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Exploration scientifique de la Tunisie, page 405. Planche IV. 1 {{{{| 8

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Les divinités numides représentées dans les mosaïques de l'Oued Atmenia (planche IT) ont une coiffure assez compliquée qui rappelle assez exactement, dans l’ensemble comme dans les détails, l'ajustement de tête des femmes du sud de la province

Fi

de Constantine et de la Tunisie. C’est cette même coiffure, simplifiée, que porte, dans ces mêmes mosaïques, la femme de Pompeianus {planche Il). Les monuments de Oued Atmenia, du reste, nous donnent les indications les plus inaltendues sur le costume qu'on portait en Afrique, à la campagne tout au moins, au commencement du v° siècle de notre ère. Les cavaliers qui accompagnent Pompeianus dans une chasse à Tantilope sont vêtus, comme lui, d'une sorte de Justaucorps très serré, de culottes et de jambières (planche IV). Parmi les piqueurs qui conduisent la chasse et qui portent un costume à peu près semblable, il en est un dont la physionomie est particulièrement remarquable. C'est un Espagnol, ainsi que le prouve le nom de DIAZ, inscrit au-dessus de l'épaule gauche.

Habitations,

Mardelles.

Les cheveux, noirs et crépus, sont en partie cachés par une bande de toile blanche. Vêtu d'un gilet de dessous à manches de couleur rouge, à demi recouvert par un gilet de dessus extrêmement court et de couleur verte, de culottes bleues et de jambières jaunes, Diaz, en véritable Espagnol, porte sur l'épaule gauche une sorte de veste rouge. Tout ce costume ἃ un caractère singulièrement moderne, et il n'est pas jusqu'à ce nom de Diaz qui ne forme un étrange contraste avec les noms de Cresconius, Cessonius et Pompeïanus.

Les «abris » sont certainement aussi nombreux dans le massif atlantique que dans le midi de la France, mais on les a peu étudiés jusqu'ici. Ceux que Jai fouillés au Maroc, notamment à Sidi-el-Yemeni, dans les falaises du cap Spartel et dans les berges de lOued Chichaoua, m'ont fourni des silex et des Heches d'un travail remarquable. Les stries naturelles qui sillonnent les rochers des deux rives de l'Oued Bedjeur, dans le massif du Djebel Chechar, paraissent avoir été longtemps habitées. Chacune de ces stries forme dans la paroi rocheuse une enlaille de deux mètres de hauteur sur un mètre et demi cu deux mètres de profondeur. L'abri était complété par deux murs de refend et par un mur en pierres sèches fermant la sorge ouverte du sillon’.

On relrouve également en Afrique l'équivalent de nos « mardelles »?, vastes dépressions creusées de main d'homme et destinées, dans les plaines où rien n'arrête le regard, à dérober à

" E. Masqueray, Le Djebel Chechar (Re- peut affirmer, avec M. Masqueray, que les

vue africaine, janvier-février 1878. p. 43). deux races vivaient l'une à côté de l’autre La tradition locale affirme que ces villages sans se confondre.

étaient habités par les Nememcha à l'époque * Les mardelles portent dans le départeromaine. L'occupation romaine ayant d'ail- mentde la Loire les noms de mares, mardes leurs couvert celte même vallée de ses ou redoultes. Voir Congres archcol. de France,

établissements militaires et agricoles , on Δ᾽ session, et Bull. monum. , 5° série, t. HI,

la vue de l'ennemi la retraite de la tribu et de ses troupeaux. Cette précaution si simple est en même temps si elicace qu'il est impossible de soupçonner l'existence d’une de ces dépressions jusqu'au moment où l'on arrive sur les bords mêmes de l’entonnoir. M. Lac de Bosredon ἃ observé une de ces cachettes entre Aïn-bou-Chekifa et Aïn-el-Kelb, sur la rive gauche de l'Oued Mekimen. Elle offre l'aspect d'une grande cavité cireulaire, dont le pourtour mesure quatre-vingts mètres environ, et qui est creusée en forme de tronc de cône à une profondeur de six mètres. Les parois de cette excavation présentent une certaine inclinaison, excepté du côté du Sud, où l'ouverture perd sa forme arrondie et tend à devenir elliptique; de ce côté la pente est assez douce. Situé sur un plateau complètement découvert, aride et sablonneux, cet entonnoir est toujours à sec. Rien ne fait pressentir sa présence; l'aspect du terrain est exactement le même sur ses bords que sur les points environnants, et il faut s'approcher de lexcavation pour lapercevoir. Les déblais, qui devaient être considérables, n'ont laissé aucune trace. Ils ont dû être jetés au fur et à mesure dans lOued Mekimen. La tradition locale attribue cet entonnoir aux premiers habitants du pays, auxquels il servait de retraite : d’où le nom de Mekimen, qui signifie en arabe «embuscade, cachette !».

Il existe dans le sud de la Tunisie, surtout dans les montagnes de Matmata, de nombreuses habitations creusées dans des calcaires tendres et qui tiennent tout à la fois de la mardelle et de la crypte. Elles servent encore aujourd’hui de demeures aux populations indigènes et constituent de véritables villages troglodytiques. Ces logements souterrains se composent d'une excavation circulaire plus ou moins vaste, à murs perpendicu-

᾿ Recueil des mém. de la Soc. urch. de Constantine, 1876-1877, p. 393-394. é 63

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Refo ges et tours,

sa 498 }es-— laires et à ciel ouvert, dans les parois de laquelle sont creusées deux ou trois chambres de forme rectangulaire, servant de logement à la famille et d'étables pour les bestiaux. Un couloir en pente douce, fermé par une porte, conduit de la cour centrale au sommet de la plate-forme dans laquelle est creusée l'habitation. Parfois aussi, surtout quand le groupe des demeures souterraines est assez nombreux et assez aggloméré pour que sa sécurité soit assurée, un escalier formé de dalles empilées ou engagées dans la paroi de la cour permet de gagner directement la plate-forme supérieure. On ne peut guère douter que l'origine de ces villages souterrains ne remonte à l'époque libyenne.

On ἃ vu, par les textes que nous avons cités, que les indigènes de l'intérieur de l'Afrique septentrionale ne possédaient pas de villes jusqu'à l'époque romaine. Les huttes de jones et de branchages qui leur servaient d'abri se groupaient le plus souvent dans le voisinage d'une hauteur, que l’on utilisait comme refuge, ou d'une tour, qui servait à abriter les richesses du chef et les vivres de réserve du groupe auquel il commandait. C'est encore Îc rôle que jouent le bord}, dont le nom reproduit celui du burqus de l'époque romaine, et la kalaa, centre politique, point de refuge et dépôt d'approvisionnement de chaque fraction berbère.

Les refuges fortifiés que j'ai observés dans les montagnes du Maroc couronnent en général l'extrémité d'un plateau ou le sommet d'une colline isolée. Semblables aux acropoles helléniques, ils sont entourés d'une enceinte en pierres brutes de grandes dimensions, et l'espace qu'ils circonscrivent n'offre en général aucune trace d'habitations : c'était sur cette area vide que campait la tribu quand les circonstances l'obligeaient à quitter la vallée ou la plaine.

L'acropole berbère de Chichaoua, localité située entre Maroc

οἱ [65 montagnes des Haha, présente une diposition particulière. Elle possède deux enceintes, l'une entourant la colline, à micôte, l'autre couronnant le sommet de la hauteur. Les murs sont formés, non pas de pierres superposées, mais de grandes dalles plantées verticalement dans le sol et assez hautes pour couvrir complètement les défenseurs de la place. Les portes de l'enceinte sont défilées et décrivent un angle vers la gauche de façon à livrer aux coups de l’assiégé le flanc droit de l'assaillant qui aurait tenté d'en forcer l'accès.

Les refuges fortifiés sont rares dans la Tunisie, où se sont élevés de bonne heure de véritables citadelles. On en a signalé dans le Sahara algérien, notamment à Sidi-Menäa, à cinq kilomètres au sud-est d'Ain-Mâcin. Les dispositions défensives y sont les mêmes qu'à Chichaoua : le débouché du sentier d'accès est défendu par de grosses pierres plates, placées debout et formant créneaux. Le-mur de défense est construit en pierres sèches. Haut de 1",50, épais de 1°,20, il est formé de deux parements de pierres plates assez volumineuses, posées à sec. L'intervalle compris entre ces deux faces est rempli de pierrailles, dans lesquelles sont plantées debout de larges dalles formant également créneaux".

Les monuments les plus nombreux, de beaucoup, sont les tombeaux. La vie a laissé peu de vestiges : les monuments funéraires se présentent à chaque pas et sous les formes les plus variées.

Le type le plus simple et le plus répandu est le dolmen, composé de quatre dalles brutes dessinant un rectangle ou un trapèze et recouvertes d'une cinquième dalle. On peut diviser les dolmens en deux catégories : les dolmens enterrés et les

* D'Weiïssgarber, Note sur quelques monuments archéologiques du Sahara (Rev. archéol. , juillet 1881).

Monuments

funéraires.

Dolmens.

—+>( D00 3 dolmens découverts. Dans les premiers, qu'on trouve en orand nombre au Maroc, les quatre dalles verticales maintiennent les parois de la fosse; la dalle horizontale apparaît seule au niveau du sol et se confond souvent avec des affleurements de rochers. Les dimensions de ces sépultures sont très modestes : la chambre funéraire est tout juste assez spacieuse pour recevoir un corps humain replié sur lui-même, les genoux ramenés sous le menton. On sait du reste que cette position du cadavre est le mode caractéristique de l'inhumation pendant l’âge de la pierre en Europe. On l'a ratiaché avec raison à une superstition très explicable : homme devait rentrer dans le sein de la terre, notre mère commune, dans l'attitude que l'enfant occupe dans le sein de sa mère’. Les dolmens découverts, dont les dimensions atteignent parfois trois ou quatre mètres”, présentent deux types différents. Les uns se composent d'une longue table horizontale soutenue par un, deux ou trois dés de pierre. La table est souvent rectangulaire, relativement

! Les fouilles pratiquées dans quelques dolmens de l'Algérie ont prouvé que le cadavre était aussi replié sur lui-même de deux autres façons : dans certains cas, l'extrémité des orteils touche le front; dans d’autres, les jambes sont tellement ramenées en arrière que les talons se trouvent à la bauteur de l’occiput. Il va sans dire que ces deux positions anormales ne pou- Yaient être que le résultat d'une désarticulation. Voir à ce sujet Neltnez, Fouilles d'El-Menghoub (Recueil des notices de la Soc. de Constantine , 1865).— Oppetit, Sur les tombeaux dits Celtiques (même recueil, 1870).

* D'après une notice insérée dans la Revue africaine (n° 8, décembre 1857), 1] existerait dans les environs de Tiaret, au

bas de la rampe de Kertoufa, un dolmen de près de vingt mètres de longueur sur huit de largeur et trois d'épaisseur. Ce monolithe serait couché sur des assises de roche qui l'élèvent à onze ou douze mètres au-dessus du sol. La surface supérieure présenterail trois augets carrés communiquant par deux rigoles. Des degrés pratiqués dans la partie inférieure permettent d'arriver facilement sur la plate-forme.

Dans les environs se trouveraient quelques menhirs. Les dimensions attribuées au monolithe de Kertoufa sont tout à fait anormales , et il serait utile d'étudier de nouveau ce monument, dont il n'a plus été question, à notre connaissance du moins, depuis la notice publiée en 1857.

—#>( 50] ).:--assez mince, et repose sur quatre pierres peu élevées. Les autres sont formés par trois dalles plantées verticalement et surmontées d’une dalle horizontale. Les dalles verticales, surtout celle du fond, sont parfois remplacées par des pierres superposées.

Dans quelques-unes de ces tombes, la table n'est soutenue qu'à l'une de ses extrémités, l’autre s'appuyant obliquement sur le sol. Quelques archéologues ont fait de ces monuments une catégorie particulière, et les désignent sous le nom de demi-dôlmens. D'autres n'y voient que des dolmens en partie détruits.

Les dolmens sont innombrables dans la province de Constantine; on en trouve partout. Les groupes les plus considérables ont été obseryés à Djelfa, Roknia, Guyotville, Hammam Meskoutin, dans le Djebel Debagh, au Tarf, dans le Djebel bou-Abed, entre Bône et la Chefla, aux sources du Bou-Merzoug, à Aïin-Beïda et dans le massif du Dir, près de Tebessa. [15 sont moins nombreux en Tunisie, fait qui s'explique peutêtre parle développement tout particulier qu'a pris l'agriculture dans cette dernière région. On peut citer cependant un groupe de plusieurs centaines de monuments de ce genre dans l'Enfida, au pied du versant sud-est du Djebel Zaghouân. Ceux d'Ellès et de Maghrâoua, dans le massif des Oulad-Aoun, appartiennent à la catégorie des dolmens accolés. Hs forment une série de chambres contiguës recouvertes par une plate-forme de grandes dalles. On trouve également des dolmens à Edija, à Dougoa, à Ebba, à Medeïna, à Toual-ez-Zameul, à Zouarin, à Sbeïtla et à Haïdra.

Les menhirs sont fort rares dans certaines régions, extrêmement nombreux dans d’autres. M. le commandant Payen estime quil en existe près de dix mille dans la seule plaine de la

Menhirs.

Stèles.

Cromiechs.

Euceintes carrées.

Tamuli.

Medjana. Leur hauteur varie de 15,50 à 1°,60. Réduit à ces modestes dimensions, le menhir peut être considéré comme le prototype de la stèle, pierre longue, taillée où simplement dégrossie et plantée verticalement en terre. La partie supérieure forme en général un angle plus ou moins aigu. La stèle apparüent à l'époque punique. Elle porte souvent une inscription en caractères libyens, à laquelle s'ajoutent, dans les régions où les deux races s'étaient rapprochées, les symboles religieux qui ornent toutes les tombes puniques, et parfois aussi la représentation du mort. |

Le cromlech, enceinte circulaire dessinée par une série de pierres fichées, est assez fréquent en Algérie et au Maroc. Les pierres qui le forment sont presque toujours de dimensions médiocres. Le cromlech se comyose très souvent de deux ou trois enceintes concentriques ”.

Souvent aussi, au lieu d'être circulaires ou ellipsoïdes, les enceintes sont rectangulaires ou carrées. Elles sont ordinairewent remplies de picrrailles. Quelquefois, à l'un des angles de l'enceinte, s'élève une pierre sur laquelle on distingue un ou plusieurs trous arrondis plus ou moins profonds, semblables à ceux des pierres à écuelles du Jura ou des menhirs d'Écosse. Le centre de l'enceinte carrée est quelquelois occupé par une ou plusieurs enceintes de petites dimensions. Cette disposition se remarque notamment à M'ser, près de Foum-Tagrist*.

Les tumuli (galgals, barrows) sont très nombreux dans certaines contrées de l'Afrique, fort rares dans d’autres. Isolés, on les trouve surtout dans les terrains sablonneux ou argileux, dans les plaines d’ailuvions, là en un mot où la pierre manque. Ils

! Par exemple à Sidi-Menäa, dans le ? Letourneux, Lettre à M. Desor sur les Sahara. (D'Weissgarber, Revue archéolog., monuments funéraires de l'Algérie orientale juillet 1881.) (Archiv für Anthropologie, 1868).

—.#>( 503 ).ε:--se composent alors d’un amas de cailloux et de terre, affectant une forme hémisphérique plus ou moins régulière.

Un de ceux que J'ai observés au Maroc, sur les terrasses sablonneuses de Bou-Menkach qui dominent la rive droite de l'Oued Sbou, est entouré, à cinquante pas de sa base, d’un fossé

concentrique, géométriquement tracé, profond d'un mètre, large de 4,80, qui enferme le cône funéraire dans an anneau de près de 400 mètres de circonférence. Haut de ὃ à 6 mètres, le tumulus mesure à la base 14 pas. |

C'est peut- -être au même genre de sépultures que se rat: tachent, par da substitution des formes carrées aux formes rondes, certains monuments qui n'ont été observés jusqu'ici que dans les plaines de l'Arad, entre Kabès et les montagnes de Matmata et des Beni-Zelten. Tantôt isolées, tantôt entourées de vestiges d'habitations, ces constructions affectent toutes les mêmes dimensions et la même forme : celle d’un tronc de pyramide dont les côtés présentent une inclinaison de 45 degrés. M. Chevarrier, ancien vice-consul de France à Kabès, à qui je dois ces renseignements, suppose que le corps de la pyramide est formé d'un massif de maçonnerie recouvert de terre, mais il n'a pas pu s'en assurer. Les talus ont environ trois mètres de hauteur; la plate-forme, carrée, mesure huit à dix mêtres de côté et offre les vestiges d’une muraille d'enceinte construite en pierres de taille de grandes dimensions. À en juger par la quantité relativement peu considérable de ces débris, la muraille devait être peu élevée. Les quelques assises encore debout sont cimentées avec de la chaux. On trouve aussi parmi les décombres qui en proviennent une grande quantité de ces briques en plâtre séchées au soleil, auxquelles les indigènes, qui les fabriquent encore aujourd'hui, donnent le nom de djibs, comme au plâtre même. La pyramide tronquée est toujours

Tumuli à fossés

concentriques.

Tumul:

en tronc

de pyramide,

—#2( 504 ).ς1--entourée d'un fossé de dix à douze mètres de largeur à la partie supérieure. Î serait donc intéressant d'étudier ces monuments, dont les analogues n’ont pas été observés, que nous sachions, dans le reste de l'Afrique du Nord.

Les différentes formes simples que nous venons de décrire se combinent souvent entre elles. Des agglomérations complexes de tous ces éléments couvrent des espaces considérables et dessinent des enceintes carrées, rondes, concentriques, reliées entre elles par des allées de pierres levées, simples ou doubles, identiques aux « alignements » de l’ouest de la France.

Le dolmen occupe quelquelois le centre d'un cromlech simple, double ou même triple. Un des dolmens du Tarf présente cette particularité assez remarquable que, des deux enceintes dont il est entouré, l'une, la plus rapprochée du centre, est formée de pierres brutes fichées, tandis que l’autre se compose d’une bordure circulaire de pierres équarries régulièrement assemblées. |

Le menhir s'associe également au cromlech lorsqu'une des pierres fichées de l'enceinte dépasse de beaucoup les autres en hauteur.

Le tumulus est très souvent entouré d'un cromlech simple ou d’un cromlech à menhirs. C'est cette dernière disposition que l’on observe à Mzôra, dans le nord du Maroc. Le plateau de Mzôra, dont le nom, par parenthèse, signifie en berbère «les ancêtres », est couvert, sur une étendue de quatre à cinq cents pas, de débris de monuments mégalithiques formant plusieurs groupes. Le plus remarquable se compose d'un tumulus elliptique de 75 mètres de circonférence, entouré à sa base d'une quarantaine de pierres debout, d'un mètre de hau-

! On en comptait encore quatre - vingt-dix il y a une cinquantaine d'années. Voir

Arthur Coppel de Brooke , Sketches in Spain et Morocco, London, 1831, t IL, Ρ. 36.

-ττεϑ(, 505 )..:--- ᾿ teur, en moyenne, et flanqué à l'ouest d'un groupe de menhirs dont le principal ne mesure pas moins de six mètres. Plus large qu'épais’, il se termine par une pointe conique et a été évidemment dégrossi par la main de l'homme*.

La combinaison du cromlech, du tumulus et du dolmen ἃ donné naissance, d'autre part, à certains monuments particuliers à l'Algérie, et qui semblent appartenir à une époque plus avancée. |

Il existe dans les plaines du Hodna, ainsi que dans celles qui avoisinent l'Aurès, un très grand nombre de monuments auxquels les indigènes donnent le nom berbère de bazina, « buttes »°. 115 consistent en une série d'assises concentriques, circulaires ou elliptiques, s'élevant en retrait. L'espace circonscrit par la dernière assise est rempli de pierrailles, et le centre en est le plus souvent marqué par trois pierres minces et longues, enfoncées verticalement en terre et formant les trois côtés d’un rectangle allongé. Le diamètre ou le grand axe de ces constructions est en général de neuf à dix mètres. Dans la plupart des cas, la bazina s'élève dans la plaine; quelquefois aussi elle est placée sur la pente d'un tertre et ne fait butte que du côté de la déclivité. Les bazina sont souvent voisines des enceintes carrées.

Les indigènes de l'Aurès et du Hodna donnent le nom de

* La largeur, mesurée sur la face orientale, est de 1°,35. À peu près à hauteur d'homme , cette mème face présente un trou circulaire, creusé en forme d’entonnoir, de 6 à 7 centimètres de profondeur.

* On trouvera une description détaillée des monuments de Mzôra dans nos Recherches sur la géographie comparée de la Maurétanie Tingitane. (Extrait des Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des

inscriptions et belles-lettres, tirage à part, Paris, Klincksieck, 1877.)

* Ces monuments ont été particulièrement étudiés et décrits par M. le commandant Payen, Lettre sur les tombeaux circulaires de la province de Constantine (Rec. des notices etmém. de la Soc. arch. de Constant.

1863); par M. Féraud, Monuments dits Celtiques de la province de Constantine (mème recueil, 1864).

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Bazina.

Chouchet,

chouchet {au singulier choucha «bonnet, calotte») à des monuments de forme cylindrique, semblables à une tour très basse, construits en assises régulières, et recouverts d’une énorme dalle brute. Les chouchet ont généralement 2,50 de hauteur sur 3 mètres de diamètre. On les rencontre le plus souvent dans le voisinage des bazina et des enceintes carrées. Sur certains points on les compte par milliers. Les fouilles exécutées par M. le commandant Payen ont toujours amené la découverte, au centre de la choucha, d'une auge formée de dalles et renfermant des squelettes et des vases de terre cuite.

De même que le dolmen est souvent superposé à la bazina!, la bazina se superpose souvent à la choucha *. Cette dernière combinaison peut être considérée comme le type primitif des grands mausolées de l'époque numide. Nous voulons parler du Madqhasen et du Kbour er Roumia, où « tombeau de la Chrétienne ». On sait que le second de ces monuments était déjà regardé par Mela comme le mausolée des rois de Numidie, monumentum commune reqiae gentis. I n'est pas douteux que le Madghasen n'ait eu une destination identique. Les généalogies résumées par Ibn Khaldoun rattachent toutes les ramifications de la race berbère à deux souches principales : celle de Branis et celle de Madghès. Ainsi que l'a fait remarquer M. Carette”, Ibn Khaldoun, en donnant à cette classification la forme généalogique, a été surtout guidé par le respect des traditions bibliques et des habitudes patriarcales de l'Arabie, et 1] ne faut chercher dans ce mode d'indication que l'expression symbolique des rapports de dépendance qui, à un moment donné, ont lié entre elles les différentes fractions de la nation berbère.

* Notamment à Mser, près de Foum- staté plusieurs exemples dans le Hodna. Tagrist et aux sources du Bou-Merzoug. * Carette, Orig. et migr. des principales * M. le commandant Payen en a con- tribus de l'Algérie, p. 31.

Les deux auteurs de cette race ne représentent que deux tribus où deux familles ayant assujetti à leur autorité presque toutes les autres, et fondé deux grandes principautés desquelles relevaient d'autres groupes secondaires, partagés eux-mêmes en nombreuses fractions. C'est ce qu'on observe encore aujourd'hui dans l'Afrique berbère, où des groupes considérables de tribus sont réumis sous l'autorité d’un cheikh héréditaire, donnant son nom patronymique à toutes les peuplades de sa dépendance, encore qu'il n'existe entre elles et leur chef aucun lien de parenté. La classification d'Ibn Khaldoun se rapporte à une époque où le plus grand nombre des tribus africaines relevaient de deux puissances qui avaient leur siège, l'une, celle de Madghès, au pied des versants nord de l’Aurès, l'autre, celle de Branis, au pied des versants méridionaux. Le nom de Madqhasen, ys£se, n'est pas autre chose que le pluriel berbère de Madghès ou Madghis, et le mausolée qui le porte est certainement celui des souverains de la dynastie qui régnait au nord de l'Aurès. Peut-être faut-il voir, dans cette division des tribus libyennes en descendants de Branis et de Madghès, une nouvelle trace des deux zones ethniques dont la plus ancienne indication se trouve dans la légende numide recueillie par Salluste.

Le type du Kbour er Roumia et du Madghasen ' est le même:

* Le soubassement cylindrique du Madghasen ἃ 58",86 de diamètre sur 4",43 de hauteur. Le couronnement tronconique, haut de 13,92, se compose de vingt-quatre gradins de 0”,58 de hauteur sur 0,97 de largeur. Le diamètre de la plate-forme est de 11",40. La hauteur totale du monument est de 18°,35. La corniche, fort endommagée, ἃ 0",90 de hauteur sur 0”,80 de saillie, et forme un cavet

droit de 0",80 de rayon. Au-dessous règne une architrave avec un réglet à pans ayant une saillie de quinze centimètres. L’architrave ἃ 0,20 de hauteur: elle est terminée à sa partie inférieure par un plan coupé et se trouve en saillie de 0",22 sur le revètement. La partie cylindrique est ornée de soixante colonnes engagées, sans bases, et taillées dans le massif des cinq assises, dont la dernière forme le chapiteau. Le

Cryptes.

l'un et l'autre se composent d'une base cylindrique, que surmonte un cône formé d'une série de gradins (fig. 55 et 56).

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“ai Kébour Roumia 4 (Tombeau de la Chrétienne). #4,

il Madghasen LS Ἧς

Echelle de 0,00125 pour 1 mètre.

EX 8 FLE

Les monuments funéraires creusés dans le roc forment une

filet de ce dernier ἃ 0",17 de hauteur, o",70 de largeur et 0",38 de saillie:

l'échine ἃ 0”,20 , en y comprenant l'astragale. La hauteur du füt est de 2”,27; son diamètre de 0”,45 sous l'astragale et de 0",60 à la base. Le fût repose sur un soubassement qui est en saillie de 0",53 sur la partie cylindrique de l'entre-colonnement. Les colonnes sont espacées de 2,90 d'axe en axe. (Colonel Brunon, Memoire sur les fouilles exécutées au Madrasen en

1878, Rec. des notices, 1873-1874.) —

Voir, sur le Madghasen et le Kbour er Roumia : F. Becker, Essai sur le Madrasen :

(Annales de la Societé archéologique de Constantine, 1854-1855); docteur Leclerc, Étude sur le Madracen et sur le Tombeau de la Chrétienne (Revue de l'Orient, de l'Algérie et des Colonies, juillet-août 1857); commandant Foy, Notice sur le Madracen (Ann. de Const., 1856-1857); Ab. Cahen, Le Madracen ( Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de Constantine,

αν 500 jei-— dernière classe, qui se subdivise elle-même en plusieurs catégories.

Échelle de 0,125 pour-1 mètre.

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Haouanet.

On remarque, dans les flancs des collines rocheuses, dans les berges escarpées des cours d'eau ou dans les murailles des défilés, de nombreuses excavations présentant la forme de petites chambres cubiques, isolées ou communiquant entre elles, auxquelles les indigènes donnent quelquefois le nom de haouanet (au singulier hanout) « boutiques ». L'ouverture qui y donne accès est de forme carrée, rectangulaire allongée ou trapézoïde. La rainure qui l'encadre prouve qu'elle se lermait de l'extérieur par une dalle. Cette particularité, aussi bien que les ossements qu'on a découverts dans quelques-unes de ces chambres, ne laissent aucun doute sur leur destination. Ce sont des tombes taillées dans le roc, analogues à celles qu'on observe dans tout l'Orient, Ces cellules funéraires n’offrent d'ailleurs n1 sculptures, ni inscriptions. Dans quelques-unes d'entre elles, toutelois, M. Letourneux a signalé de larges disques en relief occupant le milieu des deux parois latérales

et de celle du fond.

Les cryptes que nous venons de décrire sont très nombreuses dans tout le nord de l'Afrique, mais on les rencontre surtout dans le voisinage des centres antiques. Nous citerons parmi les groupes les plus remarquables de ce genre de sépultures:en Tunisie, ceux de Toukkabeur, de CESSE ct d'Henchir-Djâl; en Algérie, ceux de Roknia, de Gastal, près de Tebessa, de Mdaourouch. Il en existe toute une série au Maroc, dans un défilé rocheux de la province de Haha, sur le versant nord de la grande chaîne atlantique.

M. Letourneux a observé à Bou-Hadjar, dans le nord-est de la province de Constantine, deux cryptes du même genre, mais présentant certaines dispositions particulières. L'une est pratiquée dans un rocher isolé, sur la pente de la montagne. La face nord du rocher est percée, vers le milieu de sa base,

d'une petite ouverture carrée, autrefois fermée par une dalle qui s'appliquait à une entaille encore visible. Le centre du rocher est évidé et forme une chambre rectangulaire dont la voûte est assez haute. Dans la paroï du fond, et un peu sur la droite, une auge surmontée d'une arcade en forme d'arcosolium, fait face à la porte. La paroi latérale gauche offre les mêmes dispositions. Les indigènes donnent ἃ cette sorte d'hypogée le nom de Bit-el-Hadyar, la « maison de pierre »”.

À deux kilomètres de là, dans la même contrée, un autre rocher isolé présente une excavation du même genre, mais l'ouverture se trouve au sommet. Elle est rectangulaire, comme la chambre à laquelle elle donne accès, et le rebord qui l'encadre indique quelle était autrefois fermée par d'énormes dalles. La chambre est vaste, mais à demi-comblée par un éboulement. D'après des renseignements fournis par des gens du pays, d'autres monuments analogues existeraient non loin de la Chefha.

Les auges funéraires sont également très nombreuses. Le plateau rocheux qui domine Tanger offre plusieurs groupes d'auges affectant la forme de rectangles allongés et munies, à la partie supérieure, d'un rebord destiné à recevoir la dalle de fermeture. La longueur de ces sarcophages est très variable : elle est évidemment calculée d'après celle du cadavre. La profondeur est en général de 55 à 6o centimètres; la largeur, de ho à 5o centimètres au-dessous du ressaut. Une seule de ces tombes présente des dimensions exceptionnelles : 1",28 de largeur sur 2",50 de profondeur. Le ressaut destiné à recevoir la dalle ne se dessine qu'à 1,20 au-dessous de l'orifice.

J'ai observé deux groupes importants de sépultures sem-

! Letourneux, Lettre à M. Desor, Ρ. 315-316.

Auges creusées

dans le roc.

Djedar.

blables, l'un à l'extrémité orientale de la presqu'île de Mehedia (Tunisie), l'autre dans le col rocheux que traverse le chemin conduisant de Mehedia à Bordj-el-Arif. M. Letourneux a signalé, de son côté, près de la Zmala du Tarf, dans le cercle de la Calle, des auges funéraires pratiquées dans la surface horizontale des rochers, mais présentant cette particularité que la cavité destinée à recevoir le cadavre affecte la forme générale du corps humain. La partie supérieure, arrondie, encadrait exactement la tête du cadavre: le reste est taillé en forme de gaine”. Ces auges rappellent trop la forme des sarcophages phéniciens pour que nous n'y reconnaissions pas des sépultures puniques ou libyco-puniques.

On peut ranger dans la catégorie des cryptes les sépultures en forme de silos qui ont été signalées dans la Kabylie et qu'on trouve en grand nombre dans les environs de Ténès et

de Cherchell. Le plus souvent isolés, ces hypogées présentent .

parfois deux ou trois chambres communiquant entre elles. On ne les rencontre pas, que nous sachions, en Tunisie ni dans la province de Constantine. On peut donc les considérer comme appartenant en propre à la Maurétanie.

Les indigènes de l'Algérie donnent le nom de djedar,

«bâtisses », à certains monuments funéraires que lon trouve

en assez grand nombre à la limite des hauts plateaux et du Tell, chez les Haouara et les Khïlafa. Les plus remarquables sont trois constructions massives qui couronnent trois contreforts du Djebel Akhdar, à peu de distance de Tiaret et près des sources de la Mina. Leur destination primitive est encore indiquée aujourd'hui par le nom d’Ain el-Kbour, la «fontaine des tombeaux », que porte une source voisine. Les

* Letourneux, ibid., p. 316-317.

—+>( 513.}..--djedar du Djebel Akhdar ont la forme de prismes quadrangulaires surmontés par une pyramide tronquée, composée actuellement de neuf gradins, peut-être de douze primitivement, et renfermant un système assez compliqué de couloirs et de chambres fermées par des dalles glissant ou roulant dans des rainures |.

Les matériaux romains qui entrent dans la construction de ces édifices, le caractère de leur ornementation qui rappelle celle du Bas-Empire, les symboles chrétiens gravés ou peints qu'on y remarque, prouvent que les djedar datent tout au plus du v° siècle de notre ère.

M. de la Blanchère, qui a fait une étude spéciale de ces monuments, y voit les tombeaux d'une dynastie indigène qui aurait régné dans la Maurétanie Césarienne du v° au vi‘ siècle. D'abord vassale des Romains, probablement indépendante à l’époque vandale, puis alliée des Byzantins, elle se serait maintenue jusqu'à la conquête musulmane, et ce serait dans le cours de cette période que les djedar auraient été successivement construits.

On peut assigner la même destination, mais on doit attribuer une date beaucoup plus ancienne aux monuments que MM. Vatonne” et H. Duveyrier* ont étudiés à Ghadamès, la Cydamus de l'époque romaine. Les indigènes donnent le nom d'El Asnam, «les idoles», à un groupe de six tombeaux dont l'étrange silhouette affecte vaguement les contours généraux de la figure humaine. Formées d'un piédestal continué par un pilier que couronne une sorte de chapiteau, ces constructions, vues à distance, rappellent un corps humain surmonté d'une

* Colonel Brunon (Recueil des notices 1856), et Bordies (mème recueil), t. IX. de la Soc. arch. de Constant. , 1873-1874, ἢ Mission de Ghadamès, p. 270. Ρ- 905). Cf. Henri Bernard ( Revue africaine, * Les Touäregs du Nord, p. 251.

IMPRIMERIE NATIONALE

Bas-reliefs

rupestres.

tête que réunirait au buste un eou démesuré. L'appareil est composé de petites pierres plates de grès et de dolomie unies par du ciment. Le piédestal est percé d'une niche voûtée. Une autre construction analogue se trouve près de l'angle nordouest des remparts de Ghadamès. C'est une tour carrée, bâtie, comme «les idoles», en matériaux pris sur place, grès, gypse et dolomie. Une porte basse donne accès dans une chambre voûtée, dont le mur de fond présente une saillie formant banquette. Au-dessus de cette pièce était pratiqué un second réduit, également voûté.

M. Vatonne ἃ copié sur une pierre en grès rouge, provenant de cette tour, une inscription bilingue; quelques-uns des caractères sont grecs; les autres paraissent appartenir à une variété de l'alphabet Hibyen. M. Duveyrier n'hésite pas à voir dans «les idoles» de Ghadamés des monuments antérieurs à l'époque romaine et appartenant à cetle ancienne période de la civilisation garamantique qui a laissé tant d'autres traces dans le Sahara.

Outre les stèles funéraires, l'art libyen n'a pas laissé d'autres traces que les grossiers dessins qui couvrent la surface de certains rochers, dont nous avons eu déjà l'occasion de parler. Gravés au trait, ces dessins ne dépassent pas, comme valeur artistique, ceux qui ornent un certain nombre d'ustensiles ou d'objets trouvés en France et datant de l’époque néolithique. Ce sont les mêmes procédés et le même style, la même naïveté dans l'exécution, jointe au même sentiment de la nature, à la même observation de l'animal, qui joue toujours le principal rôle dans ces représentations.

Les bas-reliefs de Tiout, étudiés dès 1849 par M. le professeur Armieux, couvrent une table verticale de grès ferrugineux de 75 mètres environ de longueur sur 20 de hauteur. Le trait,

large d’un centimètre, profond d'un ou de deux millimètres, se détache en rouge sur la teinte noirâtre de la surface du roc. Parmi les animaux représentés on reconnait aisément le lion, l'éléphant, le rhinocéros, l’antilope, le lièvre, l'autruche, la vipère, la chèvre, le chien, et cette espèce de bœuf aux cornes dirigées en avant, dont parle Hérodote. Les hommes sont représentés nus, armés d'arcs et de flèches. Les femmes portent une ceinture grossièrement indiquée par un trait horizontal au-dessus des hanches et quelques-unes, ainsi que nous l'avons déjà dit, semblent être revêtues d'une tunique à manches pendantes. Elles paraissent assister à une chasse à l'autruche, dans laquelle le chien joue déjà le rôle d'auxihaire de l'homme.

Les bas-reliefs de Moghar représentent les mêmes animaux, plus la girafe, qu'on ne remarque pas dans les dessins de Tiout, et qui se trouve également dans ceux du Sous marocain.

Les dessins rupestres d'El-Hadj-Mimoun appartiennent à une époque postérieure. On y voit en effet des chameaux, et nous savons que le chameau n'a pas été introduit en Afrique avant la seconde moitié du τὴ siècle avant notre ère. Il ne figure sur aucun autre bas-relief rupestre. Les dessins d'El- Hadj-Mimoun représentent en outre des guerriers armés de boucliers, des chevaux avec leurs cavaliers, un lion, une espèce de grosse tortue, des serpents, des lézards, des croix simples, doubles, triples, pattées, annelées, et le svastika, assez rare en Afrique.

À travers ces figures courent de nombreuses inscriptions tracées au hasard. M. le capitaine Boucher, qui en a fait une étude spéciale, y a reconnu une trentaine de caractères différents, dont cinq appartiennent à l'écriture libyque et cinq

IV, cexxxurr.

“αν 516 )e+— au tifinagh. Les vingt autres sont identiques à ceux qui se retrouvent dans les inscriptions rupestres du Sahara.

Il nous reste à dire quelques mots d'un sujet qui mériterait une étude toute spéciale : nous voulons parler de la langue et de l'écriture libyennes.

Les quelques mots libyens qui nous ont été conservés par les textes antiques nous autorisent à affirmer que les Berbères parlent encore aujourd'hui la langue de leurs ancêtres. Cette langue s'est modifiée sans doute avec le cours des siècles; le fond est resté le même. Nous avons déjà cité un certain nombre de mots libyens qui se retrouvent dans les dialectes modernes”*. Beaucoup de noms antiques de villes ou de localités s’expliquent par le berbère. Tingt, ou plus exactement Tinge, est «la ville de la lagune », tinga; Thamuda, « la ville des marais», umda; Tucca est le mot berbère toukka, «les herbages »; Theaenae ne vient pas du phénicien thina, «les figuiers », comme on l'admet généralement, mais bien du berbère tein, «les dattiers »; Tisurus est l'adjectif féminin tesouer, «la forte ». La particule berbère de relation aou, «celui de, celle de», forme le premier élément des noms de localités libyennes qui commencent par la syllabe au : Aubuzza, Audus, Augemmi, Augila, Augmadum, Ausigda, Ausucurru, Austhmda, Autenti, Autipsida, Automalax, Auxitima, Auziqua, Ausiti, Auzia. Elle entre aussi dans les ethniques Ausees, Auschisae, Austuriant, Autololes. L'expression berbère ait ou, « la tribu de, les gens de», se retrouve dans le composé Aethoqurzenses, qui désigne, dans une inscription romaine, la confédération dont Gurza était le centre. Le

? D' Hamy, Comptes rendus de l'Aca- abrid, « passage»; Zegeri, «rat de mondémie des "inscriptions et belles-lettres, avril- lagne»; Suf, souf, «rivière»; Tana, juin 1882. «source, cours d'eau»; ler, «contrefort »;

* Dyrin, deren, «montagne»; Abrida, Mas, mes, «fils» ou « descendant ».

mot lam, « peuple, tribu, campement », seul ou suivi de la conjonction berbère b, ba, se reconnaît dans les composés libyens Lamasba, Lambaesis, Lambdia, Lambafudi, Lambiridi, Lam/oct, Lamida, Lemellef, Lamiqizza, Lamiqum, Lamniana, Lampsilr. La dernière partie de quelques-uns de ces composés, ainsi que l'a fait très justement observer M. Masqueray’, s'explique de même par le berbère : Lam-b-1ridi, «le campement du chevreau »; Lam-ba-foudr, «le Fret de la soif»; Lam-b-foct, « le campement du soleil»; Lam-b-ilef, «le campement du sanglier ». Les noms propres Hire et tout particulièrement ceux dont Corippus a respecté la forme vraie, ont au plus haut degré la physionomie berbère et présentent les procédés de composition et de dérivation que nous observons encore aujourd'hui dans l'onomastique indigène.

Quant à l'alphabet libyen, on l'a retrouvé dans les montagnes berbères de l'Ahaggar. C’est, à de très légères modilications près, celui dont se servent encore les Touâregs, et c'est seulement depuis que nous avons eu connaissance de l'alphabet targui que nous avons pu aborder sérieusement l’œuvre de reconstitution dont l'inscription bilingue de Thugga avait été le point de départ”.

Le tableau ci-après permettra de constater l'identité de forme et, dans la plupart des cas, de valeur des caractères libyens et berbères.

᾿ΕΝ. Masqueray, Bull. de corr. afric., "Ὁ 1, Ρ. 21-22.

? Voir, sur l'inscription de Thugga :

Gesenius, Scripturae linguaeque phoeniciae monumenta; — Saulcy, Journal asiatique, février 1853; — Judas, Étude démonstrative de la langue phénicienne ; — Blau, Zeit-

schrift der deutsch. morq. Gesellsch., 1851,

Ρ. 337; — Schrôder, Die phôniz. Sprache, p- 257; — sur l'alphabet libyco-berbère :

Oudney, Narrative of travels, etc.; — Boissonnet, Revue archéologique, novemb.

1845; — Hanoteau, Essai de grammaire Tamachek ; — Halévy, Études berbères, et surtoul les travaux publiés en dernier lieu par MM. Faidherbe, Letourneux et Reboud.

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