celle d’un grain de raisin noir, soit à cause de sa forme ronde. Elle ἃ de longues pattes, sa bouche souvre au milieu du ventre et sa morsure donne promptement la morté. Le rhax d'Élien est évidemment le rhagion de Pline, qui présente les mêmes caractères, moins la longueur des pattes’. Peut-être faut-il lire πόδας μικροὺς au lieu de πόδας μακρούς dans le texte d'Élien. Strabon parle également des dimensions extraordinaires qu'atteignait la phalange africaine*.

Le scorpion figure parmi les attributs de l'Afrique personni-

«Me, inquit, juvene, violacea purpura vi- «gebat, cujus libra denariis centum veni- «bat; nec multo post rubra Tarentina. Huic «successit dibapha Tyria, quae in libras «denariis mille non poterat emi.»

* Pline, Hist. nat.,X, Lxxxn : « Iyricae, quibus magnitudo praecipua, Africanae quibus foecunditas. »

? Hist.nat., XXX, χν: « Praecipue vero cochlearum cibus stomacho : in aqua eas subfervefieri intacto corpore earum oportet, mox et in pruna torreri, nihilo addito, atque ita e vino garoque sumi, praecipue Africanas. »

ὁ Ibid. : «Prosunt et sanguinem exscreantibus, demta testa tritae in potu aquae. »

# Hist. nat., XXVIIL, uix.

5 Jbid., XXX, xv : «Laudatissimae autem sunt Africanae : ex his solitanae. »

5 Élien, II, xxxvi : Γένος βαλαγγίου φασὶν εἶναι, καλοῦσι δὲ ῥαγὰ τὸ βαλάγγιον" εἴτε ὅτι μέλαν ἐσῆὶ, καὶ τῷ ὄντι προσέοικε σταφυλῆς ῥαγὶ, καί τως ὁρᾶται καὶ σερι- Gepès, εἴτε δι’ αἰτίαν ἑτέραν, καταγνῶναι ῥᾷον τοῦτο οὐκ ἔστι. Γίνεται δὲ ἐν τῇ Διδύῃ, καὶ ἔχει modos μακρούς" σήόμα δὲ εἴληχεν ἐν μέιῃ τῇ yaolpi, καὶ ἔσήιν ἀποκτεῖναι τάχισΐτον.

7 Pline, Hist. nat., XXIX, xxvur : « Vocatur et rhagion acino nigro similis, ore minimo sub alvo, pedibus brevissimis , tauquam imperfectis. Dolor a morsu ejus qualis ἃ scorpione. »

XVII, mr, 11 : ὁμοίως δὲ καὶ βαλάγγια καὶ μεγέθει καὶ “λήθει διαφέροντα.

-πττεϑί 325 )..--fiée dans les monuments de l'époque romaine. Une médaille d'Hadrien, entre autres, représente l'Afrique coiffée de la dépouille d'un éléphant et tenant un scorpion dans la main droite.

Beaucoup plus grand et beaucoup plus dangereux que celui de l'Algérie et du Maroc, le scorpion de Tunis est un véritable fléau, et c'est évidemment à cette variété que s'appliquent les périphrases de Pline : Hoc malum Africae?, dirum animal Africue*. Élien constate la terreur que ces arachnides inspiraient aux Libyens, et indique les mille précautions qu'on prenait pour se préserver de leur piqûre : chaussures doubles, lits élevés dont les pieds plongeaient dans des vases remplis d'eau”, etc. «Les scorpions,» ajoute Élien, à qui il faut absolument du merveilleux, «n'en arrivent pas moins à leur but en formant, à partir du plafond, et en s'accrochant les uns aux autres, une chaîne vivante, qui descend jusqu'au visage du dormeur.» Strabon se borne à constater que les Massésyliens, pour se préserver des visites nocturnes des scorpions, frottaient d'ail les pieds de leurs lits ou les entouraient de broussailles épineuses °. On les enveloppe aujourd'hui de filasse ou de pelotes de laine.

Les anciens attribuaïent à la terre de l’île de Galata et à celle de Clupea (Klibia) la propriété de tuer les scorpions. Cetie

? V. Pedrusi, Cesari, VI, xxix, 1. — Mionnet, VI, suppl., p. 571. — Lippert, Dactylioth., 1, p. 730.

? Hist. nat., XI, xxx.

3 Hist. nat., V, var.

ι Élien, VI, xxurr : Οἱ Alfues τὸ τιλῆθος αὐτῶν ὑφορώμενοι, καὶ mévra τὰ τεχνάσμᾶτα μηχαναῖς αὐτοὺς μυρίαις ἀντεπινοοῦσι φυλαττόμενοι" κοῖλα γὰρ ὑποδήματα φοροῦντες, καὶ ὑψηλοὶ καὶ μετέωροι καθεύ-

δοντες, nai τῶν τοίχων ἀνασήέλλοντες τὰς χεῖρας, καὶ τῶν κλινῶν τοὺς mOdas εἰς ὑδρίας ὕδατος ππεπληρωμένας ἐντιθέντες.

* XVII, 11, τι : Καθεύδοντες δὲ σεριχρίουσι τοὺς κλινόποδας σκορόδοις, τῶν σκορπίων χάριν, καὶ σαλιούροις περιδοῦσιν.

$ Pline, Hist, nat., V, ντῖ : «Galata, cujus terra scorpionem, dirum animal Africae, necat. Dicuntur et in Clupea emori. »

croyance existe encore en Tunisie. Les indigènes sont persuadés qu'il suffit de mettre sur le seuil d’une porte ou sur l'appui d'une fenêtre quelques fragments d'un grès coquillier qu'on trouve sur différents points de la Régence, pour que les scorpions reculent devant cette pierre. L'amphithéâtre d'El-Djemm est bâti tout entier en pierres de ce grès coquillier, et je dois dire que je n'ai jamais rencontré dans ses ruines ni un scorpion, ni un reptile.

Le scorpion de Tunis est fauve ou FX couleur jaunâtre tirant sur le vert; il atteint une longueur de 16 à 18 centimètres, et sa piqüre, souvent mortelle, entraîne toujours de graves accidents. Il en existe une variété noire, particulièrement redoutée, qui se rencontre surtout à Kaïrouân et à Djerba. Dans cette dernière localité, la Dyemda de chaque village, qui représente l’'Ordo du municipe antique, alloue une prime pour chaque scorpion tué. Enfilés à une ficelle, les corps de ces redoutables articulés forment de longs chapelets disposés en guirlandes d'un tronc de palmier à l'autre.

Victor de Vita considérait comme un miracle qu'aucun des catholiques exilés dans le sud de la Byzacène n'eût succombé à la piqûre des scorpions, dont cette partie de l'Afrique était infestée et qui était toujours mortelle’.

Nous n'avons pas besoin de dire que nous π᾿ avons retrouvé en Afrique ni les scorpions ailés de Strabon”, πὶ ceux que ΦΧ scorpii autem men nullum dicunt ali-

! Hist. persec. Vand., «Reliqui

habiliores ad solitudinis loca perveniunt, in quibus collocati hordeum ad vescendum ut jumenta accipiunt: Ubi etiam venenatorum animalium atque scorpionum tanta esse dicitur multitudo, ut ignorantibus incredibilis videatur, quae solo flatu etiam procul positis veneni virus infundat, Ab

quando evasisse : quorum feritas virulenta usque ad praesens tempus, Christo defendente, nullum servorum ejus nocuisse docetur, »

? XVII, Kai σκορπίων δὲ καὶ π]ηνῶν καὶ ἀπΠέρων λέγεται σ-λῆθος.

XII, Al

-ττεϑί 327 )...---- Pline faisait voyager par le vent du midi, « l'insecte étendant ses bras et s'en servant comme de rames !. »

Pline parle de la sauterelle comme d'un autre fléau africain dont les ravages s'étendaient souvent jusqu'à l'Italie : Jtaliam ex Africa maxime coortae (locustae) infestant, saepe populo ad Sibyllina coacto remedia confugere, inopiae metu ἡ. Il ajoute, d'après le témoignage de Varron, que des populations entières, en Afrique, furent chassées par ces insectes *.

Si la sauterelle est encore une calamité pour les terres fertiles du Tell, elle est une véritable bonne fortune pour les populations affamées des hauts plateaux sahariens, auxquelles elle assure des subsistances pour quelque temps. Confite dans la saumure ou desséchée, elle constitue une conserve qui n'est pas à dédaigner, et qui se vend fort bien, surtout au Maroc. Les Nasamons, au dire d'Hérodote, faisaient la chasse aux sauterelles, les faisaient sécher au soleil, les réduisaient en poudre et buvaient cette poudre avec du lait“.

L'ichtyologie africaine tient bien peu de place dans les textes antiques. Nous n'avons guère à noter qu'un petit nombre de renseignements d’un médiocre intérêt. Pline assure que les poissons de Leptis étaient amers comme ceux de Dyrrhachium et de Scylla”, et que le silure d'Afrique, plus que toutes les autres variétés de cette espèce, facilitait, employé en fumigations, le travail de l'accouchement®. Columelle parle de l'ombre

᾿ Hist. nat., XI, xxx: « Hoc malum Africae volucre etiam Austri faciunt, pandentibus brachia, ut remigia, sublevantes. »

* Hist. nat., XI, xxxv.

8 Jbid., VIU, XLUT : «M. Varro auctor est ab ranis civitatem in Gallia pulsam, ab locustis in Africa. »

* Hérodote, IV, czxxir : Τοὺς δὲ &r7eXé- Sous ἐπεὰν Sypelowot, αὐήναντες πρὸς τὸν

5 Pline, Hist. nat., XXXIT, 1x : «Nec illa in novissimis mira, amaros esse pisces ad Pelen insulam et ad Clazomenas, contra scopulum Siciliae ac Leptis Africae. »

$ Jbid., XXXIL, xzvr : « Item siluri suffitu, praecipue Africi, faciliores partus fieri dicuntur. »

Sauterelles.

Poissons.

Tortue.

d'Afrique. Un vers d'Ennius, cité par Apulée !, donne le premier rang aux mustelae marinae ἢ de Clupea :

Omnibus at Clupeae praestat mustela marina.

La pêche, et tout particulièrement celle du thon, était très abondante sur les côtes syrtiques. Elle forme encore aujourd'hui la principale ressource des habitants de Benzert et de ceux de Kerkenna. On trouve des pêcheries et des fabriques de salaisons sur presque tous les points du littoral où les documents antiques nomment des établissements de ce genre, ταριχεῖαι *.

On emploie pour pêcher le mulet, à Benzert, un procédé fort simple et qui date peut-être de l'époque punique. On tend, d'un bord à l'autre du canal par lequel le lac communique avec la mer, une corde entièrement plongée sous l’eau et munie d'un anneau assez large. À cet anneau est attachée une ficelle dont l’autre extrémité retient un mulet femelle. Le va-et-vient de cet appât vivant attire les mâles, et la pêche est aussi facile qu'abondante.

Les documents anciens sont plus nombreux en ce qui concerne les reptiles.

Parmi les chéloniens, nous trouvons la tortue terrestre d'Afrique, dont l'écaille, désignée par l'industrie antique sous le nom de chersina®, était employée dans la fabrication des lyres,

Ἢ Élien, XIV, xvir : Eloi δὲ ἄρα καὶ χελῶναι Θρέμμα Λιβύης, οὐλόταται ὅσα

* Apulée, Apologq., c. χχχιχ. Cf. Columelle, VIII, xvur.

ἡ On suppose que la mustela marina était une espèce de lamproïie; mais cette identification n'est rien moins que certaine. |

* Voir plus haut le chapitre consacré au littoral et aux îles, et particulièrement

Ρ. 179 et 207.

ἰδεῖν, ὄρειοι δὲ αὗται, καὶ ἔχουσι τὸ χελώνείον εἰς βάρξιτα ἀγαθόν. --- Pline, Hist.

nat., IX, xtr : « Sunt et terrestres, quae ob id in operibus chersinae vocantur, in Africae desertis, qua parte maxime sitientibus arenis squalent, roscido, ut creditur, humore viventes. »

Taillée en lames, elle servait aussi à revêtir les lits et les buffets.

Parmi les sauriens, Pline cite le caméléon ὃ; Strabon, des lézards de deux coudées*, dans lesquels 1] est facile de reconnaître l’ouaran arabe.

Pline affirme que le lac Nilis, en Maurétanie, nourrissait des crocodiles. Le roi Juba en avait rapporté un et l'avait consacré dans le temple d'Isis à Césarée". L'existence de grands sauriens dans les bas-fonds qui séparent l'Afrique du Nord du plateau central ne saurait être mise en doute puisqu'on les a retrouvés, de nos jours, dans les lacs de ce même plateau. M. Henri Duvevyrier, dont le témoignage ἃ tant d'autorité, signale la présence du crocodile dans le lac de Miherho, une des sources de l'Igharghar, ainsi qu'à Taderadjeré, tête de lOuadi Tedjoudjalt, sur le rebord sud du Tasili du Nord. «Les grandes inondations qui ont eu lieu à l’époque de mon passage à Tikhammalt, dit M. Duveyrier, m'ont empêché d'aller moimême constater l'identité de cet animal amphibie avec ceux du Nil ou du Niger, mais les renseignements précis et certains qui m'ont été donnés par des personnes ayant vu le crocodile en Égypte et dans le Soudan, l'effroi qu'il inspire aux serfs riverains, la dîme qu'il prélève sur les troupeaux qui vont boire aux lacs, enfin les blessures dont quelques Touäreg porteni la cicatrice, ne me laissent aucun doute à cet égard. L’existence du crocodile dans les lacs du Tasili du Nord ne serait pas, d'ailleurs, une exception dans la région saharienne, car,

? Pline, Hist. nat., IX, ximt : « Testudi- 5. Hist. nat., VIIL, τὰ : «...at chamae-

num putamina secare in laminas , lectosque leonem et ipsa (Africa gignit).» et repositoria his vestire, Carvilius Pollio * XVII, m1, τι : Σαύρας δὲ διπήχεις instiluit, prodigi et sagacis ad luxuriae in- φασίν. ᾿

strumenta ingenii. » “ Pline, Hist. nat., V, x.

IMPRIMERIE NATIONALE

Caméleon.

Lézards.

Crocodile,

—#2( 330 ).:--s'il faut en croire les Tebou, plusieurs lacs de leur pays, notamment celui de Domor, sur la frontière du Borgou, seraient aussi peuplés de crocodiles ?.

M. Duveyrier fait observer que, les lacs de Miherho étant une des têtes de l'Igharghar, le Triton d'Hérodote, la présence des crocodiles dans ce fleuve, à l'époque où les eaux remplissaient en tout temps un lit qui n’a pas moins de six kilomètres de largeur, n'a rien que de très probable; et que, par la même raison, on doit accepter comme vraisemblable que, l'eau ayant cessé de couler à ciel ouvert dans la partie inférieure du fleuve, les animaux auxquels il donnait la vie soient remontés jusqu'à ses sources. « Avec le temps, tout a changé : faute d'eau, le chameau ἃ remplacé le zébu; faute d'eau, l'Igharghar est devenu un grand ouadi au lieu d'être un grand fleuve, et de même qu'il y a encore quelques zébus dans l'oasis, riche en eau, de Rhät, de même 1] y a encore des crocodiles dans les lacs de Miherho. La zoologie, dans ces deux cas, vient confirmer les tradiuons de l'histoire. »

L'herpétologie africaine n’est encore que très imparfaitement connue; aussi, nos listes sont-elles moins riches que celles des anciens, qui faisaient d'ailleurs une si large part à l'imagination et à la légende

Faut-il reléguer dans la faune fabuleuse le serpent gigantesque contre lequel Regulus dut employer les machines de ses légions? Le témoignage de Tubero, reproduit par Tite- Live, Valère Maxime, Sénèque, Silius Italicus, Pline, Florus, Gellius et Vibius Sequester”?, ne permet guère de douter que

* Les Touéreg du Nord, p. 232-284. Valère Maxime, 1, vu, 19 : « Quae quia ? Tite-Live, Epitome libri XVII : « Ati- supra usitatam rationem excedentia attigilius Regulus in Africa serpentem porten- mus, serpentis quoque a T. Livio curiose tosae magniludinis cum magna clade mili- pariter ac facunde relata fiat mentio. 15

tum occidit. » enim ait in Africa apud Bagradam flumen

-ττεϑοί 331 )..---l'armée romaine, dans le cours de la première guerre punique, ait eu la rare fortune de rencontrer, sur les bords du Bagrada, un ophidien de dimensions exceptionnelles. Ce que nos naturalistes ont quelque peine àadmettre, c'est que le monstre, dont la peau et les mâchoires furent envoyées à Rome, où elles restèrent suspendues dans un temple jusqu'à la guerre de Numance, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle, ait eu la taille que les textes antiques lui attribuent. Le soukourouyou, où boa du Brésil, le reptile le plus long que nous connaissions, n'atteint pas une longueur de plus de vingt-cinq mètres. Le python, ou boa d'Afrique, ne dépasse pas vingt-cinq pieds. Or le serpent du Bagrada n'aurait pas eu moins de cent vingt pieds romains (35",58).

tantae magnitudinis anguem fuisse , ut Atilii Reguli exercitum usu amnis prohiberet, multisque militibus ingenti ore correptis, compluribus caudac voluminibus elisis, cum telorum jactu perforari nequiret, ad ultimum ballistarum tormentis undique petitam , silicum crebris et ponderosis verberibus procubuisse ,omnibusque et cohortibus et legionibus ipsa Carthagine visam lerribiliorem , atque etiam cruore suo gurgitibus imbutis corporisque jacentis pestifero adflatu vicina regione polluta, romana inde summovisse castra. Adjicit belluae corium centum etviginti pedum in urbemmissum. »

Sénèque, ἔριδι. Lxxx11 : « Serpentem illam in Africa saevam et romanis legionibus bello ipso terribiliorem, frustra sagitlis fundisque petierunt; ne pilo quidem vulnerabilis erat, quum ingens magnitudo, pro vastitate corporis solida , ferrum et quidquid humanae torserant manus, rejicerel :

molaribus demum fracta saxis est. Et adversus mortem Lu tam minuta jacularis ? »

Silus Jtalicus, VI, v. 151 :

«ον Monstrum exitiabile et ira

Telluris genitum, cui par vix viderat aetas

Ulla virum, serpens centum porrectus in uinas.

Pline, Hist. nal., VIIT, χιν : «Nota est, in punicis bellis, ad flumen Bagradam, ἃ Regulo imperatore ballistis tormentisque, ut oppidum aliquod, expugnata serpens exx pedum longitudinis. Pellis ejus maxillaeque usque ad bellum numantinum duravere Romae in templo. »

Florus, Epit., I, 11 : «Nec cum hominibus, sed cum monstris quoque dimicatum est, cum, quasi in vindictam Africae nata, mirae magnitudinis serpens posila apud Bagradam castra vexaverit. »

Aulus Gellius, Noct. Attic., VI, 111 : « Eubero in historiis scriptum reliquit, bello primo poenico Atilium Regulum, consulem in Africa, castris apud Bagradam flumen positis, proelium grande atque acre fuisse adversus unum serpentem in illis locis stabulantem, invisitatae immanitatis; eumque, magna lotius exercitus conflictione, ballistis atque catapultis diu oppugnatum :

ejusque interfecti corium longum pedes centum et viginti Romam misisse. »

Les légendes arabes et berbères, intarissables sur le chapitre des serpents, sont muettes en ce qui concerne le basilic, auquel la superstition libyenne attribuait une sorte de royauté sur tous les autres reptiles :

Sibilaque effundens cunctas terrentia pestes, Ante venena nocens, late sibi submovet omne Vulgus, et in vacua regnat basiliscus arena !.

Ces vers de Lucain résument le passage qu'Élien a consacré au basilic. «Lorsqu'un mulet tombe, en Afrique, épuisé de fatigue, et que les serpents s'attaquent à son cadavre, le basilic apparaît : à son premier sifflement, tous les reptiles se retirent. Lorsqu'il est repu, 1] les avertit par un second sifflement qu'ils peuvent profiter de ses restes”. »

«Le serpent appelé basilic, dit Pline, n'est pas doué d'une moindre puissance. La province de Cyrénaïque le produit; sa longueur n'est pas de plus de douze doigts”; il a sur la tête une tache blanche, qui lui fait une sorte de diadème. Il met en fuite tous les serpents par son sifflement. Il ne s’avance pas comme les autres en se repliant sur lui-même, mais il marche en se tenant dressé sur la partie moyenne de son corps. Il tue les arbrisseaux, non seulement par son contact, mais encore par son haleine; il brüle les herbes, il brise les pierres, tant son venin est aclif. On a cru jadis que, tué d'un coup de lance porté du haut d'un cheval, 1] causait la mort, non seulement du cavalier, mais du cheval lui-même, le venin se propageant le long de la lance". Ce monstre redoutable (on en a fait sou-

᾿ς Lucain, Pharsale, IX, v. 724-726. Peut-être Pline fait-il allusion à ces vers * Élien, IT, vi. de la Pharsale :

© Élien (ll » ὙΠ) Jui donne un FPApaa de Quid prodest miseri basiliscus cuspide Murri longueur : σπειθαμὴ δὲ τοῦ βασιλίσκον τὸ Transactus ? Velox currit per tela venenum

μῆκός éou. Invaditque manum.

vent l'épreuve pour les rois, désireux d'en voir le cadavre) ne résiste pas à des belettes. Ainsi le veut la nature, rien n'est sans contrepoids. On les fait entrer dans des cavernes que l'on reconnaît facilement parce que le sol est brülé alentour; elles tuent le basilic par l'odeur qu'elles exhalent, et meurent en même temps. Tel est le résultat du combat de la nature avec ellemême dE »

L'erreur se mêle à la vérité dans l'énumération que nous ἃ laissée Lucain des serpents auxquels l'armée de Caton eut affaire dans sa marche à travers la région syrtique; sans parler de ceux qui n'ont jamais existé que dans l'herpétologie fabuleuse, il en est quelques-uns qui n'appartiennent pas à l'herpétologie africaine.

Parmi les reptiles nés en Libye du sang de la Gorgone, Lucain nomme tout d'abord l'aspic, que « Rome demandait à la Libye comme un instrument de mort, » mis à la mode apparemment par le suicide de Cléopâtre, et « dont on avait fait une marchandise?» L'expression tumida cervice employée par le poète semble désigner la «vipère des jongleurs», remarquable par l'attitude qu'elle prend, la tête très relevée et le cou étalé, lorsqu'elle aperçoit un ennemi. Elle n’est pas rare dans le sud de la Régence, et surtout dans les environs de Tina. Elle est commune au pied du versant sud de l'Aurès, à El-Faïdh et à Chegga, points les mieux abrités et les plus chauds du Sahara algérien. Les Arabes lui donnent le

Mist. nat, VII, xxxirr: — Cf. XXIX ΐ Ipsa caloris egens gelidum non transit in orbem Tax Sponte sua, Niloque tenus metitur arenas,

A Sed quis erit nobis lucri pudor? Inde petuntur

= Pharsale, ΙΧ. v. et suiv. : Ρ qe

IX, 700 et sun Huc libycae mortes et fecimus aspida mercem.

Hic, quae prima caput movit de pulvere tabes, Aspida somniferam tumida cervice levavit. É ; Plenior huic sanguis et crassi gutta veneni somno necat, teste etiam Cleopatra emitur

Decidit ; in nulla plus est serpente coactum. ad mortem. »

Cf. Solin, c. xxvir : « Hypnale quod

—+#+2( ὅ84.).ε.--nom de naädya, les Berbères des plateaux sahariens, celui de seffeliès”.

Lucain nomme ensuite : l'hémorrhoïs, reptile immense qui ne laisse pas à ses victimes une goutte de sang”; le chersydre, qui habite les bords douteux des Syrtes; le chélydre, qui trace un sillon de fumée; le cenchris, qui glisse toujours droit devant lui et dont le ventre est émaillé de plus de nuances diverses qu'on ne voit de taches gravées sur l'ophite de Thèbes; l'hammodyte, perdu dans le sable, dont la couleur se confond avec la sienne; le céraste vagabond, aux sinueux replis*; le scytale, qui seul, quand les frimas couvrent encore la plaine, rejette déjà sa dépouille*; la brûlante dipsade*, le pesant amphisbène, qui dresse deux têtes°®; le natrix, qui souille les ondes; le Jaculus ailé”, le pareas, qui se borne à sillonner la terre avec sa queue; l'avide prester, ouvrant sa gueule écumante; le seps homicide, dont le venin dissout les chairs et les os; enfin le basihie, qui

* H. Duveyrier, Les Touäreq du Nord, p. 237. Les habitants du Sahara algérien donnent le nom de n«w’adja à la femelle, celui de thaaban au male. Ce dernier nom est appliqué par les indigènes du Sahara tunisien à une autre espèce de reptile, de grande taille, et que la superstition locale considère comme le produit d'un serpent et d'une chèvre.

? Solin, c.xxvit : « Haemorrhois morsu sanguinem elicit et, dissolutis venarum commerciis , quicquid animae est evocat per cruorem. »

* Solin, wid. : « Cerastae praeferunt quadrigemina cornicula, quorum ostentatione veluti esca inlice sollicitatas aves perimunt : nam reliqua corporis de industria barenis tegunt nec ullum indicium sui praebent, nisi ex ea parte qua invitatis

dolo pastibus necem praepetum aucupentur. »

* Solin, c. xxvir : « Scytale tum praefulget tergi varietate, ut notarum gratia videntes retardel et, quoniam reptando pigrior est, quos adsequi nequit, miraculo sui capiat stupentes. In hoc tamen squamarum nitore humales exuvias prima

ponit. »

δ Solin, tbid. : « Dipsas siti interfcit. »

δ Solin, ibid. : « Amphisbaena consur-

git in caput geminum, quorum alterum loco suo est, alterum in ea parte qua cauda : quae causa effcit ut capite utriusque secus nitibundo serpat tractibus cireulatis. »

7 Solin, ibid. : «Jaculi arbores subeunt, 6 quibus vi maxima turbinati penetrant animal quodcumque obvium fortuna fecerit. »

-πττερί, 335 ).ε:--tue avant d'empoisonner, frappe d'épouvante tous les autres serpents et règne en maître sur les sables déserts ”.

Π faut évidemment faire, dans cette énumération, une très large part à l'imagination du poète. Il n'en est pas moins vrai que nous sommes loin de connaître tous les ophidiens du sud de l'Afrique septentrionale. On n'a guère signalé jusqu'ici que le naddya et le céraste ou vipère à cornes, le lefa'a arabe, probablement identique et aux cerastae de Lucain et à ses hammodytes. Une exploration spéciale ferait retrouver d’autres espèces”. Le Jaculus est sans doute le zorreïg (echis carinata), serpent venimeux assez commun dans les landes sablonneuses des Hamema, entre Kafsa et Sfaks : 1l se tient caché dans les hautes branches des tamarix, près des sources, et s'élance de là comme un trait sur sa proie. Il est certain qu'il existe, dans les montagnes qui forment la lisière du Sahara tunisien’, un serpent fort redouté, auquel on donne le nom de taguerqa. D'après les récits des indigènes, le taguerga serait aussi gros que la cuisse d’un homme et atteindrait une longueur de douze à quinze pieds. Deux individus de cette espèce, trouvés dans les bas-fonds de Baäâdja, au pied du Djebel Teldja, ont été vus,

1 Lucain, Pharsale, IX, v. 708 et suivants :

Aut non slare suum miseris passura cruorem Squamiferos ingens haemorrhoïs explicat orbes; Natus et ambiguae coleret qui Syrtidos arva Chersydros, tractique via fumante chelydri;

Et semper recto lapsurus limite cenchris; Pluribus le notis variatam pingitur alvum Quam parvis tinctus maculis Thebanus ophites; Concolor exustis atque indiscretus arenis Hammodytes, spinaque vagi torquenti cerastae; Et scytale sparsis etiam nunc sola pruinis Exuvias positura suas; et torrida dipsas,

Et gravis in geminum surgens caput amphisbaena; Et natrix violator aquae, jaculique volucres ;

Et contentus iter cauda sulcare pareas,

Oraque distendens avidus spumantia prester, Ossaque dissolvens cum corpore tabificus seps; Sibilaque effundens cunctas terrentia pestes, Ante venena nocens, late sibi submovet omne Vulgus, et in vacua regnat basiliscus arena.

ὁ J'ai tué dans le sud du Maroc un trigonocéphale de forte taille qui n’appartenait à aucune des espèces africaines connues.

* Tout particulièrement dans le Djebel Teldja, entre Kafsa et le Chott el-Gharsa.

Ces reptiles y seraient si nombreux qu'ils auraient obligé les indigènes à abandonner la montagne , aujourd'hui déserte.

La poule d'Afrique (pintade).

l'un par feu le D' Vignale, médecin de Mohammed bey, l'autre par Si Tahar bel Ahsen, commandant de la garde de Sidi Sadak. L'un et l'autre n'avaient pas plus de sept à huit pieds de long, et,-d'après la description que m'en ont donnée mes deux informaleurs, 115 appartiendraient à une variété du python ou boa africain”, Les indigènes affirment cependant que ce reptile est extrêmement venimeux; ils le considèrent comme une vipère à cornes {lefa'a) parvenue « à un très grand âge » (onze cents ans) et, par conséquent, à une taille exceptionnelle.

Parmi les animaux sauvages qui peuplaient la Libye boisée et montagneuse au delà du Triton, Hérodote cite, d'après les récits des indigènes, de très grands serpents”. Il est fort possible que la disparition de ces grands ophidiens ait été, comme celle du crocodile et de l'éléphant, la conséquence du déboisement de la région des Sbakh et du desséchement des cours d'eau que représentent encore les lits à nappe souterraine de l'Igharghar οἱ de lOued Djedi. M. Letourneux fait observer qu'on ἃ conservé, dans le sud du Hodna, le souvenir d'énormes serpents, «descendants, ajoute-t-il, du serpent de Regulus”*,» et qui représentaient certainement les ὄφιες ὑπερμεγάθεες d'Hérodote.

Nous ignorons à quelle espèce appartient }᾿ οἰορίιαπίϊα que Solin et Isidore de Séville citent parmi les serpents venimeux de l'Afrique septentrionale.

L'ornithologie antique des provinces africaines est à peu près nulle.

Columelle donne le nom de « poule d'Afrique » à une espèce

! M. Henri Duveyrier a constaté l'exis- mire du commandant Roudaire, — * IV, tence du python à El-Faïdh, dans le αχαι:... ὄβιες ὑπερμεγάθεες. bassin du Chott Melghigh. Un individu de * Hanoleau et Letourneux, La Kabylie

cette espèce y a été tué par un des porte- et les coutumes kahyles, τ. 1, p. 160.

de gallinacé qui ne diffère de la pintade proprement dite, ou méléagride, que par la couleur de son casque et de sa crête”. Les autres auteurs confondent la pintade méléagride” et la poule d'Afrique ou de Numidie, l'Afra avis d'Horace et de Juvénal, les Libycae volucres et les Numidicae quitatae de Martial. La description qu'en donne Varron a été en partie reproduite par Pline : Gallinae africanae sunt grandes , vartae, qibberae , quas μελεαγρίδας appellant Graecr. Hae novissimae in triclinium qanearium introterunt e culina, propter fastidium hominum. Veneunt propter penuriam magno*.

L'autruche, struthiocamelus africus, est l'oiseau africain par

Fig. 15.

excellence, et c'est à ce titre qu'elle figure sur une monnaie de la Cyrénaïque probablement antérieure au v° siècle avant notre ère". Parmi les animaux représentés sur les bas-reliefs

* Columelle, VIIL, 11 : « Africana est, quam plerique numidicam dicunt, meleagridi similis, nisi quod rutilam galeam et cristam gerit, quae utraque sunt in meleagride caerulea. »

? Hist. nat., X, xxxvini : « Simili modo pugnant meleagrides- in Boeotia. Africæ hoc est gallinarum genus, gibberum , variis

sparsum plumis : quae novissimae suntperegrinarum avium in mensas receptae propter ingratum virus. Verum Meleagri tumulus nobiles eas facit. »

* Varron, Dere rustica, IL, 1x, 18.

Ἢ Müller (Numism. de l'ancienne À lfrique, Ι. p- 9 et 17) a cru reconnaître sur cette pièce la tête d’une autruche.

IMPRIMERIE NATIONALE

L’autruche,

Le dauphin,

—+ex( 338 )ες:---

libyens d'Hadjar-el-Khenga!

et de Tiout, on reconnaît facile-

ment des autruches (fig. 14 et 15). Deux de ces oiseaux figurent sur un fragment de bas-relief provenant d'un mausolée libyen et conservé aujourd'hui au musée de Tchinli Kiochk, à

Constantinople (fig. 16).

Le struthiocamelus est exactement décrit par Pline”. Ses

plumes servaient à orner le cimier des casques”; ses œuls, très

recherchés à cause de leur grosseur, étaient utilisés conime

vases“, et servaient probablement aussi d’ornements : on en ἃ retrouvé dans des tomheaux étrusques”*. Les Maces recouvraient leurs boucliers de peaux d'autruche!°.

Nous ne nommerons la classe des cétacés que pour rappeler l'histoire du dauphin d'Hippone, racontée par Pline l'Ancien ?

! Vigneral, Ruines romaines de l'Algérie :

cercle de Guelma, p. 42.

Page 1