‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 44 sur 58 · ER · texte numérisé non relu

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Scipion dans son discours aux envoyés de Carthage, sont précisément les Fosses puniques!. On peut donc considérer ces φοινικίδες Ta@poi comme la ligne de démarcation que Carthage avait volontairement tracée, à l'heure de sa plus grande puissance, entre son territoire propre et les possessions des Numides ou des Liby-Phéniciens tributaires de la République. On peut affirmer, en outre, que le district de Tusca et celui des Grandes Plaines étaient compris dans les limites de la Carthaginoise. Nous savons en eflet que Masinissa s'empara de ces territoires, au mépris des stipulations du traité de 201 ". Mais aucun autre texte ancien ne nous permet de déterminer le tracé des Fosses puniques entre les Grandes Plaines et le littoral. On suppose généralement que les limites du territoire de Carthage étaient celles de la Zeugitane romaine, et que le fosséfrontière aboutissait par conséquent au golfe d'Hammamet, en laissant au sud Horrea Caelia. Cette hypothèse, toutefois, a contre elle un passage d'Étienne de Byzance, dont on n'a pas tenu compte jusqu'ici. L'auteur des Ethniques rapporte que, d'après d'anciens témoignages, la partie intérieure de la Byzacène faisait partie du territoire de Carthage : Éd δὲ διμερὴς ἡ Βυξακία... Καρχηδόνος ἐνδοτέρω, καὶ δύο ἔθνη Βυξακηνῶν, ὡς ἱσ]οροῦσι. Le texte d'Étienne présente une lacune, quil est facile de combler : le mot ἐνδοτέρω prouve que la phrase omise mentionnait je littoral de la Byzacène, occupé par les Liby-Phéniciens [ἡ μὲν τῶν Λιδυφοινίκων πρὸς τῇ ϑαλάσσῃ], par opposition à l'intérieur [ἡ δὲ] Καρχηδόνος ἐνδοτέρω. Po-

* App., VIT, ziv : . . .Kai τὰς @poupds ? App., VIT, LXVIN : Où σολὺ δ᾽ ὕὑσήερον ὑμᾶς ἐξαγαγεῖν ἐκ τῶν πόλεων, ὅσαι τῶν ὃ Μασσανάσσης ἠμφισβήτει καὶ τῶν λεγο- Φοινικίδων ταφρῶν ἐκτός εἰσι..... Τὴν μένων μεγάλων “πεδίων, καὶ χώρας πεντήδὲ πόλιν ὑμᾶς ἔχειν καὶ τὴν χώραν, ὅσην κοντα πόλεων, ἣν Τύσκαν προσαγορεύἐντὸς τῶν Φοινικίδων ταφρῶν εἴχετε ἐμοῦ ουσι. Cf. Liv., ΧΙ], χχπι.

La Byzacène.

Les Empories.

Τὰ Éuropia.

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lybe donne à la Byzacène le nom de Byssatis. I en parle au livre IT comme d'une des contrées maritimes dont Carthage, par ses traités avec Rome, avait réussi à interdire l'accès!; dans un fragment du livre XI}, conservé par Étienne de Byzance, il la représente comme un territoire de forme ronde ou elliptique ayant environ deux mille stades de circonférence*. ἢ] la distingue d'ailleurs des Empories situées sur la petite Syrte, contrairement à l'affirmation d'Étienne de Byzance ou plutôt de son abréviateur, Timolaus, qui la place κατὰ τὰς Σύρτεις. Il est facile dès lors de se rendre compte de ce que Polybe entend désigner par le mot Byssatis. Il suflit de jeter les yeux sur la carte pour s’'apercevoir que le littoral, d'Hergla à Thenae, limite septentrionale de la petite Syrte, dessine une saillie en arc de cercle assez marquée. En achevant par le compas la figure arrondie dont parle Polybe, on voit que la Byssatis formait une ellipse limitée, au nord et à l'ouest, par les montagnes qui dominent la plaine de Kaïrouäân, le Djebel Serdj, le Djebel Kesra et le Djebel Halouk-el-Mkbhila; au sud-ouest et au sud, par une ligne courbe dont le Djebel Hamra, le Djebel Gassera, le Djebel Meheri et le plateau des Neffetia marquent les points principaux. La zone du littoral formait les territoires d'Hadrumète, de Ruspina, de Thapsus, d'Achulla, de Ruspeet d'Usilla. L'intérieur appartenait à Carthage.

Les Empories, τὰ Ἐμπόρια *, formaient, ainsi que l'indique

* Polybe, III, xx111, 2 : .. δ τὸ Μὴ βούλεσθαι γινώσκειν αὐτοὺς, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ, μήτε τοὺς κατὰ τὴν Βύσσατιν, μήτε τοὺς κατὰ τὴν μικρὰν Σύρτιν τόπους, ἃ δὴ καλοῦσιν Éuropeïa, διὰ τὴ» ἀρετὴν τῆς χώpas.

* Steph. in Βύξαντες : Πολύδξιος Βυσσάτιδα [γε] Βυξακίδα] χώραν εἶναί not περὶ τὰς Σύρτεις, ἐν δωδεκάτῳ, σήαδίων μὲν

* On trouve dans Polybe les deux variantes τὰ Éprmopeta (1, Lxxxur, 6; III, ΧΧΠΙ, 2) et τὰ Éprôpra (fragm. XXXII, πὴ. Le manuscrit Aug. Reg. A, dans le passage précité du livre I, donne la leçon Éproplwv, qui suppose le nominatif Éumépra. Deux autres manuscrits, celui de Flo-

Polybe, un territoire distinct, commençant à la petite Syrte, qui commençait elle-même à Thenae. Restreinte, géographiquement, aux villes du littoral de la petite Syrte’, cette dénomination semble avoir été étendue quelquefois aux échelles situées entre les deux golfes, telles que Gergis, Sabratha, Oea, Leptis Magna. Les Empories de la petite Syrte comprenaient une zoneintérieure d'une certaine étendue. On sait en effet par Polybe que Masinissa s'était facilement emparé du pays, mais qu'il n'avait pu se rendre maître des villes, solidement occupées par les Carthaginois ".

Les Empories faisaient-elles partie intégrante du territoire punique, comme semble l'indiquer ce passage, ou ne relevaient-elles de Carthage qu'en tant qu'appartenant aux villes Hby-phéniciennes placées sous son autorité? Il est difficile de rien affirmer à cet égard. Rien n'est plus obscur, en somme, que cette question de l'étendue du territoire propre de Carthage, agri qui juris esset Carthaginiensium. Nous ne connaissons que très imparfaitement la nature des liens politiques qui rattachaient les différentes colonies phéniciennes ou puniques à la cité dont elles relevaient, et quant à la situation des Carthaginois par rapport aux peuplades numides, au point de vue des

rence et le Codex Vaticanus, portent Épποριῶν, qui impliquerait, au même cas, le féminin pluriel Éuropiu. Cette dernière forme est inadmissible, le sens du mot ἡ ἐμπορία « mercatura, negotialio, ea praesertim qua mare trajicitur mercium causa , »

ne pouvant pas désigner un comptoir, pas plus au pluriel qu'au singulier. La véritable leçon, indiquée par le sens, est τὰ Éurépra, «les comptoirs r. Le mot Éurépto» est le terme propre qui désigne, en grec, un marché, une échelle commerciale, un comptoir. Henri Estienne considère la va-

riante Épmopeior pour Éumôpior comme aussi incorrecte qu'Éuropeia pour Épropia.

Tite-Live donne le pluriel neutre Emporia (XXXIV, Lx),

! Polybe, IT, xxux, 2 : Τοὺς κατὰ τὴν μικρὰν Σύρτιν τόπους. Fragm. XXXIL, τι :

* Fragm. XXXII, 11: Τῆς μὲν οὖν χώpas ταχέως ἐγενήθη κύριος, ἅτε τῶν ὑπαΐθρων κρατῶν... Τῶν δὲ τῶν “πόλεων οὐκ ἠδυνήθη γένεσθαι κύριος, διὰ τὸ τοὺς Καρχηδονίους ἐπιμελῶς τηρεῖν αὐτάς.

limites territoriales, ce que Tite-Live nous a conservé de l'argumentation des envoyés de Masinissa paraît être l'expression de la vérité : «per opportunitates nunc 1105, nunc reges Numidarum usurpasse jus; semperque penes eum possessionem fuisse qui plus armis potuisset”. » Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'en dehors du territoire propre de Carthage, délimité par les Fosses puniques, la domination carthaginoise s’étendait à l'intérieur sur un certain nombre de districts, maintenus dans l'obéissance par quelques postes avancés plutôt qu'occupés, dans le vrai sens du mot”. Moins complet que le système romain, ce réseau stratégique fut nécessairement moins efficace, et c'est ainsi que s'expliquent les nombreuses vicissitudes que subit l'influence de Carthage sur les tribus limitrophes de son territoire propre.

$ 2. — vILLES PUNIQUES DONT LES NOMS NE REPARAISSENT PLUS À L'ÉPOQUE ROMAINE.

Comme nous retrouverons dans la géographie de la Proconsulaire la plupart des villes qui faisaient partie du territoire carthaginois, nous ne nous occuperons ici que des cités puniques dont les noms ne reparaissent pas à l'époque romaine.

Le récit de l'expédition d'Agathocle en Afrique nous fait connaître un certain nombre de localités dont il est malheureusement fort difhcile de déterminer la position. Les noms sont hellénisés, pour la plupart, et Diodore ne donne que de très vagues indications sur la série des opérations de l'armée sicilienne.

AV XXI V αὐχὶτ ὁ χ3. inscriptions funéraires néo-puniques ré-

* On sait que Théveste ne fut occupée cemment trouvées à Ksour Abd-el-Melek par les Carthaginois qu'au temps de la (Uzappa) prouvent que l'élément carthapremière guerre punique. (Diodore, IV, ginois avait pénétré jusque dans le massif xvitt; Cf. C. 1. L., VIIT, p. 215.) Les libyen des Oulad-Aoun.

Nous avons déjà identifié les « Latomies» près desquelles eut lieu le débarquement d’'Agathocle aux carrières antiques d'El-Haouria'. La «Grande Ville», ἡ ὀνομαζομένη Μεγάλη πόλις ἢ, dont le tyran sicilien s’empara immédiatement après l'incendie de sa flotte, était certainement située dans la presqu'ile du cap Bon, mais rien n'autorise à l'identifier à Soliman, comme on l'a presque toujours fait jusqu'ici, en reproduisant sans examen une conjecture que Shaw a émise, comme tant d'autres, sans réflexion. Soliman est beaucoup trop éloigné du point de débarquement de l’armée sicilienne et se trouve d’ailleurs placé en dehors de la ligne qu'elle avait dû suivre, et qu'indique la configuration orographique de la presqu'île. Agathocle, en marchant sur Carthage, avait nécessairement laissé sur sa droite le massif impraticable des montagnes de Kourbès, pour prendre la route qui passe par le centre de la péninsule. Nous ne pensons pas, pour les mêmes motifs, qu'on puisse, comme l'a fait Barth, retrouver la «Grande Ville» à Missua (Sidi-Daoud-en-Noubi). Il est à remarquer d’ailleurs que la cité que Diodore appelle ἡ Μεγάλη πόλις semble avoir conservé ce nom jusqu à la fin de la période romaine : un eptscopus Meglapolitanus figure sur la liste des évêques d'Afrique. Ce serait donc soit au centre, soit sur la côte orientale de la presqu'île du cap Bon qu'il faudrait chercher Megalopolis*.

Les géographes sont partagés sur la question de savoir si « Tynès la Blanche», Λευκὸς Τύνης, dont Agathocle s'empara immédiatement après la prise de la « Grande Ville», et que le

* I existait au-dessus de ces Latomies Μεγάλην “πόλιν, οὖσαν τῶν Καρχηδονίων.

une ville du même nom. Strab., XVII, * Wesseling suppose qu'elle était voipage 1191: καὶ ἐπ᾽ αὐτῶν “πόλις ὁμώνυ- sine de Clupea : «Quin, si Notitiae ordo μος. justus est, prope Clupeam, a qua citra

? Diod., XX, vur : ὁ δ᾽ λγαθοκλῆς.... omne dubium haec Megalepolis brevi spa-

ἦγε τὴν δύναμιν ἐπὶ τὴν ὀνομαζομένην tio fuit dissepta. »

IMPRIMERIE NATIONALE

Les LaromiEs (El-Haouria ).

MEGALOPOLIS, ἡ Μεγάλη mois.

TyNÈs LA BLANCHE, ὁ Λευκὸς Τύνης.

—+>( 538 }es—

texte de Diodore place à deux mille stades de Carthage, est, ou non, la Tynès qui apparaît ensuite à plusieurs reprises dans le récit de Diodore, sans y recevoir une seule fois la qualification donnée à la premiére, et dont l'identité avec la Tunis des guerres puniques n'est pas douteuse. Il y ἃ certainement une erreur dans le chiffre de 2000 stades donné par Diodore. Il est impossible qu'Agathocle ait commis la faute de s'engager à près de cent lieues dans l'intérieur des terres, alors que tout lui commandait de profiter de la surprise de l'ennemi. Il résulte d'ailleurs du texte même que Tynès la Blanche devait être très rapprochée de Megalopolis. Les deux villes sont rasées par Agathocle, contre le désir de ses soldats, qui comptent y déposer leur butin, et la destruction des deux places est résolue au même moment”. D'autre part, le surnom de Aevxds donné à la ville voisine de Megalopolis n'est certainement pas une épithète descriptive et paraît avoir précisément pour objet d'empêcher une confusion. Nous pensons donc avec Ortelius, contre lopinion de Wesseling adoptée en dernier lieu par M. Meltzer, qu'il y a lieu de distinguer entre Tunis et Tunis la Blanche, et que celle-ci devait être située, comme Megalopolis, dans Ja presqu'île du cap Bon.

Après avoir battu les Carthaginois dans le voisinage de l'autre Tunis”, qui devient sa place d'armes, Agathocle prend pour objectif les villes tributaires de la côte orientale, s'empare de Neapolis, qui garde également son nom grec pendant toute

! Diodore, XX, vur : Εὐθὺς δὲ καὶ πρὸς τὸν Λευκὸν Τύνητα καλούμενον ἀναζεύξας ἐχειρώσατο τὴν 'πσόλιν, ἀπέχουδαν Καρχηδόνος δισχιλίους σήαδίους.

? Diodore, XX, vu : ἀμφοτέρας δὲ τὰς ἁλούσας πόλεις οἱ μὲν σήρατιῶται διαφυ-λάτηειν ἠδούλοντο, καὶ τὰς ὠφελείας εἰς

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