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FEV
Le buffle ordinaire (bos bubalus), qui ne vit guère que dans les pays marécageux, paraît avoir été plus commun dans l'Afrique du Nord à l'époque punique et romaine quil ne l'est de nos jours. Nous savons par Dion qu'un troupeau de buffles fut la cause indirecte du suicide de C. Fufcius Fango. Le lieutenant d'Octave s'était retiré sur une hauteur, après la bataille indécise qu'il venait de livrer à Sextilius. « Des bufiles, qui vinrent à passer près de là pendant la nuit, lui firent croire à une attaque de la cavalerie ennemie, et il se tua”. »
* Voir Lyon, Voyages, p. 35. βουδαλίδων διαδραμουσῶν, ὠήθη τε τὴν ἡ Dion, XLVIIT, xxnx : Ô Φάγγων τότε σ“πολεμίαν ἵππον “παρεῖναι, καὶ ἑαυτὸν κατ-
Le district de Mater, arrosé par l'Oued Djoumin et baigné en partie par le lac Tindja (Sisara palus), est la seule contrée de la régence de Tunis où, à notre connaissance, il existe encore des troupeaux de buffles. C'est peut-être dans la plaine de l'Oued Djoumin qu'eut lieu la bataille livrée à Sextilius par Fuficius Fango.
Cuvier ἃ reconnu dans le Suns de Pline, dépouillé de certaines additions fabuleuses, l'antilope qnu. « Vers cette source (la fontaine Nigris) se trouve un animal sauvage, assez petit, ayant les membres comme frappés d'inertie, portant avec peine sa tête pesante, qu'il tient toujours penchée vers la terre !.» L'animal dont le naturaliste romain nous fait entrevoir la silhouette est évidemment celui qu'Élien décrit très soigneusement sous le nom de κατώδλεπον, et qui paraît appartenir à la famille des buffles. «Il ressemble à un taureau, dit Élien, mais son aspect est plus terrible. Ses sourcils sont épais et relevés. Ses yeux, de la grandeur de ceux du bœuf, sont plus courts et sanglants. Il ne peut pas regarder droit devant lui; ses yeux sont toujours dirigés vers la terre, d'où son nom de κατώδλεπον. Une sorte de crinière, semblable à celle des chevaux, naît au sommet de sa tête et retombe sur son mufle, qu'elle recouvre, en ajoutant à son aspect terrible. Il se nourrit de racines vénéneuses... Quand 1] mugit, son haleine infecte l'air. Les êtres qui la respirent tombent dans des convulsions et meurent. Le catoblepon ἃ conscience de sa force. Les animaux le redoutent et le fuient ?. »
© Hist. nat., VIT, xxx : « Apud Hes- praegrave aegre ferens : id dejectum sem-
alias internecio humani
perios Aethiopas fons est Nigris, ut plerique existimavere , Nili caput : argumenta, quæ diximus, persuadent. Juxta hunc fera appellatur catoblepas, modica alioquin, caeterisque membris iners, caput tantum
per in terram :
generis, omnibus qui oculos ejus videre confestim Re »
? Élien, VII, “πολλῶν καὶ con Θηρίων γόνιμός
IMPAIMERIE NATIONALE.
Le catoblepon d’Élien (catoblepas de Pline).
Le cerf.
Athénée veut bien nous apprendre qu'un de ces animaux s'était enrôlé dans les bandes de Jugurtha : tous ceux que regardait le catoblepas tombaient morts : un soldat romain réussit à le tuer de loin à coups de flèches”.
Hérodote, Aristote, Élien et Pline ont affirmé que ni le cerf, ni le sanglier n'existaient en Afrique?. Bien qu'on trouve aujourd'hui quelques cerfs en Algérie, dans l’est de la régence de Tunis et dans les montagnes boisées du Maroc, il nous semble difficile de révoquer en doute, au moins en ce qui concerne le cerf, le témoignage de deux observateurs aussi consciencieux qu Hérodote et Aristote, témoignage non seulement reproduit, mais confirmé par Pline, qui, bien que moins scrupuleux dansle choix de ses informations, avait séjourné à deux reprises dans la province d'Afrique et pu vérifier sur place l'assertion des deux
&oTt, καὶ μέντοι καὶ τὸ κατώδλεπον οὕτω καλούμενον, καὶ αὐτὸ δὲ ἡ αὐτὴ ἔοικε τίκτειν. Καὶ ταύρῳ μέν ἐσῆι παραπλήσιον ὅσα ἰδεῖν, τὴν δὲ ὄψιν δοκεῖ βλοσυρώτερον :
ὑψηλαὶ μὲν γὰρ πρόσω αἱ ὀφρύες αὐτῷ καὶ δασεῖαι" οἱ δὲ ὀφθαλμοὶ ὑπόκεινται, οὐ μάλα τι κατὰ τοὺς τῶν βοῶν μεγάλοι, βραχύτεροι δὲ καὶ ὕφαιμοι. Καὶ ὁρῶσιν οὐκ εὐθύωρον, ἀλλ᾽ ἐς τὴν γῆν, ἔνθεν τοι καὶ κέκληται κατώδλεπον. A6Gos δὲ ἄρα ἄνωθεν ἐκ τῆς κορυφῆς ἀρξάμενος αὐτῷ, καὶ ἱππείᾳ τριχὶ παραπλήσιος, διὰ τοῦ μετώπου κάτεισι, καὶ τὸ πρόσωπόν οἱ καταλαμδάνει, καὶ ἐργάξεται οδερώτερον τῷ ἐντυχόντι. Σιτεῖται δὲ ἄρα ῥίζας Savary φόρους. ᾿ὑπειδὰν δὲ ὑποδλέψῃ ταυρηδὸν, Ppirler μὲν ππἀραχρῆμα καὶ ἐγείρει τὴν λοφιάν: ὑπανισήαμένης δὲ ἄρα ταύτης καὶ ὀρθουμένης καὶ γυμνουμένων τῶν περὶ τὸ σΊόμα χειλέων, ἐκπέμπει διὰ τῆς βάρυγγος ὀξειοδαρὲς και βρωμῶδες, ὡς καταλαμξάνεσθαι μὲν τὸν ὑπὲρ πεβαλῆς ἀέρα, τῶν
δὲ ζώων τὰ ὡλησιάξοντα ἀναπνέοντα τοῦτον κακοῦσθαι σφόδρα, καὶ dQuwvius τε καὶ σπασμοῖς Θανατωδέσι περιπίπτειν.
! Athénée, Deipnosoph., V, x.
? Hérodote, IV, cexcir : Κατὰ τοὺς voμάδαΞ... nai βεσσάρια, καὶ ὕαιναι, καὶ ὕσήριχες, καὶ κριοὶ ἄγριοι, καὶ δίκτυες, καὶ Ses, καὶ σάνθερες, καὶ βόρυες... Ῥαῦτά τε δὴ αὐτόθι ἐστὶ Θηρία, καὶ τά σερ τῇ ἄλλῃ, πλὴν ἐλάφου τε καὶ δὸς ἀγρίου " ἐλα- Gos δὲ καὶ ὗς ἄγριος ἐν Λιδύῃ σ΄άμπαν οὐκ ἔστι. — Aristote, De animalibus, VIE, ΧΧΥΠΙΙ. — Pline, Hist. nat., VIII, LxxxIn1 :
«In Africa autem nec apros, nec cervos, nec capreas, nec ursos:» — VIII, τὶ:
«Cervos Africa propemodum sola non gignit. » — Élien., De nat. anim., XNA, x :
ἂν δὲ Διβύῃ συῶν ἀγρίων ἀπορία éoli καὶ ἐλάφων.
écrivains grecs. Aussi pensons-nous, avec le D' Judas, que le cerf a dû être importé en Afrique sous la domination romaine, postérieurement à l'époque de Pline. Il est certain qu'aucun texte sérieux, aucun monument figuré antérieur au n° siècle?, n'atteste jusqu'ici l'existence du cerf en Afrique. En faisant chasser le sanglier et le cerf à son héros aux environs de Carthage*, Virgile a probablement commis un anachronisme semblable à celui dont se rendrait coupable le peintre qui, ayant à représenter Jugurtha attaquant les légions romaines, mettrait dans le paysage ces aloës ou ces figuiers de Barbarie qui nous paraissent être aujourd'hui le type de la végétation algérienne.
Quant au cerf terrassé par un griffon qui figure sur une médaille de Bogud 11", il ne faut y voir, avec Müller, qu'un
symbole religieux emprunté à l'Orient °.
1? Voir le Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de Constantine,
* Les trois seuls monuments africains sur lesquels figure un cerf, — un bas-relief romain de Cyrène décrit par Pacho ( Voyage en Cyrénaïque, pl. LIT , 11), un cippe déposé aujourd'hui dans la galerie algérienne du Louvre, et la mosaique de l'Oued Atmenia, — paraissent postérieurs au u° siècle de notre ère. Le troisième de ces monuments est certainement d'une époque assez basse. Quant aux prétendus cerfs représentés sur les monnaies de Cyrène, Müller les considère avec raison comme des antilopes et des gazelles , de même que l'animal figuré sur une médaille d'Hespéris paraît être un daim.
ὃ Énéide, IV, v. 153 :
-.. Âlia de parte patentes Transmittunt eursu campos atque agmina cervi
Pulverulenta fuga glomerant , montesque relinquunt.
Cf, ibid. , TL, v. 324 :
Aut spumantis apri cursum clamore prementem.
* Müller, t. ΠῚ, p. 95, n° 6.
δ «Le combat du lion et d’un autre animal devait avoir, dans l'art oriental, un sens symbolique. On s'accorde, en géncral, à reconnaitre dans le lion le représentant de la puissance dévorante du s9leil d'été, et dans l'animal qu’il attaque la personnification de l'élément humide. Le vainqueur est loujours le lion; le vaincu, c'est tantôt, comme en Assyrie, comme à Persépolis, comme en Lycie, le taureau, tantôt, comme en Cappadoce, le bélier, tantôt un cerf,comme sur certaines pierres gravées très anciennes, pour la plupart d'origine chaldéenne ou assyrienne. » (G.
Perrot, Bulletin de Correspondance hellénique, janvier 1881.)
Le sanglier.
I nous est moins facile d'accepter le témoignage d'Hérodote, d'Aristote et de Pline en ce qui concerne le sanglier. Cet animal est représenté sur une monnaie autonome de la Cyrénaïque de la première époque (fig. 19)", ainsi que sur une médaille à
Fig. 19.
Fig. 20.
constater qu'il a existé de tout temps en Espagne pour pouvoir affirmer que son habitat a dû s'étendre, dès l’origine, à l'Afrique septentrionale. Il est démontré aujourd'hui que le détroit de Gibraltar n'a été ouvert qu'à l'époque moderne et postérieurement à l'apparition de l'homme; il est impossible dès lors d'admettre que le sanglier n'ait pas passé des sierras du sud de l'Ibérie, où il pullule encore, aux montagnes africaines, qui n'en sont que le prolongement. Le détroit lui-même, dans le principe, était fort resserré et semé d'îles ou d'écueils °. Ge n'était pas un obstacle pour le sanglier, qui nage aussi facilement que le bœuf.
! Müller, t. I, δ" 10, n° 15, détroit de Gibraltar, attesté par les textes * Müller, τ. IT, p. 66, n° 77. antiques, mon Mémoire sur la géographie * Voir, sur l'élargissement progressif du comparée de la Maurétanie Tingitane.
1] est certain, au contraire, que le chameau n'a été introduit en Afrique qu'à une date relativement récente. Ainsi que l'a très justement fait observer Barth’, on ne le voit pas figurer sur les bas-relicfs libyens où sa place serait si bien indiquée à côté du buffle et du bœuf garamantique. Ni Hérodote, ni Salluste, ni aucun des auteurs anciens qui ont décrit les mœurs des Libyens, ne font mention du chameau. On ne Île voit pas jouer dans la vie nomade des populations africaines le rôle si important qui lui est dévolu aujourd'hui. Le cheval est exclusivement employé pour les courses rapides ou pour les longs trajets à travers les sables, comme le chariot, traîaé par des chevaux ou des bœufs, est l'unique moyen de transport?. Dans les rares occasions où les habitants du Sahara occidental franchissaient le désert pour se rendre en Maurétanie, ils le traversaient à cheval, munis d’outres remplies d'eau, qu'ils attachaient sous le ventre de leurs montures”. À ces preuves négatives vient s'ajouter d'ailleurs un témoignage positif qui démontre que le chameau n'existait pas dans le nord-ouest de l'Afrique à l'époque punique : les Romains, au dire de Salluste, avaient vu pour la première fois des chameaux lors de la bataille qu'ils livrèrent à Mithridate sur le Rhyndacus"“. Bien que cette asser-
! Barth, Wanderungen und Entdeckungen, ete., t. I, p. 214.