‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 45 sur 58 · Justin, XXII, vr · texte numérisé non relu

Justin, XXII, vr

—+2( 539 ).ε:--l'époque romaine, d'Hadrumète, de Thapsus, et de près de deux cents villes ou bourgs situés dans cette zone du littoral. Les événements le rappellent à Tunis au moment où il allait envahir la Libye supérieure, et il y passe l'hiver de l'année 310-309. Au printemps de l'année 307, il dirige ses armes contre les places de la côte septentrionale, assiège Utique, qui repousse ses attaques et s'empare d'Hippo Diarrhytus, dont il fait une seconde base d'opérations contre Tunis. Obligé de repasser en Sicile, il laisse le commandement de ses troupes à son fils Archagathe. Reprenant le projet auquel Agathocle n'avait pas pu donner suite, Archagathe envoie son lieutenant, Eumaque, εἰς τοὺς ἄνω τόπους. Dans la langue géographique des Grecs comme dans celle des Romains, les mots «Libye supérieure » désignent le sud de la Libye, située au-dessus du littoral pour lobservateur placé en Sicile ou en Italie. Eumaque se dirige donc vers le sud ou le sud-ouest et s'empare tout d'abord d'une ville importante, Τώκαι, dont la prise entraîne la soumission d'un grand nombre de nomades du voisinage ?. On a voulu voir dans Τώκαι la Tucca Terebinthina de VItinéraire d'Antonin, qui se trouve effectivement dans la direction probable de la marche du lieutenant d'Archagathe. Eumaque prend ensuite Phelline*, et soumet les Asphodélodes, dont nous avons déjà parlé. Il se rend maître ensuite d’une troisième cité, très importante, nommée Meschela* et fondée par des Grecs au retour de la guerre de Troie, puis d'une quatrième, appelée Hippou-Acra, comme celle qu'avait enlevée Agathocle”, saccage

* Diodore, XX, Lvrr, 4. ἐπολιορκήσας τὴν ὀνομαζομένην Φελλίνην.

? Diodore, XX, Lvur, 4 : Οὗτος γὰρ ἀ Diodore, XX, Lvrr, 6 : Τρίτην δ᾽ εἷλε (Εὐμαχος) Τώκας πόλιν εὐμεγέθη χειρω- Μεσχέλαν, μεγίστην οὖσαν, ὠκισμένην δὲ σάμενος, πολλοὺς προσηγάγετο τῶν “λη- τὸ παλαιὸν ὑπὸ τῶν ἐκ Τροίας ἀνακομιξοσίον κατοικούντων Νομάδων. μένων Ἑλλήνων.

* Diodore, XX, Lvr, 5 : Εἰθ᾽ ἑτέραν 5 Diodore, XX, ἀνὰ, 6 : ÉËÿs δὲ τὴν

TocaE.

PHELLINE.

MESsCHELA.

Hrppou-AcraA.

AcRis.

MHILTINE.

Les TROIS PITHÉCUSES

—+#+>( 540 ).:--la ville autonome d’Acris* et va rejoindre Archagathe sous les murs de Tunis.

Dans une seconde expédition, Eumaque dépasse les villes qu'il avait précédemment soumises, et s'avance jusqu'à Miltine, Μιλτίνη ἢ, qu'il essaye de surprendre. Repoussé par les Libyens, il continue sa marche, franchit une haute montagne, remplie de chats sauvages, qui s'étend sur un espace de deux cents stades, et pénètre dans un pays où les singes vivent pêlemêle avec les hommes, qui leur rendent les honneurs divins. Eumaque s'empare d'une des trois villes de ce pays qui portent un nom que Diodore traduit par celui de Pithécuses ὃ: les deux autres se rendent; mais, averti que les indigènes se rassemblent de toutes parts, Eumaque se hâte de regagner le littoral. Cette dernière indication, abstraction faite des expressions si claires dont Diodore se sert à deux reprises, εἰς τοὺς ἄνω τόπους, els τοὺς ἄνω τῆς Λιδύης τόπους, prouve bien qu Eumaque ne parcourt pas le littoral punique jusqu'au delà d'Hippone Royale, comme l'a supposé Mannert, et que les Pithécuses de l'expédition sicilienne ne sont pas celles du Périple de Scylax. Leur position n'en reste pas moins inconnue, comme celle d'Acris, de Phelline, de Miltine, de Meschela et d'Hippou-Acra.

L'armée sicilienne avait occupé l'Afrique pendant près de trois ans, d'août 310 à octobre 307; elle avait soumis toutes les places du littoral, d'Hippo Diarrhytus jusqu'à la petite Syrte,

1 Diodore, XX, ἀνὰ, 6 :

? Diodore, XX, πνπὶ : ὑπερθαλὼν δὲ τὰς πόλεις ὧν πρότερον ἐγεγόνει κύριος,

5. Diodore, XX, Lvrr1, 3 : Διελθὼν δὲ τὴν ὀρεινὴν ταύτην, ἐνέξαλεν εἰς χώραν ἔχουσαν πλῆθος πιθήκων καὶ πόλεις τρεῖς τὰς ἀπὸ τούτων τῶν ζῴων ὀνομαζομένας, εἰς τὸν ϑλληνικὸν τρόπον τῆς διαλέκτου μεθερμηνενομένας Πιθηκούσσας.

et pénétré à deux reprises dans l'intérieur. Les sources auxquelles a puisé Diodore, alors même qu'elles n'auraient contenu que le journal de marche d’Agathocle et de ses lieutenants, pouvaient nous fournir les renseignements les plus complets sur la géographie du territoire de Carthage. Il n'en est que plus regrettable que Diodore se soit borné à consigner des indications aussi rares que vagues, quand elles ne sont pas puériles dans leur précision.

L'époque des guerres puniques a des historiens plus sérieux, et cest de ce moment que datent les premiers renseignements utilisables.

La synonymie d'Adès et de Radès, proposée par Shaw et adoptée par tous les géographes, doit être absolument rejetée. Elle ne repose que sur l'analogie plus apparente que réelle des deux noms. En effet, Polybe ne donne que l’accusatif ἀδινυ; quelques manuscrits ont la variante ἀδύν. Le nominatif peut être À dés ou  dé, mais la seconde forme nous paraît préférable, car elle est indiquée par l'étymologie très vraisemblable du nom punique pi, amoena. D'autre part, Adin ou Adis n'a pas pu devenir Radès à l'époque berbère ou arabe : on pourrait admettre cette transformation si le nom actuel commençait, comme on l'a supposé, par l’une des deux gutturales g ou ἃ, équivalent de ᾽ν par lequel devait s’écrire le nom punique. Mais dans le nom de Radès ssl, tel qu'on le lit dans tous les auteurs arabes, la lettre initiale est une liquide; il n'y a donc pas identité entre les deux noms. Nous savons, d'autre part, que la ville antique à laquelle à succédé Radès s'appelait Maxula. Si ce nom, essenticllement libyen, lui était donné à l’époque romaine, à plus forte raison devait-elle le porter à l'époque antérieure. Il est fort improbable qu'Adin, comme l'a supposé Mannert, ait pris le nom de Maxula après la première guerre

ADES, ADIS, ADIN (Oumm-Douil 7),

punique. Elle ἃ simplement reçu plus tard le surnom de Prates, que donne l'Itinéraire d'Antonin et qui pourrait bien être l'origine de son nom actuel. La syÿnonymie que nous discutons est difficilement conciliable, en outre, avec les indications données par Polybe. L'armée carthaginoise qui se porte au secours d'Adin, assiégée par Regulus ', commet la faute de camper sur des hauteurs difficilement abordables, εἰς τόπους épuurods καὶ δυσξάτους. Sa cavalerie et ses éléphants ne peuvent agir, et lorsque l'infanterie romaine attaque la colline de chaque côté, elle ne rencontre de résistance que de la part des mercenaires, qui se font vaillamment tuer et donnent aux Carthaginois le temps de gagner la plaine. La petite chaîne de collines dont Radès occupe la pointe septentrionale offre une hauteur moyenne de 5o mètres, et ne représente guère les « lieux élevés et d'un accès difficile » dont parle Polybe. La même objection nous empêche d'accepter la synonymie que le traducteur de Tidjani, A. Rousseau, a proposée pour Adin. Il la retrouve à Oudena, l'Uthina de l’époque romaine. Plus acceptable au point de vue de l'onomastique, elle est moins vraisemblable au point de vue topographique. Le plateau légèrement ondulé d'Uthina ne présentait aucune difficulté pour l’action de la cavalerie et des éléphants.

La suite des opérations de l'armée romaine, telle qu'elle est présentée par Polybe, nous fait penser qu'Adin n'était pas aussi rapprochée de Tunis et de Carthage qu'on l'a supposé jusqu'ici. Débarqué à Clupea, Regulus ravage d’abord les environs : il y détruit un grand nombre de maisons de campagne opulentes, enlève une quantité de bestiaux et envoie sur ses

! Polybe, 1, xxx, 4 et 5 : ὦ δὲ Μάρκος ἀφικόμενος δὲ εἰς “πόλιν ἀδὶν ἀξιόχρεων, μετά τινας ἡμέρας ἐπεπορεύετο, τὰ μὲν περισἹρατοπεδεύσας ταύτην, συνίστατο ἀτείχισία τῶν ἐρυμάτων ἐξ ἐφόδου διαρ- μετὰ σπουδῆς ἔργα καὶ πολιορκίαν. πάξζων, τὰ δὲ τετειχισμένα “πολιορκῶν.

vaisseaux, pour être conduits à Rome, vingt mille esclaves dont il s'est emparé. Ces scènes de pillage ont pour théâtre cette partie de la presqu'île du cap Bon dont la richesse avait émerveillé, un demi-siècle auparavant, les Siciliens d'Agathocle. Elles durent quelques jours, puis le général romain assiège Adin. L'armée carthaginoise accourt et se fait battre. Sûrs de n'être plus inquiétés, les Romains continuent leurs ravages; ils parcourent toute la contrée et pillent les villes : μετὰ δὲ ταῦτα GATAY ἐπιπορευόμενοι τὴν χώραν καὶ τὰς σόλεις, ἀδεῶς ἐπόρθουν. Puis Regulus s'empare de Tunis, dont il compte faire sa base d'opérations contre Carthage. Or Tunis n’est qu'à douze kilomètres de Radès. Si Adin avait été aussi rapprochée de Tunis, Regulus n'aurait certainement pas battu toute la contrée environnante avant de s'emparer de cette dernière place. Il en aurait pris possession tout d'abord, sauf à en faire le point de départ d'une expédition dans l'intérieur. Les villes que le général romain saccage avant et après le siège d'Adin sont donc toutes situées dans la presqu'île du cap Bon, sur le chemin que l'armée romaine suivait pour atteindre Tunis. Adin elle-même, par conséquent, devait se trouver au centre où à la base de la presqu'ile. Peut-être faut-il la chercher à Oumm-Douil, dont la position répond suffisamment aux indications topographiques du récit de Polybe : les collines assez élevées qui dominent Oumm-Douil du côté du nord-est projettent un éperon dans lequel on peut reconnaître le λόφος que lès Romains attaquèrent de deux côtés.

On suppose que la bataille décisive qui suivit cette premiére phase de l'expédition romaine eut lieu sur les bords du lac de Tanis. Rien ne l'indique d'une façon précise dans le récit de Polybe. Appien parle bien d’un lac que l’armée romaine mit près d’une journée à contourner avant d'atteindre l'ennemi,

Théâtre présumé de la défaite de Regulus

(El-Djeriba JE

—+>( 544 es.

mais il ajoute qu'au dernier moment, les troupes de Regulus, déjà fatiguées par une longue marche exécutée sous les armes, en plein été, et sous une grêle de traits lancés des hauteurs voisines, eut à traverser un fleuve dont Xanthippe occupait la rive opposée ‘. Aucune de ces particularités n'est applicable au lac de Tunis : aucun cours d'eau ne s y jette, et il n'est dominé que sur deux points, au sud-est et au sud-ouest, par les collines de Radès et celles de Sidi-Fathalla. Or c’est sur la rive opposée, près d'El-Aouïna, qu'on place le théâtre de l’action, et cette rive est absolument plate.

Polybe ne parle ni de lac ni de fleuve. Une phrase incidente de son récit prouve seulement que la bataille se livra dans une plaine, ce qui empêcha les débris de l'armée romaine d'échapper à la poursuite de l'ennemi. Les deux mille légionnaires de l'aile gauche qui avaient enfoncé et repoussé fort loin la droite des Carthaginoïis réussirent seuls à gagner Clupea, «par miracle », ajoute Polybe. Ce dernier incident fait encore supposer que l'action n'eut pas lieu sur la rive septentrionale du lac de Tunis. Les quatre cohortes qui échappèrent au massacre ne durent leur salut qu'au mouvement en avant qui les avait éloignées du champ de bataille. Si l'affaire avait eu lieu sur la rive nord du lac, illeur aurait été impossible de gagner Clupea; la seule route qui pût les y conduire passait par l'isthme qui reliait Carthage à Maxula, et l'accès de cet isthme était fermé par les remparts de la ville punique.

Il semble résulter d’ailleurs du récit de Polybe que la bataille ne s'engagea qu'après une série de mouvements prépa-

* Appien, VIE, πὶ : ὁ δὲ ἀτίλιος ἀμφὶ ἀπὸ κρημνῶν ἄνωθεν. ὥς δ᾽ ἐπλησίασε “περὶ

λίμνῃ σήρατοπεδεύων, ὥρᾳ καύματος, ἑσπέραν, καὶ ποταμὸς αὐτοὺς διεῖργεν, ὃ περιώδευε τὴν λίμνην ἐπὶ τοὺς moheulous, μὲν εὐθὺς ἐπέρα τὸν ποταμὸν, ὡς καὶ τῷδε ὅπλων τε βάρει, καὶ δίψει, καὶ. πνίγει, τὸν Ξάνθιππον ἐκπλήξων.

ratoires. « Lorsque les Romains, dit-il, virent que les Carthaginois exécutaient leurs marches en plaine et campaient en rase campagne, cette tactique nouvelle ne laissa pas que de les inquiéter. » Ces marches et ces campements répétés des troupes de Xanthippe ne s'expliquent pas dans l'hypothèse d'après laquelle l'action décisive aurait eu lieu entre Carthage et Tunis, points de départ des deux armées : la plaine intermédiaire n'a pas plus de 14 kilomètres de longueur. L'occupation de Tunis fut donc suivie d'une campagne de l’armée romaine dans l'intérieur du pays. Il est possible, par conséquent, que la bataille qui mit fin à l'expédition de Regulus ait eu lieu à une certaine distance de Carthage. Si les détails donnés par Appien sont exacts, elle se serait probablement livrée sur les bords de la Djeriba, longue lagune qui s'allonge parallèlement au golfe d'Hammamet jusqu’à la latitude d'Hergla, et qui reçoit un certain nombre de cours d'eau descendus des hauteurs qui la bordent à l'ouest. C'est là seulement qu'on peut retrouver toute la topographie indiquée par Appien : un lac que l'armée romaine met un jour à longer, des collines qui le dominent et un fleuve comme dernier obstacle. La retraite des quatre cohortes sur Clupea s'explique d’ailleurs facilement dans cette hypothèse.

Nous croyons avoir retrouvé le théâtre du plus sanglant épisode de la révolte des Mercenaires, qui suivit de près, comme on le sait, la première guerre punique. Polybe raconte, au chapitre Lxxxv, que les rebelles, tout en assiégeant Carthage, se trouvaient eux-mêmes assiégés. Amilcar tenait la campagne avec Naravas, leur coupait les vivres et les réduisit bientôt à une telle disette qu'ils furent contraints de renoncer

à leur entreprise. Peu de temps après, Autarite et Spendius,

ayant formé avec l'élite de leurs troupes une armée de cinquante mille hommes, au nombre desquels étaient l'Africain

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Le défilé de la Scie,

—+#>( 546 }es— Larzas et les auxiliaires qu'il commandait, reprirent leur ancienne tactique et se remirent en campagne, serrant de près Amilcar et observant tous ses mouvements. « La crainte des éléphants et de la cavalerie de Naravas les empêchait de se hasarder dans les plaines et les forçait à se maintenir sur les montagnes et dans les défilés. Amilcar eut l'adresse de les engager dans une position dangereuse pour eux et favorable à ses propres troupes. Il se saisit de tous les passages et enveloppa le camp des rebelles de fossés et de retranchements, de telle façon que, n'osant pas risquer la chance d'un combat et ne pouvant pas s y soustraire par la fuite, ils éprouvèrent en peu de jours toutes les horreurs de la faim. Bientôt ils en furent réduits à se nourrir de chair humaine. Pleins d'une aveugle confiance dans la promesse de leurs chefs et espérant que l'armée de Tunis arriverait pour les délivrer, ils supportaient avec une incroyable constance ces affreuses extrémités. Maïs lorsqu'ils eurent mangé tous leurs prisonniers et même leurs esclaves, aucun secours ne venant de Tunis, ils éclatèrent en menaces contre leurs chefs. Alors Autarite, Zarzas et Spendius résolurent de traiter avec Amilcar... La convention signée, le général carthaginois les retint comme faisant partie des dix chefs qui devaient être livrés à son choix... Lorsqu'ils apprirent qu'on avait retenu leurs chefs, les révoltés, ignorant la capitulation conclue et se croyant trahis, coururent aux armes. Mais Amilcar fit avancer contre eux ses éléphants et son armée, les enveloppa de toutes parts et les extermina jusqu'au dernier (leur nombre dépassait quarante mille), dans l'endroit qu'on appelle la Scie. On l'avait ainsi nommé, ajoute Polybe, à cause de la ressemblance de sa configuration avec l'instrument dont nous venons de parler » : περὶ τὸν τόπον τὸν Πρίονα καλούμενον" ὃν συμβαίνει, διὰ τῆν ὁμοιότητα τοῦ σχήματος πρὸς

D'après les indications de Polybe, «la Scie » doit se trouver dans un massif montagneux, puisque les Mercenaires évitaient la plaine, et à quelques journées seulement de Tunis, puisqu'ils s'attendaient à être secourus par les troupes qui occupaient cette ville. La localité doit, en outre, présenter cette particularité topographique qui lui avait fait donner son nom, c'est-à-dire une ligne de hauteurs dentelées, une sterra. Elle doit enfin et surtout offrir l'aspect d'une sorte de cirque, plus ou moins ouvert sur quelques points de sa circonférence, mais facile à entourer et à fermer. Toutes ces conditions se retrouvent dans une localité située non loin des plaines de Kaïrouän, sur le plateau très accidenté qui sépare le bassin de lOued Nebhan de celui de l'Oued el-Kebir. Lorsqu'on se rend du premier de ces deux bassins dans l’autre, on quitte au passage de lOued Merhotta la grande route de Kaïrouân, qu'on laisse sur la gauche, et, à 35 kilomètres du point de bifurcation, après avoir traversé lOued Nebhan, on rencontre un étroit défilé auquel les indigènes donnent le nom de Teniet-es-Sif, le «col du Sabre». Au delà de ces gorges, on atteint les bords d'un vaste cirque de forme elliptique, enfermé de tous côtés par une ceinture de collines dont les arêtes sont dentelées. Deux coupures seulement, outre le Teniet-es-Sif, y donnent accès : l’une, située au sud, est appelée Melez-el-Djedian ; Y'autre, du côté de l'ouest, porte le nom de Foum-el-Kofel, «la bouche des caravanes». Le Foum-el-Kofel est une gorge d’un kïlo-

! [, cxxxv. Le défilé de la Scie n’est les Commentaires du chevalier Folard.

guère connu que sous le nom de « défilé de Mais, pour dater de loin, l'erreur n'en est la Hache ». C'est une expression pour ainsi pas moins certaine : le mot grec πρίων ne dire consacrée et qui se trouve déjà dans désigne pas une hache mais une scie.

mètre de longueur environ, dominée par deux murailles rocheuses de 60 à 80 mètres de hauteur, et servant de canal d'écoulement aux eaux du cirque que nous avons décrit.

Nous pensons que cette vaste arène est le Πρίων de Polybe. Bien arrosée et pourvue d'une abondante végétation, elle forme une espèce d'oasis au milieu des plateaux rocailleux qui bornent à l'ouest la grande plaine de Kaïrouän. Elle se trouve, en outre, comme nous l'avons dit, sur la ligne qui met en communication deux grands bassins hydrographiques. Elle offrait donc aux Mercenaires une position très facile à défendre, et cest ainsi qu Amilcar put aisément les Υ attirer. Maïs par la configuration même des lieux, la résistance ne pouvait y être que passive : 1] suffit au général carthaginois de fermer les trois défilés qui y donnaient accès et de faire occuper les hauteurs dominantes pour paralyser la défense : sûr de ne pas être attaqué, 1] n'avait pas à attaquer lui-même. Il attendit que la faim eût fait son œuvre, et ce fut au dernier moment qu'il fit écraser sous les pieds de ses éléphants, dans cette arène dont nul ne put s'échapper, les quarante mille hommes qu'il y avait enfermés. Le cirque que nous décrivons offre enfin, au plus haut degré, la particularité topographique à laquelle 1] avait dû le nom punique que Polybe traduit par le mot πρίων : les arêtes dentelées qui le dominent de toutes parts expliquent parfaitement ce nom.

Nous avons déjà prouvé que le Palchri promontorium près duquel débarqua Scipion, la quinzième année de la seconde guerre punique, n'était pas le Καλὸν ἀκρωτήριον de Polybe. Il nous paraît d'autant moins inutile d'insister sur ce point, que l'erreur à laquelle a donné lieu le récit de Tite-Live se reproduit avec plus de ténacité. C'est à ce récit même que nous emprunterons le complément de notre démonstration.

Partie de Lilybée avec une brise de nord-est assez fraîche, vento secundo vehementi satis, la flotte romaine perd bientôt de vue les côtes de Sicile. Le vent mollit au large; vers midi, la mer se couvre d'un brouillard épais, qui ne se dissipe que le lendemain au lever du soleil. La brise fraîchit en même temps, et l'on distingue déjà la terre. Bientôt le pilote de Scipion lui annonce qu'on n'est plus qu'à cinq milles de la côte et qu'il

“aperçoit le promontoire de Mercure. Π offre d'y faire aborder la flotte. Scipion donne l'ordre d’atterrir plus bas, c'est-à-dire dans le golfe même de Carthage : dare vela et alium infra navibus accessum petere jubet. Le vent est toujours au nord-est : vento eodem ferebantur. Comme la veille, le brouillard s'élève vers midi et dérobe la vue des terres. Le vent tombe; la nuit survient; on jette l'ancre de peur que les navires ne s'abordent ou ne soient portés à la côte. Au lever du soleil, la brise de nord-est recommence à soufller, le brouillard se dissipe et l’on aperçoit toutes les côtes d'Afrique. Scipion demande quel est le promontoire le plus proche. On lui répond que cette pointe est appelée Pulchri promontorium; il voit dans ce nom un heureux présage et donne l’ordre d'aborder : Scipio quod esset proæimum promontorium percunctatus, cum Pulchri promontortum id vocarti audisset, «placet omen, inquit; huc diriqite naves.» Eo classis de- Currtt.

Tous les détails de ce récit prouvent bien que le point de débarquement de la flotte romaine fut le Ras Sidi-Ah-el-Mekki, le Promontorium Apollinis des géographes latins. Vingt-quatre heures après son départ de Sicile, la flotte romaine aperçoit le promontoire de Mercure, le Καλὸν ἀκρωτήριον de Polybe, le cap Bon de nos cartes. Toujours poussée par des vents de nordest, elle le dépasse, est surprise par le brouillard dans le golfe de Carthage, reprend sa route vers le troisième jour, au lever

du soleil, avec les mêmes vents , et découvre le Pulchri promontorium, c'est-à-dire le Ras Sidi-Ali el-Mekki. Elle avait fait route, en d'autres termes, de la pointe orientale du golfe de Carthage jusqu’à celle qui forme l'extrémité occidentale du même solfe. La traversée avait été constamment favorable, au dire de tous les historiens. Coelius seul, ainsi que le fait remarquer Tite-Live, affirmait que la flotte avait rencontré de gros temps à la hauteur des Égimures, contre lesquelles elle avait failli se . briser. Mais ce détail même prouve encore qu'elle avait traversé d'un cap à l'autre le golfe dont les Djouämeur ferment l'ouverture.

Tite-Live a-4-1l commis une méprise en donnant au Promontorium Apollinis le nom de Pulchri promontorium ? Ge cap était-1l ainsi désigné par antiphrase, comme le promontoire de Mercure l'était par le nom de Καλὸν ἀκρωτήριον ? Cette seconde hypothèse nous paraît la plus vraisemblable. Rien de plus naturel que le Ras Sidi-Ali-el-Mekki ait été désigné, à l'époque punique, par une périphrase que Tite-Live a sans doute rendue par cette expression assez singulière de Pulchri promontorwum, mais dont l'équivalent est fourni tout naturellement par l'arabe ct sb, Πάς el Khaïr, le «cap du bien».

La suite du récit de Tite-Live prouve une fois de plus que l'expédition romaine avait pris terre au Ras Sidi-Ali el-Mekki. Scipion envoie sa flotte devant Utique et, s'avançant lui-même à peu de distance dans l'intérieur des terres, il occupe les hauteurs voisines du littoral : ipse haud ta multum progressus a mari tumulos proximos ceperat'. Ces hauteurs sont celles qui s'étendent du Ras Sidi-Ali-el-Mekki à Bou-Châteur et dessinent le littoral primitif du golfe d'Utique.

! Laiv., XXIX, χχνπι.

Après un premier combat de cavalerie, dans lequel succombe Hannon, le chef du détachement carthaginois, Scipion ravage le pays et s'empare d'une ville voisine assez considérable, que Tite-Live ne nomme pas', mais qui est peut-être Cotuza (Æl-Alia). Pendant quelques jours, le général romain campe sur le littoral, appuyé par sa flotte; puis il va s'établir à mille pas environ d'Utique, dont il commence le siège”. Le camp romain occupait évidemment les hauteurs du Djebel Menzelel-Ghoul, qui dominent au sud-ouest les collines d'Utique.

Les Carthaginois forment un nouveau corps de cavalerie et en confient le commandement à Hannon, fils d'Amilcar. Ils pressent en même temps Hasdrubal οἱ Syphax de marcher contre les envahisseurs. Trop faible, non seulement pour attaquer l'ennemi, mais même pour défendre les populations des campagnes contre ses ravages, Hannon s'efforce tout d'abord de grossir les troupes dont il dispose en prenant à sa solde des Numides, et ne tarde pas à occuper avec quatre mille cavaliers la ville de Salaeca, située à quinze milles environ du camp romain *. Masinissa va offrir le combat à Hannon aux portes mêmes de Salaeca, tandis que Scipion avec sa cavalerie s'embusque dans les sinuosités des hanteurs qui dominent la route : cum romano equitatu secutus, legentibus tumults qui peropportune circa viae flexus oppositt erant, occultus processit. Pris en queue par la charge inattendue de la cavalerie romaine et en tête par un retour offensif de Masinissa, les Carthaginois sont completement battus : Hannon reste sur le champ de bataille avec

* Liv., XXIX, xx1x : « Scipio non agros modo circa vastavit, sed urbem etiam proximam Afrorum satis opulentam cepit ».

* Liv., XXIX, xxxiv : « Ad Uticam tum

castra Scipio , ferme mille passus ab urbe,

habebat, translata ἃ mari, ubi paucos dies stativa conjuncta classi fuerant. »

ὁ Liv., XXIX, xxx1v : «Jam ad quattuor milia equitum habebat, cum Salaecam nomine urbem occupavit, quindecim ferme

milia ab romanis castris. »

SALAECA.

περί 552 jer— un millier des siens. Deux mille autres cavaliers, poursuivis pendant près de trois milles, sont pris ou tués dans leur retraite. Salaeca est fortement occupée par un détachement de l'armée romaine !.

La position de Salaeca est déterminée jusqu'à un certain point par les deux indications que donne Tite-Live : elle était située à quinze milles du camp de Scipion, par conséquent à seize milles d'Utique (23450), et la route qui y conduisait de cette dernière ville suivait une ligne de hauteurs. L'expression dont se sert l'historien : tegentibus tumulis. qui curca viae fleæus opposih erant, ne permet pas d'hésiter entre les deux séries de collines qui limitent au nord et au sud les grandes plaines de l'estuaire de la Medjerda : les collines du sud, prolongement du Djebel Kabeur-el-Djeheli, ne forment qu'une arête à peine sensible; la route qui les suit est tracée en ligne droite de Kalaat el-Oued à Henchir Merekeb-en-Nabi; comme on ne retrouve de ce côté ni les flexus viue, ni les tumuli, si favorables à une embuscade, les hauteurs dont parle Tite-Live doivent être celles qui prolongent les collines d'Utique jusqu'à la vallée de l'Oued Chaïr et portent le nom de Djebel Menzel-el-Ghoul. Salaeca devait donc être située à l'extrémité occidentale de ces hauteurs, et les ruines romaines qu'on aperçoit au-dessous de Dar-Bobra, sur la rive gauche de l'Oued Zazia, en marquent sans doute l'emplacement.

Un passage d'Appien justifie d’ailleurs notre conjecture en précisant le point où s'embusqua la cavalerie romaine. Bien que différant dans certains détails du récit de Tite-Live, la narration d'Appien a évidemment trait au même incident”.

NS ΧΧΙ͂Χ χχχιν, ἄχχν tre rentes du même fait, lorsque, après avoir ? Tite-Live laisse entendre lui-même dit que Hannon avait été tué dans l'acqu'il existait deux versions un peu difé- tion, et faisant allusion au personnage du

Dans le récit d'Appien, qui se place immédiatement après le débarquement de Scipion, Masinissa, après avoir feint d'accepter les avances d'Hasdrubal et de Syphax et de se rallier à la cause de Carthage, va trouver secrètement le général romain, campé, comme ses deux adversaires, à peu de distance d'Utique. Il invite Scipion à placer le lendemain même cinq mille hommes en embuscade à irente stades d'Utique, près d'une tour qui portait le nom d'Agathocle et avait été bâtie par le tyran sicilien : ἐδίδασκε, τῆς ἐπιούσης ἔς τι χωρίον ἀπὸ τριάκοντα σήαδίων ἰτύκης, ἔνθα πύργος ἐσῆὶν, ἀγαθοκλέους ἔργον τοῦ Συρακουσίων τυράννου, μὴ πλείους πεντακισχιλίων ἐνεδρεῦσαι. Le lendemain, ἃ l'aube, il engage Hasdrubal à donner à Hannon, le chef de sa cavalerie, l'ordre de reconnaître les positions de l'ennemi et de se rendre à Utique pour s'assurer des dispositions des habitants. Hannon part avec mille cavaliers carthaginoïis et un contingent de Libyens. Masinissa l’accompagne avec ses Numides. Au moment où l’on arrive à la hauteur de la tour d'Agathocle, Hannon ayant pris les devants et se trouvant déjà près d'Utique, une partie des cavaliers romains sort de l'embuscade. Masinissa engage le commandant du détachement carthaginois à les charger, et lui promet de le suivre et de l’appuyer. Ille suit en effet, mais pour l’attaquer en queue tandis que les Romains le chargent de front. Les Carthaginoiïs sont taillés en pièces. Masinissa se porte ensuite au-devant d'Hannon, qui revenait d'Utique, s'empare de lui par surprise et l'échange plus tard contre sa mère, prisonnière d'Hasdrubal '. même nom qui avait péri dans le premier tores sunt, veriti, credo, ne falleret bis

engagement, il ajoute que, d'après d’autres relata eadem res : Coelius quidem et Valehistoriens, le chef carthaginois avait été rius captum etiam Hannonem tradunt. »

fait prisonnier : « Duos eodem nomine (XXIX, xxxv.) Nous verrons qu'Appien Carthaginiensium duces duobus eques- reproduit l'assertion de ces deux auteurs. tribus proeliis interfectos non omnes auc- * Appien, VII, xiv.

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La Tour D'AGATHOCLE.

πεν 554 )er—

La distance de trente stades (5500) indiquée par Appien entre Utique et la tour d'Agathocle permet de fixer avec certitude cette dernière position. Précisément à cette distance des ruines de Bou-Châteur, dans la direction de l'ouest, la petite chaîne du Djebel Menzel-el-Ghoul est séparée en deux massifs par la gorge étroite que traverse la route directe de Tunis à Benzert (Hippo Diarrhytus), et l'on remarque encore à l'entrée de ce passage, sur la droite, les substructions d'une tour antique. Or on sait qu'Agathocle avait fait d'Hippo Diarrhytus et de Tunis ses deux bases d'opération contre Carthage. Destinée à assurer les communications entre ces deux places d'armes, la tour dont parle Appien ne pouvait avoir été bâtie qu'à l'entrée du défilé qui conduisait de l'une à l'autre, la route du littoral étant fermée par les remparts d'Utique. C'est dans ce même défilé que se cacha l'embuscade romaine, et nous ajouterons que c'est la seule gorge des environs d'Utique qui ait pu abriter cinq mille cavaliers. |

Il résulte d’ailleurs du récit d'Appien que le camp d'Hasdrubal était situé à l'ouest de la tour d'Agathocle, puisque Hannon, parti de ce camp, dut nécessairement passer devant la tour d'Agathocle pour se rendre à Utique. En rapprochant ce détail de la distance de sept milles (10367) indiquée par Tite-Live entre le camp de Scipion et celui d'Hasdrubal’, on arrive à déterminer exactement la position de l'armée carthaginoise. Le camp punique devait être assis sur le versant méridional du Djebel Menzel-el-Ghoul, à cinq milles au sud-ouest

* Liv., XXX, v: « Media nocte, septem ner, vers la fin de l'automne de 304, la enim milia itineris erant, modico gradu position qu'il avait prise tout d'abord à un ad castra hostium perventum est, » Scipion mille d'Utique. 1] la fit cependant réoccuétait campé à ce moment sur les hauteurs per, dans l'hiver de 303, par un détachede Kalaat el-Oued. L'arrivée de Syphax et ment de deux mille hommes, d'Hasdrubal l'avait déterminé à abandon- .

d'Utique. Nous savons par Appien que le camp d'Hasdrubal était le plus rapproché des positions romaines", et par Polybe qu'il n'était qu'à dix stades (1,840 mètres) de celui de Syphax”.

Entre le combat de cavalerie livré près de la tour d'Agathocle et l'incendie des camps d'Hasdrubal et de Syphax se placent, dans le récit d'Appien, la prise de Locha, grande ville que les soldats de Scipion saccagèrent au moment où elle offrait de se rendre, et celle de Tholounta, place située dans l'intérieur et qui était le dépôt de blé de l'armée romaine. Syphax sen empara par surprise et massacra la garnison“. Aucune indication topographique ne permet de déterminer l'emplacement de ces deux localités.

Après l'incendie des deux camps carthaginois et numide, Hasdrubal se réfugie dans une place forte que Polyhe ne nomme pas”; Appien l'appelle Anda°, et Tite-Live dit qu'elle était voisine des camps incendiés?. Elle se trouvait donc à peu de distance à l'ouest ou au sud-ouest d'Utique. Syphax de son côté s'arrête à Abba où Obba. La première forme est donnée

À Appien, VIII, xu1 : Kai éo7paroméδευον où μακρὰν ἀπ᾿ ἀλλήλων ἀσδρούξδας τε καὶ Σύφαξ καὶ Μασσανάσσης περὶ ἰτύκην πόλιν... Οὐ πολὺ δ᾽ ἀπεῖχεν ὁ ἀσδρούξας αὐτοῦ (τοῦ Σκιπίωνος).

* Polybe, XIV, 1, 14: Δύο γὰρ ἦσαν σήρατοπεδεῖαι, μία μὲν, ἣν ἀσδρούξας εἶχε... ἄλλη δὲ περὶ δέκα oladious ἀφ- Ξστῶσα ταύτης, ἡ τῶν Νομάδων.

* Appien, VIII, xv : Πολιορκοῦσι δ᾽ aÿτοῖς σόλιν μεγάλην, ἦ ὄνομα ἦν Λόχα, καὶ ᾿ πολλὰ δεινὰ πάσχουσιν, οἱ μὲν Λοχαῖοι προστιθεμένων τῶν κλιμάκων ἐπεκηρυκεύοντο, ἐκλείψειν τὴν πόλιν ὑπόσπονδοι.

* Appien, VIE, χυπι : Πόλιν τε ἐν μεσογείῳ Θολοῦντα, Ῥωμαίων παρασκευὴν καὶ σῖτον πολὺν ἔχουσαν, ἐκ προδοσίας εἷλς, καὶ τοὺς φρουροῦντας αὐτὴν ἔκτεινεν, οὐκ ἐθελήσαντας ἀπελθεῖν ὑποσπόνδους.

® Polybe, XIV, νι, 2 : Τὰς μὲν οὖν ἀρχὰς à Καρχηδόνιος ὑπέμενε, καίπερ αὐτῷ προσαγγελίας γενομένης" τοῦτο δ᾽ ἐποίει σιστεύων τῇ τῇς πσόλεως ὀχυρότητι.

* Appien, VIIT, χχιν: ἀσδρούξας δὲ, ὃ

7? Liv, XXX, νὰ: « Hasdrubal ex fuga cum paucis Afrorum urbem proximam pétierat. »

δ Polybe, XIV, νι, 12 : Kai γὰρ λησίον

Locua.

Taozounra.

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