‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 34 sur 58 · SO TE · texte numérisé non relu

SO TE

* Solin, x.—Silius Ital., XIT, 359-361.

--- Pausan., X, xvur.

7 Festus Avien., v. 551-575. — Pline, UT, v. — Pomp. Mela, IT, 117.

TNT EV:

* Brugsch, Hist. d'Égypt’, 2° éd. , p. 45.

— Maspero, Histoire ancienne des peuples

de l'Orient, p. 61.

-ττ-ερί 124 γ.64--sons de révoquer en doute le fait même d'une colonisation partielle du nord de l'Afrique par quelques fractions ibériennes, nous avons quelque peine à admettre que ce fait ait transformé l'état de choses antérieur. Au point de vue ethnographique, l'élément ibère paraît avoir été plus ou moins complètement absorbé par l'élément indigène : la minorité conquérante ἃ subi la loi commune et a dû disparaître dans la masse de la population conquise. Au point de vue de la langue, on peut affirmer que libère n'a nullement modifié le libyen : autant que nous pouvons en juger par les débris actuels de ces deux langues, — le basque et le berbère, — le libyen et libère ne se sont pas pénétrés. Le libyen est demeuré une langue à flexion; libère, langue essentiellement agglutinative, n'a pas laissé de traces appréciables en dehors des quelques noms de lieux qu'on relève des deux côtés du détroit. Nous retrouvons dans la toponymie de la Tripolitaine le composé caractéristique que les Ibères ont laissé partout comme un souvenir de leur passage : JU berri, «ville neuve». La Tillibart ou Tulhberr de l'Itinéraire d'Antonin n'est pas autre chose que ce composé, berbérisé par le préfixe 1. Cette berbérisation d'un mot ibère prouve, par parenthèse, que la langue libyenne était déjà formée lors de l'invasion des Ibères. On peut rapprocher l’'Anatis, le Subur et le Subus maurétaniens de l’Anas et du Subur des Laetani et du Subis qui coulait dans le voisinage; la Badias du sud de la Numidie de la Badia de Lusitanie”; la Vacca numide de la Vacca lusitanienne*; le Magrad de la Tripolitaine du Magrada de la Péninsule“; la Culis de la Byzacène de son homonyme de la Bétique”; les Tucca de la Proconsu-

* Ptol., IT, νι, 17. — Pline, HIT, π|. * Pline, IT, ur. 2 Val. Max., 1Π|. vis ila.—Plut., : Mela, I, 1, 10. Apophth. Rom., éd. Reiske, t. VI, Ὁ. 740. $ Pline, IV, χχι, 35.

laire et de la Numidie de la Tuccr ibérique‘; l'Alonianum du sud de la Byzacène de l'Alonae espagnole *; la Laminie de la Tripolitaine de la Lamini du Conventus de Carthagène, dont Pline donne l'ethnique Laminitanr*. Le mot basque Gor, « hauteur», se retrouve peut-être dans le nom de Gorra que portent deux des plus hautes montagnes du bassin de la Medjerda. Peut-être aussi peut-on assigner une origine commune aux Cinethu de la Maurétanie et aux Cynetes des bords de l’Anas. La toponymie présente des ressemblances trop complètes et trop nombreuses, des deux côtés du détroit, pour qu'on puisse refuser aux Ibères une certaine part dans la colonisation de l'Afrique septentrionale. Nous n'hésitons donc pas à la leur accorder, sous le bénéfice des réserves précédemment formulées.

Nous avons constaté, au début de ce chapitre”, l'unité de la race qui peuple l'Afrique septentrionale, de la rive gauche du Nil à l'Océan et des bords de la Méditerranée au centre du Sahara. Il n'est pas douteux que le peuple inconnu qui habitait la vallée du Nil, lorsque les Égyptiens y pénétrérent, n'ait élé une fraction de la grande famille autochtone dont les traces matérielles se retrouvent dans la zone atlantique ὃ. Repoussés au Sud par l'invasion égyptienne, les anciens possesseurs du sol formèrent, autour de la «terre noire», Kemi, cette ceinture de peuplades auxquelles les Égyptiens conservèrent

2 Ptol., IT, 1v, 11. —= Strab., ΠῚ, σιν.

— App., Hisp., Lxvurr.

ÉMPline, ΠῚ πρὶ 1-—Mela, 11 vr. — Ptol., IL, νι.

δ Pline, IL, 1v, 3.

1 Voir p. 386.

| * Sur l'origine indo-européenne des Égyptiens, voir Brugsch, Histoire d'É gypte,

pages 1 et suivantes. Il est certain d'ailleurs que les nouveaux venus se croisèrent avec la race indigène : à défaut de preuves historiques, le fait est suffisamment indiqué par les lois physiologiques qui ne permettent pas à la race européenne de se perpétuer, sans croisement, dans la vallée du Nil.

IMPIRIMERIE NATIONALE.

Les KoucuiTes

leur nom primitif de Berbères, tandis qu'ils donnaient aux populations noires du Soudan celui de Nahas où Nahasi.

L'affinité qu'on a constatée entre les idiomes kouchites et berhères s'explique par la parenté d'origine des deux races !. Les rapports qui s'établirent plus tard entre les Égyptiens et les Libyens ne paraissent avoir sensiblement modiñé ni l'ethnographie, ni la langue de l'Afrique septentrionale. L'influence de l'Égypte, ainsi qu Hérodote le constate, ne se fit sentir que parmi les peuplades du littoral comprises entre les bouches occidentales du Nil et Barca.

Les deux peuples, du reste, n’eurent guère de contact que dans les guerres ou les conquêtes passagères dont les monuments égyptiens conservent le souvenir. La lutte s'engage dès le premier règne de le première dynastie égyptienne. Elle continue sous la troisième dynastie, et les incursions des Libyens durent se renouveler plus d’une fois jusqu'au moment où l'Egypte, devenue une grande puissance maritime, put à son tour prendre l'offensive. Les flottes de Thoutmès IIE, vers la fin du xvn siècle, soumirent tout le littoral libyen ?. Séti I”, au xv° siècle, Merenphthah au xiv°, eurent à repousser Îles attaques dirigées contre la Basse-Lgypte par ses voisins de l'Ouest. De 1306 à 1299, Ramsès III soutint trois guerres contre les Libyens, seuls ou ligués avec les Zakkaro, les Pélasges et les Kheta ὃ. Au commencement du vi siècle, enfin,

"Voir, sur les rapports de l’égyptien et du berbère, l'Essai sur les rapports grammaticaux qui existent entre l'égyptien et le berbère, de M. de Rochemonteix. (Extrait des Mémoires du Congrès international des orientalistes, première session, Paris, 1873.)

* M. Meltzer suppose que la domina-

tion égyptienne ne dépassa pas , en Afrique , le littoral oriental de la grande Syrte, dont la vaste baie représente, pour lui, « l’autre mer» des textes hiéroglyphiques. Il affirme, à l'appui de cette conjecture, que l'on ne rencontre pas de monuments égyptiens au delà de cette limite.

ὁ En 1306, 1302, 1300 et 1299.

—#2( 427 ).ε:--le troisième souverain de la dynastie éthiopienne, Tahraka, aurait poussé ses conquêtes en Libye jusqu'au détroit de Gadès.

On ἃ vu, dans la première partie de ce travail, que les traditions du Nefzäoua conservaient le souvenir d'une invasion égyptienne dans le Sahara tunisien. Une légende analogue s'est conservée au sud de l’Aurès : un Pharaon aurait campé non loin de Siar, et les Beni-Barbar donnent à cette localité le nom de Menaceb Fardoun ‘. Les légendes antiques qui attribuaient à l'Hercule thébain la fondation, dans le désert de Libye, d'une Hécatompyle que saint Jérôme identifie à Théveste ?, ne font que présenter sous une forme mythique les faits rappelés par les documents égyptiens. Ces derniers, d’ailleurs, attestent suffisamment la réalité des expéditions conduites dans le nord de l'Afrique. Ce dont on peut douter, c'est que l'influence de l'Égypte ait pénétré aussi loin que ses armes. Les conquêtes de Thoutmès IT, comme celles de Tahraka, ne paraissent avoir été qu'un brillant épisode de la lutte séculaire soutenue par les habitants de la vallée du Nil contre la race 11byenne. Les quelques noms de localités dont la physionomie est incontestablement kouchite * sexpliquent suffisamment

* Masqueray, Le Djebel Cherchar, Revue afric., mars-avril 1878.

ἢ Diod., IV, xvirr. — Cf. Polybe, 1, LXXIII. — Hieronym., Comment. epist.

Pauli ad Galatas, 111.

* Nous avons déjà fait remarquer l’analogie du nom de l'ile de Phla, dans le Chott el-Djerid, avec celui de la Philé de la Haute-Égypte. La Nepte de la Table de Peutinger rappelle la Napata éthiopienne, comme le Terento du même document romain peut être rapproché de la Tarendout égyptienne. Le nom de la ville forte

de Nepheris, voisine de Carthage, est certainement la forme hellénisée de Nefer, «la bonne», second élément du nom de Memphis, Mennefer. Quant au premier de ces deux composants, Men, la «place», la «station», on le retrouve dans les noms de deux villes de la Byzacène cités par l'Itinéraire d'Antonin : Menegerre, Menegesem. Les noms de Tunis, Thinissa, Tiniza, Tuniza, Tennae (dans le composé liby-phénicien Karth-Tennae, Curtennae) , ne sont que des variantes du nom de

Teni ou Tini, la Thynis de la Hautc-

Les HELLÈNES.

—+#>( 128 )..3--par l'aflinité des deux langues, et l'on peut affirmer que les Égyptiens n'ont laissé aucune trace appréciable de leur séjour ou, pour mieux dire, de leur passage dans le nord-ouest de l'Afrique.

On peut en dire autant de l'élément hellénique. L’établissement dorien de Cyrène, fondé dans la première moitié du va siècle ayant notre ère, n’exerça aucune influence sur la partie de l'Afrique septentrionale qui fait l'objet de nos recherches. Quel qu'ait été l'éclat dont a brillé Cyrène, elle était condamnée, par sa situation même, à n'être qu'une oasis hellénique sur le littoral africain de la Méditerranée. Isolé au milieu des sables et des flots, le plateau de la Cyrénaïque n'est, en quelque sorte, qu'un îlot séparé de la grande île du Maghreb par un désert redoutable ou par le golfe, encore plus redouté, de la Syrte. La fortune politique des Cyrénéens était limitée d'avance, comme leur territoire. Les Phéniciens, d'aïlleurs, les avaient devancés depuis cinq siècles dans l'Afrique occidentale. La place était prise et bien gardée. Lorsque Cyrène essaya de s'étendre vers l'Ouest, elle rencontra dans la résistance de Carthage, déjà toute-puissante, un obstacle dont il lui fut impossible de triompher. |

À deux reprises cependant, dans le cours du 1v° siècle, la domination grecque faillit se substituer à celle des Sémites africains. La mort surprit Alexandre au moment où il se préparait à traverser la Libye, de l'Égypte aux Colonnes d’Hercule, comme il avait franchi l'Asie, de la Méditerranée au Gange. Son succès n’était pas douteux : le fils de Jupiter Ammon n'avait qu'à paraître pour soulever contre Carthage toutes les

Égypte. Ces ressemblances, encore une que par le fait, très douteux, d'une änfois, s'expliquent par l'affinité de la langue fluence directe de l'Égypte sur les populibyenne avec le: idiomes kouclites, plutôt lations de la Libye.

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populations indigènes, qu'elle s'était déjà aliénées. L'expédition d'Alexandre n'aurait été qu'une marche triomphale; sa seule apparition aurait sufli pour faire écrouler la puissance factice des colonies tyriennes et ouvrir l'Afrique occidentale à l'élément hellénique. Le rêve du conquérant macédonien faillit être réalisé, quinze ans après sa mort, par les eflorts réunis des Gyrénéens et des Grecs de Sicile. Agathocle avait déjà mis Carthage à deux doigts de sa ruine, lorsqu'il offrit à Ophellas l'empire de la Libye. On sait par quelle série de hasards le tyran sicilien dut abandonner l'Afrique, désormais perdue pour le monde grec.

L'élément hellénique ne joue donc, nous le répétons, aucun rôle appréciable dans l’ethnographie de l'Afrique occidentale. On trouve bien, à l'ouest de la grande Syrte, quelques vestiges d'établissements dont les noms grecs subsistent jusqu à l'époque romaine. Le Stadiasme mentionne une ville de Locrt entre Oea et Meninx; les portulans, les itinéraires, Diodore et Ptolémée nous font connaître, dans l'Afrique propre et en Numidie, deux Meapolis, deux Aphrodisium et une Megalopols. Mais, si les noms sont helléniques, les localités sont indigènes. La persistance des noms grecs ou traduits en grec sur quelques points de l'Afrique s'explique par le fait bien simple que les Romains reçurent des Grecs de Sicile leurs premières informations sur le littoral africain. C’est ainsi que nous avons adopté la nomenclature des pilotes espagnols pour toute la côte du Rif, où il n'existe cependant pas une seule colonie espagnole. En somme, on peut affirmer d'une manière absolue que les Autels des Philènes formaient non pas seulement ja frontière des possessions de Cyrène et de Carthage, mais aussi la limite des établissements grecs et phéniciens dans l'Afrique septentrionale.

Les PREÉNIGIENS.

On a beaucoup exagéré le rôle qu'a joué l'élément phénicien dans l'ethnographie de l'Afrique du Nord. Mais, pour n'avoir pas eu l'importance qu'on lui avait attribuée jusqu'ici, ce rôle n'en a pas moins été considérable.

Nous n’avons pas à retracer l’histoire des colonies phéniciennes. Nous nous bornerons à constater, après les recherches les plus récentes, que les premiers établissements des Cananéens en Afrique sont fort antérieurs à la date que leur avait assignée Movers, c'est-à-dire au xvi° siècle avant notre ère. Les documents égyptiens nous montrent le successeur de Ramsès II luttant contre les flottes des Sardes, des Sicules et des Tyrrhéniens. Il faut donc admettre que les orioines du commerce maritime de la Méditerranée remontent, beaucoup plus haut qu'on ne le supposait. En ce qui concerne les Phéniciens en particulier, Meltzer a démontré que l'importation de l'argent dans l'Asie orientale ne pouvait s'expliquer que par de très anciennes relations entre les Cananéens du littoral et le sud de l'Espagne. Ce serait même à ce commerce spécial que se rattachérait l’origine de toutes les colonies phéniciennes de la Méditerranée : Chypre, Rhodes, Malte, la Sicile, la Sardaigne, les Baléares, auraient été bien moins des colonies proprement dites qu'une série d’escales jalonnant la route de Tarsis, de même que les établissements cananéens en Afrique auraient eu surtout pour but de créer des points de relâche dans le voyage de retour, plus facile lorsqu'on suit les courants qui se dirigent de l'Ouest à l'Est sur les côtes méridionales de la Méditerranée.

La fondation de Gadès, que toutes les traditions antiques font remonter à une époque très voisine de la guerre de Troie, n'aurait été que le couronnement des relations bien antérieures qui s'étaient établies entre la Phénicie et le sud de la pénin-

sule Ibérique. Point terminal de la grande ligne méditerranéenne du commerce phénicien, Gadès paraît avoir été en même temps le point de départ de la colonisation de l'Afrique.

Cette colonisation a-t-elle été facilitée, pour les-Phéniciens, par des établissements sémitiques d'une date plus ancienne? A-t-elle trouvé en Afrique une population déjà mélangée d'éléments cananéens? Parmi tous les auteurs qui ont résolu cette question par l'affirmative, Movers est celui qui ἃ apporté à l'appui de cette thèse les arguments les plus nombreuxet, en apparence du moins, les plus concluants; aussi ne croyonsnous pas pouvoir nous dispenser de les reproduire.

Les plus anciennes migrations cananéennes se rattachent, dit Movers, à l'histoire des dieux nationaux. Ce sont ces divinités qui émigrent, et comme l'Afrique est le principal but des colonies orientales, c’est aussi là que vont les divins voyageurs, moitié fugitifs, moitié conquérants. Les traditions de toutes les races sémitiques conduisent en Égypte leur dieu Baal, et l'y représentent comme fondant un empire que l'histoire reconnaît en eflet dans celui des Hyksos. C'est à la destruction de cette dynastie et à la dispersion des tribus qui lui obéissaient que se rattachent les mythes d'après lesquels Saturne (Kronos ou Baal) s'enfuit vers l'Occident, et y fonde un nouvel empire.

La plus ancienne de ces légendes est celle qui représente Arba ou Arbaal comme le fondateur de la ville de Zoar en Égypte. Il est à remarquer, ajoute Movers, que les Libyens donnaient au premier homme, c'est-à-dire à l'auteur de leur race, ce même nom d'Arba : Λίδυες dé Τάρξαντά φασι πσρωτόγονον αὐχμηρῶν ἀναδύντα πεδίων γλυκείας ἁρπάξασθαι Διὸς βαλάνου". D'après une autre légende, Kronos, Bel ou Arbel,

* Anecdot. Pindar., Scheïdewin, Philoloqus, 1, p. 423.

chassé de Syrie, se serait réfugié en Afrique, où il aurait fondé un royaume !. Après un règne signalé par des rigueurs excessives ?, il aurait laissé le pouvoir à son fils Aphros. Une troisième tradition représente Kronos détrônant Ammon, le dieu de la race noire ὅ.

Les conquérants arabes trouvèrent un grand nombre de légendes analogues dans le nord de l'Afrique. Mais, de même que les Grecs et les Romains donnaient aux divinités étrangères le nom de leurs propres dieux, les Ismaëélites attribuèrent aux héros de ces traditions les noms de leurs héros antéislamiques, confusion que des affinités de race leur rendaient plus facile.

Le plus ancien de ces conquérants est Cheddad, fils d’Ad (le Phénicien Sadid, fils de Baal), premier roi des Géants chez les Himyarites". Il pénètre jusqu'en Maurétanie, y bâtit la ville de Tingis et la soumet à un tribut, qu'il impose également à toutes les contrées voisines”. Une tradition postérieure, déjà consignée dans le Koran°, représente un successeur de Cheddad, Doul Kourneïn, comme soumettant l'Afrique 7 et pénéirant jusqu'aux Canaries°. Ce « Seigneur des deux cornes», que les Arabes confondent le plus souvent avec Alexandre, est probablement, d'après Movers, le Milichus de Silius Italicus”, le Dionysios de Diodore ἰδ, qui, vainqueur de la Libye, portait le double insigne de son père Ammon. Vient ensuite le cycle des légendes arabes qui se rapportent à Afrikis. C'est à ce héros, dit Movers, que se rattachent presque toutes les

* Africanus, Chron. pasch., t. I, p. 66. 5 Léon l'Africain, p. 298.

PODiod. ἼΠ τἰχσι. $ Sourate ΧΥΤΙΙ.

3 Diod., ibid. 7 Aboulféda, L. 1.

ὁ Aboulféda, Hist. anteislam., p. à 16,et δ Notices et extraits, t. 11, p. 550. Chaäbeddin, Notice des manuscrits, t. 11, 5 Silius Italicus, III, v. 104.

p- 198-140. 1 Diodore, II, zxxtn.

traditions relatives aux premières invasions des races sémitiques dans l'Afrique septentrionale, et c'est ainsi que s'expliquent les éléments très hétérogènes, souvent contradictoires, dont se compose le cycle mythique. Afrikis, dans les légendes locales, est le père de la race des A/ri ou Libyens, et répond ainsi à l'Â@pos que les anciens regardaient tantôt comme le fils de Kronos et le plus ancien roi de l'Afrique, tantôt comme un fils d'Hercule’, double filiation, ajoute Movers, qui se résout dans une même origine. Afrikis conquit l'Afrique propre, la Maurétanie jusqu'à Tingis et bâtit les principales villes de ces deux contrées”. Ses compagnons, ancêtres des Berbères, étaient, selon les uns, un mélange d'Amalécites et de Cananéens”; selon d'autres, des Himyarites"; selon d’autres encore, des Himyarites, des Modharites, des Coptes, des Amalécites, des Cananéens et des Koréïchites®. D'après une autre tradition, Afrikis, chassé de ses États par un roi assyrien, s'enfuit d'abord en Egypte avec les débris de son armée, et pénétra ensuite dans le Maghreb jusqu'à Carthage, où 1] s'établit, et donna son nom à la contrée‘.

Movers rapporte ensuite les diverses traditions qui rattachent ce qu'il appelle les colonies orientales de la seconde période à l'émigration cananéenne que détermina la conquête de la Terre promise par les Hébreux.

La plus ancienne légende qui ait rapport à ce fait, dit l'auteur des Phünizier, se trouve consignée dans le Talmud de Jérusalem. D'après ce commentaire, Josué, avant d'entrer dans la terre de Canaan, fit dire aux habitants «que ceux qui vou-

! Solin, xxiv, 2 : «Africam ab Afro, * Aboul Hassan , Ann. reg, Maurit., t. I, Libyci Herculis filio, dictam receperunt.» ρ. 7. ? El-Bekri. * Malek ben Morahel, cité par Ibn Khal- * Histoire universelle de Thabari, citée doun. par Ibn Khaldoun. 5 Léon T'Africain, L. L.

IMPAIMENIE NATIONALE.

draient se retirer pouvaient le faire librement; que ceux qui se soumettraient pouvaient rester; que ceux qui voudraient la guerre n'avaient qu à s armer. » À la suite de cette sommation, les Girgésites s'enfuirent, les Gébéonites firent leur soumission, et trente et une peuplades prirent les armes pour repousser les envahisseurs. Les Girgésites se retirèrent en Afrique. Movers sappuie, pour l'affirmer, sur les deux preuves suivantes. D'abord, le nom de Gergis que portait et porte encore une ville voisine de la petite Syrte; ensuite un passage du Talmud de Babylone, d’après lequel «les fils de l’Afrique vinrent avec Alexandre pour réclamer la terre de Canaan, pays de leurs ancêtres. » Un savant juif, Gibeah ben Pesisa, réfuta victorieusement leurs prétentions, mais la demande même qu'il eut à combattre prouve, dans la pensée de Movers, que le souvenir d'une antique émigration s'était conservé parmi les descendants des Girgésites. |

Une traduction latine d'une ancienne chronique dont loriginal grec date de la première moitié du τῇ siècle de notre ère représente les habitants des îles Baléares comme des descendants des Cananéens chassés par Josué. Elle ajoute que les Jébuséens, une des onze tribus cananéennes, avaient bâti Gadès !.

Procope, enfin, affirme que les Girgésites, les Jébuséens et d’autres peuples qui habitaient la Palestine en furent chassés par les Israélites, gagnèrent l'Égypte, qu'ils durent également abandonner, et se répandirent dans toute l'Afrique septentrionale, jusqu'au détroit de Gadès. L'historiographe de Justinien

! Chronic. pasch., t. IT, p. 96 : «Insulae Cananaeï fugientes ἃ facie Jesu filii Nave : autem quae pertinent ad Hispaniam Tarra- nam et Sidona qui condiderunt, et ipsi Caconensem tres sunt, quae appellantur Val- nanaei. Gades autem Jebusaci condiderunt , liaricae. .. Harum inhabitatores fuerunt et ipsi similiter profugi.»

—+#%( 485. )..-..-ajoute qu’à Tigisis ils élevèrent deux colonnes sur lesquelles était gravée cette inscription en langue phénicienne : « Nous sommes ceux qui se sont enfuis devant le brigand Josué, fils de Navé!.»

L'émigration des tribus cananéennes, dans l'opinion de Movers, dut continuer pendant les longues guerres que leur firent les Israélites, depuis l'invasion de la Terre promise jusqu'au règne de Salomon. Les Cananéens fugitifs se seraient mêlés aux Libyens, et de ce mélange seraient issus les Liby-Phéniciens, race mixte qui aurait singulièrement facilité l'établissement des colonies de Sidon et de Tyr.

Aucune de ces prétendues preuves n'a de valeur sérieuse*. Procope n'a recueilli à Tigisis qu'une légende chrétienne ou judaïque interprétant un texte dont le véritable sens avait été oublié. Les mythes de Kronos-Baal n'ont pas de date et se rattachent non pas à des migrations primitives, dont on ne trouve aucune trace historique, mais aux premières colonies phéniciennes. Le nom du Tarbas libyen n'est pas identique à celui de l'Arbal sémitique, la lettre initiale, dans le nom libyen, n'étant pas un préfixe, comme le suppose Movers, mais bien une partie essentielle du mot. Les légendes postérieures ne reposent que sur une fausse interprétation du nom de Cananéens par lequel les Phéniciens se désignaient eux-mêmes. La signification originelle de ce nom s'était perdue depuis longtemps lorsqu'on lui donna, à l'époque chrétienne et sous la double influence du christianisme et du judaïsme, alors si puissants en Afrique, le sens que lui attribue l'Ancien Testament. Quant aux

* Procope, De bello Vand., 11, x. vers, et conteste avec raison l'imporlance

* M. Renan (Histoire générale et systèmes ethnographique qu'on ἃ attribuée aux imcomparés des langues sémitiques, p. 46) se migrations phéniciennes dans l'Afrique prononce contre les conclusions de Mo- septentrionale.

traditions berbères qui font remonter l'origine des populations africaines aux héros antéislamiques ou aux conquérants orientaux, elles s'expliquent toutes par le besoin qu'ont toujours éprouvé les Berbères, depuis leur conversion à l’islamisme, de se rattacher à la race arabe. De là ces prétendues généalogies que leur historien national, Ibn Khaldoun, ne rapporte que pour en affirmer la fausseté’. Enfin l'expression de Λιξυφοίνικες et la phrase de Tite-Live qui la traduit, mixtum punicum Afris genus, ne prouvent nullement l'existence d'immigrations cananéennes antérieures aux colonies phéniciennes. Tout ce qu'on peut en conclure, c'est qu'une certaine fusion s'était opérée, à la longue, entre ces colonies et les populations libyennes avec lesquelles elles se trouvaient en contact immédiat ?.

Ce mélange des deux races, toutefois, ne dépassa jamais les proportions assez restreintes que nous indiquons. Tout ce que nous savons de l'histoire de Carthage nous autorise à affirmer, en thèse générale, que le littoral seul était cananéen. Les habitants des environs d'Hippone, d'après le témoignage de saint Augustin, se donnaient encore ce nom au v° siècle de notre ère : « Interrogati rustici nostri quid sint, punice respondentes Chenani, corrupta scilicet voce, sicut in talibus solet, quid aliud respondent quam Chananaeiï. » Les populations de l'intérieur avaient sans doute subi dans une certaine mesure l'influence des quelques villes puniques qui s'y étaient fondées.

᾿ C'est ce que notre regretté confrère, M. de Slane, a surabondamment démontré dans l'appendice du tome IV de sa traduction de l'Histoire des Berbères d'Ibn Khaldoun.

* M. Meltzer (Gesch. der Karthag., p.62 et 436-438) va beaucoup trop loin lorsqu'il ne voit dans les Lib;-Phéniciens qu'une « ca-

tégorie politique», et non pas un groupe ethnographique. Partant d'une théorie d’ailleurs fort juste de M. Mommsen, sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir, il la pousse à l'extrème, et en tire des conséquences qu'il est impossible d'admettre sans faire violence aux textes mèmes sur lesquels il s'appuie.

Au fond, elles étaient restées Libyennes en face des Cananéens, comme elles restent encore Berbères à côté des Arabes. Ces conclusions seront justifiées par le tableau que nous essayerons de tracer, dans le chapitre suivant, des rapports des deux races qui se trouvaient en présence sur le sol africain lorsque Rome subsutua sa domination à celle de Carthage.

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