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ETHNOGRAPHIE

«Un trait de lumière, dit M. Renan, a été jeté sur l'obscure histoire de l'Afrique, quand il a été constaté que la langue berbère est à peu près identique au targui, et que le targui lui-même est dans la parenté la plus étroite avec tous les idiomes sahariens qui se parlent depuis le Sénégal jusqu'à la Nubie, en dehors du monde nègre ou soudanien. A partir de cette découverte, le vieux fond de race de l'Afrique du Nord a été nettement déterminé. Le Berbère est le Libyen d'Hérodote et de Scylax, le Maure ou le Maurusien des écrivains grecs de la seconde époque, le Gétule, le Numide, le Maure ct, en général, l'Afer de l’époque romaine. Il n’a rien de commun avec le colon phénicien : une langue à part, profondément distincte des langues sémitiques, bien qu'ayant avec elles des traits de ressemblance, est à cet égard le plus irrécusable des témoignages. »

! E. Renan, La Société berbère, Revue des Deux-Mondes, 1° septembre 1873.

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Lodel AB jen

Il est bien prouvé, en eflet, par les explorations les plus récentes, que, de la Méditerranée au Sahara et de l'Océan au désert de Nubie, l'Afrique septentrionale est habitée par une race entièrement différente des populations noires ou soudaniennes. Les divers membres de cette grande famille ont reçu les noms de Kabyles, Zouaoua, Zeneta, Chaouïa, Touareg, Tibou, Ils se donnent eux-mêmes ceux d'Imouhag, Imouchagh où Amazigh et de Chleuh'. Le nom générique de Berbères (Berber, au pluriel Braber), que leur appliquent les Arabes, qu'ils ont peutêtre primitivement porté et qu'ils acceptent aujourd'hui, est, ainsi que l'a fait observer M. Renan, celui qui, jusqu'à présent, paraît le mieux leur convenir. C'est celui que nous emploierons pour désigner l'ensemble de leurs différentes frac- Uuons.

L'unité de la race berbère est attestée par celle de la langue qu'elle parle. Son ancienneté résulte de ce double fait, aujourd'hui bien constaté, que cette même langue explique le sens ou reproduit la physionomie des quelques débris de lidiome libyen que nous ἃ légués l'antiquité”, et que les caractères qui la peignent encore aujourd'hui se retrouvent sur les monuments libyens de l'époque punique*.

Hérodote avait déjà affirmé cette unité de la race libyenne, qu'il considérait comme autochtone. Après avoir parlé des nombreuses tribus qui peuplaient la Libye, des confins de

᾿ Ce nom de Chleuh est particulier aux

Berbères du sud du Maroc. Ceux du Rif

L'anonyme de Ravenne donne à la partie du littoral maurétanien qui faisait face à

portent le nom d'Amazigh.

* Pour n'en citer que deux exemples, le nom libyen de l'Atlas, Δύριν, Dyrin, cité par Strabon (XVII, in) et Pline (V, 1), n'est pas autre chose que le mot berbère Deren, «montagnes», el le Δέρριν ὄρος de la Marmarique reproduit ce même mot.

l'Espagne le nom libyen d'Abrida : c'est le mot berbère abrid, qui signifie « passage ».

$ Neuf des caractères libyens qu'on a pu déterminer avec certitude se retrouvent avec la même valeur dans l'alphabet berbèrede l'Ahaggar. Les autres appartiennent évidemment au même type d'écriture.

l'Égypte jusqu'au territoire de Carthage”, il ajoute : « Tout ce que nous pouvons dire encore de ce pays, c'est qu'il n'est habité que par quatre races d'hommes : deux races autochtones et deux qui ne le sont pas. Les Libyens et les Ethiopiens sont autochtones, ceux-ci habitant le sud, ceux-là habitant le nord de la Libye. Les Phéniciens et les Grecs sont venus d’ailleurs?. » Il est impossible de résamer plus exactement l'ethnographie de l'Afrique du Nord au v° siècle avant notre ère: deux éléments étrangers, les Grecs de la Gyrénaïque et les Sémites des colonies phéniciennes; deux éléments indigènes, les Éthiopiens, ou peuples de race noire, habitant le Soudan, et les Libyens, de race blanche, occupant le littoral, le massif de l'Atlas et les hauts plateaux sahariens.

Les documents égyptiens donnent à l'ensemble des peuplades libyennes du nord de l'Afrique le nom générique de Tamahou, qu'ils appliquent également aux peuples des îles de la Méditerranée et du midi de l'Europe. Nous rechercherons bientôt les conséquences qu'on peut tirer de‘cette donnée ethnographique, et nous nous bornons, dès à présént, à constater l'identité de ce nom de Tamahou, donné par les textes d'Edfou, avec le mot J'amahak, qui ést encore aujourd'hui, chez les Berbères du Sahara, l'ethnique de la race amazigh. Les peuples à peau blanche qui habitaient le littoral méditerranéen à l’ouest de l'Égypte portent plus particulièrement le nom ou plutôt le surnom de Tahennou, « peuples à teint clair», qui figure sur les

! IV, czxvrr : Λιβύων γὰρ δὴ ἔθνεα πολλὰ αὐτόχθονα τῶν ἐθνέων, τὰ δὲ δύο où, Λί-

καὶ ππαντοῖά ἐσῆι. Éves μὲν καὶ Αἰθίοπες αὐτόχθονες, οἱ μὲν ἘΝ, excvir : Οὗτοι μέν εἰσι τοὺς ἡμεῖς τὰ mpùs βορέεω, οἱ δὲ τὰ πρὸς νότου τῆς

ἔχομεν Λιδύων ὀνομάσαι... Τόσον δὲ ἔτι Λιβύης οἰκέοντες" Φοίνικες δὲ καὶ ÉXXyves

σερα ἔθνεα νέμεται αὐτὴν, καὶ οὐ πλέω * Naville, Mythe d'Horus, pl. XXI, 2.

monuments égyptiens dès le commencement du nouvel Empire’. Le nom de Libou, correspondant à celui de Lehabim ou Loubim, qu'on trouvera plus tard dans la Bible?, comme à celui de Aëves, qu'emploieront les Grecs, apparaît dans les textes les plus anciens et désigne les habitants de la contrée comprise entre le Delta et le Catabathme. Un papyrus nous montre Ramsès ΠῚ foulant aux pieds les Zibou°. D'autres fractions de la race des Tahennou sont désignées à la même époque sous les noms de Kahaka et de Maschouacha où Machonach*, appellation dans laquelle on retrouve le nom des Mé£ves d'Hécatée, des Νάξυες d'Hérodote, des Μάξικες de Ptolémée et des Maxitani de Justin.

Comme les écrivains grecs qui l'ont précédé, comme ceux qui le suivront jusqu'à l'époque romaine, Hérodote comprend sous le nom de Libyens, Aves, tous les peuples de race blanche qui habitent l'Afrique septentrionale. L'Afrique elle-même n'est connue que sous le nom de Libye, ἡ Λιβύη. Il est évident que les Grecs ont appliqué à toute la grande famille berbère le nom de la première de ses fractions qu'ils aient connue, les Liouâta ou fils de Lioua, grande tribu berbère originaire de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque*. Le mot Λιβύη n'a pas d'autre ΟΥΪgine que ce nom patronymique de Lioua, auquel les Égyptiens avaient déjà emprunté la désignation de Libou°.

D'autres dénominations apparaissent à l'époque romaine, et tout d’abord celle d’Africa, que les Grecs avaient jusqu'alors

1 Chabas, Études sur l'Antiquité his- Ἢ Textes de Karnak, Chabas, op. cit., torique, d'après les sources cqyptiennes, p- 189 et 227. p. 176. 4 * Procope mentionne des Λευαθαέ parmi

? Lehabim 02n9 dans la table ethno- les tribus indigènes de la Tripolitaine. Ce graphique de la Genèse; Loubim 01210, Na- sont évidemment les Leouata que les Arabes bum, 1,9; Dan., x1, 43; Paralipom., 1]. y trouvèrent encore établis.

XII, 35 XVI, 8. 5 Voir Carette, Origine et migrations des

* Pap. Anastasi, 1, πὶ, 2. principales tribus de l'Afrique, p. 261.

—+#3( 389 )..3---ignorée’. D'où vient ce nom, qui semble, pour les écrivains latins, avoir désigné d'abord la partie du massif atlantique qui formait le territoire propre de Carthage, puis la totalité de la grande presqu'île africaine? Bien des conjectures ont été hasardées à ce sujet, tant par les modernes que par les anciens eux-mêmes. On a vu tour à tour dans ce mot une allusion au climat de l'Afrique ἢ, à son sol sablonneux*, à son isolement géographique", aux héros mythologiques ou bibliques qui l'avaient conquise. M. d'Avezac suppose, en s'appuyant sur un passage de Suidas°, que le nom d'ÂGpuxr, anciennement porté par Carthage, s'était étendu par la suite à toute la contrée placée sous sa domination. « Quant à l'étymologie radicale de cette appellation de Carthage, ajoute-t-1l, la langue de Carthage elle-même nous la fournit simple et naturelle en nous montrant dans Afriqah un établissement sépare, une co-

* Les textes latins les plus anciens qui mentionnent le nom d'Africa sont deux fragments d'Ennius, qui écrivait, comme on le sait, dans l'intervalle compris entre les deux premières guerres puniques :

Annales, V1 :

Africa terribili tremit horrida terra tumultu Undique. .…

Satires, 111 :

Lati campi quos gerit Africa terra politos.

? Isidore, Orig., XIV, v, 2 :

quidam inde nominatam existimant, quasi

« Africam

apricam, quod sit aperta coelo vel soli, et sine horrore frigoris. »

* Bochart (Chanaan, 1, xxv) fait dériver le nom d'Africa du mot efer 9DN, pulvis.

1 Du radical sémitique 772, Ô É separavit. 1

ἢ Solin, xx1v, 2 : « Quidam tamen Libyam a Libye, Epaphi filia , Africam autem

ab Afro, Libyci Herculis filio, potius dictam receperunt. » — Suidas (v° AGpor) fait descendre les Africains d'Afer, roi de Libye et fils de Saturne et de Philyra. Ce mème Afer se transforme, dans une légende gréco-juive rapportée par Josèphe { Ant:q., I, xv), en un fils d'Abraham etde Cethura, nommé Aphera, qui avait secouru Hercule dans sa lutte contre Antée. — Les généalogistes arabes et berbères font d'Jfrikis, fils d’un roi du Yémen, le conquérant et le civilisateur du Maghreb, auquel il donna le nom d'Îfrikia. (Voir Ibn Khaldoun, t. 1, Ρ. 168, 136, etc.; Aboulféda, Hist. antéislam. , p. 116; El-Kaïrouani, Histoire de l'Afrique, p. 21; Carette, Recherches sur l'origine et les migrations des principales tribus de l'Afrique ,p. 306 ; Movers, Die Phônizer, ι. 11, 2° partie, p. 417.)

5 Suidas, v° ἀφρριανός : Καρχηδὼν, ἣ καὶ ἀφριυκὴ καὶ Βύρσα λεγομένη.

lonie de Tyr; et les Arabes sont venus, par une dérivation régulière, dénommer Afrigyah le pays dépendant de cette anque A/fryqah*.» L'étymologie adoptée par M. d'Avezac, et tirée du radical sémitique 75, n'est pas acceptable, en tant qu'elle donne au mot Africa le sens de «colonie, établissement séparé ». Tout au plus pourrait-on admettre que Carthage ait dû ce nom, si elle l’a jamais porté, à sa position topographique οἱ à son isolement du continent?. Aussi préférons-nous faire dériver le nom d’Africa, comme l'a proposé M. Carette*, de celui de la grande tribu indigène des Aourigha, les Afarik des généalogistes arabes, les Tfuraces de Corippus. Refoulés dans le Sahara, où ils forment encore, sous le nom d’Aouraghen, une des plus importantes fractions des Azgar", les Aourigha ont dû habiter le littoral aux époques les plus anciennes, et donner leur nom à la contrée qui est devenue depuis le territoire de Carthage. Et de même que les Grecs de Cyrène avaient appliqué à tout le continent africain le nom des Zibou, la première fraction berbère avec laquelle ils s'étaient trouvés en contact, de même les Romains ont étendu à la Libye grecque le nom de la grande

! Afrique ancienne, p- ὃ.

* La petite ville arabe de Mehedia, située, comme Carthage, dans une presq u’ile, portait au moyen âge le même nom d'Àfrica.

* Kecherches sur l'origine οἱ les migrations des principales tribus de l'Afrique septentrionale et particulièrement de l'Algérie, p- 306.

* Les Aouraghen paraissentavoir formé, dès les temps les plus reculés, une des plus puissantes familles berbères, puisqu'un des principaux dialectes de la langue tamacheck a recu d'eux le nom d’Aourighia. L'importance de cette même tribu est encore attes-

tée par ce fait qu'Ibn Khaldoun fait descendre d'Aourigh les deux grandes fractions berbères des Sanhadja et des Lamta. Les Keloui du district d'Air descendent également des Aouraghen. (Barth, Reisen und Entdeckungen in Nord- und Central-Afrika, p- 380 et 372.) Au temps d'El-Bekri, quelques fractions des Afurik habitaient encore, sur le littoral syrtique, les districts de Kabès et de Barka. (El-Bekri, Description de l'Afrique, p. 13 et 44; Abd er-Rahman, cité par M. de Slane dans sa traduction d'Ibn Khaldoun, t. [, p. 301 et 306.) C'est là que Corippus, au νι" siècle, plaçait les Ifuraces (Johannide, 11. 113 ; VIT, 648).

—+>( 391 ).:---tribu. qui occupait le territoire où ils avaient tout d'abord pénétré .

L'opinion à laquelle nous nous rallions est d'autant plus vraisemblable, quele mot Africa, en dehors de son sens général, n'a jamais perdu le sens restreint que les Romains lui avaient donné tout d'abord : il a toujours été appliqué, en d’autres termes, au territoire de Carthage, Africa vetus, Africa proprie dicta, et c'est dans ce sens que Ptolémée et les autres écrivains grecs où romains de l'époque impériale emploient les mots ἀφρική, Africa?. La partie de la régence de Tunis qui représente cette même contrée est encore appelée de nos jours Frikia ou 1frikra”*.

Viennent ensuite. les noms de Numides, de Gétules et de Maures. On s'accorde à ne voir dans le mot VNumidae que la transcription latine du mot grec Νομάδες; les Numides sont, en effet, des nomades libyens, mais appartenant, ainsi que nous le démontrerons plus tard, à une région définie. Ils ne forment, en réalité, qu'une fraction des Libyens nomades. On peut en dire autant des Gétules, qui, nomades ou sédentaires, habitent une autre zone distincte. Le nom de Gétule est d’ailleurs essentiellement libyen, et s'est conservé dans celui de la grande tribu berbère des Guezzoula où Gued'oula. Le nom de Mauri, pour la plupart des ethnographes modernes, ne serait

1 Vivien de Saint-Martin, Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité, p. 150,

? Zonaras, IX, x1v : ἀθρικὴ γὰρ ἥδε ἡ περὶ Καρχηδόνα Λιδύη ὠνόμαστο.

* M. Meltzer (Gesch. der Karthag.,t. 1, p- 433) se prononce contre l'étymologie proposée par M. Carette et adoptée par M. Vivien de Saint-Martin : «ll ne faut pas oublier, dit-il, que le mot Africa est simplement une dérivation adjective ila-

lienne de la forme fondamentale Afer, Afri. On ne méconnait pas le fait sans violer ouvertement toutes les lois de l’étymologie scientifique. Peut-être faut-il con sidérer comme un point de départ fructueux pour des recherches nouvelles l'indication d'une tribu autrefois puissante des Ifren. »

M.Mommsen considère le mot À fer comme dérivé de la mème racine que le nom des Hébreux 2».

ποτεϑί 392 je

que la transcription du mot grec Madpor, les «noirs ». C’est là, croyons-nous, une complète erreur. Les Mauri des plus anciens géographes latins sont exclusivement, comme les Mauρούσιοι de Strabon, les populations indigènes du nord-ouest de l'Afrique, les habitants des Maurétanies. Appliqué à ces populations, aussi blanches, plus blanches même que celles de la Numidie, de la Gétulie, de l'Afrique propre ou de la Tripolitaine, l'adjectif μαῦρος n'a pas de sens. Le mot Mauri et son dérivé Maurusu doivent avoir une autre signification. Nous n'hésitons pas à y voir le surnom d'«Occidentaux», om, Maouharim, donné par les Carthaginoïs à leurs voisins de l'Occident, comme les Arabes de l'Ifrikia ont donné plus tard au nord-ouest de l'Afrique le nom de Maghreb, « Occident», et à ses habitants celui de Gharaba, qui a le même sens que le mot punique Maouharim. L'appellation arabe explique la désignation phénicienne.

En étudiant, dans un chapitre spécial, la nomenclature détaillée des tribus libyennes, nous y retrouverons les noms de plus d’une fraction actuelle de la grande famille berbère. Nous n'en citerons que deux pour le moment : les Νάξικες de Ptolémée et les Sabarbares de Pline. L'identité des Md&mxes et des Amazigh est incontestable : elle est même absolue, puisque la voyelle initiale du mot Amazigh n'est que le préfixe caractérisiique du masculin dans les noms berbères. Il est à remarquer, en outre, que ce nom de Mazices avait fini, dès l'époque romaine, par désigner une grande partie des tribus indigènes : gentes mazices multas.

Quant au mot Sabarbares, nous y voyons, abstraction faite du composant représenté par la syllabe initiale, la première trace historique de ce nom de Berbère, dont l'étymologie ἃ donné lieu à tant d'hypothèses et tient une si grande place

-ττεϑί 393 )..--dans l'histoire et dans la géographie de l'Afrique septen- ‘trionale.

Quelle est l'origine du mot Berbère? Quel sens convient-il d'y attribuer? De toutes les hypothèses qui se sont produites à cet égard ', deux seulement méritent d’être discutées.

Faut-il voir dans le mot Berber, avec les partisans de la plus ancienne et de la plus communément acceptée des deux opinions auxquelles nous venons de faire allusion, l'épithète grecque de B&péæpor, ou son équivalent latin Barbaru, appliqué par les Romains aux populations africaines incomplètement soumises ou imparfaitement assimilées? Doit-on y reconnaître, au contraire, un nom de tribu indigène, généralisé et étendu par les conquérants arabes à l’ensemble de la race autochtone?

Adoptée par Chénier”, Gibbon°, Shaler*, Castiglioni”,

* Nous ne mentionnons que par acquit de conscience les pucriles étymologies forgées par les auteurs arabes. Une tradition rapportée par Ibn Khaldoun fait dériver le nom des Berbères du mot arabe berberat, «sons inintelligibles, bredouillement ». L'un des anciens princes himyarites de l’Yémen, Afrikis, fils de Kis, fils de Saïf, ayant conquis le Maghreb et constaté la variété des dialectes qui s'y parlaient, se

serait écrié tout surpris : eS5» y DS L :

« Que vos jargons sont nombreux ! » D'après Abd el-Bar, auteur du v° siècle de l’'hégire, cité par Chaäbeddin, les Berbères auraient reçu leur nom de Ber, fils de Kis, fils de Ghîlan, qui fut un des premiers souverains de l'Égy pte. Ce Ber étant allé s’établir dans le Maghreb, on dit de ce personnage : Ber berra, «Ber s’est retiré dans le désert.» Kis conserva, depuis ce moment, le nom de Berber. Suivant Ta-

bari, également cité par Chaäbeddin.

Afrikis ayant conduit une colonie d Amalécites dans la contrée qui depuis garda son nom, ses compagnons murmurèrent de se voir transportés si loin; ce qui fit dire à Afrikis : «Ces Cananéens murmurent,» berberou. Léon l'Africain voit dans le nom des Berbères le mot bar répété : « D'autres sont de celte opinion que Barbare soit un mot reépliqué, parce que bar, en langue arabesque, signifie désert. »

* Recherches historiques sur les Maures, tel paS1s

* Hist. de la décad. de l'Emp. rom., t. X, p- 310. Paris, 1812.

1 Nouv. Annales des voyages, t. XXVII, P- 83. Paris, 1825.

ἢ Mémoires géographiques et numism. sur la partie orientale de la Burbarie, p. 83. Milan, 1826.

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Saint-Martin !, Reinaud”*, Fournel*, la première de ces deux étymologies soulève plus d'une objection. Les Romains donnaient sans doute le nom de Barbares à tous les peuples qui ne faisaient pas partie de l'Orbis Romanus, de même que les Grecs, si exclusifs, avaient confondu sous ce nom toutes les nations qui ne parlaient pas leur langue. Mais l'Afrique septentrionale était comprise tout entière dans les limites du monde romain; elle était déjà assez romanisée au n° siècle de notre ère pour que les peuples ne fussent plus qualifiés de Barbart : is faisaient d’ailleurs partie intégrante de l'Empire, et ce seul fait les mettait légalement à l'abri de l'épithète dont nous avons indiqué la signification exacte. Comment s’expliquer, en outre, que ce nom de Barbari ne se trouve dans aucun texte, dans aucun document de l’époque romaine, en tant que s'appliquant à l'ensemble des peuplades indigènes de l'Afrique septentrionale? Comment les Arabes auraient-ils pu emprunter ce même nom aux Romains, alors qu'à l'époque où ils allaient leur succéder en Afrique les Berbères étaient désignés sous le nom collectif de Mauri, quand ils ne l'étaient pas par les noms particuliers de leurs différentes tribus? Comment enfin, si les Arabes avaient réellement emprunté le nom de Barbart aux Byzantins, ne serait-il resté chez leurs historiens aucune trace de l'origine de ce nom?

Les partisans de l'hypothèse qui voit dans l'ethnique Berber la généralisation d’un nom de tribu et un fait analogue à celui que nous avons déjà constaté, à propos des noms de Labye et d'Afrique, font remarquer que ce nom de tribu se retrouve

* Observations sur un passage de Salluste, nuelle de l'Académie des inscriptions du mémoire lu à l'Académie des inscriptions 7 août 1857. (22, 29 février et 18 avril 1828). * Les Berbers, p. 32. L'auteur, sans se * Mémoire inédit sur les populations de prononcer, incline évidemment vers cette

l'Afrique, lu en partie dans la séance an- opinion.

sur différents points de l'Afrique septentrionale. Nous avons déjà vu que Pline nomme, parmi les tribus indigènes de l'Afrique propre, les Sabarbares, que Ptolémée désigne sous le nom de Za6oÿp&oupes. Les Égyptiens, nous le savons par Hérodote ', appelaient Βάρϑαροι les peuples habitant aux environs de la vallée du Nil, et leurs descendants donnent encore le nom de Brabra (pluriel collectif de Berber) aux Senaàri, aux Nouba et aux Kenous”. Le pays des Somäl ou Somäl portait, dans l'antiquité, le nom de Barbaria°. Lé Périple de la mer Érythrée, dont la date probable se place entre l'an 76 et l'an 89 de notre ère, nomme une autre Barbartua, Βαρξαρικὴ χώρα, dans la Troglodytique, au sud de Bérénice *. Julius Honorius place des Barbares près de l'embouchure de la Malva ou Mulucha. L'Itinéraire d'Antonin donne enfin à l'un des caps de la côte maurétanienne de la Méditerranée le nom de Promontorium Barbari. I est difficile de ne pas admettre que cette chaîne d'homonymies, qui part de la mer Erythrée, couvre le bassin du Nil et se prolonge au nord du Sahara jusqu'à l'Atlantique”, tient aux origines mêmes de la race berbère et en marque le domaine primordial. Aussi voyons-nous, avec MM. Carette et Vivien de Saint-Martin, dans ces noms de Barbari, Barbares, Sabarbares, Saburbures, une désignation particulière à un certain nombre de fractions de la race aborigène de l'Afrique septentrionale, et non pas

2 IE, ον: ! Periple, $ 2, p. 258.

* Burckhardt, Voyages, p. 25, 132. — ἡ On trouve encore aujourd'hui des Ritter, Erdkunde, t. 1, p. 550. Beni- Barbara dans le sud de la Tripoli-

* Employée par Cosmas, au vi‘ siècle, taine. (Carette, Recherches sur la qéogrucomme un nom tout à fait usuel, cette phie et le commerce de l'Algérie mérid., appellation a laissé une trace dans le nom ρ. 22.) Il existe également des Beni-Barba de Berbra, que garde encore le port prin- dans l'Aurès. cipal de la côte à l'est du golfe Avalitique. * Vivien de Saint-Martin, Le Nord de (Vivien de Saint-Martin, p. 208.) l'Afrique, p. 208-209.

une appellation grecque ou romaine. Les Romains ont pu se laisser aller à la ressemblance de cet ethnique avec un adjectif de leur langue, comme nous avons nous-mêmes transformé Berbérie en Barbarie; mais il n’en est pas moins certain pour nous -quils ont trouvé, à leur arrivée en Afrique, le mot Berber jouant déjà le rôle d'ethnique, et que le mot Barbari est toujours resté pour eux une désignation.indigène et locale, en ce sens qu'elle ne s’appliquait qu'à un certain nombre de fractions.

Mais comment cette désignation locale est-elle devenue, au moment de la conquête arabe, le nom collectif de la race indigène? Par une circonstance analogue, à notre avis, à celles qui nous expliquent l'extension donnée aux noms de Zabou et d'Aourigha. Les Arabes, arrivant en Afrique par l'Égypte, ont appliqué à l'ensemble de la race aborigène le nom des premières fractions de cette race avec lesquelles ils se sont trouvés en contact, c'est-à-dire des Berbères du bassin du Nil, les Brabra des Égyptiens.

M. Carette donne une explication un péu différente du fait que nous constalons avec lui. Il suppose que c'est à la suite de la résistance opposée à Okba-ben-Nafh par les Barbares du Sous que les Arabes étendirent à tous les indigènes de l'Afrique du Nord le nom qu'ils leur donnent encore. « L'expédition contre Sous, dit M. Carette, fut la première où les Arabes eurent à combattre l'élément indigène pur de tout mélange avec les Romains. C'était la première fois aussi qu'ils rencontraient en Afrique des peuples idolâtres. Ces deux circonstances, jointes au prestige de l'éloignement, durent attrer au plus haut degré l'attention des nouveaux conquérants. D'un autre côté, l'insurrection de Ksila fut le premier acte de résistance sérieuse à l'invasion arabe; elle éciatait dans un vaste

massif de montagnes peuplé par la race indigène; elle suivait immédiatement l'expédition du Sous; elle coùtait la vie au général musulman vainqueur des Bérbères idolâtres; c'était plus qu'il n'en fallait, sans doute, pour motiver l'extension du nom de Berbères à tous les peuples de sang africain. Il est donc très probable que le nom de Barbares, dans l'antiquité, comme celui des Berbères d'Okba, d’où sont venus ceux de Barbares et de Barbaresques, ne s'appliquait primitivement qu'à un seul peuple, et que ce sont les Arabes qui l'ont généralisé, par suite de la préoccupation où les jeta la coïncidence d'une expédition lointaine chez un peuple sauvage et idolâtre et d'une formidable insurrection dans de hautes montagnes habitées par une nation de même langue et de même origine ! Tout en acceptant la conclusion principale de M. Carette, on peut faire Li: de en ce qui concerne les considérations sur lesquelles elle s'appuie, que les Berbères du Sous n'étaient pas les premiers idolâtres de cette race que les Arabes eussent rencontrés. Antérieurement à l'expédition de l'an 62 de l'hégire, et par conséquent à la révolte de l’Aurès qui la suivit en 63, ils avaient été en rapport avec les Maures du tittoral syrtique, de la Tripolitaine et de la Byzacène, adorateurs d'Ammon, de Gurzil, de Mastiman et des autres vieilles divinités libyennes. Il est peu probable, d'autre part, que les Arabes soient allés chercher à l'extrémité occidentale de l'Afrique le nom de la tribu berbère la plus lointaine pour l'appliquer à tout le massif ethnique qu'ils venaient de traverser. Il est beaucoup plus naturel de supposer qu'ils ont trouvé cette désignaüon au seuil même de l'Afrique du Nord, c'est- en en

Égypte ?.

Recherches sur l'orig. et les migr. des ? On ἃ rattaché l'origine comme le princip. trib. de l'Algérie, p. 16 et 17. nom des Brabra des Égyptiens aux War-

δ]. ---- POPULATIONS PRIMITIVES.

Les populations de l'Afrique septentrionale n'ont gardé aucun souvenir de leurs origines. Elles n'ont jamais eu de traditions nationales, et les légendes puniques recueillies par Salluste n'ont guère plus de valeur historique que les géntalogies par lesquelles les Berbères ont cherché à se rattacher à la race arabe. Il faut donc s'adresser aux faits. L'étude du vieux sol libyen, celle des caractères physiologiques de la race berbère, les indices fournis par sa langue, permettent de soulever au moins un coin du voile derrière lequel se dérobe son passé.

Les dernières explorations dont le Sahara septentrional a été le théâtre nous le représentent comme un des plus anciens habitats connus de l'espèce humaine. On a découvert récemment à Oglat-el-Hassi, entre El-Aghouat et El-Golea, des fragments de silex taillés sous une couche de travertin de soixante centimètres d'épaisseur, déposée par des sources qui avaient cessé de couler dès les temps géologiques’, et l'on peut considérer ces débris, nous le répétons, comme un des plus anciens

wara des anciens poèmes de lInde. qu'on puisse penser des Warwara de l'Inde,

Vaincus et chassés par Wiswamitra, les Warwara auraient gagné l'Afrique, et leur itinéraire serait marqué, sur les rivages de l'océan Indien et de la mer Rouge, par une série de stations portant leur nom.

On peut consulter, sur ce sujet, la iongue note dans laquelle Ritter (Erdhkunde, τ.1, p. 904-503) a réuni toutes les preuves qu'on ἃ fournies à l'appui de cette thèse.

Mais le savant géographe, dans ce cas comme en beaucoup d'autres, s'est laissé induire en erreur par les opinions reçues de son temps, qui attribuaient aux poèmes indous une très haute antiquité. Quoi

il est certain qu'ils n'ont ni formé ni modifié le fond de la race berbère.

* Les sources d'El-Hassi ont complète:

ment disparu , et les puits qu'on y rencontre sont alimentés par de petites nappes d'eau d'infiltration renfermées dans les couches crétacées sous-jacentes. Ce fait vient s'ajouter à d’autres tendant à prouver que le Sa.

hara, depuis qu'il est habité par l'homme, est de plus en plus privé d'eau et, par suite, de plus en plus désert. (G. Rolland, Sur le gisement de silex tailles d'Et-Hassi, communication faite à l'Académie des sciences dans la séance du 26 juillet 1880.)

monuments de l'industrie humaine qu'on ait retrouvés jusqu'à présent. «Le sol du Sahara renferme d’ailleurs des pointes de flèches en silex et des débris de la taille de ces flèches en quantité innombrable, preuve irrécusable de l'existence d’une population nombreuse, qui trouvait un climat favorable à la vie dans des contrées qui semblent vouées aujourd'hui à une stérilité éternelle !.» Les ateliers de taille se retrouvent, en vénéral, au bord des daïu, dépressions de terrain ou cuvettes que l’on rencontre fréquemment sur le plateau calcaire qui sépare El-Loua de là chebka du Mzab. Les plus remarquables sont situés au sud des puits de Zebbacha, dans la vallée d'Aïn- Mâcin, près du cromlech de Sidi-Menäa, à El-Hassi, sur le plateau de Noumar et à El-Golea. On en rencontre encore dans les grandes dunes de Mechgarden; ils disparaissent jusqu'a Hassi-Berkan, et reparaissent plus nombreux dans lOued Mia, et particulièrement dans les environs d'Ouargla.

Un certain nombre de ces silex sahariens sont exceptionnellement usés : les arêtes sont émoussées et les facettes sont polies sous l’action du sable entraîné par les vents; les silex roulés par les torrents présentent rarement une usure aussi considérable. Il est donc probable qu'un laps de temps très long a été nécessaire pour produire de tels effets, et l'on doit attribuer par conséquent à ces objets une très haute antiquité. Il est d’ailleurs à remarquer que ces instruments usés par les sables ont une forme plus grossière que les autres, ce qui confirmerait encore leur ancienneté relative. On les rencontre surtoui dans le Sud et aux environs d'El-Golea. Les silex du Nord, ceux de Zebbacha et d'Ouargla, entre autres, offrent au contraire des échanüllons d'un fini parfait. M. le 1)" Weissgerber, à qui nous em-

ΡΟ Bourde, La France au Soudun, Revue des Deux-Mondes du 1° février 1881,

pruntons ces détails, s'appuie sur ces différences constatées dans la taille des silex pour supposer que les populations du Sud étaient plus anciennes que celles du Nord, et qu’elles ont émigré progressivement du Sud vers le littoral, laissant le désert derrière elles et probablement chassées par le désert.

Les descendants directs de ces aborigènes sahariens paraissent être représentés : à l'Est, par les Brabra de la vallée du Nil;au Centre, par la race garamantique des plateaux du Fezzan et des oasis de Nefzaoua et de l'Oued Souf; à l'Ouest, par les Rouagha où habitants de l'Oued Righ (oasis d'Ouargla, de Temacin et de Fouggourt), ainsi que par les Berbères du Sous marocain. Bien que leur teint soit des plus foncés, ces populations différent essentiellement des Nègres par les traits et par la chevelure. Elles se caractérisent elles-mêmes par l'épithète de khomru, «brun», et regardent comme une injure toute assimilation avec la race noire. « La population autochtone de l'Ouad Righ, dit M. Carette, marque la transition de couleur et de traits entre la race blanche et la race noire. Ce n'est pas le teint plus ou moins bronzé des populations blanches du Midi : c'est une couleur tout autre et qui leur est propre, beaucoup plus voisine du noir que du blanc. Ils n'ont de la race noire πὶ le nez aplati, ni les lèvres épaisses, bien que leurs traits ne soient pas

* Monuments archéologiques du Sahara (Revue archéologique, juillet 1881).— Avec les silex taillés qui existent à la surface du sol, on trouve presque toujours de nombreux fragments d'une poterie grossière, informe, colorée en rouge extérieurement, en noir à l'intérieur. Ces fragments ressemblent beaucoup aux rares ustensiles de terre cuite que possèdent les nomades du désert; ils présentent tous les caractères des poteries trouvées sous les dolmens de Roknia,

dans le nord de la province de Constanune. (D' Weissgerber, Revue archéologique , 1881.) — La mission du colonel-Flatters a également découvert des silex taillés sur toute l'étendue de son itinéraire el jusque dans le massif des Hoggar. L'existence de semblables instruments a aussi été signalée dans! Oued Righ.M. Worsaae , directeur du Musée de Copenhague, avait déjà trouvé en 1867 des silex taillés dans la partie du désert de Libye qui touche à la vallée du Nil.

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complètement ceux de la race blanche. C'est une race intermédiaire, mitoyenne, tenant à la fois des deux races extrêmes qu'elle rapproche et qu'elle sépare”. » Le nom même que portent les Rouagha caractérise le rôle qu'ils jouent comme intermédiaires ou comme barrière entre les deux races. Le mot righ &,, dans l'ancienne langue berbère, paraît avoir les deux sens de «séparation » et de « contiguïté ». Oued Righ signifie donc le «bassin de séparation, de transition? ». Quant aux migrations de la race saharienne vers le Nord, elles sont indiquées par ce fait que deux tribus du Sahel et du Tell portent le nom de Righa*. Les Aourigha des plaines de la Medjerda avaient évidemment la même origine",

Il est prouvé, d’un autre côté, que la partie de l'Afrique septentrionale comprise dans la région de l'olivier n'a pas toujours été séparée de l'Europe méridionale. À une époque postérieure à l'apparition de l'homme, deux larges isthmes reliaient le massif Atlantique aux deux péninsules Italique et [bérienne. L'hydrographie nous montre encore les vestiges sous-marins de ces deux puissantes attaches, brisées peut-être dans la catastrophe géologique qui fit émerger le fond de l'Océan scythique et disparaître en même temps l'Atlantide®. Les contrées que sépare aujourd'hui la grande mer intérieure étaient donc habitées, on peut l'affirmer, par la même race d'hommes, comine elles nourrissent encore aujourd'hui la même faune et la même flore. Les êtres humains dont les abris du midi de la

ἡ Garette, Orig. et migr. des princip. tri- particule οἷ aou, indiquant un rapport soit bus de l'Algérie, p. 305. de filiation, soit d'attribution, et du mot * Carette, p- 306. | 125, righa, signifie «ceux qui forment la * L'une est cantonnée dans Le voisinage séparation» ou «les descendants de ceux de Miliana, l'autre dans les montagnes qui qui forment la séparation ». bordent au Sud la plaine de Sétif. * Voir à l'appendice la note sur l'Atlan- 1 Le nom d'Aourigha, composé de la tide.

IMPAIMENIE NATIONALE.

France et les cavernes de Gibraltar nous ont conservé les ossements avaient certainement peuplé les cavernes et les abris du Maroc septentrional, tandis que leurs congénères de TItalie et de la Sicile gagnaient de proche en proche les montagnes africaines rattachées à la péninsule Italique.

Deux groupes humains ont donc, dès l’époque la plus reculée, peuplé le massif Atlantique : l’un remontant du Sahara vers le Nord, l'autre descendant de l'Europe méridionale vers le Sud. Tel nous paraît être le fond primitif de la race berbère, et nous y distinguons, dès ce moment, les deux éléments ethniques dont on retrouve la trace dans les traditions des âges suivants, comme on les reconnaît encore dans l'anthropologie africaine : une race brune européenne et une race brune saharienne profondément distincte de la race noire.

C'est à cette première et puissante couche indigène que sont venus s'ajouter successivement, du Nord, de l'Est, peut-être de l'Ouest, les divers éléments étrangers où l'on a prétendu reconuaître la race berbère primitive, et qui ne sont en réalité que des composants de la race berbère actuelle. Ces nouveaux éléments, du reste, semblent s'être juxtaposés plutôt que superposés au fond primitif de la population atlanticosaharienne. Nous les retrouvons encore aujourd'hui vivant pour ainsi dire parallèlement, conservant leurs caractères physiologiques propres et, jusqu'à un certain point, leur individualité psychologique. Mais siles traits physiques sont restés distinets, si les aptitudes et les instincts ethniques présentent encore quelques différences, la langue est la même; la race la plus ancienne l'a imposée à tous les éléments nouveaux qui l'ont successivement accrue, et dont nous allons esquisser l'histoire dans la mesure, malheureusement bien restreinte, où il est possible de la reconstituer. |

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