LES CITERNES
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l'a élevée n'a malheureusement pas eu l'idée de procéder à une exploration, qui est désormais impossible. On sait par Appien qu'un escalier monumental de soixante marches, dont les degrés pouvaient être enlevés en cas de siège, conduisait de la basse ville au péribole du temple”. Il est probable que cet escalier s'appuyait au flanc sud-est de la colline.
Outre la muraille imposante dont Beulé a retrouvé les fondations à mi-côte de la colline, Byrsa avait certainement une seconde enceinte. Le périmètre actuel du plateau, en eflet, ne mesure pas plus de 1,400 mètres à la hauteur présumée de cette première ligne de fortifications”, ctnous savons par Orose* que l'enceinte de Byrsa avait un peu plus de deux mille pas de tour (2,962 mètres). C'est à cette enceinte extérieure que se rattachait la double ligne des murs séparant la zone intérieure des Magalia. Elle devait former un rectangle d'environ 700 mètres de côté.
Les deux vastes systèmes de citernes qui existent encore, l'un à Maälka, à 700 mètres au nord-ouest de Byrsa, l'autre près du littoral, à 800 mètres à l'est-nord-est du même point, datent certainement de l'époque punique.
Les citernes de Maälka sont en partie comblées ou enfouies, et 1] est assez difficile de se rendre compte de leurs dimensions générales. À l'époque d'Édrisi, qui nous en a laissé une descripton, elles se composaient de vingt-quatre réservoirs parallèles, juxtaposés sur une seule ligne, et mesurant chacun cent
* Appien, Pumc., οχχχ : . . «διὰ τὸ ὕψος τοῦ τεμένους καὶ τὸ ἀπόκρημνον᾽ ἐς ὃ καὶ
* La plate-forme ne mesure que 790".
5 Orose, IV, xx11: « Arx, cui nomen Byrsa erat, paulo amplius quam duo milia passuum tenebat. »
—#2( 595 )..:--trente pas sur vingt-six. «Elles sont voûtées, ajoute le géographe arabe, et dans les intervalles qui les séparent les unes des autres sont des ouvertures et des conduits pratiqués pour le passage des eaux. Le tout est disposé géométriquement avec beaucoup d'art. »
Quatre de ces réservoirs avaient disparu en 1738, époque à laquelle Shaw les visita. On n'en compte plus aujourd'hui que quatorze, mesurant trois cent cinquante pieds sur vingtcinq, plus un réservoir transversal, large de dix-sept pieds environ, dont le radier s'élève de cinq pieds au-dessus du niveau des autres compartiments. 1] n'est pas douteux, comme l'ont affirmé Temple et Leake, et avant eux le P. Caroni, que les citernes de Maâlka ne soient, dans leur construction primitive, d'origine carthaginoise; elles ont été seulement restaurées à l'époque romaine. C'est de cette époque que datent certaines parties des voûtes, les crépissages en pouzzolane οἱ les ouvertures qui font communiquer les divers compartiments entre eux. Il est facile de reconnaître que ces voûtes d'ouverture, construites en vousseaux plats, ont été percées après coup dans l'épais blocage des murs puniques.
Daux ἃ précisé les caractères essentiels par lesquels les réservoirs de l'époque carthaginoise diffèrent de ceux qu'ont construits les Romains. Au point de vue de la construction, les premiers sont exclusivement bâtis en blocage serré de petites pierres et de chaux grise, et l’extrados des voûtes reste à nu en forme de berceau saillant. La citerne romaine est construite par assises régulières, en moellons taillés; les voûtes sont formées de voussoirs, et leur extrados, parfaitement nivelé en maçonnerie, présente une vaste plate-forme unie. Au point de vue dela répartition des eaux, les citernes puniques sont toutes disposées conformément au principe du fractionnement de a
masse liquide, fractionnement qui s'imposait en raison de l'origine des eaux : les eaux pluviales entraînaient inévitablement beaucoup de terres, de sables et de débris enlevés au dallage des rues ou aux pentes des terrains; en fractionnant les récipients, on pouvait les nettoyer alternativement sans interrompre le service des eaux. La citerne romaine est conçue dans un tout autre principe : elle constitue un polygone dont la forme générale est déterminée par les dispositions du sol, un vaste radier enclos d’une puissante muraille périmétrique, sur lequel s'élèvent des séries de piliers en pierre de taille, reliés entre eux par des arceaux surbaïssés, sur lesquels reposent les voûtes en berceau. Les crépis et les enduits hydrauliques, à l'intérieur, sont composés de pouzzolane et de tuileaux concassés et tamisés. Par suite de ces dispositions, la citerne romaine, quelle que soit son étendue, forme un réservoir unique, dont la partie supérieure repose sur des piliers.
On rencontre cependant, entre ces deux types bien différents, un système de transition, que Daux fait dater des premiers temps de la colonisation romaine, et qui n'est qu'une modification intelligente du type phénicien. Dans ce système, les murailles d'enceinte ont encore une épaisseur assez considérable pour résister à la poussée des eaux, mais les murs de refend sont plus minces. Pour éviter d'ailleurs tout accident, ces murs sont percés, un peu au-dessus du radier, de trois larges ouvertures, qui permettent aux eaux de se distribuer dans les divers réservoirs, et font que leur poussée ne s'exerce que contre les murailles du périmètre. Affranchis de toute pression latérale, les murs de refend, comme les piliers du système romain, ne servent qu à soutenir les voûtes.
Quelle que soit l'autorité qui s'attache à l'opinion d'un spécialiste aussi distingué que Daux, nous croyons que le prin-
cipe qu'il a posé est trop absolu : les Carthaginois ont connu, à notre avis, le système que Daux ne fait dater que de la période de transition, et nous pensons qu'ils l'ont appliqué toutes les fois que l'installation d'un filtre a rendu le curage inutile. Nous trouvons une application de ce système dans les citernes situées près de Bordj Djedid’ et dont le caractère essentiellement puñique n'est ni contesté n1 contestable.
Entièrement construites en blocage recouvert d'un ciment d'une excessive dureté, les citernes de Bordj Djedid forment un rectangle allongé, divisé en dix-huit réservoirs voûtés, parallèles, larges de 7",50, hémisphériques aux deux extrémités, que séparent de puissants murs de refend, dans chacun desquels est pratiquée une ouverture centrale. Quinze de ces réservoirs mesurent 30 mètres de longueur. Les autres, c'est-àdire le premier, le dixième et le dix-huitième en comptant à partir du sud de l'édifice, n'ont que 20 mètres de long, et leurs extrémités sont rectangulaires. La profondeur de ces dix-huit bassins est uniformément de 9 mètres depuis 16 radier jusqu'au sommet de la voûte, mais la profondeur de la nappe d’eau ne paraît pas avoir été de plus de 55,50. Deux galeries latérales, longues de 145 mètres, larges de 2",50, courent le long des grandes faces du parallélogramme et s'ouvrent sur chacun des bassins : le sol de ces galeries domine de 6 mètres environ le radier des réservoirs.
L'espace qui s'étend entre les extrémités des trois bassins rectangulaires et le mur de la galerie est OCCUPÉ par Six chambres circulaires et voûtées en coupole?. Quatre de ces chambres, celles qui sont situées aux deux extrémités du pre-
᾿ Ce sont celles qu'El-Bekri appelle l'édifice et rompent, comme l'a fait remar- «la citerne des Diables ». quer Daux, l’uniformité des extrados des * Ces coupoles s'élèvent au-dessus de voûtes en berceau.
LES PORïTS.
mier et du dixième réservoir, communiquent avec les galeries latérales. Celles du dix-huitième n'offrent pas d'issue apparente : elles n'ont qu'une ouverture à la voûte et ressemblent à deux grands puits. |
Temple a supposé que ces chambres à coupoles servaient de logement aux gardiens, et cette explication a été naïvement reproduite dans d'autres descriptions. Barth est le seul voyageur, à notre connaissance, qui ait protesté, au nom du bon sens, contre une pareille conjecture”. En réalité, les quatre prétendues chambres du sud-ouest et du centre du rectangle sont des puits comblés, comme ceux dont Temple lui-même avait constaté l'existence aux deux angles nord et est, et ces puits euxmêmes n'étaient pas autre chose que des filtres. Les recherches de Daux et les travaux exécutés lors de la restauration des citernes de Bordj Djedid ne laissent pas de doute sur la destination réelle de ces six édicules. Ces mêmes travaux ont fait découvrir une partie des nombreux conduits qui venaient, de tous côtés, alimenter les citernes, ainsi que ceux qui, partant du fond des filtres, distribuaient les eaux épurées. Construits primitivement en maçonnerie, ces conduits ont reçu à l'époque romaine tout un système de gros tuyaux en plomb munis de robinets de bronze.
Les ports étaient situés à 6oo mètres environ de l'angle sud-est de Byrsa et dans la même direction. Leur forme générale était encore parfaitement reconnaissable 1] y a trente ans. Le port militaire était indiqué par une dépression hexagonale
! Barth, Wanderungen, p. 105 : « Wozu Cisternen zur Wohnung dienen, ein wabrauch immer diese sonderbaren kleinen haft diabolischer Wohnort, wo sie noth- Cuppelraüme gedient haben môgen, ge- wendig bei dem kleinsten Zufall hätten wiss konnten sie nicht den Aufsehern der elendlich ertrinken müssen.»
d'environ 1,200 mètres de développement, circonscrivant une nappe marécageuse, de forme elliptique, au centre de laquelle se dessinait un îlot de 130 mètres de diamètre, rattaché au point d'intersection des deux petits côtés nord de l'hexagone par une langue de terre de 9",60 de largeur. Le port marchand s'étendait entre ce premier bassin et le littoral et décrivait une ellipse très allongée dont le grand axe, au lieu de prolonger celui du port militaire, s'inclinait vers le sud : les deux axes formaient ainsi un angle de 30 degrés”. |
L'ensemble de ces dispositions traduisait immédiatement aux yeux, dans ses traits généraux, celte description qu'Appien avait sans doute empruntée à Polybe :
«Les ports de Carthage étaient disposés de telle sorte que les navires passaient de l’un dans l’autre; du côté de la mer, ils n'avaient qu'une seule entrée, large de soixante et dix pieds, qui se fermait avec des chaines de fer.
«Le premier port, destiné aux bâtiments marchands, était garni d'amarres nombreuses et variées. Au milieu du second était une île entourée de grands quais, de même que les bords opposés du bassin. Les quais présentaient une série de cales qui pouvaient contenir deux cent vingt vaisseaux. Au-dessus des cales, on avait construit des magasins pour les agrès. En avant de châque cale s'élevaient deux colonnes d'ordre ionique, qui donnaient à la circonférence du port et de l'ile l'aspect d'un portique.
* En comparant le plan de Falbe (fig. 58) à celui qu'a dressé M. Caïllat, en 1877 (fig. 59), on se rendra facilement compte des changements survenus dans la configuration de cette partie des ruines de Carthage. Plusieurs villas ont été bâties sur le terrain des ports ; les bassins ont été
en partie comblés et couverts de vergers.
L'ilot du Cothon, aujourd'hui, est rattaché aux quais de l'est et non plus à ceux du nord. Enfin, la nappe d'eau du port marchant a été coupée en deux par la chaussée sur laquelle passe la route conduisant de Douar-ech-Chatt à ia villa du Bey.
Plan de Falbe.
Fig. 59.
a Ou τ Moustafà