‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 33 sur 58 · HO · texte numérisé non relu

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qui descend des grandes tribus des Sanhadja et des Ketama, présente les mêmes proportions : beaucoup de femmes sont blondes; le plus grand nombre sont du type châtain; celles qui appartiennent au type brun offrent les mêmes caractères, les mêmes traits que nos paysannes du Berry, de l'Auvergne ou du Limousin. L'impression générale que laisse cette population berbère, c'est qu'elle appartient à une race identique à la nôtre. Le Berbère du nord et du centre du Maroc a une physionomie essentiellement européenne : ses mœurs, ses habitudes, le rapprochent de nous et confirment cette supposition d'une origine commune.

Les Berbères purs de l'Atlas, au sud du Maroc, et ceux des montagnes indépendantes du centre de l'empire (aux environs de Meknès, dans le Djebel Zerhoun et à l'est de Fez) m'ont paru appartenir à cette même race de physionomie européenne. La plupart des chefs berbères avec lesquels j'ai eu l'occasion de causer, en longeant le versant septentrional de la grande chaîne atlantique, de Maroc à Mogador, parlaient un dialecte peu différent de celui du Rif : presque tous étaient du type châtain ou châtain clair. Sur les hauts sommets de la chaîne atlantique, d’après les renseignements qui m'ont été fourmis, la population tout entière serait remarquablement blonde. Elle aurait les veux bleus, gris ou «verts comme ceux des chats», pour reproduire l'expression même dont s'est servi le cheikh qui me renseignait.

Les blonds sont nombreux dans la grande Kabylie et dans l'Aurès. On cite des tribus dont tous les individus, naguère encore, appartenaient à ce type. Beaucoup de Berbères, parmi les montasnards de la Tunisie et de la Tripolitaine, sont blonds ou châtains. Les habitants de l'île berbère de Djerba présentent les mêmes caractères. Scylax avait déjà remarqué que les popu-

lations de Méninx étaient blondes, ξανθοί τὲ καὶ κἀλλισῆοι, et un passage de Callimaque prouve que ce type était assez fréquent parmi les habitants de la Cyrénaïque”. L'existence d'une grande race blonde dans l'Afrique septentrionale est d'ailleurs attestée par des monuments bien antérieurs à ces deux textes, puisque les Libou et les Tamahou des bas-reliefs de la xix° dynastie égyptienne sont représentés avec des traits européens et des cheveux blonds.

Les Espagnols, à l'époque de leur conquête, trouverent dans les îles Canaries deux types bien distincts, l'un brun, l'autre blond, qui sy sont maintenus jusqu'à nos jours. L'origine africaine de la population de cet archipel, déjà rendue très probable par la géographie, a été confirmée par toutes les recherches modernes : on a même découvert, il Υ a quelques années, une inscription libyenne dans l'ile de Fer, et depuis que l'on connaît l'existence, l'ancienneté et la grande extension des populations blondes dans l'Afrique septentrionale, depuis qu'on les a retrouvées, plus ou moins mêlées aux Berbères bruns, dans toute la chaîne de l'Atlas, dans le Sahara et dans tout le Maroc, on considère la présence des deux éléments brun et blond dans les Canaries comme la conséquence naturelle et presque nécessaire de l'arrivée des Berbères dans ces îles; les deux types canariens se ratlachent ainsi aux deux types berbères, et il n y a pas à chercher ailleurs l'origine des Canariens blonds?.

L'existence et, sur certains points, la prédominance d'une race blonde dans le nord de l'Afrique, rapprochées de ce fait

ἘΠ Hymn. Apollin., v. 84 : Τέθμιαι εὖτε σφιν Kapἤ bn té) Doréos, νειάδες ἤλυθον εὐθὺ , ὅστε ζωστῆρες ᾿ννυοῦς ? Sur les monuments megalithiques et les

ἀνέρες ὠρχήσαντο μετὰ populations blondes du Maroc, par MM. Tisξανθῆσι Λιβύσσης, sot οἱ Broca (Rev. d'anthrop., n° ὃ, 1870).

qu'on retrouve dans toute cette contrée des monuments mégalithiques exactement semblables à ceux qui couvrent les régions du nord et de l'ouest de l'Europe, ont conduit les archéologues qui affirment, avec MM. Henri Martin et de Bonstetten, que cette chaîne de dolmens, de menhirs et de cromlechs est l'œuvre d'un peuple unique, à attribuer aux Berbères une origine aryenne. D'après les uns, les Aryens, venus de l'Asie centrale, auraient passé par les Orcades, l'Irlande, l'Angleterre, la Gaule et le Portugal, d'où ils auraient gagné l'Afrique. D'autres indiquent comme étapes successives de cette longue migration le Caucase, la Baltique et les bords de l'Océan. D'autres enfin assignent une marche diflérente à la race des constructeurs de dolmens : ils les font arriver en Afrique du côté de l'Est, en passant par le Caucase, l'Afghanistan, le Daghestan, la Palestine et l'Arabie. Le D' Broca se prononce pour l'itinéraire par l'Espagne, dans le mémoire déjà cité et dont nous repro- " duisons les conclusions :

«Les peuples celtiques pénétrèrent jusque dans la Bétique (Andalousie), où l'existence d'une population blonde a été signalée par les anciens, et où les archéologues modernes ont découvert un grand nombre de monuments mégalithiques. Que ces peuples aient franchi le détroit de Gibraltar, comme le firent plus tard les Vandales, qu'ils se soient répandus de l'Ouest à l'Est dans l'Afrique septentrionale, et que, un ou deux siècles plus tard, ils soient parvenus jusqu'aux frontières de l'Egypte, c'est ce qui peut être admis sans difficulté, et ce qui est rendu probable par la concordance des dates indiquées plus haut.

« Tout permet donc de penser que les peuples blonds qui ont introduit en Afrique les monuments mégalithiques y sont venus par la Bétique, à travers le détroit de Gibraltar. Cette opinion se présentait déjà comme une hypothèse assez plausible,

lorsqu'on ne connaissait encore qu'un seul fait, savoir : l'existence de monuments mégalithiques de formes européennes dans la province de Constantine. Elle est devenue de plus en plus probable depuis que l'étude des monuments mégalithiques de l’Andalousie ἃ permis de retrouver la dernière étape européenne des constructeurs de dolmens. Lorsqu'on voit, sur les cartes d'archéologie préhistorique, cette longue traînée de dolmens qui, des bords de la Baltique, s'étend, à travers le nord et l'occident de l'Europe, jusqu’au détroit de Gibraltar, et lorsqu'on retrouve ensuite ces mêmes dolmens dans l'Algérie, on reste convaincu que les peuples à dolmens ont dû suivre, dans les temps préhistoriques, l'itinéraire que suivirent plus tard les Vandales de Genséric. M. le général Faidherbe, dont les travaux ont jeté tant de jour sur l'ethnologie primitive de Afrique septentrionale, a contribué plus que tout autre à faire prévaloir cette opinion. Π] ne se dissimulait pas, toutefois, que de l'Andalousie à la province de Constantine la distance était grande encore, et que la découverte des étapes intermédiaires était nécessaire pour. établir la démonstration. C'était donc dans le Maroc que l'étude de la question devait se poursuivre. Le général, retenu dans l'Algérie orientale par son commandement, ne put faire lui-même cette recherche; mais, ayant eu l'occasion de rencontrer quatre Marocains, il les conduisit aux dolmens du Bou-Merzoug (province de Constantine), et obtint d'eux l'attestation que beaucoup de monuments semblables existaient dans la province de Sous, à deux journées sud-sud-ouest de Fez.

«Ne pouvant se contenter de ce premier renseignement, M. Faidherbe écrivit à M. Tissot, ministre de France au Maroc, pour lui demander des informations sur la double question des Berbères blonds du Maroc et des dolmens de ce pays. Sur ces

—#2( 108 )..3--deux points il reçut une réponse affirmative. M. Tissot avait conslaté, dans les environs de Tanger, l'existence d'un assez grand nombre de monuments mégalithiques, dolmens, menhirs et cromlechs, semblables à ceux qu'il avait vus en France; il ajoutait-qu'il avait rencontré un très grand nombre de blonds parmi les Berbères du Maroc. Ces renseignements, transmis à la Société d'anthropologie par le général Faidherbe, ont été publiés en janvier 1873 dans le Bulletin de cette société (2° série, τ. VIT, p. 118);et, depuis lors, la question de l'orioine des blonds d'Afrique et des dolmens d'Afrique peut être considérée comme à peu près résolue.

«On entrevoit toutefois encore la possibilité d’une objection, sinon générale, du moins partielle; car, si l'on ne peut douter que la race blonde et les monuments mégalithiques de la Berbérie ne soient originaires de l'Europe, on peut se demander à la rigueur si leur introduction n'aurait pas eu lieu par une voie autre que le détroit de Gibraltar. Le fait qu'à une époque peu postérieure à celle-là, les peuples de l'Étrurie, de la Sardaigne, de la Sicile, étaient capables de diriger contre l'Égypte une grande expédition maritime, prouve que l'art de la navigation était déjà très développé dans la Méditerranée occidentale; on conceyrait donc que les constructeurs de dolmens, partis soit de l'Ibérie, soit de la Celtique, eussent pu aller débarquer directement vers la Tunisie. On sait que c'est dans l’'Aurès, sur les confins de la Tunisie et de la province de Constantine, que l'existence des Berbères blonds ἃ surtout été signalée; on sait encore que les premiers dolmens d'Afrique ont été découverts dans cette même province de Constantine, qu'ils y sont extrémement nombreux, tandis qu'ils sont, au contraire, fort rares dans le reste de l'Algérie. Ces deux faits peuvent faire naître Fidée que les peuples à dolmens seraient débarqués sur la

partie du littoral africain qui fait face à la Sicile et à la Sardaigne. De là ils auraient pu se répandre vers l'Ouest et gagner le Maroc, où leur arrivée est constatée à la fois par leurs monuments mégalithiques et par leurs descendants de race blonde. Quoique cette hypothèse soit beaucoup moins conforme que l’autre aux probabilités géographiques, elle prendrait pourtant quelque consistance si les hommes blonds et les monuments mégalithiques ne se rencontraient qu'en petit nombre dans le Maroc; mais s'ils y sont au contraire très nombreux, les doutes seront dissipés, et l'itinéraire par le détroit de Gibraltar pourra être admis sans hésitation. »

Les monuments mégalithiques n'ont une valeur absolue, ni comme documents ethnographiques, puisqu'on les retrouve à peu près partout, dans le nouveau monde et la Polynésie comme dans l'ancien continent, ni comme documents chronographiques, puisqu'ils sont de toutes les époques. Si séduisante que soit, en général, la théorie qui lie l'existence des dolmens à celle de la race qui les a élevés sur le sol européen, si vraisemblable même qu'elle soit dans l'espèce, nous ne croyons pas que le moment soit encore venu d'exprimer une opinion bien arrêtée à cet égard. Nous disjoindrons donc la question des monuments mégalithiques de celle des populations blondes de l'Afrique septentrionale, et nous nous bornerons à exprimer la conviction que ces populations, d'origine aryenne, ont pénétré dans le Maghreb par le sud de l'Espagne. L'itinéraire pour lequel nous nous prononçons nous paraît indiqué par le fait que la proportion des blonds aux bruns diminue à mesure que l'on s'avance vers l'Est. Cette décroissance ne s’explique pas par celle qu'on observe, en sens inverse, dans le rapport de la race arabe à la race berbère : les deux éléments, en eflet, ne se sont guère pénétrés. On ne peut donc voir dans

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le fait que nous constatons que la conséquence d'une loi naturelle : l'émigration aryenne s'est affaiblie à mesure qu’elle s'éloignait de son point de départ, de même que l'invasion arabe ἃ de moins en moins refoulé la race indigène à mesure qu'elle s'avançait vers l'Occident.

On ignore la date de cette grande immigration des Aryens en Afrique. Elle est certainement antérieure au xv° siècle avant notre ère, puisque les monuments de la x1x° dynastie égyptienne représentent déjà les Libou comme un peuple aux yeux bleus et aux cheveux blonds, tandis que ceux de la 1v° les dépeignent comme un peuple à peau brune ou grisâtre". L'arrivée des populations blondes en Afrique semble donc se placer entre le xxxvi° siècle et le xvi°. Nous n'avons pas besoin de faire observer, toutefois, que le premier de ces deux termes n'est indiqué que par une preuve négative, tandis que l'autre s'appuie sur un document positif.

Les traditions libyennes recueillies par Salluste semblent avoir conservé un souvenir confus de cette invasion européenne, en même temps que celui des deux éléments ethniques qu'elle avait trouvés installés sur le sol africain.

«Quant aux premiers possesseurs de l'Afrique, dit Salluste, et à ceux qui vinrent après, ainsi qu'à la manière dont ils se mêlérent entre eux, quoique mon récit s'écarte de la tradition commune, je dirai aussi brièvement que possible ce qui m'a été traduit des ouvrages puniques du roi Hiempsal et ce que pensent à ce sujet les habitants mêmes de ce pays.

«L'Afrique fut d'abord habitée par les Gétules et les Libyens, peuples grossiers et barbares qui se nourrissaient de la chair des bêtes sauvages, ou d'herbes comme les bestiaux. Ils n'obéis-

! Brugsch, Histoire d'Égypte, 2° édit., p. 8.

—#>( 411 ).:-saient n1 à des lois sociales ni à l'autorité d’un maître. Se déplaçant et errant sans cesse, ils n'avaient d’autres lieux de repos que ceux où la nuit les surprenait. Mais quand Hercule, comme le croient les Africains, eut péri en Espagne, son armée, composée de nations diverses, et livrée, après la mort de son chef, à une foule de rivaux qui s'en disputaient le commandement, ne tarda pas à se disperser. Les Mèdes, les Perses et les Arméniens qui en faisaient partie, ayant passé en Afrique sur des vaisseaux, occupèrent les pays voisins de notre mer. Les Perses se rapprochèrent davantage de l'Océan; ils se firent des cabanes en renversant la coque de leurs navires, car il n'y avait point de bois dans le pays, et ils n'en pouvaient pas tirer de l'Espagne par achat ou par échange : la grande mer et l'ignorance de la langue empêchaient tout commerce. Peu à peu ils se mêlèrent aux Gétules par des mariages, et comme, en essayant de divers territoires, ils avaient maintes fois changé de demeures, ils s'appelèrent eux-mêmes Numides. Au reste, de nos jours encore, les habitations des paysans numides, qu'ils nomment mapalia, rappellent la carène d’un vaisseau par leur forme allongée et la double courbure de leur toit. Quant aux Mèdes et aux Arméniens, ils se joignirent aux Libyens, car ceux-ci vivaient près de la mer d'Afrique, tandis que les Gétules étaient plus rapprochés de la zone torride, et ils eurent de bonne heure des villes, car, n'étant séparés de l'Espagne que par un détroit, ils avaient établi avec ce pays un commerce d'échange. Leur nom fut insensiblement altéré par les Libyens, qui, dans leur langue barbare, les appelèrent Maures au lieu de Mèdes. Cependant la puissance des Perses s’accrut rapidement et plus tard, sous le nom de Numides, quelquesunes de leurs fractions, quittant leurs foyers à cause de l'excès de la population, prirent possession du pays voisin de Carthage

qui s'appelle la Numidie. Puis les uns et les autres, se prêtant

un mutuel appui, subjuguèrent les peuples limitrophes par la

force ou par la peur, ceux-là surtout qui étaient dans le voisi-

nage de notre mer, les Libyens étant moins belliqueux que les

Gétules. Dès lors toute la partie septentrionale de l'Afrique

appartint aux Numides; les vaincus se confondirent avec la

nation conquérante et prirent le nom des vainqueurs !. » Pris au pied de la lettre, ce récit de Salluste mérite les cri-

tiques qu'on ne lui a pas ménagées”?. La tradition rapportée

᾿ Salluste, Jugurtha, xvii-xvin : « Sed qui mortales initio Africam habuerint, quique postea accesserint, aut quomodo inter se permixti sint, quanquam ab ea fama, quae plerosque obtinet, divorsum est, tamen uti ex libris Punicis, qui regis Hiempsalis dicebantur , interpretatum nobis est, utique rem sese habere cultores ejus terrae putant, quam paucissumis dicam.

Ceterum fides ejus rei penes auctores erit.

« Africam initio habuere Gaetuli et Libues, asperi incultique, quis cibus erat caro ferina, atque humi pabulum , uti pecoribus. Hi neque moribus neque lege aut imperio cujusquam regebantur ; vagi, palantes, quas nox coegerat, sedes habebant.

Sed postquam in His)pania Hercules, sicuti Afri putant, interiit, exercitus eJus, compositus ex variis gentibus, amisso duce ac passim multis sibi quisque imperium pelentibus, brevi dilabitur. Ex eo numero Medi, Persae et Armenü, navibus in Africam transvecti, proxumos nostro mari locos occupavere. Sed Persae intra Oceanum magis; hique alveos navium invorsos pro tuguriis habuere, quia neque materia in agris neque ab Hispanis emendi aut mutandi copia erat : mare magnum et ignara lingua commercia prohibebant. Hi

paulatim per connubia Gaetulos secum miscuere, et quia saepe tentantes agros alia deinde alia loca petiverant, semetipsi Numidas appellavere. Ceterum adhuc aedificia Numidarum agrestium, quae mapalia illi vocant, oblonga, incurvis lateribus tecla, quasi navium carinae sunt. Medis autem et Armentis accessere Libues (nam hi propius mare Africum agitabant) ; Gaetuli sub sole magis, haud procul ab ardoribus:

hique mature oppida habuere, nam freto divisi ab Hispania mutare res inter se instituerant. Nomen eorum paulatim Libues corrupere, barbara lingua Mauros pro Medis appellantes. Sed res Persarum brevi adolevit, ac postea nomine Numidae, propter multitudinem a parentibus digressi, possedere ea loca quae proxume Carthaginem Numidia appellatur. Dein utrique alteris freti finitumos armis aut sub imperium suum coegere, nomen gloriamque sibi addidere, magis bi qui ad nostrum mare processerant, quia Libues quam Gaetuli minus bellicosi. Denique Africae pars inferior pleraque ab Numidis possessa est; victi omnes in gentem nomenque imperantium concessere. »

ὁ M. Vivien de Saint-Martin ( Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité, p. 125-127) se

—+#2( 118.)».5--par le roi Hiempsal est, au moins dans la forme, beaucoup plus punique que libyenne; on y reconnaît l'influence de l'esprit oriental et celle de l'éducation grecque qu'avait reçue le royal écrivain. Nous ne pensons pas, toutelois, qu'il y ait lieu de la rejeter complètement. Dégagée du mythe gréco-punique d'Hercule, ainsi que de l'erreur, fort excusable lorsqu'on se reporte aux procédés de la critique historique tels qu'on les comprenait alors, dans laquelle est tombé le roi numide en transformant en Perses, en Mèdes et en Arméniens des peuplades dont les noms se retrouvent encore aujourd'hui dans l'ethnographie berbère ', la légende que nous ἃ conservée Sal-

prononce contre le fond mème de ce récit.

Les auteurs qui n'ont pas rejeté les données recueillies par l'historien de Jugurtha ont cherché à expliquer de différentes manières la présence assez peu attendue des Armémiens, des Perses et des Mèdes dans les traditions des peuples de l'Atlas. L'abbé Mignot (Mem. de l'Acad. des inscr.,t. XLII) pense que ces noms, dans les écrits puniques où Sallusie a puisé, ne se rapportaient pas aux nations que l'historien ἃ désignées, mais à des peuplades cananéennes ou syriennes ; il croit y reconnaître les Araméens, les Madianites et les Phéréséens. Movers ne serait pas éloigné de penser que les nations nommées par Salluste ont pu être, en effet, représentées, dans les colonies phéniciennes du nordouest de l'Afrique, par les troupes mercenaires qu'y envoyait Sidon; d’autres, comme Saint-Martin (Nouveau Mém. de l'Acad. des inscr., t. XII, 1836), qu'elles y auraient été conduites par quelque ancien conquérant asiadique.

* Ibn Khaldoun (1. 1, p. 279) men-

tionne une tribu des Ourmanu, apparte-

nant aux Haouara, une des grandes branches des Beranès ou Berbères de l'Ouest.

On trouve plusieurs ethniques analogues à celui des Mèdes dans l’ouest de l'Afrique.

El-Bekri cite les Medäça parmi les tribus du grand désert occidental, et il existe encore aujourd'hui, au sud de Sétif, une tribu berbère des Medäci. (El-Bekri, Descr.

de l'Afrique, p. 393-395. — Carette, Recherches sur l'origine et les migrations des principales tribus de l'Afrique septentrionale, p- 223.) Les Mediouna forment une autre tribu très importante du Maghreb, dans le bassin de la Mlouia. (Ibn Khaldoun, t. 1, Ρ- 232 et 250; t. III, p. 293. — Aboulféda, 1, p. 84.) M. Tauxier (Ethnographie de l'Afrique septentrionale avant Mahomet, Revue africaine, 1863) fait remarquer que le nom des Masmouda peut se traduire par «descendants de Moud ». Quant aux Perses, ainsi que le fait remarquer M. Vivien de Saint-Martin, la tradition punique qui les rattachait aux Gétules nous met elle-mème sur la voie : ce sont les Pharusii, quondam Persae (Pline, V, vi), dont l'existence dans le voisinage de l'Atlantique avait été

—#>( 11. ).5.---luste renferme un fond de vérité. Elle nous montre, comme le plus lointain souvenir des origines libyennes, la coexistence sur le sol africain de deux peuples qu'elle oppose l'un à l’autre, sous le nom de Gétules et de Numides, et dans lesquels nous retrouvons les deux races qui forment le fond primitif de la famille berbère. Elle rappelle, d'autre part, l'arrivée en Libye, par l'Espagne, de ces populations indo-européennes qui sont venues apporter à l'ethnographie africaine cet élément blond dont nous avons constaté l'importance.

L'invasion aryenne a profondément modilié une grande partie de la race berbère. Elle ἃ créé en Afrique toute une population qui, par ses traits physiologiques, ses aptitudes, ses instincts et ses mœurs, se sépare très nettement des éléments autochtones ou sémitiques.

Au physique, le Kabyle se distingue, à première vue, de l’'Arabe. Sa tête est moins fine, maïs plus intelligente : sa physionomie franche et ouverte, son œil vif, contrastent avec l'ummobilité habituelle du masque sémitique. Il est moins sec que l’'Arabe; ses muscles sont plus volumineux et moins détachés. L'ovale du visage est plus large et plus court; les pommettes sont plus fortes; la mâchoire inférieure est plus lourde et plus carrée, Le crâne, dans les deux races, offre le plus souvent des différences très sensibles. Vu d'en haut, le crâne présente, chez l'Arabe, une des formes ovales les plus régulières que l'on puisse constater dans l'espèce humaine, tandis que, chez le Kabyle, cet ovale est modifié par un élargissement trop brusque au niveau des bosses pariétales, d’ailleurs peu développées, et par un rétrécissement en avant, à la hauteur des tempes. Les arcades sourcilières du Berbère sont, en général,

révélée aux Romains par l'expédition nautique de Polybe. Ce sont aussi les Perorsae des géographes de la basse époque.

bien développées, confluentes à la glabelle et surmontées d'une dépression transversale très visible. Elles sont à pee indiquées chez l'Arabe !.

Les différences sont plus tranchées encore au moral. Le Kabyle est aussi actif et entreprenant que l'Arabe est indolent et paresseux. Il est vif et emporté; l'Arabe a le calme du fataliste. Essentiellement sédentaire, le Berbère habite une maison de pierre ou de chaume et vit en communautés fixes, villages ou hameaux. Individuellement propriétaire, 1] s'attache à sa maison, à son jardin, à ses vergers, engraisse ses terres et s'efforce de leur faire rapporter le plus possible. Il tire parti des moindres fentes de rochers, plante des arbres fruitiers, les orefle, cultive des légumes, du tabac. L'Arabe campe sous la tente, change de place aussi souvent que l'exigent les besoins de ses troupeaux et ne cultive qu'accessoirement. La tribu ayant la propriété collective du sol, qu'elle loue ou distribue chaque année, l'individu n’a aucun intérêt à l'améliorer.

Le Kabyle est prévoyant, il abrite ses bestiaux et leur emmagasine des provisions pour l'hiver. L’Arabe vit au jour le jour et se laisse surprendre par la famine, lui et ses bêtes. C'est lui qui incendie les forêts pour en renouveler les pacages et amender les terres sans fatigue; en pays berbère, au contraire, l'incendie des forêts est réprouvé comme méthode d'amendement.

Le Kabyle est industrieux; il se livre à la maçonnerie, à la menuiserie, il fabrique de la chaux, des tuiles, du savon, de l'huile, de la poudre, des armes, des instruments d'agriculture;

* P. Topinard, Instruction sur ?’anthro- pinard a puisés lui-mème en partie dans pologie de l'Algérie, 1874. Nous emprun- les travaux de MM. Warnier, Faidherbe, tons à cet excellent ouvrage la plupart des Daumas, Aucapitaine, Bibesco, Letour-

détails qui vont suivre, et que M. le D' To- neux et Hanoteau.

—#>( 410 )...--il exploite les mines. L'Arabe, à proprement parler, n'a pas d'industrie; il ne confectionne guère que des selles, des mors et autres articles de harnachement.

Le Kabyle fait du commerce; 1] prend du service dans nos troupes, descend dans la plaine, où il cultive les terres des Arabes, et va chercher fortune dans les villes du littoral; mais toujours 1] revient au village, où il achète un lot de terre et se marie. Le nom de Berrant dans les villes s'applique collectivement à tous les Berbères qui émigrent ainsi passagèrement. La tribu berbère des Beni-Djennad, dans le cercle de Dellys, fournit chaque année quinze cents travailleurs aux pays arabes. On estime à six mille le nombre des col porteurs que la seule tribu des Zouaoua met en mouvement pour échanger, à de grandes distances, les produits de leur industrie contre le grain et les matières premières dont ils ont besoin. Les neuf dixièmes du bataillon des tirailleurs indigènes de Constantine sont Berbères.

L'Arabe, au contraire, ne se déplace que dans un certain cercle.

Le Kabyle a toujours une attitude fière et digne; 1] ne s'abaisse pas au mensonge. L'Arabe ment et sera humble et arrogant tour à tour. L'une des plus belles qualités du Berbère est le respect de la parole donnée : ni lui ni les siens ne manquent jamais aux obligations qu'elle impose. Avant de déclarer la guerre à son ennemi, il retire loyalement son anaya ”. L'Arabe procède par surprise et par trahison. Le point d'honneur existe au plus haut degré chez le Berbère, et c'est le motif ordinaire de ces querelles si fréquentes de tribu à tribu, de fraction à fraction, de village à village et, dans le village même, de

* L'anaya est le symbole matériel de la solidaire de l'anaya donnée par un de ses parole donnée et, par extension, celte pa- habitants. La tribu est engagée de même role même. Le village est le plus souvent per l'anaya d'une de ses fractions.

—+#>( 417 ).ε:-quartier à quartier. La ghäzia arabe n'a pour motif que le pillage. Pour le Kabyle, la bastonnade est un châtiment infamant; pour l'Arabe ce n'est qu'une douleur. La charité envers les pauvres et l'hospitalité à l'égard des étrangers ne font jamais défaut dans la tribu berbère. L'hospitalité arabe est toute d'ostentation et de calcul.

La constitution de la famille est fort différente dans les deux races. L'Arabe est polygame, et ne voit dans la femme qu'un instrument de plaisir ou une bête de somme. Le Berbère est en général monogame : protégée non seulement par les mœurs, mais par certaines lois spéciales, la femme kabyle occupe dans la famille de même rang que l'Européenne; elle règne dans la maison, etson influence s'exerce parfois jusque dans les affaires du village et de la tribu.

Mêmes contrastes dans l’état social. Tandis que, dans l’organisation essentiellement aristocratique, théocratique et patriarcale de la tribu arabe, l'individu s'efface toujours devant un supérieur, la société berbère est fondée sur une parfaite égalité. Chacun de ses membres y garde son individualité, y jouit des mêmes droits, y est astreint aux mêmes devoirs. Point de noblesse militaire ni religieuse; point de chefs héréditaires. La communauté berbère est administrée par de simples délégués, chargés d'appliquer les lois et coutumes consacrées par le temps et d'exécuter les décisions votées dans l'assemblée générale de la commune ou djemda. Tout membre de la tribu arrivé à l'âge de la puberté fait partie de cette assemblée et a le droit d'y parler et d'y voter. Toutes les affaires générales et particulières s y discutent, et chacun respecte les décisions prises. Le délégué ou amune est toujours révocable à la majorité des suffrages. Plusieurs communes assemblées nomment parfois un amine des amines, qui s'occupe des affaires pour lesquelles il a été dé-

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—+>( 418 )e3— signé, sans jamais s'immiscer dans les questions intérieures de chaque commune. L'association de plusieurs arch en une confédération est rare ou passagère. Toute idée de nationalité en est exclue; le patriotisme du Berbère ne dépasse guère la ferka?. De là une absence d'unité et une difficulté de s'entendre pour une action commune qui font précisément notre sécurité?.

Le portrait que nous venons de tracer, d'après nos écrivains algériens, du Kabyle du Djerdjera ou de l'Aurès, est celui du Berbère marocain. Les montagnards d'Andjera, du Rif, du Zerhoun et de la grande chaîne atlantique présentent ces mêmes caractères physiques et moraux qui rapprochent 51 étroitement le Berbère de l'Européen*. On comprend dès lors que certains ethnographes aient cru pouvoir attribuer à la race berbère tout entière une origine indo-européenne. Présentée sous une forme aussi absolue, cette théorie est inadmissible : elle a le tort de conclure de la partie au tout et de généraliser, nous ne dirons

* Les subdivisions politiques parmi les généraliser un soulèvement. Logés à la Berbères sont : la confédération ou kbaïla, la tribu ou arch, la fraction ou ferka, et la

commune ou dachera.

zaouïa, ils reçoivent la zekkat et l'achour prescrits par le Koran, c'est-à-dire le centième sur les troupeaux et le dixième sur

ἢ Cependant il est des institutions qui remplacent dans une certaine mesure cette absence de lien politique et donnent naissance à une sorte d’aristocratie relative : ce sont les soff et les marabouts. Les soff sont desalliances contractées , en dehors de toute action administrative, entre individus ou familles isolées d'une même tribu ou de tribus différentes ; elles se groupent autour d'un personnage plus ou moins influent, riche ou considéré. Les marabouts sont les gardiens de la lettre du Koran; ils sont respectés et ont une grande autorité morale; ce sont eux qui ont réussi à liguer contre nous plusieurs confédérations et à

les grains, avec lesquels ils pourvoient aux frais du culte, secourent les pauvres, nourrissent les voyageurs et donnent les trois degrés d'instruction : primaire, secondaire et transcendante.

Les habitations berbères que nous avons pu observer sur le versant nord de l'Atlas, au sud de Maroc, ont un aspect tout européen. Construites en bois sur un cube de maçonnerie, munies d'une galerie au premier étage, et recouvertes de grands toits en auvent surchargés de grosses pierres, elles reproduisent exactement le chalet des montagnes du Jura ou

des Alpes.

pas l'exception, mais des faits qui ne concordent pas avec d'autres faits. Il est difficile de reconnaître dans le Kabyle, tel que nous le connaissons, le Numide qu'ont dépeint les écrivains de l'époque romaine. Nous ne pouvons donc que maintenir la conclusion que nous avons déjà posée : l'arrivée des populations blondes en Afrique a complété la race aborigène plutôt qu'elle ne l'a modifiée; le nouvel élément, en d’autres termes, s'est juxtaposé à l’ancien plutôt qu'il ne l'a pénétré.

Il semble d’ailleurs que la langue des autochtones se soit imposée aux nouveaux venus. Le berbère, en effet, n'offre que bien peu de mots d'origine indo-européenne, et ces mots, pour la plupart, ne datent que de la domination romaine '. Absorbés par la langue libyenne, les dialectes aryens que parlaient sans doute les populations blondes dont nous retrouvons les descendants en Afrique n'ont guère laissé de traces que dans la nomenclature géographique, surtout dans celle des cours d’eau, si persistante partout et par là même si instructive. L’Auser d'Italie a un homonyme dans le voisinage de la petite Syrte,

1 Nous avons cité le mot cicer, « pois chiche», berbérisé sous la forme ihtker.

Lens, aux cas obliques , est devenu de même telentit. On suppose que ourli, «jardin», vient d'hortus , et egqour, tiquert, «champ», d'ager. Tennaout, «navire » , rappelle le mot latin nauta. Andjelous, « ange, génie », dans le dialecte del'Ahaggar, ne date évidemment que de l'époque chrétienne. Le mot tayoka, qui désigne dans la langue chelha une paire de bœufs attelés à la charrue, peut tout aussi bien venir du latin jugum que de la racine indo-européenne de ce mot. Mais nous considérons comme purement aryen un mot libyen que nous a conservé Hérodote lorsqu'il raconte (IV, cuix) que les Cyré-

néens dépouillèrent de ses États un roi indigène dont lenométait Adicran : Συλλεχθέντος δὲ ὁμίλου πολλοῦ ἐς τὴν Κυρήνην περιταμνόμενοι γῆν πολλὴν οἱ περίοικοι Λίδυες καὶ ὃ βασιλεὺς αὐτῶν, τῷ οὔνομα ἣν ἀδριρὰν, οἷα τῆς τε χώρης σΤερισκόμενοι καὶ περιυδριζόμενοι ὑπὸ τῶν Κυρηναίων, πέμψαντες ἐΞ Αἴγυπῆον ἔδοσαν σφέας αὐτοὺς ἀπρίῃ τῷ Αἰγύπτου βασιλέϊ. Hérodote a pris pour un nom propre le titre mème que porlait le chef libyen. Le mot Adicran, en effet, se retrouve exactement dans le sanscrit af4qur Adikarana, avec le sens de «celui dont l'acte est au-dessus des autres, le dominant, le prééminent, le chef. »

—#2( 420 )....l'Ausere de la Table de Peutinger. L’Aesarus italien, l’Isara gauloise, l'Isarus de Vindélicie, sont autant de variantes du nom cénérique Jsar, Issar, qu'on retrouve encore aujourd'hui dans la toponymie africaine sous les formes identiques Jssar, Isser, et qu'on découvre sous celle d’Asar dans la nomenclature antique”.

Nous sommes bien tenté d'attribuer également une origine européenne au mot Ar, composant initial des noms de quatre cours d'eau qui figurent dans la nomenclature géographique de l'Afrique ancienne : l’Armua, l'Armoniacus, l'Armascla, VArdalio. Ge mot Ar ou Er paraît avoir également le sens générique de «cours d’eau». Seul, 11 forme le nom de l'Aar helvétique; redoublé, celui de l’Arar gauloise; à l’état composé on le retrouve dans les noms d’une trentaine de fleuves ou de rivières. Nous citerons, sans sortir de l'Europe, l'Arauris de la Narbonnaise, | £rubrus de la Gaule septentrionale, l'Argita de la Grande- Bretagne, l'Eridanus, l'Ariminus, l'Armine, V'Arnus, l'Arocha de l'Italie; l'Arda, l'Arzus, VArtiscus, l'Erigon et TErginus de la Thrace; l'Erasinus de l'Argolide, les deux Erasinus ou Arsinus de l'Achaïe et de l’Attique, l'Arsia de l'Istrie, l'Arrabo de la Pannonie. En Asie, nous trouvons l’Artannes de la Bithynie, l'Archabis du Pont, l'Araxes, 'Arsinus et l'Arsanias de la Grande Arménie, l'Arosapes de 'Arachosie, l'Aragus de l'Ibérie, l'Arcenthus de la Syrie, l'Araxes et l'Arosis de la Perse, l'Erimessis de l'Inde*.

* Le nom antique de Sufusar n’est qu'un pléonasme qui indique le sens générique du mot étranger accolé au mot indigène.

Le mot souf, en berbère, désigne une « rivière ». Il avait certainement le mème sens en libyen, comme nous le démontrerons en recherchant l'étymologie des noms de Sufes et de Sufetula. Sufasar n’est donc, selon toute apparence , que larépétition incon-

sciente du même mot dans deux idiomes différents. Les Libyens autochtones auront dit Sufasar, comme les Arabes ont dit plus tard Ain Tala ou Kef Azrou, en faisant précéder le mot berbère du mot sémitique équivalent, comme nous disons nousmêmes, en triplant le pléonasme, la « fontaine d’Aïn Tala » ,le «rocher de Kef Azrou. »

ἢ Nous n'avons pas compris dans cette

—#>( 191 ).ε3--- Est-ce par une simple coïncidence que les noms de tant de cours d’eau offrent la même syllabe initiale? Et si l'on reconnait dans cette syllabe le nom commun modifié par un qualificatif variable, ne peut-on pas y voir la trace des étapes successives de ces populations qui, parties des hauts plateaux de l'Asie centrale et marchant de l'Est à l'Ouest, ont traversé l'Europe jusqu à l'Océan, puis, longeant les rivages occidentaux de la grande mer et ceux de la Méditerranée, pénétré jusqu'en Afrique, où leurs descendants se retrouvent encore avec tous les caractères physiques et toutes les aptitudes morales des races arÿennes?

L'absence de toute donnée chronologique certaine nous permet de placer après l'immigration aryenne l'invasion des Ibères, qui l’a peut-être précédée. La solution de l'énigme qui se pose à cet égard est d’ailleurs intimement liée à celle d'une autre question fort discutée jusqu'ici : celle de l'identité des Ibères et des Atlantes!.

L'origine des Ibères est encore à l'état de problème, et ce problème a été inutilement compliqué par la parenté établie à tort, dès l'antiquité, entre les Ibères d'Espagne et ceux d'Asie. Même en le débarrassant de cette fausse donnée, la critique moderne n'est pas encore parvenue à le résoudre d'une manière satisfaisante?, Parmi les différentes hypothèses qui se sont

liste l'Arachotes, qui s'écrit en réalité Hurachotes en zend, et correspond au sanscrit saraswati, «riche en lacs ». Le plus ancien nom de l'Euphrate est Arat, qu'on trouve dans les inscriptions cunéiformes. Le Nil d'Égypte porte le nom d'leér en hébreu, celui d'Zaour où d'Iaër en assyrien. (Communication de M. J. Oppert.)

ο * Strabon admettait que les Ibères d'Asie élaient une colonie des Ibères d'Espagne.

L'hypothèse inverse était soutenue par

d'autres érudits de l'antiquité. La langue des Ibères d'Asie étant iranienne, comme Va établi M. Phillips, on ne saurait admettre une parenté quelconque entre les deux peuples. Appien rejetait déjà cette communauté d'origine, en se fondant sur la différence des langues parlées par les Ibères d'Espagne et ceux d'Asie. (App., De bello Mithrid., ex, éd. Didot, p. 209.)

ἡ Voir, sur les origines des Ibères, Diefenbach, Origines Europeue, p. 110.— G.

Les IBÈRES.

—#+>( Π22.}.6.-.--produites, l’une voit dans les Ibères un peuple d'origine touranienne, de même race par conséquent que les Finnois, seuls Touraniens dont lexistence en Europe soit constatée d'une manière certaine avant l’arrivée des Mongols et des Hongrois’.

Une autre théorie, soutenue par M. d’Arbois de Jubainwille, identifie les Berbères aux Atlantes des traditions égyptiennes, aux peuples venus des «iles lointaines» des légendes gauloises. Cette conjecture s'appuie non seulement sur des preuves négatives, telles que l'impossibilité de donner aux Ibères une origine sémitique ou indo-européenne et le peu de vraisemblance de la théorie qui les rattache à la race touranienne, mais sur les analogies que l’on a constatées entre la langue des Basques, derniers représentants des Ibères, et celles de l'Amérique du Nord?, considérée par quelques auteurs, sinon comme ayant fait partie de l'Atlantide, du moins comme ayant été en rapports de race avec le mystérieux continent qui la reliait autrefois au vieux monde.

M. d'Arbois de Jubainville pense dès lors, conformément à la légende de l’Atlantide, que les Ibères auraient conquis toute l'Afrique du Nord jusqu'aux confins de l'Égypte; il reconstitue, d'après des témoignages antiques plus ou moins explicites, un vaste empire ibéro-libyen, comprenant non seulement FEspagne, la terre ibérique par excellence, mais les îles Britan-

Phillips, Die Einwanderung der Iberer in die pyrenäische Halbinsel, dans les Sitzungsberichte der K. Akad. der Wissenschafien zu Wien, t. LXV, 1870, p. 519. — Maspero, Hist. ἀπο. des peuples de l'Orient. — D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, p. 17. —F.-M. Tubino, Los aborigenes Ibericos.

! C'est l'opinion que soutient M. Mas-

pero. Elle est combattue par M. d'Arbois de Jubainville, qui fait ressortir les profondes différences constatées parles anciens eux-mêmes entre les Ibères et les Finnois.

* Whitney, La vie du langage, 1875, p-213.— G. Phillips, dans le mémoire cité plus haut (p. 550-555), pose la question de savoir si les Ibères sont venus d'Amérique; mais 1ἰ reste dans le doute.

niques, la Gaule, l'Italie, la Sardaigne, la Corse * et la Sicile. Il considère comme Ibères, avec Tacite?, les Silures de la Grande-Bretagne, avec Denys d'Halicarnasse *, les Sicanes de la Sicile; il rattache à la même race les Liburnes, qui, d'après Pline ", auraient occupé la plus grande partie de la Gaule cisalpine; il reconnaît dans les Liburnes les Libui de Tite- Live et 165 Libou des Égyptiens; il accepte les traditions qui donnent une origine libyenne aux Sardes”, et les identifie aux Sordes, Sordones ou Sardones, Ibères établis au nord des Pyrénées, sur da côte méditerranéenne ?, comme aux Shardanas des textes égyptiens; 1] incline enfin à voir dans la légende des Amazones de Libye, rapportée par Diodoref, un épisode de la guerre des Libyens contre un des rois de la 11° dynastie égyptienne, Néchérofes ὃ.

Nous éprouvons quelque embarras à nous prononcer sur la valeur absolue des conclusions que suggèrent à M. d'Arbois de Jubainville les textes qu'il ἃ d’ailleurs si habilement rapprochés. Que la domination des Ibères se soit étendue sur une partie de l'Afrique septentrionale, nous l'admettons volontiers : il est difhicile d'expliquer autrement que par la prédominance d'une race étrangère, relativement plus avancée, l'état de civilisation que les documents égyptiens constatent dans le nord de la Libye à une époque antérieure aux premières migrations “orientales connues. Mais si nous n'avons pas de sérieuses rai-

M. d’Arbois de Jubaïnville s'appuie D A dut

sur le passage dans lequel Sénèque (Consol. ad Helv., VIT, 1x) constate en Corse l'existence de populations identiques aux Cantabres.

* Agric., x1.—Dionys., Perieg., v. 561-

eee

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